Low Jack : mur du son et pyjama

On ne saurait vous dire précisément où en est la scène technoise – sans doute quelque part entre institutionnalisation (jetez un œil aux annonces des festivals XL de cet été) et accrétion vitesse grand V. C’est quasiment la même du point de vue musical ; l’étiquette recouvre un tas de trucs hyper hétérogènes : croisière white noise informe, mid-tempo statique, approche rythmique propre au continuum hardcore. Sur le papier, certains mariages parlent par et d’eux-mêmes. Celui qui lie la Chicago house à un traitement basse fidélité de ses fréquences voire totalement noise en est un : le temps long, s’étalant sur presque trente ans, et le travail des rééditeurs en donnent un bref aperçu. Au présent, l’exercice est toujours compliqué : concours permanent de légitimité et de conformité aussi bien du côté du producteur que de l’auditeur, le décalage se porte vite vers des postures techniques et formelles qui généralement passent complètement au-dessus du mélomane moyen et ravissent au contraire les nerds qui ont vite fait de prendre parti.

« La lenteur est quelque chose qui m’a longtemps obsédé, notamment à travers un mec comme George Issakidis et son label Republic of Desire. C’était vraiment la dualité musique industrielle, sale, crispante et groove house, hautement sexuel qui m’a instantanément séduit. » nous répond Low Jack quand on lui demande son accroche initiale à la dance music. Le parti-pris s’exprime également en grosses lettres en première ligne de la discographie du parisien : un EP (Slow Dance) au titre quasi programmatique sorti chez Get the Curse. Moitié de Darabi, Philippe porte Low Jack sur disque et sur scène en satisfaisant « certaines envies d’expérimentations et influences plus minimalistes et radicales ». Free Pyjamas, son deuxième maxi sorti chez Delsin, ressemble d’ailleurs plus à un ensemble de DJ tools assemblés en prises live. On pourrait de fait penser que les trois morceaux sortis sur le label hollandais se posent comme une passerelle directe vers l’expression live du projet. Au final, l’exercice relève plus du « challenge […] de réussir à s’adapter à la salle, au public, au line-up le mieux possible ». Son live récent à la Gaîté Lyrique (In Paradisum meets Perc Trax, 25/01/2013) en témoigne ; dans une prestation qui a pu paraître comme commissionnée par la couleur du plateau (Andy Stott et Perc comme têtes d’affiche) se sont surtout exprimées les marges de manœuvres permises par la dimension interprétative du live de Low Jack : une 707 et un gros travail autour de la superposition de voix retravaillées régulent un live hyper montagnes russes.

La dimension live process de la chose est de nature à faire évoluer le format de la petite heure de live aperçue fin janvier vers ce rendu « sonique, un peu mur du son » recherché par Philippe. L’actualité récente de Low Jack est une sortie partagée avec Qoso (In Paradisum 06). De retour sur des terres slow-mo, le morceau avance à pas rapprochés vers une esthétique plus froide encore sans minorer la dualité ghetto/noise des débuts. On spécule avec intérêt quant aux suites discographiques de ces (encore) jeunes producteurs. « Peut-être que je sortirai un truc de gaber hollandais ou de ghetto house à 135bpm plus tard dans l’année, va savoir. »

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