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On y était – Bear In Heaven & Errors

today10/05/2010 12

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Bear in Heaven, Errors, Paris, le Point FMR, le 27 avril 2010

Je vais finir par prendre un abonnement à la soirée du mardi soir au Point FMR. Tout d’abord pour l’excellence de la programmation – High Places, reporté ici la semaine précédente, Bear in Heaven et Errors ce mardi 27 avril – mais aussi pour les conditions de concert : loin d’être vide, le point FMR est surtout loin d’être bondé. De quoi savourer, dans une ambiance bon enfant et sans se coltiner la pénibilité olfactive des aisselles du voisin, deux groupes promettant de décrasser les articulations de nos guiboles ankylosées d’une douce paresse printanière.

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Je connais les Bear in Heaven à peu près autant que je ne maîtrise la langue de Shakespeare. A savoir, deux beaux albums téléchargés et bien rangés mais pas une seule fois écoutés. Tels deux beaux manuels d’anglais neufs mais passablement poussiéreux. N’étant pas une quiche intégrale, si je comprends le nom du groupe sans pouvoir le prononcer correctement, j’ai en tête à quoi leur musique s’assimile sans être en mesure de l’exposer avec concision. Une belle occasion de faire d’une pierre deux coups et de voir à quoi peut bien ressembler une tripotée d’ursidés célestes censés dégoiser, nous dit-on dans le programme, un son psyché, à la patine krautrock, dardé ça et là de fulgurances discoïdes. Ce genre de bête ne pouvant qu’habiter New-York, c’est de Brooklyn précisément que le trio de moustachus débarque. Tu m’étonnes. Et qui dit Brooklyn dit partouzes artistiques en pagaille : on aurait tort de croire que le Jon Philpot, la tête pensante des angelots, est le premier des velus venus. Bear in Heaven comptait d’ailleurs dans ses rangs jusqu’à il y a peu l’illustre James Elliott ayant à son actif la création, avec David Daniell, lui aussi membre fondateur des Bear in Heaven et guitariste expérimental patenté (ayant collaboré avec Christian Fennesz, Tim Barnes ou Thurston Moore), du label Antiopic, en plus d’avoir été à l’origine de deux projets musicaux à l’importance variable : Ateleia, groupe psyché minimaliste, et School of Seven Bells qu’il forma avec Benjamin Curtis et qu’il quitta peu avant la sortie d’Alpinism. Le molosse Philpot a donc à cœur d’imposer sa griffe aux Bear in Heaven nouvelle formule, récent adepte du triolisme et jouant toujours de l’unique corde à son arc : l’album Red Bloom of the Boom composé et enregistré avec ledit Elliot. Pour leur toute première date parisienne, le public a priori circonspect par l’allure peu avenante de ces messieurs – des moustachus en chemises à carreaux, miam ! – reste coi et clairsemé tout au long du set. Inutile de se mentir, histoire de se gargariser entre brooklynophile autour d’une tasse de thé, si le groupe dégage une énergie contagieuse et un certain magnétisme sur les hypnotiques Lovesick Teenagers et Ultimate Satisfaction, le reste du set est irrémédiablement altéré par l’utilisation compulsive d’un vocoder rendant la voix de Philpot aussi mâle qu’une oursonne en pleine divagation sexuelle et ce dès l’horripilant morceau d’ouverture Deafening Love. Bear in Heaven garantit donc bien quelques montées d’encéphalogramme, où un clavier tourneboulant s’octroie les qualités de celui d’un Johnny Jewel (Glass Candy) sous amphet, mais le reste fait preuve d’une platitude déconcertante, empêtré dans le sens d’une formule toute prête et ripaillé de sonorités mille fois éprouvées. Psyché je veux bien, kraut et discoïde… hum oui à condition de le dire vite. Très vite.

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Un petit tour sous le soleil tirant sa révérence pour de bon et je rembarque pour un voyage sonique d’une tout autre nature. Là où les Bear in Heaven ont eu tendance à m’obliger à tailler le bout de gras avec mon voisin un poil sourdingue, afin de ne pas sombrer avant l’heure dans les méandres de l’ennui, la petite tribu écossaise d’Errors sut se montrer suffisamment captivante pour me subjuguer sur l’entière durée de leur set et ce malgré deux morceaux inauguraux un rien poussifs. Je ne vais pas vous la faire cinquante fois, d’une j’avais été littéralement happé par le déferlement de leur nappes électro-rock instrumentales lors d’un concert l’année passé au Social Club, de deux j’ai été véritablement conquis par leur second opus, Come Down With Me (2010, Rock Action), que je me suis empressé de chroniquer en long en large et en travers par ici. Simon Ward (guitare, claviers), Greg Paterson (guitare), Stephen Livingstone (guitare, claviers) et James Hamilton (batterie), une fois sur scène ne promettent rien, ne disent rien ou très peu (« bonjour, merci très beaucoup, je parle pas le français« ) mais n’en pensent pas moins : une heure, dénuée de pause, à nous envoyer valdinguer dans les stratosphères d’une pistes de danse rêvée, où leur sens du rythme lorgnée du côté de Sheffield et d’une électronica vénéneuse s’enquiert d’une science du bruit universelle, tirée de maximes des pères fondateurs – Mogwai, pour mieux la pervertir en arabesques dancefloor du plus bel effet. C’est ainsi que les yeux rivés au vide, les épaules tressaillent, harnachées qu’elles sont aux tapageuses pharmacopées d’un groupe sûr de son fait. L’assurance écossaise dira-t-on, les quatre garçons jouant fiévreusement tout en gardant cet air débonnaire de celui qui s’en fout et qui se refait plusieurs fois le film du but d’anthologie de James MacFadden au Stade de France. Bridge or Cloud ? ouvre les hostilités comme il ouvre le disque, dans un remugle de bonnes intentions un rien faiblardes, quand A Rumor in Africa puis Antipode, évinçant Supertribe et ses synthés légèrement kitsch, balayent tout sur leur passage d’une bourrasque aussi intempestive pour l’un qu’obnubilante pour l’autre. S’ensuit la quasi intégralité de Come Down With Me débité sur un rythme échevelé mise à part l’ode aux paysages déshumanisés de Mogwai, Sorry About the Mess. Germany constitue avec Pump du précédent album It’s Not Something But It Is Like Whatever (2008, Rock Action) le point d’orgue de cette dantesque escapade atmosphérique, nimbée de claviers et de saturations étourdissants, quelque part suspendu dans les limbes de l’inconscience et de l’abandon de soi… Comme il fut douloureux de revenir à soi et d’entrevoir le manque de magie d’un retour en métro. Peut-être pour cette raison, la nuit se poursuivit sur un ton toujours plus halluciné. Mais pour vous, l’histoire s’arrête là.

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Écrit par: Thibault

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