Mixtape : Witch Haus – Dark Side of the Chill

whcompilDans les sables mouvants d’une blogosphère sans cesse extensive, obstruée de mille signes discursifs, la curiosité pousse à fouiller là où l’on ne devrait pas, là où le mystère enveloppe le sens d’un symbolisme ésotérique, panachant, dans le plus grand des anonymats, folie syntaxique, langage cryptique et occultisme gothique. C’est alors, en pleine obscurité, que l’on s’infiltre le long d’une enfilade de caveaux numériques, slalomant ensuite dans une véritable forêt de tombes digitales. On touche du doigt le fruit maléfique et défendu d’une hybridation fantasmagorique. Le regard est absorbé par l’écran crépitant, la pupille se dilate à mesure que le substrat sonore révèle son nectar trouble et morbide. Les muscles se crispent. On ne dispose d’aucune clé, seulement d’infimes indices. Les mains s’enfouissent dans un fourbi de talismans quand le sang afflue au visage et que les tempes cognent brutalement. Pantelant, on trace quelques hypothèses, quelques signifiants. Le syrupy hip hop de DJ Screw et de ses comparses de la scène de Houston à l’orée des années quatre-vingt-dix. Le dubstep du Londonien Burial en plein fatras du second millénaire. Mais aussi, d’éparses réminiscences gothiques, des Cocteau Twins, Cure et Dead Can Dance en passant par l’indus de Trent Reznor et de ses Nine Inch Nails. On décèle une scène émergente, sans attaches géographiques, partageant certains stigmates. Un amoncellement de beats fantômes, à la parcimonie magnétique, d’imperceptibles chants, hantés ou scandés, lointains et renfrognés, l’omniscience de basses, presque somnolentes, matinées de synthétiseurs à la langueur hypnotique. Des portes claquent, le plancher grince salement. Au-dehors, des cris étouffés dans les entrailles du silence assourdissant. Des coups de feu retentissent. L’angoisse naît d’un quotidien insondable, imparable. On croit discerner, dans le brouillard inextinguible, un drone englué dans la nasse sordide d’un chill out à la noirceur délétère. On tâtonne dans la nuit. Bien peu de référents. Le label Disaro d’Houston, enfanté par Robert Disaro himself, l’alter-ego new-yorkais Tri Angle, fondé par Robin Carolan du label 20jazzfunkgreats. Quelques fragments de la maison indie Jagjaguwar. Tout à coup surgit le trop plein. Telle une nuée de chauves-souris éventrant le ciel, on met la main sur une kyrielle de groupes pour une musique sans visage. Certains sont des pionniers du genre. , //TENSE//, oOoOO, Modern Witch. D’autres emboitent le pas. UnisonFostercare, GR†LLGR†LL, B▲L▲M▲C▲B, †‡†, Passions, The Beauty, Sleep ∞ Over, Pregnancy Pact, Creep, ✝No Virgin✝. D’autres encore, dévient le propos dans les limbes et l’atonie des nerfs. Small Black, Terror Bird. Pas vraiment de terminologie définitive, witch haus, drag, haunted house, screwgaze… Mais qu’importe. Quand bien même on nous rabâche les oreilles de contes de fées impalpables et fugitifs, chillwave et autres méditations sous opiacées, le rêve céruléen vire au cauchemar dans une funeste incartade. Une brume noire s’infiltre par le soupirail lorsque que, peu à peu, nos yeux s’habituent au règne des ténèbres. Nous sommes les sorcières. Nous sommes chez nous.

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Tracklist

01. GR†LL GR†LL – 2200 Lullaby
02. Modern Witch – Not The Only One
03. Balam Acab – Heavy Living Things
04. Salem – Sick
05. XiX – Deep Void
06. Terror Bird – Shadows in the Halls
07. Small Black – Despicable Dogs0
08. Unison – Outside
09. White Ring – Suffocation (Fostercare Remix)
10. OoOOo – NoSummr4u
11. These New Puritans – Hologram (Salem Remix)

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