On y était : Beak à Petit Bain

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On y était : Beak à Petit Bain, le 27 juin 2015 – Par Sonia Terhzaz

Les poèmes électroniques de nos rêves synthétiques sous l’influence de Beak.

Le jour ou la Musique concrète électronique a rencontré la pop à la fin des années 60’s, de nouvelles hybridations musicales ont été rendues possibles en élaguant un nouveau champ d’expérimentations : Du Revolution number 9 des Beatles, à la musique de Frank Zappa fasciné par Edgard Varèse, aux explorations électroniques des Silver Apples (du nom d’une composition de Morton Subtnonik pour synthétiseur Buchla «Silver Apple of the Moon»), de Faust (avec leur titre Krautrock dans l’album Faust 4 en 1973), ou encore du Velvet Underground aux expérimentations de Can sous la houlette de Holger Czukay, tous ces exemples attestent de l’incursion de la musique électronique expérimentale d’avant garde dans le champ de la pop et du rock prog. L’écoute d’une compilation sur les premiers gourous de la musique électronique de 1948 à la fin des années 70’s prolongeait mes rêveries et me faisait dresser des passerelles et de nouvelles généalogies, sans doute hasardeuses, dans un désir d’appréhender les connaissances dans leur globalité. J’en venais finalement à dresser des ramifications en tous genres qui se bousculaient dans ma tête comme autant de visions quasi cauchemardesques d’objets gigognes se formant et s’emboîtant progressivement dans mon esprit et l’assaillant jusqu’à couvrir la quasi totalité de ma boite crânienne. Dans mes digressions, j’en venais inéluctablement au Krautrock, qui, dans mon esprit, constituait l’exemple parfait de cette hybridation. Autant dire que, ce jour là, j’étais dans les meilleurs dispositions d’esprit pour assister au concert de Beak et je retrouvais conformément à mes aspirations, ces magiques ramifications à l’issue de leur performance qui était d’une grande intensité à la qualité sonore riche et modulée.

Ce retour stylistique était d’ailleurs assez prématuré au regard de toutes ses résurgences contemporaines dans la scène musicale actuelle. En effet, ce projet instrumental avait été inauguré en 2009 avec l’album BEAK, sous la houlette de Geoff Barrow, et préfigurait, avant les autres, le retour d’un style caractéristique si largement revendiqué et surexposé aujourd’hui. Autant, faudrait-il se méfier de ces nouvelles modes réactivées, fruit d’un immobilisme et d’un opportunisme, autant nous pouvons saluer ce retour gagnant, tout aussi pertinent dans le temps (sortie en 2012 du 2e LP Beak >>). Geoff Barrow a bien fait de chercher si longtemps, pour prolonger ses explorations sonores à la recherche de vérité.

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Les différentes plages instrumentales s’écoutaient distinctement comme autant de parties mélodiques progressivement épurées et tendant à une parfaite abstraction. Car finalement c’est peut être là qu’on touche à la spécificité du son de Beak. Point trop n’en faut de cette inventivité qui fait souvent défaut dans la musique actuelle mais, les influences Krautrock qui leurs sont indéniables et même admises par le groupe, sont régurgitées d’une manière tout à fait inédite. Les teintures sonores et les modulations progressives de l’ère caienne sont simplifiées, synthétisées, minimales et de cette compression naît une nouvelle abstraction.

En réalité, je pensais davantage au groupe Neu qui empruntait à l’époque une voie plus primitive avec ce rythme substantifique « Motorik » tout en pulsation et ces paysages sonores hypnotiques (à l’écoute du titre « Yatton » dans l’album >> sorti en 2012 ) ou encore Silver Apples (il suffira d’écouter « Oscillations » juste après « Spinning Top » de Beak pour en sentir l’étroite proximité) .

Geoff Barrow a une manière si particulière de jouer de la batterie, se plaisant à frôler l’arythmie et de cette dissonance surgit l’émotion. Le titre Battery Point, joué en toute fin (juste avant le rappel), opérant sur ce mode, n’a pas manqué de m’ébranler. Le martellement subtil et lancinant sur les cymbales ne cessait de ponctuer ce morceau élégant générant une émotion graduelle, non pas ostentatoire, ne cherchant pas l’effusion. Cette musique ne revêtait pas les artifices de la fausse séduction immédiate, mais arrivait pour autant à générer de profondes évocations mobilisant tous les mouvements de l’âme. L’abstraction, recherche bien souvent l’émotion pure sans passer par ses évocations directes dans la réalité. La répétition si manifeste dans chacun des titres contribuait également à l’immersion progressive au travers de laquelle l’auditeur se laissait doucement transporter et la mélancolie le gagnait… du moins elle me gagnait et j’en percevais l’expression même de la vérité.