beautiful-is-the-wayProhibition. Un nom martial, anguleux, à l’image d’une musique dense et revêche. Un son hardcore comme on en faisait au début des années quatre-vingt-dix, de l’effervescence indé rock américaine aux scories françaises, reléguant effrontément la langue de Molière aux gémonies des eighties et de la déferlante new wave. Une section guitare, basse, batterie rugueuse et contondante, cisaillée d’un chant guttural scandé et perforé par un saxophone charriant la liberté d’un post-punk new-yorkais trop rapidement exhumé (James Chance, DNA…). De Morphine à The Ex, de Fugazi à Blonde Redhead (celui d’avant In an Expression of the Inexpressible), Prohibition s’intégrait à merveille en digne représentant hexagonal de cette lignée indépendante, fils des Thugs et proche cousin de Sloy, Drive Blind ou encore Tantrum. Cinq albums, dont le dernier 14 Ups and Downs, paru en 1998, tel l’accomplissement d’une aventure de plus de dix ans et jalonnées de quatre cents concerts en Europe et aux États-Unis, dont le dernier, au Café de la Danse, en juin 1999. Un testament long comme trois bras donc pour les frères Laureau, Nicolas (guitare et chant) et Fabrice (basse), Ludovic Morillon (batterie) et Quentin Rollet (batterie), mais aussi du tangible et du solide avec la création en janvier 1995, à l’occasion de la sortie de leur troisième album, Cobweb-day, du label parisien Prohibited Records. Au sein d’un catalogue relativement fourni (trente-huit références) et cohérent, où la prise de risque artistique fonctionne à l’affectif, Heliogabale, Patton, Herman Düne, Purr ou Pregnant incarnent alors la passionnante vitalité d’un rock français des années quatre-vingt-dix, fier et militant, cultivé aussi bien à Paris qu’en province, des Bordelais de Vicious Circle, initiés par les activistes d’Abus Dangereux, à la structure Black & Noir, partagée entre Angers et Nantes. Peu après l’année 2000, les choses se compliquent quelque peu. Patton et Heliogabale sortent un disque pour ne plus en sortir avant longtemps (en 2004 et 2010 pour Heliogabale mais sur d’autres structures, en 2009 pour Patton avec Helenique Chevaleresque Recital) quand Purr (dont Thomas Mery est issu) et Pregnant se séparent juste avant la parution de leur second effort respectif. Il faut quelques nouvelles têtes bien senties, The Berg Sans Nipple, Soeza ou Mendelson, en plus de la persévérance des tauliers, pour maintenir à flots le label au delà d’une dixième bougie soufflée, début 2006, sur un air de renaissance par une série de concerts et une compilation rétro-prospective. Les tauliers ? Les frangins Laureau.

nlf3-press5

Si Nicolas entame dès 2001, avec Real Seasons Make Reasons, son projet personnel Don Nino, lequel sera suivi de deux autres disques de haute volée, et que Fabrice embraye sur son projet F.lor, embrassant ainsi une carrière de producteur chevronné, les deux forment très vite une entité à l’acronyme cryptique mais à la musique volubile et curieuse, NLF3, née des cendres de Prohibition et d’une appétence toute particulière pour les jams sessions expérimentales, mariant rock, jazz et afrobeat. Dès 2000, Part I – Part II se fait brillamment l’écho d’un univers parant d’une électronique abstraite les réminiscences fugitives d’un krautrock cher à Can, jouant la carte d’un primitivisme illuminé et déstructuré. Rejoint en 2006 par Jean-Michel Pires à la batterie, le groupe ne fait d’ailleurs jamais rien comme les autres, du concassage de ses influences, aussi larges que variées, de Fela Kuti et Steve Reich à Syd Barrett ou Sonic Youth, en passant par l’électronique warpienne made in Sheffield d’Aphex Twin, à la création d’une bande-son pour un film inachevé du cinéaste russe Eisenstein, ¡Que viva Mexico!, bande-son jouée depuis 2004 jusqu’à aujourd’hui en public. De cette nouvelle décennie, trois disques iconoclastes, dont le sensuel et tourneboulant Ride On A Brand New Time, paru en 2009, en plus d’un maxi non moins fondamental, Echotropic (2008), complète une oeuvre sensible et évolutive, qui n’a de cesse d’être dans l’air du temps sans suivre pour autant le sens du vent. Ce n’est pas pour rien que leur nom est associé depuis quelques années déjà à Animal Collective ou Battles sans que l’on sente poindre une quelconque arrière-pensée commerciale, à défaut de supposer une commune approche de la composition. Une approche récemment parachevée d’une cinquième touche à la concision consentie d’une main gantée de velours. Il est même confondant de retrouver, ça et là, des bribes du Prohibition d’alors au sein de l’harmonieuse orfèvrerie que constituent les neufs morceaux de Beautiful Is The Way To The World Beyond disponible depuis octobre 2010 et bientôt édité en version vinyle. Bien plus condensé que ses prédécesseurs, le trio fomente sur celui-ci, avec une réussite certaine, l’immixtion, en plein cÅ“ur d’une instrumentation à la lisière d’un tribalisme figuré dans le vidéo-clip de Wild Chants, et délicatement balayé de quelques vocalises murmurées, d’un formalisme pop à l’efficacité redoutable et remarqué.

Audio

Tracklist

NFL3 – Beautiful Is The Way To The World Beyond (Prohibited records – oct. 2010)

1. Wild Chants
2. Beautiful Is The Way To The World Beyond
3. The Lost Racer
4. At Full Blast
5. Shadows My Friends
6. Shine Shine Shine
7. Straight Forward
8. Enneagon
9. Cerf Volant