Joakim – Nothing Gold

Joakim, avant, on n’en avait rien à faire. Typiquement le genre de mec à côté duquel on passe. Boss de Tigersushi, c’était un parfait Busy P : trop hype pour être vraiment intéressant. Alors on tombe sur une interview sans trop la lire, on voit un nom sur une playlist qu’on n’écoutera pas, ou sur l’iPhone d’un type quelconque aux airs de clubber du dimanche qui faisait office de platines durant une soirée emmerdante dans un appartement parisien. Et puis, un soir, on tombe sur un bout d’article, et, sans trop savoir pourquoi, on ouvre Deezer en s’attendant à changer très vite pour revenir à des sonorités familières et rassurantes.

L’album commence sur une étrange nappe, on dirait que le mec de Retrosound – big up aux synthophiles – sort un CD. Loin des exubérances colorées et pop criardes auxquelles on s’attendait, ce premier titre nous autorise à laisser une chance à son successeur, et même à tendre l’oreille. C’est alors une explosion. Une révélation, une claque, une évidence. Non. Joakim n’est pas une machine à danser bête et méchante. C’est un génie.

La production parfaite montre une maîtrise totale du sujet mise au service d’une sensibilité exacerbée. Les timbres des claviers, les insertions de sonorités balinaises, la chaleur des accords de piano, les voix, à mi-chemin entre Prince et Kraftwerk, même pas trop bidouillées, tout est là, et tout provient du fond, de la moelle…

C’est la force de cet album. Ce son qui vient des tripes va donner une cohérence à un LP qui prend des références de part et d’autres du monde de la musique. Redonner à un morceau trop pop ce qu’il faut de dépression et rendre moite, voire sensuel, un titre lexomilé. On est obligé de voir une filiation avec le gigantesque Jan Hammer, compositeur épique de la bande-son de Miami Vice et donc accessoirement avec Kavinsky. Mais en plus émotif. Et en musicalement un peu moins blanc, plus chaud et plus intime.
Dans cet album, on va donc trouver des poussées exaltées façon Sigur ou Phoenix dans Forever Young, un spleen soul sur Nothing Gold ou un coup de rein gainsbourgien dans Fight Club. Il y a aussi de nouvelles sensations, des frissons inédits sur Labyrinth, comme si Sébastien Tellier pouvait se prendre au premier degré en rejouant une face B de Earth, Wind and Fire. Mais on n’est jamais en face d’un rayonnage de la Fnac, ou d’un menu du Saigon Express : Joakim tombe juste à chaque tour, déconstruisant les rythmes dont il s’est nourri, détournant sans cesse les facilités pour arriver à une création très touchante, très personnelle.

On notera par contre que ce n’est pas une œuvre à faire découvrir aux gens au détour d’un café, genre « faut trop qu’t’écoutes ça. ». Non. Refilez le disque direct, avec de sérieuses indications comme : « Ne le mets pas dans le lecteur avant 1h du mat’. », ou, plus mystérieux : « Ne le passe jamais en présence d’un auditeur non préparé… Tu comprendras. ». On tomberait vite dans le mysticisme, bien que certains titres soit vraiment adaptés à un DJ-set de fin de nuit, au moment où les gens oscillent entre déhanchement et titubation.

Entre l’érudition absolue dûe à des milliers d’heures d’écoute et une simplicité transcendantale, cette création ne s’adresse pas qu’à des fans de musique électronique, loin de là. Un peu comme pour Metronomy dans la pop hybride anglo-saxonne, on dira bientôt : « Tiens, ça fait un peu… Joakim, ça, non ? » en écoutant de la musique à synthés française. Joakim, maintenant, on en a quelque chose à faire.

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Tracklist

Joakim – Nothing Gold (Tigersushi, 2011)

1. Intro
2. Forever Young
3. Fight Club
4. Nothing Gold
5. Wrong Blood
6. Find A Way
7. Paranoid
8. In The Cave9. Piano Magic
10. Labyrinth
11. Perfect Kiss