Lightships – Electric Cables

On le savait déjà, après tout… Mais pour transformer notre théorie en vérité incontestable, il nous fallait encore des preuves matérielles. On avait, l’an dernier, déjà collecté des indices graves et concordants avec la sortie de l’album de Jonny, collaboration fructueuse et hautement réjouissante entre Euros Childs et Norman Blake. Avec la sortie d’Electric Cables, premier LP de Lightships, c’est désormais chose faite. Le dossier est bouclé, la conclusion limpide : Teenage Fanclub est bel et bien un supergroup, dont les membres peuvent sans mal exister par eux-mêmes, et ravir nos esgourdes de leur génie mélodique sans besoin d’avoir recours à une – brillante – entité collective. Car le premier effort solo de Gerard Love, bassiste de nos Écossais chéris, est tout simplement un pur ravissement. Entouré de musiciens amis loin d’être manchots – Bob Kildea, bassiste de Belle & Sebastian, Brendan O’Hare, ancien batteur de Teenage Fanclub, ou encore Tom Crossley de The Pastels – Love nous gratifie d’un petit bijou de pop bucolique dont la qualité, tout au long des dix titres proposés, ne connaît aucune baisse de régime. Habitué à livrer à ses compères historiques des titres assez nerveux, Gerard Love profite ici de son échappée solitaire pour laisser libre cours à ses envies plus pastorales et cinématiques, privilégiant douceur et délicatesse. Ainsi les touches de mellotron, les tintinnabulements ici et là, ou la récurrence de la flûte tout au long du disque, comme sur la contemplative The Warmth Of The Sun ou la fragile ballade Every Blossom, donnent à ce LP une dimension onirique incontestable, soutenue par la voix céleste de Love. Mais il n’est pas question pour  autant de supprimer toute électricité, et pour l’Écossais de renier son appétence pour une pop ensoleillée évoquant au moins autant les virées en bord de mer en décapotable que les flâneries en forêt. En témoignent ainsi les guitares toutes teenagiennes et les claviers antiques de l’addictive Silver & Gold, ou l’immédiateté solaire de Muddy Rivers, qui pourrait convaincre les Beach Boys de faire une petite place au bonhomme sur leur long board. À travers cette abolition des frontières, Gerard Love définit naturellement son propre espace de jeu, où se marient avec bonheur ses velléités power pop avec refrains imparables et ses désirs plus introspectifs, son goût de la création et son affection pour le son vintage. L’immense Stretching Out pourrait être à ce titre la figure de proue de ce LP, tant ce titre intègre à merveille toutes les marottes de Love. Au final, un enregistrement d’une délicatesse et d’une finesse rares, parcouru d’énergie et de romantisme adolescents hautement antidépresseurs, qui font de cet album le parfait compagnon des saisons à venir.

Audio

Tracklist

Lightships – Electric Cables (Domino Record, 2012)

1. Two Lines
2. Muddy Rivers
3. Sweetness In Her Spark
4. Every Blossom
5. Silver & Gold
6. The Warmth Of The Sun
7. Girasol
8. Stretching Out
9. Photosynthesis
10. Sunlight To The Dawn