On y était : Dead Rider @ Espace B

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On y était : Dead Rider, le 16 juin à l’Espace B – par Samuel Falafel.

Dead Rider venait assurer vertes pantalonnades et style de patron début juin, à Paris, en massive présence d’une trentaine de personnes qui n’avaient point d’autre choix que de se laisser glisser dans la moite et trouble atmosphère d’un groupe qui, de manière on ne peut plus claire, s’en bat sagement les couilles. Retournons donc patiemment sur cette soirée, sobrement accueillie par l’Espace B.

J’aime ce style. J’aime leur attitude de maraudeurs. J’aime cette interlope collection de délectables anormalités. Ces personnages possèdent l’élégance et l’aplomb de ceux qui se lancent sans gêne aucune dans la plus crapuleuse et lascive des décontractions. Todd Rittmann arbore sur son vierge crâne un bob qui donne cet air louche au bonhomme, cet air de vieille ganache complètement tarée : cela le rend parfaitement charmant, aguicheur, mesurant chacun de ces amples et imprévisibles mouvements. J’adore ça. Putain, vraiment, c’est très excitant. Cette ambiance étrange aux humides contours s’appose doucement sur la foule, perle lentement comme une goutte de sueur sur le front d’un athlète massivement bodybuildé, c’est extrêmement délicieux, d’autant plus que ses associés ne sont pas en reste, proposent une allure de nababs : je n’arrive décidément pas à choisir entre le batteur – son diaphane béret comme ses gestes nerveux traduisant une haute démence – et le mec au synthé, au visage sobrement habité par l’envie d’émasculer tout un chacun, au regard absent, froid et pervers, souvent perdu dans un sombre coin de mur.

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All photos © Céline Non

Ce groupe possède un style définitif, de celui qui sublime et fait même écho à la musique ici déployée. Car, musicalement, on se situe sans peine dans la noblesse d’esprit d’un groupe comme U.S. Maple – soit l’ancienne bande légendaire de Rittmann – sauf qu’ici, précisément, s’ajoute à l’atmosphère élastique, mollasse et sexuelle une délétère ambiance d’une ringardise absolu, parcourue d’improbables passades de riffs, de psychotiques revirements de situations et de basses et félones sonorités. Dead Rider déroute complètement, c’est cela qui fait que ce groupe défonce, que l’on assiste enfin à quelque chose qui semble parfaitement personnel et renvoie sauvage au seuil de la porte d’un monde nouveau – certes peuplé d’infâmes solos et d’absurdes gimmicks funk – mais dont il est bon de laisser passer la fraîche élégance sur nos frêles corps défraichis, tel le vent révélateur de la pleine Vérité. Putain de concert, honnêtement, jetez-vous sur les disques si vous le pouvez.