On y était – Festival Super Mon Amour

super-mon-amour-508x718La dream-team du report est de retour. Cette fois, Virginie, Aki et Thibault se rendent quai de Valmy, au Point Éphémère, pour la troisième édition du Festival Super Mon Amour. Un festival qui prend de l’ampleur, notamment par sa programmation quatre étoiles (the XX, These New Puritains, Chokebore, FM Belfast, Glass Candy), mais qui reste néanmoins indéchiffrable dans son organisation. Une crise de croissance dont font fi nos trois hartziners. Chacun d’entre eux avaient sa marotte, et si Virginie s’est retrouvée privée de la sienne (These New Puritains), Thibault (Chokebore – reporté dans ces pages séparément) et Aki (FM Belfast) s’en sont donnés à cœur joie. Retour sur un samedi 20 février haut en couleurs. Et en chaleur…

Samedi 20 février – festival Super Mon amour – Dent May, Think About Life, FM Belfast

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Parfois la seule chose que vous arrivez à vous dire en pensant à Paris, cette bonne vieille capitale, c’est qu’elle n’est vraiment qu’une catin, une salope, une … Bon okay, nous pouvons arrêter là pour les synonymes. Mais passer deux heures bloqué en voiture ou attendre quarante minutes un samedi soir sur le quai du métro pour cause de voyageur malade, ça provoque instantanément un sentiment nauséeux. Mais où sont donc partis les vacanciers ? Ils ne sont pas en train de dévaler les pistes enneigés, ça on peut vous l’assurer. Et c’est finalement hors d’haleine, transpirants et totalement ivres de fatigue qu’on arrive enfin aux portes du Point Éphémère (maison ?). Et de nos amis de ricaner en nous annonçant que le triomphal Dent May clôture à cet instant son show. Pas le temps d’écouter les moqueries, un coup de coude bien placé, saut en fosbury par-dessus la barrière, coup de tampon et projection dans la salle. Et ô stupeurs, aucune émotion ne passe à travers le ukulélé du petit protégé de Paw Tracks. Le musicien semble perdu dans une divagation dont lui seul connaît les tenants et les aboutissants, nous laissant là, en plan, avec nos brèves interrogations. Tiens, on se rappelle qu’on avait sacrément envie d’en griller une.

Les Think About Life n’ont, quant à eux, rien de vraiment excitant sur le papier. Premièrement, ils ont l’immense désavantage d’être Québéquois, ce qui n’est pas pour arranger les affaires d’un Aki allergique au dialecte du pays des « têtes à claques ». Pourtant, le quatuor signé sur l’excellent mais discret label Alien8, met le feu au poudre grâce au magnétisme de son chanteur Martin Caesar, véritable bête de scène se nourrissant tant à la soul qu’au rock. Ajoutez un batteur dont le look se situe entre Elmer Food beat et Jay Reatard, un guitariste longiligne et une choriste un peu garçonne et vous obtiendrez quatre supafreaks distillant un savoureux mélange de disco-house bien frappa-dingue largement au-dessus de nos espérances. Et si Martin nous séduit par son énergie communicative et sa voix se rapprochant dangereusement de Tunde Adebimpe, Calia nous enchante le plus souvent lorsqu’elle se tait, ce qu’elle ne fait que trop rarement. Sweet Sixteen et Set you on Fire soulèvent les foules et ramassent les sourires. Dans le dico, un terme existe pour définir la prestation de ces jeunes gens philosophes de Think About Life : une bonne surprise. En foot, c’est Calais en demie finale de la coupe de France. Au choix.

« Ces types ont le sens de la fête ou quoi ? » lâcherait Wayne Campbell en assistant à un concert de FM Belfast. « Chapiteau Wayne !« , lui répondrait-on vivement. Cela fait un moment que les Islandais ont conquis le cœur du public français tout en envoûtant leurs paires de baskets qui bondissent invariablement dans tous les sens. Ces trublions de l’electro-pop tirés à quatre épingles retournent littéralement les planches du Point Éphémère provoquant l’hystérie collective. La tension monte crescendo jusqu’à un Lotus explosif, qui n’est autre qu’une réinterprétation disco-punk du Killing in the Name de RATM. Comment stopper un public monté sur ressort ? En l’invitant sur scène peut-être ? Happy-Happening ! Changement de dresscode, le collectif réapparaît en tenu de combat : shorts, débardeurs et bandeaux tandis qu’ils renquillent sur une violente reprise de Pump Up the Jam. Retour aux vestiaires et c’est les sifflements dans la salle. Juste le temps de placer un Welcome to the Jungle avant le grand lâcher de ballon. L’euphorie collective fait tâche d’huile dans le public alors que FM Belfast nous rappelle qu’ils voyagent Par Avion. Franchement, il est vraiment très dur de se remettre d’une telle claque qui nous a à tous provoqué le tournis. La sécurité vide la salle, la coupure est la bienvenue. Thibault raconte à Aki et Vv les avoir croisé plus tôt dans l’après midi, lors de leurs balances. On a frisé l’interview improvisée. Ce n’est que partie remise tant Aki en perd son chewing-gum.

Samedi 20 février – festival Super Mon amour – Glass Candy, Desire, Chateau Marmont, Mondkopf, Futon et Chevalier Play

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Complètement dans le gaz ce soir-là, Vv s’est laissée porter par la joyeuse première partie de soirée. Dopée au coka sans bulle et à la bonne humeur des zigottos d’FM Belfast, c’est bien décidée qu’elle entre à nouveau dans cette salle, définitivement trop petite, histoire de voir ce que Château Marmont a dans le donjon. Tout ce qu’on peut dire, c’est que les quatre mecs venus du Sud n’étaient peut-être pas le meilleur choix pour « envoyer » ce début de soirée épique. Solar Apex, leur dernier Ep, s’il est prometteur sur disque n’en est pas moins soporifique sur scène. Certes, c’est maîtrisé. Faut voir la ribambelle de synthés analogiques vintages du barbu sur la gauche. Ça en fait rêver certains, c’est sûr. En ce qui concerne Vv, on est loin du compte. Si celle-ci apprécie à sa juste valeur Air, à qui on les compare souvent, les Versaillais ne se sont jamais limités à une litanie de morceaux planants saupoudrés de voix passée à la moulinette d’un foutu vocodeur. Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin nous abreuvent de Pop, un terme banni du vocabulaire des châtelains. L’état cotonneux de notre Vv s’accommode cahin-caha de ces longues plages floydiennes tandis que Thibault cherche Aki et qu’Aki cherche Thibault. L’armée de modasses venues pour Glass Candy dodeline de la frange. Tout va bien Capitaine. Pause. On reprend.

Échaudée par le compte rendu de l’interview de Johnny Jewell par ses petits camarades, Vv s’impatiente de voir débarquer l’une de ses cinq formations : la bien nommée Desire. La foule se fait de plus en plus dense, délurée, en demande de glam’. Celle-ci est un gai mélange de hipsters en tout genre, réunis ce soir pour vibrer. Une heure et quart au cadran et Johnny apparaît, suivi du batteur Natty (également à l’œuvre avec les Chromatics) et de la charmante canadienne Megan Louise. Dans sa robe paillette flashy, celle-ci nous salue chaleureusement de son accent québécois, jouant inopinément avec la tripotée de nerfs que compte notre pauvre Aki. Commence alors une rêverie nu-disco mélancolique… Miroir Miroir s’installe sans grand mal dans les corps happées par son beat léger et sec, la voix de Megan débutant sa séance d’hypnose de masse. C’est cette impression étrange qui persistera même après le live, comme dans un film de série B des années soixante-dix (années érotiques). Les pupilles se dilatent, les lèvres s’humidifient, la sueur perle dans la nuque et le mouvement des hanches se fait régulier et sensuel. Qui a dit série B ? Avec un tel patronyme, il ne fallait pas s’attendre à ce que ces trois là nous jouent le numéro de la cold wave aseptisée. A les voir se mouvoir sur scène – Natty frappant sèchement une batterie minimaliste, Johnny, imperturbable, triturant ses synthétiseurs et Megan ondulant imperceptiblement du bassin – on ne peut que deviner la vaste entreprise de perversion du groupe : laisser les désirs primitifs de chacun s’exprimer sans entrave. Et elle l’avoue sans mal, Vv est happée sans la moindre résistance par l’onction vénéneuse d’un groupe venu faire ses adieux temporaires à la scène. Vos désirs sont des ordres Johnny. Revenez vite.
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La troupe s’aère. Prise légale de coka pour certains, de vodka avec un glaçon s’il te plaît pour d’autres. L’impatience croît à mesure que l’air devient irrespirable. Glass Candy est annoncé à juste titre comme l’autre sommet d’une soirée déjà secouée par la déferlante Islandaise. Formé en 1996 et passé depuis d’un post-punk anémique à une italo-disco ondoyante, le duo formé par Johnny Jewel et la lutine Ida No n’a de cesse d’épuiser depuis 2007 B/E/A/T/B/O/X sur les dancefloors du monde entier. Plus tôt dans l’après-midi, Johnny annonçait à Thibault, lors d’une entrevue tenue dans les escaliers de son hôtel, l’ouverture imminente d’un nouveau chapitre discographique de Glass Candy sur , label dont il est lui-même l’architecte visuel et sonore avec Mike Simonetti. La salle gronde, l’obscurité baigne les corps impatients quand l’onde synthétique de Digital Versicolor fait basculer d’entrée l’assistance en liesse. La boîte à beats de Johnny prend au tripes quand la sémillante Ida électrise les coeurs d’une prestance à faire rougir la Deborah Harry du CBGB. La ballerine disco se promène à pas de velours sur la scène quand notre sympathique Pierrot la Lune se courbe fiévreusement sur son clavier surdimensionné, inoculant tous ses hymnes italo dans la moiteur d’une nuit bien entamée. Beatific révèle sa texture mordorée, Candy Castle égraine son groove malsain quand Life After Sundown finit crapuleusement le boulot. Empreint d’un stupre insufflé deux heures durant par les joyaux féminins d’un Johnny aux anges, le public en quête d’un vice centigradé fond sur un bar en manque de glace. Il fait chaud, très chaud, trop chaud : Thibault perd sa fratrie rédactionnelle, Aki et Vv se sont visiblement liquéfiés.

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Changement de décor. L’ordinateur honni jusqu’à présent trône désormais au milieu de la scène. L’appel d’air n’est pas feint : ostensiblement la foule éclate et se répand sur tout l’espace du point Éphémère. Basse pression, Mondkopf pointe le bout de son set. Minimale étourdie, minimale lancinante, l’appel du canal et d’une énième pose clope brûlent les doigts. Les rencontres se font, se défont et s’entrechoquent. Les djs présents et futurs (Futon, Chevalier Play) ne serviront plus qu’au tapis sonore de ces circonvolutions nodales. On vivote, on s’enfuit, on persévère. La nuit nous appartenait que déjà le petit matin ramène de sa lumière diaphane la lueur d’une raison jusque là évanescente. Ce sera un thé, de la marche à pied et un pieux. Oui un pieux. Fatalement même.

Virginie, Akitrash et Thibault