LFSM #5 : Tender Forever + Duchess Says + Men

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Tender Forever, Duchess Says, Men, Festival Les Femmes S’en Mêlent, Paris, l’Alhambra, 02 avril 2010.

Je vais vous la faire courte, dézinguer ne faisant pas partie de mes activités favorites. On était quatre sur le pont pour le Festival Les Femmes s’en Mêlent. Lorsqu’il s’agit de tirer à la courte paille qui s’occupe de quoi, le plus souvent, ça sent le sapin pour moi. Aki et Virginie se partagent Jessie Evans, Lone Lady et Soap & Skin. Émeline chope John & Jehn. Pour ma pomme, la soirée de clôture : chouette, y’a les délurées de Chiks on Speed ! Euh… non annulée et remplacée par Duchess Says. Un brin condescendant, Aki me glisse texto : t’inquiète, à la Villette Sonique, j’avais bien kiffé leur mode karaté-noise-nawak… Autant le dire de suite, j’y allais un peu à reculons. Cause, conséquence : je suis dans l’incapacité de vous parler de Dance Yourself To Death, présenté sur le site dudit festival comme un groupe queer capable de faire danser jusqu’à ma grand-mère. Merde, j’aurais bien aimé voir ça. A l’écoute furtive de quelques morceaux, je doute sérieusement de ce ton péremptoire, pensant plus à un effet d’appel qu’à une sincérité sans faille des programmateurs. La guimauve c’est pas non plus de l’ecstasy en barre : en gros, raboulez-vous à 20h et pas 21h. L’exiguïté de l’accès à la salle explique sans doute cela (seul 20 m3 pour une buvette, un stand et des festivaliers en transit), celle-ci étant au contraire à la taille de l’événement : du monde, mais rien d’irrespirable. Je me pointe à 21h et très vite je m’immisce dans une foule largement drapée ce cette diversité genrée que reflète l’étendard gay. Quoi de plus revigorant à Paris, où les deux hémisphères de la fameuse nuit (hétéro & gay) co-existent sans jamais véritablement se mélanger.

Le temps de boire une bière chaude sans mousse, les meilleures quoi, que le concert de Tender Forever débute. Difficile d’être méchant avec Mélanie Valera, jeune frenchie exilée aux US. Sa frimousse mutine, sa gouaille survoltée et son humour rendent le personnage attendrissant. Mais, car il y a un gros MAIS, c’est exactement pour les mêmes raisons qu’il s’avère impossible d’entrer dans son univers musical, entre pop bigarrée et électro foutraque. Si sa voix reste scochante, de longs intermèdes, où Mélanie débite des « anecdotes sans queue ni tête » (dixit le site du festival), retire toute intensité à sa prestation quand une irrésistible volonté d’amuser la galerie met en pièce chaque moment tutoyant, du bout des lèvres, la virtuosité. Très vite, j’ai l’impression d’avoir à faire à un succédané de Yacht, que je ne porte pas franchement dans mon coeur, tant par cet écran occupant la moitié de la scène et partie prenante du show (où défilent entre autres des photos de Beyoncé) que par cette fatalité à programmer tout ou partie de sa musique. Doublant même sa voix, elle frise le playback tout en dansant comiquement, histoire de détourner l’attention de l’essentiel : l’abyssale pauvreté de ses compositions. C’est bien beau de faire joujou avec une batterie virtuelle (en mode Wii), passe encore une reprise de Justin Timberlake au ukulélé, mais rien, vraiment rien, n’est impérissable dans ce fatras de sons invertébrés. Dire que la demoiselle fait partie de l’écurie K records ne peut qu’aggraver mon inquiétude quant à la santé mentale de Calvin Jonhson. Bah oui, faut pas déconner.

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Clope, clope, je me dis que les choses sérieuses vont enfin commencer, la clôture d’un festival ne peut se passer des fastes d’inoubliables instants de grâce. A vrai dire, je me bidonne encore d’une telle naïveté… Chiks on Speed cancelled, place à Duchess Says. Ouch ! Le constat est ce qu’il est : je n’ai jamais assisté à un concert aussi minable. Pour résumer la supercherie en quelques palabres : un backing groupe guitare/clavier/batterie pas franchement dégueulasse, mais assurant sans originalité un rock crasse complètement étouffé par la personnalité d’Annie-Claude Deschênes. Sur-jouant son accent québécois (que du bonheur Aki !), l’ébouriffée chanteuse à la voix proprement insupportable, exhibe sa culotte rouge tout en braillant encore et encore, perçant les tympans de n’importe quel quidam pas complètement cuit. Réclamant avec une constance édifiante, et au grand dam de tous, que l’ingé son augmente le volume de son micro, Annie-Claude se démène histoire de prolonger l’illusion : elle saute dans le public, asperge d’Heineken le public, chante dans le public, fait boire de la vodka au public (si si, au goulot), fait sa gym dans le public, se promène dans un chariot poussé par le public… bref le public, le public… à croire que les membres de son groupe l’emmerdent profondément ! Vu la mine déconfite des trois pauvres mecs tentant de suivre les élucubrations de leur greluche de chanteuse, on comprend mieux le divorce : la supporter une heure relève d’une mission hautement impossible, alors au quotidien, bonjour l’angoisse. Dans ce gloubiboulga électro-rock, difficile de sauver un morceau d’un ensemble piteusement redondant… Karaté-noise-nawak disait Aki. Nawak surtout ! Reste qu’Annie-Claude Deschênes à une utilité inespérée : prévenir de la nocivité des substances illicites. A diffuser dans tous les collèges de France et de Navarre donc.

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La lumière peut-elle venir des New-Yorkais de Men ? La carte de visite de JD Samson le laisse en tout cas penser : échappée du trio électro-punk fondamental des années 90, Le Tigre, la riot grrrrl s’est depuis fait la main sur les platines, montant, avec Michael O’Neill et Ginger Brooks Takahashi, Men, groupe au style queer inimitable. Mes espoirs sont vite déçus tant la mise en scène délirante du groupe ne cache qu’imparfaitement l’absence de profondeur d’une musique oscillant mollement entre clubbing et électro-pop acidulée. Le groupe a le mérite, au moins, de nous faire bien marrer… Une chanson sur une fourchette ? Qu’à cela ne tienne, JD Samson s’empare d’une gigantesque fourchette rouge qu’elle fait ondoyer dans le vide… Un morceau sur les « hommes qui font des bébés » ? D’immenses pancartes floquées d’un drôlatique slogan « fuck your friend » surgissent de derrière les fagots… J’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi la frêle chanteuse s’administre un casque en forme de maison le temps d’une balade dance, mais l’hilarité reste la clé d’une prestation où seul Simultaneously et sa pop vaporeuse m’indiquent que j’assiste bien à un concert. MEN devait, selon le programme, « être prêt à nous faire transpirer de la tête, des pieds et tout ce qu’il y a entre les deux« . Moi, Men m’a fait juste suer.

Conclusion : les femmes peuvent s’en mêler avec brio en se montrant tout aussi capables que les hommes pour escroquer un public venu pourtant en masse.

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