Ça y est, je crois qu’on y est. Un EP au milieu de tout l’électronique. Je ne sais pas vous dire si c’est un EP de R’n’B expé, un EP expé tout court, un EP glitch, un EP néo-je ne sais quoi. Mhysa, alias E.Jane dans la vraie vie, alias la moitié de SCRAAATCH vient de sortir un EP remarquable sur NON records (encore). On parlait il y a quelques semaines de San Benito l’EP de Moro, sur les percussions perdues du tango argentin, et là on se retrouve au milieu d’un EP sous-titré: « Made for Black Women FIRST by a Black Woman in the USA with love for the folk and the resistance », « NON TODAY. NON TOMORROW. NON FOREVER. ». Six morceaux, cinq reprises dont un remix d’une chanson bien connue de Sade No Ordinary Love, réalisé avec une DJ de Philadelphie DJ Haram (dont je vous conseille l’écoute), et une reprise d’un morceau de No Doubt, Just A Girl (intéressante reprise par ailleurs, puisqu’elle déplace entièrement le genre de la chanson originale, n’en gardant que le texte).

Voilà pour la présentation brève de ce pavé dans la marre. Pour le reste je dois avouer une totale dépossession de tout critère habituel de description. Je dirais que c’est un EP à la manière NON. Un EP qui est basé sur le cut et le glitch, sur une voix à peine autotunée. Peut-être qu’on doit y voir simplement un EP comme position politique.  Si les universitaires mous de tous les pays commencent à envisager des lectures black féministes de Rihanna et Beyoncé, peut-être que Mhysa, comme Kelela, comme NON, y apportent une contre-vision, une contre-position. Une musique dont la matière est réellement une position politique et pas simplement une pensée molle qui tourne à vide autour d’une tyrannie de la normalité cool des « popular culture studies » ou de son avatar « pop philosophie » qu’on a bien connu dans les années 2000. Peut-être qu’on est enfin dans une tentative non parodique de musique comme position politique black et féministe. Ce qui est certain c’est qu’on se déhanche vachement moins que sur le dernier Rihanna, Nicki Minaj ou Beyoncé. Clairement on n’est pas dans une musique édulcorée FM. Pas de clip produit avec des millions d’euros, pas de transgression héroïque non plus. Juste une musique insoupçonnable. De Rihanna et Beyoncé, Mhysa en fait aussi sa matière, on a pu entendre quelques remixes hyper saturés de ces protagonistes sur un soundcloud ou sur un autre. Ça fait aussi partie de cette musique d’utiliser des matières non-hiérarchisées

Tiu Mag titrait il y a quelques temps un article: « El problema con el futuro: Una nueva conceptualización para la música electrónica ». Excellent article, sur justement cette situation là, d’être incapable de décrire ce qu’il se passe avec la musique électronique, et nos oreilles. En parlant de la dernière sortie de Lotic, on parlait de musique monstre. Je crois qu’avec cet EP de Mhysa on pourrait utiliser le même qualificatif. « Monster music ». « Monster music » comme référence à la queer culture, mais une queer culture plus radicalisée dans ses productions audio. Freak, queer, on a des qualificatifs mais ils restent sans doute trop genrés pour décrire ce qui se fait jour dans ces productions.

Bref, encore une fois NON produit un EP brillant, encore une fois NON produit une position politique réelle qu’on est en peine de commenter, encore une fois NON nous pousse dans des retranchements qui nous amènent à faire révolution, c’est à dire à décentrer complètement notre regard et nos oreilles sur la musique qui va se produire demain et qui est déjà en marche. En tout cas NON nous met en mouvement, et comme vous le savez sans doute, c’est dans le mouvement qu’on trouve le sens…

Est-ce qu’on serait en train de vivre un moment politique et musical et historique? Là est la question et pour l’instant nous ne pouvons pas y répondre.

Audio

Mhysa – Hivemind

Tracklist

Mhysa – Hivemind

01. Jezebel
02. Feel No Pain
03. No Ordinary Love (Prod. Mhysa x DJ Haram)
04. bullshit, bullshit, bullshit
05. Jezebel Remix
06. Just A Girl