On y était – Midi Festival Hiver

midi4Midi Festival, vendredi 10 et samedi 11 décembre 2010, Toulon.

Jour 1 : Still Corners, Darkstar & Young Marble Giants

On arrive là où le vent est trop fort. Gare Saint-Charles. Grise mais parcellée de lumières, elle est un couloir qui appelle les chansons. Le MIDI est encore à quelques encablures mais on rêve un peu déjà. Le train n’est pas un tape-cul, il défile lentement pourtant. On sort des quartiers aux immeubles roses sales immenses, quelques décharges aux multitudes de rouilles vocifèrent près des collines. Wire puis The Beach Boys dans les écouteurs, on regarde les vieilles usines qui défilent, les habitations ouvrières, les motels aux enseignes édentées. Très vite, après quelques ruines, l’épaisse campagne, les bouts de mer, la Madrague. Au loin la Ciotat puis Bandol et sa petite plage amoureuse. Les villas blanches et ocres entourées des lourds pins maritimes. Toulon s’amène vite. Il n’y a qu’à descendre illico presto de la gare pour débouler vers le carré massif. L’opéra donc. Et ce soir, Still Corners, Darkstar et Young Marble Giants vont épancher leur musique vers des balcons à l’italienne. L’endroit offre une classe et une dignité certaines. Le froid lui, offre au ciel un bleu Klein. Quelques fumeurs s’époumonent avant de rentrer. Il y a gentiment du monde. En entrant dans cette salle immense fondue de noir, on est impressionné, comme il faut.

midi-stillStill Corners lentement évapore sa musique en ombres chinoises, seule la flammèche blonde de la chevelure de la chanteuse brille dans l’ombre. Le combo anglais tisse des toiles musicales émouvantes, on y retrouve un peu de Slowdive, Mazzy Star ou Blonde Redhead notamment sur Endless Summer. L’apparat romantique est parfait. Les guitares fiévreuses vont toucher le plafond en fabuleux artifices. Jolie réussite. Puis toutes nos bières doivent s’évacuer : on va aux pissotières à la Stark siffloter les romances de Still Corners. Bon, enchaînons sur Darkstar. Trois types, trois synthétiseurs – niveau scénique, c’est du Beckett. L’apparente sobriété est vite rattrapée par un chanteur – James Buttery – qui se roule dans l’excès, l’ultra théâtralisation de chaque mèche de cheveux rejetés en arrière nous refile un large sourire. C’est amusant. Partenaires Particuliers croisant Yeasayer circa Odd Blood. On ne sait si on doit rire ou aimer, bref, on va chercher de quoi boire. Mais ces resucées de Human League colleront tout de même au palais. Bien. La première soirée se termine avec Young Marble Giants (lire). Quel putain d’amour on a eu pour ce seul opus – Colossal Youth. C’est dire les oreilles de noceurs qu’on pouvait avoir… et puis on était bien, juste ivre pour s’oublier. La gentille troupe n’a pourtant rien donné. Les chansons étaient là, bien effectuées. Rien à dire et c’est bien terrible, oui, rien à dire et un peu ennuyeux. On se force à l’enthousiasme mais apparemment rien n’y fait. On participe aux rappels, on joue le jeu – clap, clap, clap – pourtant on sait que l’on va bien vite oublier pareille prestation. Le reste de la nuit s’effectuera dans un minuscule bar aux bières tchèques. Plus tard, en marchant près du port, bien bourré, on pouvait voir l’ombre méchante d’un cuirassé. Les nuits d’hiver sont trop longues.

Jour 2 : Summer Camp, Marnie Stern, Yussuf Jerusalem

L’alcool donne ses colères rythmiques. Le mieux c’est de se lever tôt, de longer la côte en voiture, d’aller sur une petite plage appelée le Monaco. La Méditerranée est rudement belle avec des yeux entourés de cernes. C’est donc requinqué que l’on se rend le soir au Théâtre des Variétés. On débute avec Summer Camp. Projection de photos de famille kitsch + un duo. Le show se révèle efficace. On gigote dans la salle, la chanteuse joue les Sarah Bernard. Pathos rutilant qui convole avec des ambiances Eurovision – on n’est pas loin des soirées sur les croisières Costa. Jeremy Warmsley est artistiquement laid, quel talent ! Les petits Anglais terminent leur rafraîchissante prestation avec Round the Moon. On applaudit à tout rompre. Les gens semblent ravis et s’offrent des verres entre eux. C’est beau les amitiés furtives. Enfin, on ne la voit pas arriver. Elle est petite. Sa longue chevelure d’adolescente la rajeunit grave. Le bassiste est un ours. Le batteur a perdu un pari et se retrouve avec des tatouages ridicules.

midi-2Mais Marnie Stern est là et va envoyer la foudre. On se souvient des morceaux dépuceleurs de Terraform de Shellac et bien, là, c’est devant nous. Cela soulève le slip sévère. Rythmique martiale et syncopée. Basse en acier, lourde et épique. Elle, elle pousse des cris insensés, son jeu de guitare est virtuose, l’énergie dégagée est précieuse. On se régale. On est amoureux. C’est le cœur de la soirée. Nos oreilles fondent sous des sauvageries à la Unwound ou Fugazi. Les trois personnages discutent, ont le sens de l’humour. C’est d’un paganisme jouissif ! Sueur, alcool, semence, rock. C’est excellent comme une bonne nuit de baise. Vraiment, courez voir ce combo s’il passe près de chez vous. Parfait. Après pareille dévastation, on plaint les suivants. Mais les Yussuf Jerusalem donneront à cette soirée une véritable cohésion. Leur set énergique et tendu offre les miroirs fracassés du MC5 et des Seeds. Une voix granuleuse, un son crasseux et agressif. On apprécie encore plus nos bières, on regarde d’autant plus les jolies femmes. Parfois on pense aux autres drogués de Pretty Things – un truc à choper la chaude pisse quoi. Puis il cause Gilles de Rais le Yussuf et ce groupe n’est pas loin de nous refourguer des messes noires. C’est donc dans des vapeurs dignes du 13th Floor Elevators que l’on quitte la salle, que l’on va se perdre dans les rues toulonnaises, que l’on va cuver toute cette musique et tout cet alcool. A l’aube, on croisera le fantôme d’Elvis Costello. Ah ! les promesses de l’aube ….

Crédits photos : Cécilia Montesinos