On y était – Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu à la Fondation Cartier

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Former Ghosts + Zola Jesus + Xiu Xiu, La Fondation Cartier, Paris, 18 novembre 2010

Les adorateurs de Nika Roza en auront eu pour leur compte, enfin façon de parler… Car étonnamment, Zola Jesus, au sein de cette formation triangulaire semblait être l’entité la plus attendue du public parisien. La jeune femme ne cessant de fasciner par son flegme gothique et son aura mystique. Les moins cultivés la rapprochant tendancieusement de Fever Ray, avec qui elle partagea une partie sa récente tournée, les plus prétentieux la désignant héritière du testament musical légué par Siouxsie Sioux et ses Banshees, qui dois-je le rappeler, n’est pas disparue. Et me souvenant alors que la salle affichait complet depuis des semaines, je fus surpris de la surface encore disponible. J’aurais pu m’allonger sur le sol ou dresser une nappe pour pique-niquer que mes voisins n’en aurait pas été plus gênés. Et d’ailleurs, en scrutant un peu plus le public, je remarquai de plus en plus l’absence de Monsieur Lambda. Ici un attaché de presse, par ici un responsable éditorial, à ma gauche une journaliste, à ma droite le staff promo d’un label… Mais où était donc passé Monsieur tout-le-monde ? Ce concert prenait d’un tour des allures de prestation artistique mondaine. Accrochez les artistes à des toiles et sortez les petits fours. Mais connaissant le mauvais goût de nos musiciens, attendez-vous à ce que quelqu’un ait dégueulé dans les tartines de foie gras.

Loin de refléter l’Art contemporain comme l’ambitionnent les multiples expositions de la Fondation Cartier, Former Ghosts confirme par ailleurs le talent de Freddy Ruppert pour exhiber les plaies des êtres blessés sous leurs formes les plus animales et larmoyantes. Accompagné de Jamie Stewart, le duo entame le set par le strident The Days Will Get Long Again. Les saturations de guitares s’accompagnent de cris, tandis que Freddy fracasse une grosse caisse avec hargne. New Orleans ne se fera pas attendre, la voix grave du chanteur tranchant l’aorte de spectateurs pourtant égarés. On retrouve dans le morceau toute la crispation et la douleur qui nous avaient saisi lors de sa première écoute en format domestique. L’auditoire ne semble pourtant pas convaincu, restant patiemment à attendre la venue de Nika Roza. Ce qui sera d’ailleurs relativement hilarant, puisque personne ne semblera la reconnaître lorsque celle-ci grimpera sur scène pour interpréter Chin Up. Ce morceau qui avait pourtant ravi à l’écoute de New Love peine à convaincre lors de son passage en live. Une faiblesse dans la voix de la chanteuse n’y sera pas étrangère et ne sera pas sans inquiéter pour la suite. Taurean Nature sera le dernier morceau de ce (trop) rapide concert de Former Ghosts, laissant Freddy Ruppert seul face à un public qui commence seulement à s’immerger dans sa musique. Poussée à son paroxysme, la dramaturgie de cette chanson explose littéralement à la gueule de l’auditoire et laisse le chanteur en larmes. Celui-ci prononcera quelques mots brefs concernant l’accident mortel qui le poussèrent écrire cette chanson, avant de quitter la salle la tête basse. Ceci n’est pas un show, c’est de l’émotion brute mise en musique. Il est regrettable que le public ne l’ait pas apprécié à sa juste valeur. Moi, oui.

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Une lourde pause permet de souffler un peu. Dommage, il n’y a pas de bar pour se soûler la gueule. Peu importe, je profite de ce moment de répit, pour m’allonger sur le sol et passer un appel longue distance. Quand je vous disais qu’il y avait de la place. A vrai dire, j’ignore ce qui prendra autant de temps aux techniciens pour effectuer le changement de plateau, car le battement sourd et introductif d’I Can’t Stand semble venir de nulle part. C’est sur une scène quasi nue que grimpe la toute petite mais énergique Nika Roza. Cependant, les premiers sons expulsés par la chanteuse nous rassurent quant à l’état de sa voix et celle-ci exécute avec brio ce qui restera, il faut bien l’avouer, l’hymne tortueux de Stridulum II. Il y a dans ce morceau une puissance douloureuse qui tiraille jusqu’aux larmes et déchire l’âme. La chanteuse se donne corps et âme, se balançant sur elle-même et poussant sa voix dans ses derniers retranchements. Et pourtant… Les titres s’enchainent avec une certaine répétitivité, et la chanteuse commence à nous lasser par ses gimmicks et ses allers-retours le long du plateau. Même l’aide d’Angela Seo, totalement en retrait, ne lui sera d’aucun secours. Il manque à cette voix l’âme d’un groupe, qui fasse vivre les compositions pourtant enivrantes recrachées ici, bêtement par un lecteur MP3 (SIC !). Bizarrement, au-delà de toute comparaison, le timbre de Nika Roza, ne me fait ni penser à Siouxie Sioux ou à Jarboe à qui l’on a pu la comparer si souvent, mais à Kim Carnes pour son ton grave, voir Cindy Lauper pour l’éraillement strident de sa voix et sa facette punkette-trash… N’y voyez-là aucun mauvais jugement, malgré leurs carrières pop, ces nanas avaient du coffre. Enfin quoiqu’il en soit, malgré un répertoire bien fourni, Stridulum et Run Me Out en tête, le spectacle en forme de cérémonie aura grand peine à rassasier une assistance qui en attendait beaucoup plus, et moi le premier.

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Cela dit, malgré tout le respect que je dois aux artistes précités, Le Gros Morceau de la soirée restait Xiu Xiu. Et si je n’avais malheureusement pu assister à leur unique date donnée cet été au Point Ephémère, je ne pouvais immanquablement rater l’occasion de me faire un avis sur la prestation live de mon entité musicale chouchou. Si l’installation du matériel nécessaire à leur prestation semble tirer sur la longueur, le jeu en vaut cependant la chandelle. Il y a une sorte d’alchimie muette entre Jamie Stewart et Angela Seo qui semble rendre l’utopie accessible. Le duo accorde fureur, supplication, ironie, grotesque et sériosité avec un rare sens de la mélodie, la repiquant ensuite d’extravagances les plus folles. Je ne vais pas vous faire une description musicale de l’univers des Californiens, vous y êtes déjà probablement familier, je dirai simplement que le show auquel je pus assister était bien supérieur aux émotions dégagées par les multiples écoutes qu’avaient pu me procurer n’importe quel album du groupe. Comment ne pas céder à l’affolement d’un Crank Heart électrique ou au bouillonnement contagieux de Gray Death, comment rester de marbre devant le traumatisme saisissant de Pox ou l’électronica boulimique de Chocolate Makes You Happy. Jamie se jetant à corps perdu dans chaque morceau, se laissant à chaque fois une bonne minute de récupération. Et alors que le public attends avec lubricité Boy Soprano, je me régalerais d’un I Love the Valley Oh ! joué à la perfection, et qui sera l’occasion pour l’artiste aux multiples talents de montrer comment utiliser une Nintendo DS à d’autres fins que récréatives. Après tout, à chacun son classique ! Sur scène, la très magnétique et charnelle Angela Seo attise les regards, tout en gardant une distance imperturbable. A eux deux, nos musiciens symbolisent parfaitement le feu et le glace. Après un Save Me, glissant doucement dans l’affliction, Xiu Xiu termine son concert autour des deux titres crève-cœurs Dr.Troll et Sad Pony Girl Guerilla, livrant au spectateur deux comptines douces-amères emplies de tristesse et d’affection, avant de le laisser seul face aux méandres de la solitude.

Je repartai donc avec un sentiment de suffocation, d’étranglement, de profond désenchantement, un sourire narquois en coin. L’illusion d’avoir passé la soirée en compagnie des rejetons de Brett Easton Ellis et Jay McInerney. Je vaquai donc dans la nuit, bercé par les gouttes, le regard perdu, sachant pourtant pertinemment qu’en me réveillant le lendemain matin, les choses ne seraient plus tout à fait pareilles…