Photo © Emeline Ancel-Pirouelle 

C’est au bout d’une rue un peu mal famée. Des pauvres hères y rasent les murs comme si c’était une honte d’en fouler le bitume. Ils regardent furtivement derrière leur épaule toutes les deux minutes, comme si le moindre étranger égaré avait pu deviner pourquoi ils s’y trouvent. La culpabilité et la tristesse leur collent aux semelles. Au bout de la route interminable, un coup d’oeil à gauche, un coup d’oeil à droite. D’un côté, un très haut immeuble assez moderne, quoiqu’en mauvais état. Du dernier étage, on entend la rumeur de la ville, les sirènes et les taxis. De l’autre, une masure croulante et un peu plus basse qui n’inspire pas vraiment confiance.

Dans le premier, c’est un John Cale laissé-pour-compte qui y crie sa solitude d’une voix aiguë et déchirante. Dans la seconde, c’est Hanni El Khatib qui s’approprie les mots du vétéran du Velvet pour traîner sa douleur sur la moquette bouffée par les mites. La première plainte sent les années 80 à plein nez tandis que la seconde, bien qu’autrement plus récente, est ramenée à la terre, ou plutôt à la poussière, par son interprète. Au diable les choeurs menaçants – Hanni n’a besoin que d’un micro un peu pourri et de quelques choristes nonchalantes pour raconter le Heartbreak Hotel, son propriétaire acariâtre, ses chambres bondées et la noirceur qu’y traînent ses occupants. En attendant la publication de la chronique de son très réussi premier essai, nous vous invitons à vous perdre dans l’une de ces chambres. Dans sa bouche, c’est une prison dans laquelle on entre de son plein gré. Tous cachés, tous coupables.