On y était : Animals & Men, Charles de Goal & The Monochrome Set

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photos©Seb Petit

Animals & Men, Charles de Goal, The Monochrome Set, Mains d’Œuvres, Saint-Ouen, 15 mars 2014

La nostalgie n’a pas bonne presse de nos jours, et les tournées de reformation menacent toujours de se résumer à la reconstitution poussive d’une gloire d’antan, toute confidentielle fut-elle (ce qui ne fait que rajouter au poids du culte). Pourtant, tout inspire une grande bienveillance ce soir aux Mains d’Œuvres où défilent trois noms connus des circuits alternatifs de l’âge d’or post-punk.

Si vous avez moins de 35 ans, il est peu probable que vous connaissiez Animals & Men autrement que par leurs apparitions sur les Messthetics, ces inépuisables compilations de perles obscures. Le quatuor du Somerset possède encore un charme discret, probablement conservé intact par des années de tournées de pubs. Porté par une chanteuse nasillarde vissée sur un tabouret avec un pied dans le plâtre, leur post-punk binaire doit autant au Velvet qu’à The Fall ou mille groupes de no wave, et s’avère particulièrement satisfaisant à l’ère du néo-vintage à la Dva Damas et consorts.

En second acte, Charles de Goal vient se plier à l’exercice du live qui reprend l’album phare titre par titre, et qui a le mérite de ne pas mentir. On se souvient de son Algorythmes qu’il vient interpréter ce soir comme d’une jolie tranche de cold wave française bien sèche, à l’humour carré, or ici, trente ans après les faits, ça sonne comme du rock, tout simplement. Ça ne perd pas de sa force de frappe, mais peut-être un petit peu de sa singularité. Les tubes Exposition ou Synchro paraissent étonnamment normaux, et dénués du décalage géométrique de l’époque, mais pas de leur acharnement quasi-comique.

On bascule dans la grande classe avec The Monochrome Set en clôture, dont le charme vicieux semble aujourd’hui intact. Souvent classé post-punk à la va-vite du fait de son affiliation Rough Trade/Cherry Red à l’époque, le groupe anglais a pourtant toujours produit une sorte de vaudeville art-pop à textes, d’une écriture très raffinée – ce qui en fait le seul groupe du genre que Morrissey a daigné apprécier de son temps. Accoutrés comme s’ils sortaient du clip d’Ashes To Ashes de Bowie, ils versent aujourd’hui dans un western spaghetti aussi séduisant que sarcastique, soutenu par une empoigne instrumentale élégante qui les rend tranquillement fascinants sans forcer. Le charme de l’ancien, sans nul doute.