On y était – La Route du Rock 2013

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Je me souviens de ma première participation au festival malouin en 2001 – c’était, je crois, ma première expérience d’immersion complète dans trois jours riches de concerts, de rencontres et d’émotions fortes… J’avais eu la chance d’y être invité par Ladytron, un des groupes programmés, et je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, je voulais juste revoir la belle Mira… Je ne connaissais pas tous les groupes présents à l’affiche et ce fût un vrai baptême du feu… Découvrir Mogwaï sur scène, déflagrations de guitares assourdissantes dans un orage de lumières blanches stroboscopiques, un concert qui me laissa KO debout… Je me souviens aussi d’un Jarvis Cocker plus cabotin que jamais, débarquant sur scène, feignant d’être fatigué avant d’entamer, avec Pulp, un Common People retentissant comme un hymne dans tout le fort Saint-Père… Quelle fierté d’avoir pu voir sur scène The Avalanches qui, avec leur unique album Since I left You, ont marqué l’histoire de l’électro à base de samples telle celle de DJ Shadow… Quel étrange souvenir que celui d’avoir sympathisé avec Josh T. Pearson, alors leader des Lift to Experience, avec qui je me suis saoulé à la vodka, alors qu’il ne boit plus une goutte d’alcool aujourd’hui… J’étais donc trop saoul et j’ai fait fuir Mira, mais je la remercie pour m’avoir fait découvrir ce fabuleux festival.

Chaque année, c’est un plaisir de retourner sur les terres bretonnes pour l’accueil chaleureux et l’esprit positif qui y règnent. L’ambiance festive entre les bénévoles fait plaisir à voir et, bien sûr, la programmation reflète le bon goût et l’indépendance de la Route du Rock.

Je ressens l’excitation d’un gosse à l’approche de Noël chaque week-end du 15 août, et cette édition elle aussi restera gravée dans ma mémoire… Je n’attendais rien de Nick Cave et de ses Bad Seeds cette année, je les avais même boudés lors du Primavera Sound à Barcelone en mai, préférant m’éclater devant Dan Deacon et les Liars… Pourtant, Push the Sky Away, leur dernier album sorti en février, vient nous rappeler que l’animal reste inapprivoisable. Un disque de blues sombre co-écrit avec Warren Ellis, un des Bad Seeds et membre des Dirty Three. Si je n’avais plus écouté Nick Cave depuis des années, je me souviens parfaitement de son interprétation dans les Ailes du Désir de Wim Wenders et du morceau From Here to Eternity… C’est sur le sol breton que j’ai pu voir de près et pour la première fois ce monstre scénique qui s’impose comme le patron des frontmen tant sa prestation le propulse simplement dans une dimension qu’aucun autre chanteur partageant l’affiche ne peut imaginer atteindre, une sorte de nirvana du concert dû à sa présence magnétique mais aussi au charisme impeccable des Bad Seeds. Ce ne sont pas les personnes qui ont eu la chance de lui tenir la main pendant le concert qui me contrediront… Nick Cave est dans une forme extraordinaire, en tournée depuis six mois et jusqu’en novembre, il semble drogué par la scène… Il suffit d’aller faire un tour sur YouTube pour se rendre compte de l’ampleur de l’énergie que Nick Cave déploie pour chaque concert cette année. On peut y voir des séquences d’anthologie sur ce tumblr, notamment le concert qu’il a donné à Glastonbury et cette petite rousse sortie de nulle part qui va le défier du regard devant 50 000 témoins pendant un refrain de Stagger Lee. Nick Cave passe la quasi-totalité du concert en équilibre sur la crash barrière, saisissant les mains tendues d’une foule ensorcelée, essuyant parfois ses semelles sur une marée humaine à qui il crache ses textes. Stagger Lee est un des morceaux qui fonctionne le mieux en live, comme le montre cette vidéo où Nick Cave hurle sur son public – je vous laisse imaginer les frissons…

Incontestable tête d’affiche du festival et meilleur concert de l’année – le public de la Route du Rock ne s’y est pas trompé et avait fait le déplacement en masse pour l’applaudir. Je n’avais pas le souvenir d’avoir vu le Fort Saint-Père aussi plein une première journée de festival…

Pour se désenvoûter progressivement, les programmateurs ont tout misé sur le groove disco des !!! emmenés par Nic Offer, un Michel Gondry sous ecstasy qui a peiné pour imposer son caleçon à motifs, mais une fois la machine à danser lancée, l’ombre de Nick Cave qui planait sur le fort s’est envolée pour laisser place à la fièvre du samedi soir. Cette première journée pouvait alors se terminer en apothéose avec Fuck Buttons – les Anglais, face à face, un écran géant disposé derrière eux projetant leurs ombres chinoises sur des images psychédéliques, nous ayant invité à une transe apocalyptique à l’image de leur album Slow Focus. Les nappes épaisses de leurs synthétiseurs et les rythmes lents et puissants repoussent la limite entre électro et noise sans négliger les mélodies qui se fracassent dans notre crâne… Une première soirée parfaite qui m’a complètement plongé dans l’ambiance du festival.

Après une nuit au camping, la deuxième journée allait être ponctuée par un des rares concerts de la formation canadienne Godspeed You! Black Emperor et ses longues plages sonores étirées… Les voir à Saint-Malo fait sens, on reconnaît bien la prise de risque dont sont capables les programmateurs. S’ils attirent un public averti, ils laisseront sur le carreau la plupart de ceux qui ne les connaissaient pas… Pour les avoir vus au Cirque Royal de Bruxelles pour la tournée de leur album Allelujah! Don’t Bend ! Ascend ! l’année dernière, je n’ai pas réussi à être transporté par ce concert – il manquait le confort d’un bon siège, tout comme la densité de cette musique qui s’exprime mieux dans un endroit couvert que debout en plein air. J’ai vu le public quitter la fosse à la moitié du concert et imaginé les critiques que j’allais entendre à la fin – alors Godspeed You! Black et Decker n’ont pas brillé ce soir-là – mais ce n’était pas la peine d’attendre ensuite un rappel…

La dernière journée proposait un plateau plus orienté électro avec Hot Chip et Disclosure, qui ne m’intéressaient guère plus que les hippies de Tame Impala et leur son beaucoup trop lisse… En revanche les Américains de Parquet Courts sont pour moi LA révélation du festival. Programmés pour leur deuxième concert en France sur la petite scène baptisée Scène des remparts, le punk rock qui coule dans leurs veines a réussi à faire monter le sang à la tête d’un public compact lancé dans un magnifique pogo que j’ai filmé un peu à l’écart… Petit bémol pour cette scène qui se situait  à l’entrée du site le long des remparts et qui permettait d’assurer les transitions lors des changements de plateau de la Scène du fort. En effet, les programmateurs n’avaient pas anticipé le flot des festivaliers qui s’y agglutinerait pour tenter d’assister en vain parfois aux concerts, comme celui des Suuns, habitués du festival, pourtant programmés sur la grande scène en 2011…

Alors que le mastodonte Rock en Seine a reçu quelques 118 000 personnes, on préfèrera se réjouir pour la Mecque des festivals rock qui, après quelques difficultés l’année dernière, a redressé la barre en passant de 13 000 à  26 000 festivaliers. En élargissant son public avec des groupes comme TNGHT ou Disclosure, qui transformèrent la scène en énorme club, les programmateurs ont réussi leur pari d’attirer les plus jeunes tout en continuant à satisfaire l’exigence des habitués avec la présence de Godspeed You! et de Nick Cave, dont le concert continue encore de me hanter…