Mono/Poly – Golden Skies

Ces derniers temps, du côté de L.A., la génération Low End Theory n’en finit plus de se noyer dans ses propres boucles. Hormis quelques effets d’annonce, peu de projets enregistrés réellement enthousiasmants valident cette influence grandissante depuis le reboot des soirées organisées par Daddy Kev à The Echo, courant 2006. Un constat amer tant les espoirs furent grands, au début de ce siècle, d’un véritable renversement de l’ordre établi et d’une ouverture à des influences musicales nouvelles. Hormis la comète Flying Lotus, jamais réellement descendue de sa course cosmique (You’re Dead en atteste), la bande élargie rassemblée autour de Brainfeeder, Stones Throw & co peine à finalement transformer l’essai musicalement parlant, après un véritable boom artistique et médiatique exemplaire.

Dans la masse de beatmakers, Mono/Poly n’est pas à proprement parler celui qui aura le plus fait parler de lui. En dépit d’une poignée de singles prometteurs en 2009 et un premier EP peu marquant chez Brainfeeder en 2011, le producteur de Bakersfield restait jusque là cantonné à son rôle de second couteau. Proche de Flying Lotus, son travail teinté d’un certain éclectisme trahit évidemment un manque certain d’identité et une recherche réelle d’éléments personnels difficiles à saisir sur disque. De quoi légitimement s’interroger sur l’avenir du producteur lorsque débarque Golden Skies, son deuxième album, chez Brainfeeder.

MonoPoly

Dans un geste d’une rare habileté, pourtant, Mono/Poly se voit alors bien inspiré de faire muter cette inconfortable indécision. De cette sensation de flottement musical naît un album marquant, piochant allègrement dans un grand nombre d’influences mixées ensemble puis remodelées subtilement mais avec conviction. Golden Skies fait tomber sur l’auditeur une pluie de synthés angoissants, épiques et profonds, véritable orage doré qui porte les 13 morceaux et balance le disque d’un style à l’autre, aussi addictif qu’imprévisible. L’incohérence d’hier se voit aujourd’hui dépassée par une richesse rare : d’un r&b vaporeux et hypnotique à des gimmicks techno très électroniques, flirtant avec les meilleurs exemples de synth-music récente, Mono/Poly traverse les horizons musicaux avec aisance, tout en apposant la touche Brainfeeder sur l’ensemble des territoires parcourus.

Après le surprenant Yawn Zen du voisin Mndsgn, Golden Skies se trouve porteur lui aussi d’enthousiasmantes promesses. Celles d’un nouveau souffle musical, plus personnel et radical, moins maniéré et schématique, replaçant la musique et l’humain au centre. Mieux : plus qu’un aboutissement, Golden Skies résonne comme un premier pas vers un nouveau corps cosmique récemment découvert. S’il parvient à dépasser les quelques instants d’ennui dus à l’étroitesse de certaines compositions, Mono/Poly devrait fort logiquement ouvrir son esprit plus encore et singulariser toujours plus son travail. Mais il lui faudra pour cela atteindre un niveau d’émotions projetées supérieur, afin d’emmener l’auditeur plus loin dans son voyage musical personnel. En est-il seulement capable ?

Audio

Tracklist

Mono/Poly – Golden Skies (Brainfeeder, 2014)

01. Winds Of Change
02. Transit to the Golden Planet
03. Ra Rise
04. Golden Gate
05. Golden Skies
06. Light Age
07. Alpha & Omega
08. Urania
09. Empyrean (feat. Mendee Ichikawa)
10. Dreamscape
11. Night Garden
12. Euphoria
13. Gamma