La Route du Rock, Saint-Malo, du 10 au 12 août 2012

Comme on vous l’annonçait avant le festival, on était franchement confiant quant à cette cuvée 2012. La programmation était pleine de belles promesses, avec quelques uns de nos chouchous conviés à l’évènement, dont on se languissait de voir les exploits sur la scène du Fort Saint-Père. Alors, qu’est-ce qui a donc pu rebuter à ce point le public, le festival accusant une baisse de fréquentation de 30% ? La crainte d’une météo qui n’a, il est vrai, pas épargné les festivaliers ces dernières années ? Une affiche trop ambitieuse, refusant de céder aux sirènes de la facilité malgré la crise crainte par tant d’autres ? Oui, sans doute ces éléments ont-ils pesé dans cet échec comptable.

Pourtant, c’est baignée de soleil que cette 22ème édition s’est déroulée, pour le plus grand bonheur des irréductibles amoureux de la Route du Rock qui auront eu tout le loisir, durant trois jours, de cacher leurs yeux embués par le houblon sous leurs Ray-Ban favorites… L’ambiance était définitivement estivale, et c’était sans conteste le premier bonheur partagé du festival.

Question musique, on ne va pas vous mentir : toutes les promesses n’auront pas été tenues. Mais les déceptions n’auront pas eu le dessus sur les quelques grandes satisfactions vécues au fil de ce week-end tant attendu.

Un week-end qui aura débuté par un quasi sans faute, entamé pour notre part avec la pop à géométrie variable d‘Alt-J, visiblement un peu impressionnés de se retrouver là, mais qui s’appuieront avec bonheur sur leur musique à fort potentiel addictif. Et si par la suite, Patrick Watson et Dominique A, auteurs de prestations solides mais manquant singulièrement de folie, ne retiendront pas franchement notre attention, c’est sans doute parce que celle-ci était déjà toute tournée vers le concert à suivre des revenants Spiritualized, qui ne nous décevront pas : une louche de lyrisme, une pincée de grandiloquence, et une sacrée énergie positive pour un concert, finalement, d’une beauté folle. Alors forcément, après la musique chatoyante de Jason Pierce et ses acolytes, on s’attendait à un sérieux choc anaphylactique dans le public à l’arrivée des monochromes The Soft Moon. Il n’en sera rien, tant les Californiens arriveront à capter la foule à grands coups de violence froide et de brume électrique. Puis ensuite, que voulez-vous, après de telles satisfactions, il était de toute façon compromis de s’intéresser vraiment à l’électro de Squarepusher, dont les grands coups de boutoir nous en toucheront une sans faire bouger l’autre.

Difficile, en revancge, de garder de grands et bons souvenirs de la soirée du samedi : Lower Dens a beaucoup écouté My Bloody Valentine, mais ne leur arriveront jamais à la cheville. The XX, très attendus, nous plongeront dans un ennui d’une profondeur abyssale, nous servant leur post-new wave comme on se passe un plat de gigot-flageolets durant un trop long et pluvieux dimanche de Pâques. La grande performance du soir, on la devra à l’incroyable Willis Earl Beal, sur la minuscule scène de la Tour, qui délivrera son blues primal avec une intensité scotchant tout le monde aux alentours, même les affamés venus faire un arrêt aux stands après la purge The XX. Finalement, cette seconde scène s’avère de plus en plus indispensable : après le mémorable set du cinglé Dan Deacon l’année passée, c’est au même endroit qu’on restera tout ébaubis cette fois encore.

Mark Lanegan fera quant à lui le boulot, captant forcément à son tour l’attention du public avec son rock tout autant écorché que sa voix. On n’a rien à lui reprocher, c’est beau et authentique. Authentique, c’est un terme qu’on n’emploiera pas à propos de Breton, qui clôturera ce deuxième jour. Le groupe veut faire danser le public, et certes, il y arrivera en partie avec son melting-pot de hip-hop, d’électro, de rock, en somme de tout ce qui passe à leur portée. Pour notre part, même si on ne remet pas en cause une certaine efficacité, le patchwork nous donnera un peu trop la nausée : une belle arnaque, bien ficelée.

Heureusement, le dimanche, lui, nous permettra de ne pas nous sentir floués : on plaçait de vraies attentes dans la programmation du jour, elles auront été en grande partie satisfaites. Stephen Malkmus, notre slacker favori, nous gratifiera d’un concert d’autant plus réjouissant que le grand échalas fut ce soir-là d’une bonne humeur étonnante. Même si on n’échappera pas à quelques boursouflures prog-rock, on sortira tout vivifié de la performance du bonhomme. Par la suite, les Chromatics rendront justice à leur merveilleux récent album en nous délivrant un set touchant au sublime. Blottis sur scène les uns contre les autres, comme s’ils ne voulaient faire qu’un, les musiciens captiveront un public littéralement retourné par tant de beauté, qui se déchainera lorsque le tube In The City retentira enfin dans le fort. Après tant d’émotions, c’est de loin qu’on écoutera les légendaires mais apparemment, ce soir-là, bien soporifiques Mazzy Star. C’est drôle, à bien y penser, on s’en doutait un peu… On sera par contre emballé par les inoxydables The Walkmen, qui creusent avec bonheur, depuis leurs débuts, le même sillon d’un classicisme rock certes pas franchement innovant, mais toujours humble et finalement, presque toujours convainquant.

Puis l’édition 2012 se terminera avec le bouillonnant Hanni El Khatib, qui  clôturera les débats avec son rockabilly enflammé. Efficace, gominé et testostéroné, comme là aussi on pouvait s’y attendre.

Comme d’habitude, c’est donc finalement avec le sentiment d’avoir participé à un festival indispensable et unique qu’on quittera les lieux, en espérant que les difficultés économiques de cette année de disette ne modifieront en rien le credo des organisateurs, toujours prompts à se préoccuper du bonheur de nos esgourdes à défaut de celui de leur portefeuille.

Crédits Photos : Stéphane Deschamps.