Lulu Van Trapp l’interview

C’est dans les profondeurs de Pigalle que j’ai rencontré un animal étrange, lunatique, qui chantait à tue tête de la pop mélancolique aux mélodies d’ailleurs. Il y a quelques jours autour d’une limonade Rebecca Baby et Maxime Sam Rezài m’ont éclairée sur le mystère Lulu Van Trapp.

Qui est Lulu Van Trapp ?

Rebecca : C’est un avatar que je m’étais créé au sein de notre ancien groupe La Mouche. On était très DIY on faisait tout nous même du coup je m’étais crée un personnage de manager imaginaire pour la Mouche. Un pour moi et un pour Max, il s’appelait Abaham Chance. Je me faisais passer pour elle quand il s’agissait de la partie booking du groupe. Pour ce projet au début on était seuls au Wonder avec Max à faire nos petites démos. On se sentait un peu moins seuls avec l’idée d’une tierce personne. Lulu Van Trapp est un groupe mais avant tout un personnage totem.

Comment s’est passé la transition de La Mouche à ce nouveau projet ?

Rebecca : On n’a pas arrêté La Mouche pour démarrer Lulu Van Trapp. Ce projet existait déjà en tant que side projet depuis un moment. C’était notre rendez-vous à tous les deux pour faire de la musique qui nous plaisait, qui était plus pop, le groupe de l’interdit.

Max : C’était plus intime. Lulu Van Trapp c’est le groupe où on se retrouvait au pied de l’arbre tous les jours à une heure donnée. C’était notre petite bulle à Rebecca et à moi, notre truc à nous. La Mouche a cessé de voler par elle-même et on a concentré nos efforts sur ce projet. On voulait faire de la musique un peu plus rock. Avec Lulu Van Trapp on crée un univers, des sensations qu’on n’arrivait pas à se procurer avec La Mouche. On essaye d’avoir un éventail de choses à transmettre. On avait encore beaucoup de choses à donner.

Max : La volonté de recruter d’autres musiciens est venue assez rapidement. Nico notre batteur et sampleur du désert, on le connait depuis des années, on a tourné avec ses anciens projets, on a fait plein de jams avec lui. Ca a été une évidence comme nous comme pour lui de bosser ensemble. Il avait adoré le tout premier set de Lulu Van Trapp super simple qu’on avait donné à la Rat’s Cup à Biarritz l’année dernière.

Rebecca : Nico est batteur pour un autre groupe qui s’appelle Spa Massage et un des musiciens de ce groupe, Manu, est devenu notre bassiste. C’est Nico qui l’a recruté pour nous. On a très vite eu notre première vraie date à quatre à la Maroquinerie en première partie de Faire. On a dû très vite rentrer dans une phase de travail assez intense en résidence afin de préparer ce concert là, ça nous a énormément rapprochés.

Comment se déroule le processus créatif au sein du groupe, qui fait quoi ?

Rebecca : Max et moi on travaille en binôme, on chante et on écrit à deux depuis longtemps. C’est
toujours beau quand on écrit, moi je suis la main qui gribouille et lui est allongé à rêvasser à côté de moi, la guitare à la main. Il me balance souvent des thèmes, des mots et j’essaye d’écrire dessus. Dès que je bute il a juste à dire un mot pour me relancer. On pourrait pas faire l’un sans l’autre. Pour la musique, c’est l’inverse. Max arrive avec des accords et on mélange nos idées. C’est une partie de ping pong entre nous. Lulu Van Trapp est clairement basé sur notre binôme en ce qui concerne les idées de base. Après, les chansons ne seraient pas les mêmes si on ne les partageait pas avec nos musiciens, ils nourrissent notre musique. Chaque membre apporte sa touche.

Max : Chacun est libre dans sa partie. Même quand on a une idée, on a souvent le désir de tout reconstruire, de tout recommencer en partant des idées des autres membres du groupe. On a envie de tout changer. J’adore l’essai, essayer des morceaux version country, version tropical, version pop anglaise, ça dépend.

Quelles sont vos influences musicales ? Où trouvez vous ces sonorités si singulières ?

Max : J’avais jamais vraiment joué de la guitare avant Lulu Van Trapp. Même pour Rebecca c’est un nouveau challenge qui se présente à elle. On utilise toujours son corps et son chant comme plateforme mais c’est différent. Rien que dans les paroles c’est plus fantastique mais aussi plus frontal. On raconte des choses que l’on vit. Tout est fluide entre Rebecca et moi. Dans ce projet, de l’œuf à son éclosion il se passe très peu de temps. Il y a plus de kilomètres au compteur.

Rebecca : Lulu Van Trapp c’est le groupe de la maturité. Là on ose faire de la guitare, du synthé, tenter plus de choses nouvelles en général. Tout me semble plus abouti et ça nous permet de réunir plusieurs styles sous la même bannière. On passe de l’anglais au français mais finalement tout se répond.

Max : A la base on aime les sons synthétiques et les boîtes à rythme japonaises. Pour les influences on part du rythm & blues vers la soul des années 60 tout en passant par la pop. On aime le style des love songs, le fait de déclarer sa flamme à travers la radio. Ce qui est cool en 2018 c’est qu’on peut tout mélanger parce que ça atteste d’une curiosité de notre part. Dans notre musique on retrouve du son des 80’s dans certaines textures mais les mélodies sont plus 60’s. Je sais qu’à la guitare j’ai une grosse influence qui me vient des îles comme Haïti et Hawaii. Notre duo basse et batterie lui est assez rock.

Rebecca : Notre dernière chanson « The Echo » montre bien ce métissage justement. On a utilisé un beat vraiment actuel, trapp d’un côté puis ajouté des paroles et une guitare surf vraiment romantiques de
l’autre. Je pense que ça en fait une bonne chanson d’amour de son époque. On est des gens de notre époque et on a envie de vivre maintenant avec le rythme d’aujourd’hui.

Quelles sont été les influences pour l’esthétique de votre travail ?

Rebecca : On a instauré une sorte de jeu. Avant chaque concert on se dit : « Alors on va faire quoi ? On va s’habiller comment ? » On s’habille tous pareil, on aime bien créer une atmosphère qui va être frappante. On est encore en train de créer notre esthétique, on découvre tout le temps des trucs. On représente parfois le rêve americain style cowboy naïf et tous les autres clichés qui vont avec. On réinterprête des visions qu’on a de certains styles, des trucs qui nous intriguent.

Max : Un peu comme dans les années 80 quand ils imaginaient le futur; des skateboards sans roues, des chaussures qui se lacent toutes seules. Des choses qu’on ne vit pas qu’on imagine, qu’on idéalise. D’une chanson à une autre on a des univers différents ça se ressent au niveau de l’esthétique du projet. Chaque chanson est porteuse d’un concept qui aura son esthétique. Nos concerts, nos chansons ne constituent pas un bloc mais c’est plutôt un voyage. Un voyage d’un point A à un point B en faisant le tour du monde.

En ce qui concerne vos dernieres sorties, quels sont les futurs projets de Lulu ?

Rebecca : On vient de sortir notre deuxième clip « The Echo » qui est en fait notre premier vrai projet à nous. ‘G-Host’, sorti il y a plus d’un an c’était une maquette pour le projet d’une amie, Julien Oona. On était ses acteurs. On commençait Lulu Van Trapp et on lui a proposé un son bricolé au Wonder, un des premiers du projet. C’était la période où Lulu était en train de naître, c’était naïf mais cool. « The Echo » c’est notre premier bébé 100% Lulu Van Trapp, on a tout pensé et enregistré.

Max : On est dans un délire de sortir des clips. On va sortir les chansons une à une, le tout deviendra un EP mais c’est pas la priorité. Notre volonté c’est de faire vivre nos chansons.

Rebecca : Notre musique et nos paroles sont imagées donc la mise en image est super importante pour nous. Dès que j’écris les paroles j’ai déjà les images et les clips en tête. On va sortir peut être deux clips avant de sortir un disque. Les gent sont bienveillants et super réceptifs autour de nous. Ils nous suivent dans nos délires. Nos prochains concerts seront le 20 Mars à La Maroquinerie en première partie de Bon Voyage Organisation puis le 21 Avril au Point Ephémère pour le Disquaire Day.

Crédit photo : Elodie Talmone