Je ne prétends pas répondre à mes propres attentes avec cette chronique, mais il me semble que rien de satisfaisant n’a été écrit sur Dracula, troisième et définitivement meilleur album de Nurses. C’’est que l’album du trio de Portland séduit, étonne et suscite une sorte de consensus sensoriel mais, même après plusieurs écoutes, ne donne pas beaucoup de clés logiques de compréhension. Objet bizarre, on lui reconnaît une unité logique enthousiasmante mais on ne saisit pas très bien comment il fonctionne.

Depuis la naissance du téléchargement et de la lecture aléatoire, ça devient de plus en plus rare de sentir que le format album n’est pas accidentel et que les chansons d’un disque se tiennent véritablement les unes aux autres par nécessité, fièrement. Or, dans Dracula, le phénomène a lieu, mais étrangement les chansons prennent aussi de grandes libertés, cherchent sans cesse à se distinguer : beaucoup de titres très différents comme Fever Dreams, Trying To Reach You ou Gold Jordan semblent en effet taillés pour être des singles. Ainsi, chaque chanson comporte en germe l’arrogance du tube et se fond pourtant tranquillement dans un ensemble voluptueux.

La production y est pour beaucoup. En effet, ce qu’on salue dans le disque, c’est la densité et surtout la variété formidable de la matière musicale. Toutes les expérimentations soniques et colorées faites en indie-pop depuis quelques années se bousculent dans l’espace des chansons de Nurses ; elles forment des morceaux électro-pop encombrés d’idées mais jamais saturés. Beats aqueux, basses louvoyant sur des bruitages inattendus, des boucles étranges, lignes de steel drum accrocheuses et harmonies vocales travaillées : on est typiquement dans le genre d’expérience qui émeut intellectuellement mais aussi instinctivement, par plaisir organique de l’insolite.

Il y a des faiblesses ; des chansons comme New Feelings tordent par exemple l’harmonie du disque, mais avec des réussites comme Eternal Thrills, on reste malgré tout bluffé. On se met alors à penser à des figures tutélaires encombrantes comme Animal Collective (en moins intense mais en un peu plus délirant aussi) ou à Yeasayer (en plus drôle là encore). Pour l’effervescence graphique et la jeunesse, on songe aussi à la passionnante formation française Caandides. C’est la preuve qu’une sorte de communauté pop hors frontières s’émule dans le bourdonnement des expérimentations des autres, à la recherche d’une individualité et d’une originalité capables de déconcerter les chroniqueurs. C’est réussi pour Nurses. Dracula est un album qui résiste aux définitions.

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Tracklist

Nurses – Dracula (Dead Oceans, 2011)

01. Fever Dreams
02. You Lookin’ Twice
03. Extra Fast
04. Through The Window
05. So Sweet
06. Trying To Reach You
07. New Feelings
08. Wouldn’t Tell
09. Dancing Grass
10. Gold Jordan
11. Eternal Thrills