On y était – Ike Yard, Cult Of Youth et Object à l’Espace B

Ike Yard, Cult Of Youth et Object, le 26 septembre 2012 à l’Espace B

Par un mercredi soir pluvieux de septembre guère attractif, une troupe de fidèles curieux s’est quand même réunie à l’Espace B pour soutenir deux groupes qui génèrent chacun leur petit culte, et dont le facteur commun réside dans leur éthique cold/post-punk malgré des sensibilités somme toute très éloignées.

Formation franco-italienne entre autres issue du combo rock-indus français Ulan Bator, Object offre une copieuse première partie avant l’arrivée des deux « têtes d’affiche ». Malgré un nom en référence à The Cure, le quatuor enchaîne des compositions post-rock quasi-instrumentales, plutôt inspirées et pas excessivement épiques, avec une énergie et une poigne qui évoquent un Killing Joke – la double section rythmique, ornement souvent inutile, rajoute ici une profondeur intéressante à l’affaire.

Mais c’est plutôt pour Ike Yard que le petit cercle cold parisien s’est déplacé ce soir. Auteur d’un mini-classique paru sur Factory en 82, le trio est revenu avec une brillante compilation d’inédits, un nouvel album décent mais un peu anachronique et une série de maxis offrant des remixes par la scène techno-arty contemporaine (Regis, etc). Leur son à l’époque était une sorte de mixture pré-électro avec un je-ne-sais-quoi de coolitude no-wave new-yorkaise, reposant sur quelques trépignements de boîte à rythme, deux ou trois cliquetis épars et un bourdonnement de fond. Ne faisant presque pas allusion à leur répertoire d’antan, leur live tente un lifting en demi-teinte de leur hybride si unique, qui équivaut à une sorte d’IDM hypnotique aux tonalités indus et aux articulations un peu limitées, instaurant néanmoins une ambiance racée par moments. La performance en demeure plaisante, et teintée d’une certaine auto-dérision, notamment lorsqu’un des trois geeks cinquantenaires du groupe se marre après des applaudissements véhéments : « Well you know, it’s only pre-programmed shit…« Cult Of Youth détonne après ce que l’on vient d’entendre. Le groupe de Brooklyn se voue corps et âmes à un post-punk acoustique aux accents presque celtiques, qui ne manque pas de rappeler Death In June, le côté néo-faf en moins – leur public est beaucoup plus roots que celui du groupe de Douglas Pearce. L’exécution est tellement intense qu’on se laisse vite prendre (particulièrement sur les derniers morceaux), même si certains s’amuseront à lancer des comparaisons moqueuses avec les Pogues…