On y était – Josh T. Pearson au Café de la Danse

Photos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Josh T. Pearson, après dix ans sans avoir enregistré de disque, revient sur scène pour présenter un album intime qui, à peine sorti, se compte déjà parmi les classiques du genre. Des textes somptueux qu’il chante avec une humanité rare… L’émotion sur scène est intacte : on passe du rire aux larmes, car non content de nous émouvoir, Josh sait aussi nous amuser.
Vue la pause de la photo prise par sa femme Claudia Grassl sur ce Last of the Country Gentleman – Josh T. Pearson à genoux, tête basse comme en prière, presse les cuisses d’une jeune fille debout contre son flanc ; elle porte un veston de cuir marron qui lui découvre le sein gauche et laisse apparaître son téton ; Josh est accroché à elle comme à un arbre mais ne la voit pas, son regard fixe le vide sous lui – on comprend que ce disque incarne un homme blessé qui, en musique, va régler ses comptes avec ses démons… Josh a beaucoup d’admirateurs en France : le Cargo le suit depuis pas mal de temps, et récemment, la Blogothèque a tourné une déambulation dans Belleville où il s’approprie le pavé, faisant face aux voitures comme s’il était au milieu d’un enclos à vaches, chez lui, au fin fond du Texas.


Il vit à Paris depuis quelques années et n’avait pas enregistré d’album depuis dix ans. Don retour marque la fin d’une profonde dépression provoquée par le succès de son premier groupe, Lift to Experience, et aussi ses déboires avec l’alcool… Bon Dieu, il aura fallu que deux molosses le coincent à la sortie d’un concert en Irlande pour le convaincre, non pas avec leurs muscles, mais les yeux humides, qu’il devait enregistrer ses satanées chansons. Touché par la grâce, cet homme qui ne s’est pas rasé depuis la onzième Route du Rock (à vous de compter) a un rapport avec le créateur plutôt compliqué… Il ne pardonnera jamais à son père, un pasteur pentecôtiste qui lavait son âme par la prière du matin au soir, de l’avoir abandonné avec sa mère pour se ranger dans une branche religieuse encore plus sectaire. Je regrette de ne pas avoir vu Josh dans la crêperie parisienne West Country Girl, où il jouait chaque semaine il y a encore un an. Mais ce vendredi soir d’avril, Josh reprend le rythme de tournée des salles de concerts. Son étui de guitare attend sur le bord de la scène du Café de la Danse ; avec Emeline, on y était.
Première partie : Lisa Germano, seule au piano, présente l’album Magic Neighbour et d’autres morceaux plus anciens. J’ai retrouvé chez elle les mélodies fragiles de Judde Sil et la voix suave de Jennifer Charles. Lisa prend le temps de présenter ses morceaux au public, avec des anecdotes qu’elle a sans doute répétées des centaines de fois. Mais allons droit dans nos santiags à notre sujet.


Debout, planté avec sa guitare au milieu du cercle dessiné par la poursuite au dessus de sa tête, Josh T. Pearson ne laisse pas indifférent, faisant preuve d’un détachement cabotin, à mi-course entre un Christ dandy et un poète maudit. Ses interventions entre ses morceaux seront l’occasion de découvrir un bonhomme plutôt rigolo que les ricanements nerveux du public amusent beaucoup. Il réussira même à nous faire chanter pendant le rappel sur Devil’s on the Run (« A l’aise Blaise…« , « Pas de panique Monique… » avec l’accent texan, ndlr). Josh joue sur les contrastes de tons, l’humour lui permet de démystifier ses chansons mélancoliques. Il commence par une reprise incongrue Rivers of Babylon de Boney M… On croit tous a une blague. Pris par un fou rire général, Josh s’arrête, demande un peu de sérieux, et reprend cette interprétation funèbre du tube disco. En détournant l’attente d’un public venu voir pleurer le cow-boy, il peut rentrer progressivement dans la violence de son sujet. Josh joue aussi sur l’amplitude : il effleure du bout des ongles les cordes de sa guitare et les notes sont à peine audibles, sa voix se fait murmure, puis ses doigts s’échauffent et toutes les cordes se soulèvent en même temps, créant un déluge harmonique. Josh raconte plus qu’il ne chante, ses morceaux sont des monologues encapsulés dans un écrin folk nécessaire au recueillement. Cette musique faussement country suit les contours des mots que Josh a exorcisés.


Il ne sort du rond de lumière qui l’entoure que rarement. Pendant les passages où il ne chante pas, Josh regarde par terre en inclinant sa tête vers la droite, il plonge en lui, cherchant dans le néant des réponses à ses malaises ; il recule de quelques pas, soulève son menton vers la lumière, peut-être un peu à l’écart de son chaos intérieur mais n’en sort pas, sauf sur Country Dumb, que j’ai capturé avec mon téléphone (voir ci-dessous). Josh s’approche de son public un instant pour un contact encore plus authentique et personnel. Si la sono avait lâché, Josh aurait fait son concert de cette façon, en acoustique, éclairé par quelques bougies… Une expérience mystique ! A quand des concerts sans courant ?
L’ombre gigantesque de Josh sur le grand mur en pierres de l’arrière-scène symbolise le passé trouble de ce fils de pasteur, ces années d’errance, cette humanité atrophiée dans laquelle Josh s’est emmurée ; il y a puisé les mots, les images,  et la musique est venue comme cette lumière au-dessus de lui. Ses compositions chargées par le poids des regrets ne parlent pas du passé. Josh sublime ses plaies, dans la souffrance il semble avoir purifié son âme. Ses textes, sa musique sont marqués par une sagesse, une évidente authenticité de l’ordre du saint, un retour à Dieu pour Josh, le retour du prodige pour ses fans.

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