On y était : MIMI 2015

09 - spectateur marche jusqu'a l'hopital

All photos © Edouard Hartigan

On y était : Festival MIMI, du 1er au 5 juillet 2015 à l’Iles du Frioul

À une époque où les festivals sont devenus des enjeux économiques et où leurs line-up se confondent, des entités comme le Mimi font un peu figure de résistance. À Marseille, ville où le la musique a pourtant plus de mal à s’implanter, les nouveaux évènements pullulent désormais, avec plus ou moins de bon goût et de pertinence culturelle. Rien pour autant qui ne concurrence le Mimi, à ranger plutôt sur le créneau alternatif d’un Sonic Protest, et cantonné à un formule de deux concerts par soir. Très identifié, jusqu’auprès des non-initiés grâce à son impayable spot insulaire, le festoche nous sert cette année une trentième édition qui condense toutes ses qualités. Et peu importe si certaines ambitions de programmation pour cette date anniversaire ont du être abandonnées (Eno ou David Sylvian ont été considérés en coulisse pendant un temps), le Mimi fait déjà des miracles avec un budget modeste pour une telle organisation.

E.E.K

Même les propositions les plus exigeantes se font accessibles à tous les publics sur les Îles du Frioul. C’est le cas d’Aki Onda, qui ouvre le jeudi soir avec une prestation plus proche de l’installation sonore que du concert. La configuration est celle d’un atelier, et le Japonais dispose dans l’espace, à l’instinct, des field recordings qu’il a recueillis ces derniers jours dans la ville (vagues, ambiance de crèche, bruissements divers), et quelques sifflements de micros. Son approche est raide mais figurative, et lorsqu’elle pencherait un peu trop vers l’un ou l’autre, il décale le point de vue en déposant une mini-baffle dans les gradins, avec cet air impassible de celui qui pourrait faire un sale truc à tout instant dans un Takeshi Miike. Pourtant, sa conclusion se résumera à des vagues dark-ambient décentrées, ponctuées de billes tombant dans des cymbales amplifiées, sans plus de fracas. On retrouvera cette précision et cette science du silence sous une forme plus spectaculaire avec les Percussions de Strasbourg qui lui succèdent. Le premier mouvement du Drumming de Steve Reich claque dans les ruines de l’Hôpital Caroline, c’est une introduction sèche et élémentaire au programme de ce soir. Deux autres longues pièces donneront l’occasion à l’orchestre de s’emparer de l’imposant matériel affrété sur l’île : des mouvements brusques, drôles, un théâtre maîtrisé et tendu, où le sonore est massif mais furtif, et fait de cris, de rafales, et de vides.

01 - Acid Mother temple

En ouverture du vendredi, les quinze claviers des Anglais d’HIMMEL s’annulent un peu dans ce mix adapté au plein air, et le climax auquel l’ensemble aspire n’a pas lieu – reste la sensation, pas désagréable, d’avoir assisté à une jam légère entre Bitchin Bajas et Tortoise. Après eux, les discrètes légendes galloises des Young Marble Giants prennent la scène, et assurent la caution tendresse de cette édition. Ils retranscrivent aussi simplement que possible l’unique LP et quelques singles qu’ils sortirent en 1980, dont le reflet si pur, la facture si sommaire, ont traversé les époques avec une grâce unique. À un volume si faible qu’on couvrirait le groupe entier en demandant du feu à son voisin, ces tubes de peu font doucement couler leur mélancolie de table de chevet – ou résonner le micro-funk de leurs lignes de basse pour certains. Tout aussi attachants, les musiciens passeront la semaine dans la ville à faire du tourisme – et à fondre sous la langue quand on discute avec eux.

Le dimanche de clôture prend la forme d’un volcan nippon, compact et abondant. Collaboration franco-japonaise mélangeant électronique, cordes et rock, Gunkanjima ouvre sur un rituel bruitiste, puis vire progressivement hystérique façon Plastic Ono Band/Boredoms, flirte avec un rock-fusion un peu limite, pour chaque fois se rattraper avec l’étincelle de folie nécessaire. Sous sous leur incarnation « Cosmic Inferno », les piliers du psych-rock Acid Mothers Temple en donnent à tout le monde, du prog au disco, avec l’empoigne et le chamanisme d’un Psychic TV japonais sous tension. C’est bien plus friendly qu’on ne l’aurait cru, mais le magma opère, et ce jusqu’au traditionnel bain de nuit sur le trajet du retour.