On y était – 34èmes Rencontres Trans Musicales

34èmes Rencontres Trans Musicales, Rennes, du 5 au 9 décembre 2012

En voilà au moins un qui ne connaît pas la crise dans une période d’amoindrissement global de la fréquentation des festivals. Pas moins de 55 000 personnes seront venues prendre leur shoot de décibels le week-end dernier à Rennes, record a priori battu. On pourrait mettre ça sur le compte du début de l’hiver, et sur l’envie des gens de se réchauffer en bougeant leurs corps bouffis d’alcool sur du gros bpm, mais on préfèrera simplement penser qu’il reste encore assez de mélomanes curieux pour rendre justice à une affiche dont l’ambition n’est autre que de mettre en valeur la créativité du monde des musiques actuelles. Pour notre part, on aura en tous les cas encore vécu de sacrées aventures à Rennes, faites comme à l’accoutumée de belles ou improbables rencontres et de concerts mémorables, qu’ils aient été magnifiques ou sacrément foireux. Avec le nombre pléthorique d’artistes présents, les Trans Musicales seront de toute manière à jamais une histoire de rendez-vous manqués, pour le pire et le meilleur. Et plutôt que de vous parler ici du pire et passer une fois de plus pour des haters, on va essayer de se concentrer essentiellement sur ce qu’on a entendu de mieux, promis.

Le jeudi cependant, programmation allégée oblige, l’éventail des choix n’aura pas été large, et on doit avouer quand même qu’il est difficile de trouver un gagnant : si on a été plutôt convaincus, pour commencer, par le set kraut-indus à 200 à l’heure de Camera, dont le seul défaut aura été d’être programmé si tôt, ça n’est pas Team Ghost, en revanche, qu’on gardera en mémoire. Animés par l’envie irrépressible de monter un imposant mur du son autour de leurs vignettes électro-pop, ce barouf restera pour nos oreilles bien fade et vain. Si nos shoegazers préférés regardaient il est vrai souvent leurs chaussures, les Team Ghost, eux, ont semble-t-il un peu trop les yeux rivés sur leurs nombrils. Nick Waterhouse, par la suite, nous laissera lui aussi de marbre. Le gus a un joli costume, une belle guitare, et ses choristes sont pimpantes à souhait dans leurs petites robes unies. Mais on a sacrément l’impression de prendre la poussière à l’écoute de ce rythm’n’blues estampillé fifties un peu trop rutilant pour être honnête. Heureusement, de la sueur et de la crasse, on en aura à foison grâce aux branleurs de China Rats : ces natifs de Leeds, s’ils ont pour eux l’attitude, ont surtout dans leur besace de sacrées chansons, tranchantes à souhait. C’est urgent, violent, et ça nous aura donné une gifle salvatrice au cœur de la nuit rennaise, qui devait s’achever pour nous devant le concert de Mermonte. Décidément peu réceptifs à cette pop orchestrale et spleenétique que tout le monde encense, on préférera partir discrètement après quelques chansons, et se ménager pour le lendemain.

En effet, le vendredi s’annonçait copieux, et démarrera dans l’après-midi au Liberté avec O Safari. Si on est d’abord plutôt emballé par le single Taxi, un second titre lorgnant du côté de Drive et une reprise ratée d’Il est cinq heure, Paris s’éveille auront raison de notre patience. Le soir, on fera l’économie d’une visite à la Cité, dont on savait déjà qu’elle serait bondée et sans doute prise de coliques sévères à l’écoute de Lou Doillon. Notre prochain objectif était tout autre, et le choix s’avérera payant. Car bien plus que le post-punk d’O Children, bien fichu mais ne méritant peut-être pas tout le bien qu’on dit de lui, c’est le passage des cinglés d’ Agent Side Grinderqui nous aura mis K.O. debout. Rencontrés l’après-midi même en interview et particulièrement sages, on était loin d’imaginer à quel point les Suédois habiteraient leurs titres tous plus hypnotiques les uns que les autres, mêlant saillies électroniques teutonnes et cold wave britannique avec un talent assez bluffant. Les Suédois et leur chanteur – qui s’était sans doute réchauffé à grandes goulées d’antigel durant la soirée – auront donné à vivre un sacré moment au public présent. On en restera abasourdi durablement, en espérant avoir gardé assez d’énergie pour affronter un troisième jour de Trans.

On le commencera d’ailleurs de belle manière en rencontrant la jolie Melody Prochet, alias Melody’s Echo Chamber, et en se promettant d’être au rendez-vous pour son concert, programmé  le soir même dès 21h45 au Parc Expo. La demoiselle rendra justice d’assez belle manière à son album, et gagnera l’adhésion du public avec sa pop psychédélique au son parfois étonnamment vénéneux. On pense forcément à Broadcast, mais on reste loin du plagiat. La belle, sans doute en partie grâce à l’apport de Kevin Parker à la production, a su injecter assez de crasse et de psychédélisme dans ses titres pour que ceux-ci captivent, agressent parfois, et se sauvent finalement assez largement d’une indifférence polie généralement réservée par nos oreilles aux trop nombreuses minauderies dream-pop produites en masse ces derniers temps.

Les minauderies, ce n’est en revancge pas trop la came de Blackstrobe, qui retournera par la suite le hall 9 à grands coups de chaîne de vélo. Commençant son concert en costard-cravate, l’immense Rebotini le finira en ravissant petit marcel, sans doute réchauffé par les jets de flammes installés sur la scène, mais surtout par l’énergie déployée ce soir-là. Mêlant rock, électronique, house, et un bon paquet d’autres choses, le combo emportera tout sur son passage, devant une immense foule chavirant littéralement sous les coups de boutoir du groupe. Impressionnant. D’ailleurs, à vrai dire, on ne voit pas trop de qui nous pourrions parler après Blackstrobe, qui restera notre grand gagnant du soir. Il convenait simplement de digérer tout ça au bar jusqu’au bout de la nuit, pas vraiment résolus à devoir attendre un an avant de remettre le couvert.