On y était : Baleapop #5

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Photos © Hélène Peruzzaro

On y était : Baleapop #5, du 6 août au 10 août 2014 à St-Jean-de-Luz

Je connaissais l’excellente réputation de l’événement depuis un moment déjà mais je n’avais jamais pu m’y rendre. Cette cinquième édition serait donc une première pour moi, et c’est avec enthousiasme que je quitte la pluie parisienne de ce mois d’août pourri pour le soleil et les vagues de la côte basque. Si je viens avec un regard de néophyte, ce n’est pas le cas des collègues qui m’accompagnent, habitués réguliers de la fiesta made in Euskadi. Cette année, le festival a pris une ampleur plus importante en terme d’affluence, affectant peut-être un peu son côté intimiste mais signalant clairement son importance grandissante dans la vie culturelle de la région. Alors ok, il y a quelques bourrés (bon, c’est un festival hein), des gamins débiles et des festivaliers qui se sont peut-être cru à Calvi, mais ce que je retiens avant tout c’est la bonne humeur générale, les sourires, la chaleur et la maestria du collectif Moï Moï dans la mise en place des festivités.

Cette année, Baleapop investi le parc Ducontenia à Saint-Jean-de-Luz ainsi que d’autres lieux de la ville, pour quatre jours de pur plaisir. Nous sommes jeudi et Lockhart ouvre le bal sur la petite scène avec son électro pop bien ficelée pour une agréable première surprise. Le soleil n’est pas encore couché, on est bien. Suivront ensuite l’indie des Bordelais de Botibol avec ses relents de rock à papa relou, la prestation du duo math rock local Viva Bazooka (si si, ça s’invente pas) pour les nostalgiques de The Redneck Manifesto ou Don Caballero et les représentants du label Moï Moï Polygorne, qui peignent des paysages sonores planants aux influences kraut et post-rock. Violence Conjugale prend le relais pour la performance défouloir mongole de la soirée. Insultes, drogues, alcool, fausse bagarre, mec éjecté de son fauteuil roulant et dédicaces à Estrosi sur fond de synth-punk répétitif et agressif. C’est assez pauvre musicalement mais on rigole bien. Faut dire que je suis assez client des plans dégénérés avec discours désaxés qui ne sont pas sans rappeler l’ambiance Cobra, même si ces derniers demeurent les maîtres en la matière. Lone clôturera la soirée avec un set bien garage UK 90’s, spéciale dédicace aux kids.

Le lendemain midi, c’est apéro-brunch avec l’équipe Moï Moï et le maire de la ville (on pourrait parler longuement de la récupération politique des événements culturels mais bon, la flemme, quoi) pour la conférence de presse qui sera également l’occasion de présenter les différentes œuvres qui occupent le site du festival (Baleapop, ce n’est pas que la musique, mais un véritable effort pluridisciplinaire) avec de belles réalisations, comme le Tu m’existes de Baptiste Debombourg, son côté hollywoodien décalé et son caractère 100% recyclable, les quelques milliers de leds utilisées ayant été récupérées sur les décorations de Noël de la municipalité. Autre installation amusante qui a créé le buzz : le Cimetière pop de Thomas James, cause d’un scandale chez les grenouilles de bénitier du coin, occasion supplémentaire de souligner la stupidité des ces gens qui arrivent à conférer un caractère diabolique à une blague inoffensive à la Eric Pougeau.

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Côté concerts, Theo Verney démarre la soirée avec son rock garage puissant et son look tout droit sorti du Seattle de 1990. Suivront ensuite la pop grandiloquente de Petit Fantôme et les paysages psychédéliques de Forever Pavot, jusqu’à l’arrivée de Mykki Blanco. Une fois de plus, le mec prouve qu’il n’est ni le meilleur MC, ni le meilleur chanteur, mais bel et bien un performer hors pair avec qui il est difficile de rivaliser. Le show est articulé autour de son personnage transgenre et de son évolution du féminin au masculin, identité trouble entre maniérisme et machismo. Comme au Airwaves, il est accompagné de son DJ ultra grems qui envoie ses prod trappy en buvant de la vodka à la bouteille et en amorçant quelques routines voguing pétées avec ses bras d’albatros mal nourri. Mykki tient la scène, contrôle le déroulement des événements et le show débordera allègrement sur l’horaire pour finir en fête queer avec des tubes eurodance comme le Freed from Desire de Gala, en se foutant royalement de Karen Gwyer qui commence sur la petite scène. Mais l’Américaine ne se démonte pas et démarre timidement mais sûrement devant les quelques personnes présentes avec des plans rythmiques bien sentis pour se mettre dedans, avant de balancer les mélodies et de chauffer le public maintenant plus nombreux qui réagit avec enthousiasme à sa techno intelligente. Compositions exigeantes parfois dansantes et physiques mais avant tout mentales pour terminer la nuit avec ce qui sera clairement mon premier gros highlight du festival, bonheur.

Samedi après-midi, c’est fête à la plage avec les DJ-sets des Australiens Dreamtime, Sharky et DJ Biscuit et leur selecta qui alterne entre techno estivale et phases mongoles pour saucer les baigneurs alcoolisés – ça pue les vacances. Aujourd’hui, double dose de dancefloor avec la soirée techno du festival sur un court de tennis couvert, décor marrant mais pas idéal pour le son sous la grande verrière. Fairmont déroule avec sa classe habituelle et calera notamment une jolie reprise de Motas de Polvo de son pote Undo au milieu de son live deep et voluptueux. Ron Morelli enchaîne pour deux heures de guerre. Le mec ne prend pas de prisonniers, un babtou sensible avec le doigt bien ferme sur la gâchette de sa mitraillette techno, un putain de set intense de bonhomme aux goûts affutés. Laptops en rang d’oignon façon open space Google, DSCRD prend le relais. Visuellement, c’est pas top, et même si le kick est solide et que les roulements de claps sont peut-être mieux travaillés à cinq, je ne rentre pas dedans. La prochaine fois peut-être mais c’est pas gagné.

La journée du dimanche sera sans doute le point d’orgue du festival, confortant mon idée que les meilleures fêtes se passent souvent de jour et au soleil. Luke Abbott et Jack Wyllie présentent un live unique et inédit, fruit du baleaworkshop en résidence à l’auditorium Ravel de Saint-Jean-de-Luz. Synthé modulaire d’un côté et saxophone de l’autre, ils développent des mouvements ambiants cinématographiques aux motifs orientaux et pastoraux pour une méditation estivale à l’ombre des arbres. L’aussi discret que talentueux Mattheis lance véritablement la fête avec ses sonorités profondes et délicates qui ne sont pas sans rappeler l’école Border Community ou Beachcoma. Deuxième coup de coeur perso de l’édition, le jeune Hollandais envoie exactement ce qu’il faut sous le soleil. Pas le temps de se poser car les claques s’enchaînent. Syracuse fout le public en transe en plein cagnard avec son live terriblement dansant. Puissance analogique, hédonisme et crème solaire, on le savait déjà mais le duo enfonce le clou et prouve une fois de plus qu’il s’agit là d’un des groupes les plus intéressants de la scène parisienne – que dis-je, française. Red Axes passe derrière et tout de suite ça fait faiblard niveau son, la transition MS20/laptop ne pardonne pas. Les gars envoient un DJ-set cool mais somme toute anecdotique, avec un gros final digne de l’ambiance des pizzerias du sud-ouest, avec un petite touche Cape Cod bien flinguée, un délire de branleur mais au final on s’en fout, il fait beau. Le Moï Moï live band composé des différents membres et artistes de l’équipe clôture le festival avec sa réunion familiale tout en improvisations et téléscopages stylistiques osés et inventifs. C’est terminé mais on en veut déjà plus, on se revoit l’année prochaine. Milesker et musuak les gens.

Par Alex P.

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