On y était – Motorama au Bloom’s Café

Photos © Chloé Vnbl

Motorama, Bloom’s Café, Lille, 27 avril 2011 par Eric Lecat

C’est le cœur léger que je me rends ce mercredi soir au Bloom’s Café, lieu dont, il me faut l’avouer, j’ignorais l’existence avant de prendre connaissance du transfert du concert de Motorama dans cet accueillant petit établissement. Rien de tape-à-l’œil, un petit troquet au climat familier comme on en trouve un bon nombre dans nos contrées, allez savoir pourquoi… Le soleil légèrement couchant, les retrouvailles avec mon ami Calogero et l’optique de boire de la Chouffe en pression achèvent de me convaincre que cette soirée sera, quoi qu’il advienne, une réussite.
Car c’est en admirateur déjà conquis que j’aborde le concert à venir. Le quintette de Rostov fait en effet partie de ces groupes au plaisir immédiat, ceux qui dès les premiers accords, les premières intonations s’invitent dans votre salon, s’affalent sur votre canapé et trinquent avec vous à l’amitié, la vraie, la sincère. À Rostov, on ne triche pas ; et ce sont de (très) jeunes gens à la simplicité et la gentillesse sans limite qu’il m’est offert de rencontrer, mêlés sans apparats à la jeunesse lilloise. J’ai en effet pour mission de leur remettre une pleine cargaison de badges à l’effigie du groupe, et quel n’est pas mon bonheur de voir, une fois mon forfait accompli, des visages s’illuminer, des sourires juvéniles apparaître. L’émotion est sincère, les remerciements également… A Rostov, on ne triche pas.
Passons la prestation « bariale » de Let It Bleed, groupe local assurant la première partie (vous savez, ce genre de prestation qu’au final vous n’écoutez que d’une oreille distraite sans quitter le bar) faite de Robert Smith assez bien assimilé quoique pas toujours très bien digéré, et concentrons-nous donc sur le « pourquoi du comment qu’on est venu ».

… A cet instant, nous sommes joyeux. Il est certes déjà près de 23h, Motorama n’a pas encore entamé son set, nous pourrions être agacés, voire découragés par cette attente mais il plane dans cette cave une ambiance toute particulière pendant que les jeunes pousses installent consciencieusement les instruments devant une tête de tigre blanc suspendue au fond de la scène qui sera le seul effet visuel, outre leur présence, nous étant offert. Ce groupe a-t-il pour autant besoin d’artifices ? Dès les premières notes de Northern Seaside, morceau d’introduction du sublime album Alps (chronique), la réponse est donnée. Basse ronde, guitares cristallines et voix d’outre-tombe viennent envahir l’espace tout à coup bien trop petit pour contenir tant de talent et de dextérité… Et les morceaux s’enchaînent ainsi avec une implacable aisance et surtout une évidence rassurante : Motorama condense ces périodes musicales que nous avons tant choyées mais sans jamais tomber dans la pâle copie et sans jamais oublier d’y apporter son émotion propre… L’inspiration Factory Records est détectable sur le remarquable Seagulls, certes, on joue également avec le fantôme de la jolie Sarah, sans vergogne, sur un morceau comme Wind In Her Hair, mais un vent nouveau souffle également dans l’interprétation de ces morceaux, un vent d’Est aux belles promesses faites de soleils levants et d’un avenir radieux.

Le temps s’est arrêté durant une heure. Seul mon corps, toujours en mouvement, m’a « ancré » à la réalité physique du lieu, mon esprit était loin, si loin… Anchor, Compass, Alps, Ship, Normandy… Motorama, c’est toujours une invitation au voyage.

Il est minuit, nous quittons la salle ; nos jambes s’activent machinalement, ayant renoncé depuis longtemps maintenant à rechercher une once de motivation auprès de notre cerveau pour interrompre l’instant que nous venons de vivre. Alors je cherche à le prolonger. Voici le genre de concert dont on veut ramener un maximum de souvenirs mais le groupe, au sortir de ses dates helléniques, n’a plus rien à vendre… Dévalisé, tu m’étonnes, comme c’est compréhensible. Cependant, avant le concert, Vladislav, leader de la formation avait gentiment pris de son temps pour nous dégoter deux CD au fin fond de sa camionnette. Je m’en vais donc les saluer afin de les remercier pour leur hallucinante prestation et ne peux m’empêcher de leur poser la question fatidique : « Vous n’avez vraiment plus rien à vendre ? ». Vladislav me demande de lui accorder cinq minutes afin qu’il range son matériel puis de le suivre… Il s’excuserait presque de me faire patienter, incroyable ; je l’aide ainsi à remettre en place ses instruments, jacks et autres accessoires et nous voici devant la fourgonnette simple et modeste qui sied si bien à l’attitude de ces jeunes gens. Cinq bonnes minutes à chercher et il ressort avec deux splendides affiches et un non moins classieux t-shirt, à peine le temps de mettre la main à la poche qu’il m’arrête instantanément et me dit : « Tu sais, nous, on ne joue pas pour l’argent ; on vit un rêve éveillé tout en prenant conscience de la précarité de la chose et nos parents nous en voudraient beaucoup d’oublier que le plaisir est avant tout la base de toute réussite. Ces objets sont bien peu de choses comparés à l’enthousiasme dont tu fais part, c’est ça qui nous fait avancer ». Boum…
… A Rostov, non, on ne triche pas.

Audio

Motorama – Letter Home (live)

Photos

Setlist

1. Northern Seaside
2. Letter Home
3. Ghost
4. Warm Eyelids
5. Wind In Her Hair
6. Compass
7. Normandy
8. One Moment
9. Echoes
10. Seagulls
11. Alps
12. Hunters
13. Anchor
14. Ship