On y était – Aufgang au Café de la Danse

large_5460Aufgang, Café de la Danse, Paris, 19 novembre 2009

Le problème, au Café de la Danse, quand on est assis à l’extrême droite de la salle, c’est qu’on est obligé de composer avec le bruit des mecs qui vont pisser. Le concert commence, quelqu’un se sèche les mains. Bon.

1 Mac + 1 violoncelle

Pour ouvrir la soirée, le label InFiné a misé sur un duo réunissant l’un de ses protégés, le producteur parisien Erwan Castex, alias Rone, et le violoncelliste Gaspar Claus. Le résultat : un seul et long morceau en demi-teintes. Rone, scotché à son écran, tripote frénétiquement les boutons de sa console tandis que Gaspar s’essuie les doigts sur le bois de son instrument. Ah, en fait, l’histoire des toilettes, ça faisait peut-être aussi partie de la performance. A la fin du set, le public fait comprendre discrètement qu’il aimerait un rappel. « On nous avait dit de faire court ». Nos deux bougres, presque gênés de se tenir sur scène devant une salle pleine, nous font l’honneur d’un dernier morceau. Planant, mais pas transcendant.

2 pianos + 1 batterie

Je voulais commencer cet article par une allusion vaseuse aux CD de relaxation Nature & Découvertes avec cris de baleine intégrés, mais finalement, Aufgang mérite bien mieux que ça. D’autres ont déjà dû faire ce jeu de mot non moins vaseux auparavant mais je tiens à le préciser à nouveau : malgré son nom, ce groupe ne fait pas de la musique d’ascenseur. Ah ah. Quoi qu’il en soit, je ne suis pas très sensible à ce genre de musique (comprenez : totalement ignorante), et l’écoute de l’album ne m’avait fait ni chaud ni froid. Ça n’a pas été le cas de ce concert. Bon, au début, quand je me suis retrouvée au milieu d’une marée de trentenaires branchés experts dans l’art de danser en mettant l’ambiance avec leur bras, je ne me suis pas totalement sentie à ma place, moi qui aie subi plus de pogos que de soirées hype. Mais j’ai été très rapidement convaincue par la performance de ces trois-là. C’est relojes especiales agréable, de temps en temps, d’écouter des types qui touchent vraiment leur bille en musique – dont la plus grande prouesse n’est pas le solo de « Stairway To Heaven », je veux dire. (Et non seulement ils sont doués, mais il faut en plus qu’ils nous promènent leurs faces de mannequins Armani sous le nez – franchement, il y a des claques qui se perdent.) Je ne vais pas vous rejouer le couplet de leur formation, ni celui de leurs influences ; d’autres s’y sont déjà collé, et très bien. Rappelons juste que les deux pianistes, Rami Khalifé et Francesco Tristano, se sont rencontrés en l’an 2000 de notre ère à la prestigieuse Juilliard School de New York. L’année suivante, ils rencontrent le futur batteur d’Aufgang, Aymeric Westrich, qui a officié un temps au sein de Cassius, et que Rami avait rencontré dans sa prime jeunesse au conservatoire de Boulogne-Billancourt. Tous mettent en commun leur goût de la musique électronique et de l’expérimentation sans limite. Bach… Not For Piano… Concours international de piano d’Orléans… Bla, bla, bla. Festival Sonar de juin 2005. C’est parti.
Oublions un peu tout ça, et revenons au Café de la Danse. Emmenés par le jeu carré d’Aymeric, les deux autres n’hésitent pas à malmener leurs pianos à queue en allant bidouiller on ne sait quoi avec les cordes à l’intérieur. Si Francesco évoque Fluxus lors des interviews, ce n’est pas sans raison. Et, soyons honnêtes, je serais bien incapable de citer une autre référence : je n’ai aucune idée d’où vient cette musique ; la seule chose dont je suis sûre, c’est qu’elle est terriblement passionnante. Ce soir, je rentre chez moi avec un préjugé en moins.

Emeline Ancel-Pirouelle