En sus des problèmes pointés dans nos deux précédents éditoriaux 2015, triste fanfare et Albini c’est fini ? – portant en gros sur la distribution et le mode de diffusion de la musique indépendante – un sérieux obstacle se dresse désormais sur la route des labels qui, contre vents et marrées, n’ont jamais abandonné le format vinyle : le retour de hype de celui-ci. Car si certains se paluchent sur la recrudescence des ventes de vinyles de par le monde, beaucoup oublient de dire que cette dernière se fait une nouvelle fois au détriment de la multitude de structures tenant plus par passion que par appât du gain. Qui oserait penser gagner des mille et des cents en produisant un disque tiré à quelques centaines exemplaires ? Et qui perd de l’argent, qu’il n’a pas ou plus, devant l’attente interminable des commandes de pressage ? Sûrement pas les majors qui sécurisent leur part sans cesse grandissante dans un processus industriel qu’elles ont précisément saccagé à l’heure de l’apparition du disque compact, et qui vit actuellement à la fois en extrême surchauffe et en situation de plus en plus problématique de monopole. Les labels indépendants, et plus particulièrement ceux de musique électronique désireux de sortir rapidement leur production, sont une nouvelle fois les dindons de la farce et c’est factuellement ce que décrit Thaddeus Herrmann dans Das Filter, lui qui, en qualité de musicien au sein de Herrmann & Kleine – hébergé par Morr Music – de producteur et de co-fondateur du label City Centre Offices, à une petite idée de la chose. Et plutôt que de paraphraser, on a décidé de traduire tel quel ledit article.

Version Française par Alexis Beaulieu

Ubiquity 12
Pressé vers la sortie : pourquoi la mode du vinyle est en train de tuer le disque.

Au cours de l’été 2013, l’industrie musicale s’est rassemblée à Röbel en Allemagne. Les acteurs de l’industrie furent invités à visiter Optimal Media, l’une des plus importantes usines de pressage européennes de CD, DVD et vinyle. Située sur les bords de Mecklenburg Lake District, l’entreprise produit des supports physiques depuis 1990. Dotée de lignes d’assemblage modernes pour les supports physiques tel que les CD et les DVD, d’une large presse, de logistique, et d’un centre de traitement, l’entreprise est l’un des premiers employeurs dans une région en déficit d’infrastructures. C’est une entreprise au service de l’industrie du divertissement à échelle mondiale, et tout particulièrement quand on en vient au vinyle.

Le SommerFest n’avait seulement pour objectif de s’occuper de relations professionnelles, il avait aussi pour but d’inaugurer la nouvelle presse à vinyle de l’entreprise. « Nous pensions sincèrement que les nouvelles machines allaient fluidifier la production, » se souvient Jens Alder du label berlinois Morr Music. « Et pourtant, après le Fest les choses n’ont fait qu’empirer. » Bien que les machines aient été restaurées dans les règles, et contrairement à ce qui avait été prévu par les plans, l’alimentation en gaz s’est révélée trop faible pour alimenter le débit de la presse. Il a fallu attendre des mois avant que le problème ne soit réglé. Pendant ce temps, les délais de production nécessaires à la conception des vinyles n’ont pas cessé d’augmenter.

Les labels qui n’ont jamais cessé de sortir des vinyles, et les labels qui ont sauvé l’infrastructure de production de la banqueroute, se trouvent maintenant pris au piège d’une industrie extrêmement concurrentielle qui tente, contre vents et marées, de reprendre ses marques auprès d’une poignée de fabricants qui sont tout simplement incapables de répondre à la demande. Le point de rupture, toutefois, ne se limite pas à sécuriser la capacité des usines de pressage. Le problème trouve ses racines bien en amont du processus de production.

Contrairement au CD, dont la production est essentiellement automatisée et les machines aisément disponibles sur le marché, la chaine de fabrication du vinyle est fracturée de part en part. Elle est complexe et nécessite énormément de main-d’œuvre, aussi bien dans les usines de pressage que dans les autres étapes de la production. Durant les dernières décennies, les fabricants ont assisté à la reprise des affaires sans jamais considérer sérieusement de nouveaux investissements, et c’est pour cette raison que les labels et les musiciens doivent aujourd’hui prévoir jusqu’à quatre mois d’attente pour produire un vinyle. Même avec trois rotations par jour et en travaillant les weekends, les sites de production ne sont plus en mesure de respecter les délais. Comment a-t-on pu en arriver là alors même que ceux qui n’ont jamais cessé de presser des vinyles ont vu leur rythme de production baisser continuellement au cours de ces dernières années ?

« C’est exactement ça le problème », explique Silke Murer de Handle with Care, l’une des principales agences de production. Avec son équipe, elle coordonne la production d’enregistrement pour de nombreux labels, peu importe que ce soit sur vinyle, CD, marque blanche ou dans une box set. « Au cours des quatre dernières années, nous avons quasiment doublé la production de vinyles. On pourrait croire qu’il s’agit d’une bonne nouvelle mais il faut regarder dans le détail pour comprendre comment on en vient à ce résultat. Sur la même période, les premiers titres ont presque été réduits de moitié. Ce qui signifie plus de travail pour la presse. Les machines doivent être reconfigurées plus souvent, ce qui prend beaucoup de temps. Mais le vrai problème, ce n’est pas le pressage – c’est au niveau de la galvanoplastie que ça coince. »

La galvanoplastie, procédé consistant à recouvrir la gravure sur laque d’une couche de métal afin de produire des matrice de pressage, est très chronophage et nécessite un personnel hautement qualifié. Ceux qui ont appris la galvanoplastie sont encore loin d’être capable de préparer la laque – le fastidieux procédé nécessitant une grande expérience et un grand savoir-faire. C’est seulement à ce moment là qu’on peut garantir que la musique sonnera comme elle est supposée sonner. Et tout ça doit se faire dans un temps restreint: lorsque la musique est gravée sur la laque, elle ne peut pas être stockée indéfiniment. Une période de stockage supérieure à deux semaines est considérée comme problématique.

« La production de vinyles est un business très lucratif, ou du moins l’a été par le passé », déclare Maurer. « Les marges sont hautes et les machines ont été amorties depuis longtemps. Aussi longtemps que les volumes de production se sont maintenus, on était bon. Mais il aurait fallu investir de nouveau et beaucoup plus tôt, en particulier dans la galvanoplastie.

En effet, une visite des usines de pressage offre un curieux tableau. Les machines donnent l’impression d’avoir été directement empruntées à un musée et installées sur le sol de l’usine. Elles sont lourdes, étroites et brûlantes. Toutes les trente secondes, la presse crache un disque qui est automatiquement rangé dans une pochette ou bien déposé sur une broche en attendant d’être glissé à la main.

Il reste trois grosses usines de pressage en Allemagne : Optimal, Pallas et R.A.N.D. En plus de ces dernières, il y a GZ en République Tchèque, MPO en France et Record Industry en Hollande. Faites-les disparaître, et le paysage Européen devient très vite confus.

De nombreuses usines de pressage indépendantes ont fermé à la fin des années 80 et au début des années 90 à cause du manque de demande. Et les majors, qui étaient presque toutes propriétaire de leurs presses, ont délibérément détruit leurs machines afin de favoriser l’hégémonie du CD. L’introduction du CD au début des années 80 a été un véritable miracle économique. Le développement de ce nouveau format était supposé se rentabiliser quasi immédiatement, les disques étaient donc vendus dans les premières années à des prix largement supérieurs à leurs coûts de production. Grâce au digital, à l’époque le mot magique, les labels pouvaient vendre la totalité de leur catalogue en moins d’une seconde, avec un son prétendu de meilleure qualité, sans scratch, de plus grande capacité (avec des morceaux bonus) dans un format plus petit et plus pratique.

Il y a eu une ruée vers l’or chez Sony et les autres majors, et il difficile de se débarrasser du sentiment que les labels sont en train d’essayer de vendre leurs archives une troisième fois, cette fois aux quarantenaires qui se souviennent avoir acheté des vinyles, sont naturellement passés au CD, ont vendu ou jeté leurs vieux vinyles et ne sont pas vraiment satisfaits avec le streaming aujourd’hui. Un simple coup d’oeil à la section vinyle d’une grande surface berlinoise prouve que les rayonnages sont bourrés de réédition de vieux titres, la plupart produit par des majors. Les lecteurs peuvent être achetés directement à la caisse. Il n’y a rien de mal à ça – la musique devrait toujours être vendue dans tous les formats demandés par la clientèle. Mais certains signes montrent que les majors sont activement en train d’essayer de sécuriser une partie substantielle des capacités de production vinyle des usines. Comment ? En payant à l’avance. Il est d’ailleurs possible que certaines presses soient d’ores et déjà complètement réservées à certaines entreprises. L’EP techno peut attendre, Led Zeppelin ne peut pas. En effectuant les recherches nécessaires à la rédaction de cet article, nous avons reçu des e-mails confirmant l’existence de pareilles demandes de la part des majors.

Si c’est effectivement le cas – et les usines de pressage refusent de l’admettre – cela signifierait que les majors sont en train d’essayer d’acheter leur place au sein d’une industrie qu’elles ont largement contribué à détruire. Et elles sont une fois encore en train d’essayer d’affamer les les labels indépendants, ceux-là même qui n’ont jamais abandonné le vinyle. Durant le Record Store Day, lorsque les magasins sont remplis d’édition limitées et que les consommateurs font la queue pour pouvoir les acheter, les usines de pressage ont déjà tourné à plein régime durant des semaines pour l’occasion. Qui sait combien de machines ont été rafistolées au lieu d’être proprement réparées ? Personne n’a le temps de souffler. Les prochaines sorties sont déjà en attente, et les machines continuent de fonctionner à rythme délirant.

Mais le procédé de production de vinyles n’est pas la seule chose qui ralentit les usines de pressage: les nombreuses étapes situées en amont du pressage sont elles aussi sujettes à complication. « Le problème c’est la monopolisation », déclare Andreas Lubich, ingénieur en mastering et expert du vinyle résidant à Berlin. « Il y a de nombreux très bons studios de mastering qui préparent la musique pour vinyle et s’occupent eux-même de l’enregistrement. Mais les graveurs sont vieux et nécessitent d’être manipulées avec beaucoup de précautions. Les pièces de rechange sont rares et les prix sur le marché de l’occasion sont juste inimaginables. Seule une poignée de personnes peuvent les remettre en état. Ils sont en voyage autour du monde tout au long de l’année et sont constamment débordés par la demande. Dans le pire des cas, cela signifie qu’une machine va rester inexploitée durant des semaines.

Les problèmes ont commencé bien avant ça. « Il n’y a que deux entreprises au monde qui produisent de la laque. L’une d’elles est une entreprise individuelle japonaise menée par vieil homme qui produit la laque dans son garage. La qualité est remarquable mais qui sait combien de temps il va pouvoir, et surtout il va vouloir, continuer à faire ça. Lorsque nous sommes en contact avec lui, nous essayons de commander autant de laque que possible pour en stocker le maximum. Vous ne pouvez jamais vraiment savoir quand vous serez en mesure de le contacter à nouveau. L’autre entreprise est aux États-Unis et approvisionne une grande partie du marché. C’est quasiment un monopole. C’est pas bon pour le business. »

Ensuite, il y a les graveurs. Les plus connus étaient ceux développés en Allemagne par Neumann et ont été produits jusqu’au début des années 80s. Pour faire fonctionner ces machines, il faut recourir à ce qu’on appelle un stylet, qui grave les sillons dans la laque afin d’enregistrer la musique sur le disque. « Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule entreprise au monde qui produit ces stylets » déclare Lubich, « c’est Apollo aux US, où est aussi fabriquée la laque. » Une personne, Maria, était en charge de l’intégralité de la production des stylets et était devenue experte en la matière, d’après Lubich. « Maria savait exactement quelles colles étaient les bonnes, et quelles étaient celles que vous ne pouviez pas utiliser dans les grandes cuves parce que leur consistance aurait été altérée. Et puis elle est partie à la retraite, et pendant un bon moment, la qualité des stylets n’était plus suffisante. »

Son successeur a dû acquérir pas à pas ce savoir-faire très spécialisé. C’est l’ensemble des ingénieurs qui gravent les vinyles à travers le monde qui en a subit les conséquences. « Un stylet de mauvaise qualité a des répercussions directes sur la qualité d’un disque » déclare Lubich. Les fournisseurs aussi contribuent à la formation du goulet, parce que les grains de vinyle – le matériau brute nécessaire à la production des disques – sont seulement produits par cinq entreprises.

Ce qui était de l’ordre de la pratique commune dans la dance music il y a quelques années – être en mesure de sortir un single en deux-deux – est aujourd’hui quasiment impossible. Si un morceau a du succès, il va devoir être repressé pour pouvoir satisfaire la demande. Malheureusement, ce n’est plus possible. « Ce qui a des nombreuses conséquences », déclare Jens Alder de Morr Music. « D’un côté, il faut mieux estimer à combien le vinyle va s’écouler. Ce qui est complètement impossible. De l’autre, le vinyle détermine désormais complètement le planning de sortie. Impossible d’avoir une date de sortie concrète avant d’avoir les pressages tests devant soi et que les artistes aient également les leurs. Par le passé, le disque en lui-même était surtout une partie du processus. »

L’industrie du vinyle a toujours été professionnelle, mais à une échelle plus réduite, plus raisonnable. Les problèmes étaient réglés directement entre les usines et le client. Le manque de capacité et le hold-up des moyens de productions n’est devenu un problème que lorsque certains labels, qui s’étaient très bien débrouillés sans les vinyles pendant des années, ont redécouvert le format à leur propre avantage.

Les usines de pressage pensent que la situation va s’arranger au cours des prochaines années. Le boum du vinyle va se calmer et la production va se normaliser. La hype entourant les rééditions, qui se révèle être en grande partie responsable de la situation actuelle, ne bénéficie pas d’un effet de longue traîne. Difficile de dire quels seront les dommages collatéraux subis par les labels et les artistes qui ne considèrent pas le vinyle comme le symbole d’un statut ou une machine à cash, mais comme le meilleur format pour leur musique. L’une des étapes du processus de production finira par lâcher un jour ou l’autre. Si cela se produit parce que toute une partie de l’industrie est occupée à fabriquer les futurs disques des marchés aux puces, ce serait une fin bien indigne pour le disque vinyle.

Article originel extrait de Das Filter. Traduction par Alexis Beaulieu.

English Version

Ubiquity 5

Pressed to the Edge: Why vinyl hype is destroying the record

We have a problem. The music industry has been celebrating a surge of interest in one of its most beloved artifacts: the vinyl record. Major labels are returning to their old business model and are quickly saturating clothes stores, online shops, electronics outlets and international vinyl-themed holidays with reissues of old classics.

It’s easy to get swept up in the hype – after all, this is surely a worthy alternative to streaming for the music fan with a fondness for physical objects. However, the vinyl boom is hiding problems that could have disastrous implications for popular culture. Vinyl production worldwide is currently operating way above its capacity, and expensive materials, expert knowledge and antiquated techniques have led to to supply shortages and quality problems.

For independent labels, especially those specializing in electronic music, who survived the last two decades by focusing on vinyl in a time when CDs dominated, the resurgence of interest has resulted in more disadvantages than advantages. In fact, their very existence is now in jeopardy. Thaddeus Herrmann, long-standing label owner and editor of German online magazine Das Filter explains why this is the case, what the actual problems are and why the survival of the humble vinyl record is in danger.

In the summer of 2013, the music industry met in Röbel, Germany. They were invited to visit Optimal Media, one of the largest pressing plants in Europe for CD, DVD and vinyl. Based on the edge of the Mecklenburg Lake District, the company has produced physical media since 1990. With modern assembly lines for digital data carriers such as CDs and DVDs, a large press and logistics and fulfillment center, the company is one of the largest job creators in a region weak on infrastructure. It is a company that serves the entertainment industry worldwide, especially when it comes to vinyl.

The SommerFest was intended not only to take care of business relationships, but also to inaugurate the company’s new vinyl presses. “We really thought the new machines would relieve pressure in our production,” Jens Alder of the Berlin label Morr Music remembers. “However, after the Fest it just got worse.” Even though machines had been restored properly, one thing that was not considered in the planning was that the gas feed did not have enough power to provide the presses with enough output. It would take months before this problem was remedied. In the meantime, the production delays for vinyl just increased.

The labels that never stopped releasing vinyl records, and the labels who saved the production infrastructure from bankruptcy, now see themselves trapped within a highly competitive industry that is attempting, by hell or high water, to find its footing with a few remaining manufacturers that simply cannot meet demand. The point of failure, however, is not limited to securing capacity in the pressing plants. The problems start a long time before this process begins.

In contrast to the CD, which for the most part is produced in a completely automated way with machines available on the open market, vinyl’s manufacturing chain is divided into many small parts. It is complicated and requires a lot of work by hand, both in the actual pressing plant as well as with the other steps in the production. Manufacturers have watched as business has boomed in the last few decades, but important investments were ignored, and this is the reason why today’s labels and musicians have to allow up to four months to produce a vinyl record. Even when working three shifts a day and through the weekend, the production facilities can’t deliver in a timely manner. How can that be when even in genres that have traditionally pressed to vinyl, the production runs have continually decreased over the last few years?

“That’s exactly the problem,” explains Silke Maurer of Handle with Care, one of the largest production agencies for records. With her team, she coordinates the production of recordings for numerous labels, no matter whether it is on vinyl, CD, white label or in a box set. “In the last four years, vinyl production has almost doubled here. That sounds super, but you have to take a closer look at how the numbers come together. In the same timeframe, the first run of a title has reduced nearly by half. That means more work for the press. The machines have to be reconfigured more often, which takes a lot of time. But the real problem is not in the pressing – the bottleneck is in the electroplating.”

Electroplating, a process which involves coating the master lacquer in a metal layer to produce stampers, is time-intensive and requires highly trained personnel. Those who have learned electroplating are still a long way from being able to prepare the lacquer – the lengthy process requires a great deal of experience and expertise. Only then can it be guaranteed that the music sounds how it is supposed to sound. And all this has to happen quickly – when the music is cut to the lacquer, it can’t be stored indefinitely. A time period of over two weeks is considered to be problematic.

“The production of vinyl is actually a very lucrative business, at least that was the case in the past,” says Maurer. “The margin is high and the machines are old and completely paid for. As long as production volume stayed the same for the most part, that was it. There should have been new investment much earlier, especially in electroplating.”

Indeed, a trip to a pressing plant offers a bizarre picture. The machines look like they were taken straight from a museum and installed on the factory floor. It is loud, narrow and hot. Every 30 seconds the presses spit out a record that is either automatically placed in a sleeve or put on a spindle in order to be sleeved by hand.

There are still three large pressing plants in Germany: Optimal, Pallas and R.A.N.D. In addition there is GZ in the Czech Republic, MPO in France and Record Industry in Holland. Remove those, and the landscape in continental Europe quickly becomes confusing.

Many independent pressing plants closed in the late 1980s and early 1990s due to lack of orders. And the major labels, practically all of which owned their own presses, wantonly scrapped the machines in order to help the CD triumph. The introduction of the CD at the beginning of the 1980s was a self-made economic miracle. The development of the new format was supposed to pay for itself as soon as possible, so the silver discs were sold at highly inflated prices in the early years. Thanks to “digital”, back then the magic word, record companies could sell their entire back catalog a second time and with alleged better sound, no scratches, longer playing times (with bonus tracks!) and in a smaller, more practical format.

There was a gold rush at Sony and the other majors, and it’s hard to shake the feeling that the labels are trying to sell their archive a third time, this time to middle-aged buyers who can remember buying vinyl, naturally switched over to the CD, sold or threw away their old vinyl and aren’t completely happy with streaming today. A look at the vinyl section of a large Berlin store proves the shelves are full of reissues of old titles, mostly from major labels. Record players can be purchased right at the checkout. There’s nothing wrong with that – music should be sold in the formats that meet customer demand. But there are indicators that the majors are actively trying to secure substantial vinyl production capacity at the remaining pressing plants. How? By paying in advance. There might even be presses completely reserved for certain companies. That techno EP can wait – Led Zeppelin can’t. In the course of researching this article, we received emails that confirm such requests by the majors.

If this is the case – and the pressing plants are denying it – it would mean that the majors are attempting to buy their way into an industry that they played a significant role in destroying. And they are attempting once again to starve the indie labels, the very labels that never gave up on vinyl. On Record Store Day, when the shops are full of specially-made vinyl records and customers wait in line for these limited editions, the pressing plants have already had many hard weeks of work leading up to it. Who knows how many machines were quickly patched-up in lieu of a proper repair? Nobody has time to take a breath. The next releases are already on standby, and the machines continue to run at a furious pace.

But the vinyl production process isn’t only slowed down by the pressing plants – there are many steps long before a record is pressed that are also subject to complications. “The problem is the monopolization,” says Andreas Lubich, a mastering engineer and vinyl expert from Berlin. “There are currently many good mastering studios that prepare music for vinyl and also take care of the recording themselves. But the cutting machines are old and have to be used with a great deal of care. Replacement parts are rare and the secondhand market prices are unfathomable. Only a handful of people can repair them. They travel around the world throughout the year and have more to do than they can handle. In the worst case this means that a machine will lie idle for many weeks.”

The trouble starts before that. “There are only two companies worldwide that produce lacquers. One of these companies is a one-man operation in Japan run by an old man who produces the lacquers in his garage. It’s excellent quality, but who knows how much longer he can and especially will want to continue to do this. When we are in contact with him, we attempt to order as many lacquers as we can in order to stock up as much as possible. You don’t really know when you will reach him again. The other company is in the USA and serves a large portion of the market. It is practically a monopoly. This is not good for business.”

Then there are the cutting machines. The most popular and well known of these were developed in Germany by Neumann and were produced until the early 1980s. To operate these machines a so-called stylus is needed, which carves the groove into the lacquer to store the music on the disc. “Today, these styluses are produced by one company worldwide,” says Lubich, “by Apollo in the USA, where the lacquers are also made.” One person, Maria, was responsible for the entire production of the styluses and she had mastered the process, according to Lubich. “Maria knew exactly which adhesives were the right ones, and that you couldn’t use the large vats because the consistency of the adhesive would change. Then she retired, and for a long time the styluses were qualitatively just not as good.”

Her successor had to acquire the highly specialized knowledge step-by-step. The engineers who cut vinyl worldwide had to suffer the consequences. “A low quality stylus has direct repercussions on the sound of a record,” says Lubich. The suppliers are also causing a bottleneck, because vinyl granules – the raw material for the production of records – are only produced by five companies.

What was common practice in dance music a few years back – to be able to put out a 12” in a flash – is now practically impossible. If a track is successful, it will need to be repressed quickly in order to meet demand. Sadly, this is no longer possible. “That has many consequences,” says Jens Alder of Morr Music. “On the one hand, you have to better estimate what the vinyl run should be. But that is completely impossible. On the other hand, vinyl now determines our entire release schedule. We can only have a concrete release date when we at least have test pressings in front of us and the artist also has theirs. In the past, the record itself was mostly part of the process.”

The vinyl industry has always been professional, but on a smaller, manageable level. Problems were taken care of through direct contact between the plant and the client. Lack of capacity and production hold-ups only became a problem when certain labels, which had done very well for years without vinyl, rediscovered the format for themselves.

The pressing plants assume that the situation will ease up again in the coming years. The vinyl boom will subside and production will normalize. The hype surrounding the reissues, which appear to be responsible for a large part of the current situation, doesn’t have a long tail. What the collateral damage will be on the labels and artists who don’t view vinyl as a status symbol or as a machine to print money, but as the best format for their music, is hard to determine. One of the steps in the production process will fail eventually. If this happens because an entire industry is busy manufacturing the flea market records of the future, it wouldn’t be an adequate end for the vinyl record.

Article originally posted on Das Filter. Translation by Oswald Harris King.