Jewels of the Nile l’interview

Si la Terre est soi-disant promise aux États-Unis, cela n’empêche pas bon nombre d’Américains d’être attirés de manière impérieuse par notre vieux continent empreint de culture et d’histoire. Ainsi, le phantasme de tout artiste d’outre-Atlantique quelque peu ambitieux a souvent été de traverser l’Europe, le projet musical et les instruments sous les bras, dans l’espoir de faire vibrer Rome, Londres ou Paris. C’est tout récemment que Jewels Of The Nile a parcouru les sentiers européens de la gloire pour la sortie de son bel album dark nommé Pleasure (Desire Records). Conscientes de l’aubaine d’un tel événement, Jessy, Meghan et Amity, membres dudit trio, comptaient non seulement en mai dernier profiter de l’occasion pour visiter les sites touristiques mais aussi pour revisiter les us et coutumes des pays sillonnés. C’est au cimetière du Père Lachaise que les joyeuses vacancières m’ont curieusement fixé rendez-vous avec la ferme intention d’y pique-niquer. Jim Morrison et Oscar Wilde furent donc témoins, ce jour‑là, d’un entretien et d’un repas atypiques sous un soleil de plomb. Et au menu, il y avait, pour mieux digérer les révélations sur l’amertume de l’enfance, des demi-pains au chocolat tartinés de camembert, fraises et miel avec un bon vin rouge dans des gobelets en plastique.

Comment se passe votre tournée jusqu’ici ?
How is your tour going so far?

J : C’est un début très positif pour le moment, mais nous avons encore un mois devant nous. Nous n’avons joué qu’un show à NYC au Pendu et une deuxième date à la Féline. Là, nous profitons en touristes de quelques jours de vacances à Paris.

A : C’est seulement le début de notre tournée, et je m’éclate déjà… Je suis comblée.

J: So far it’s been a really positive start, but we still have a month ahead.  We played one night in NYC at PENDU and last night was our 2nd night of the tour at La Feline. We’ve been enjoying some days off in Paris, being passengers on the journey.

A: If this is the beginning of the tour and I’m already having this much fun, then I’m happy.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ? Quels en sont vos premiers souvenirs ?
How did music enter in your life? What are your first memories about it?

J : Nous avons toutes une formation classique. Mon père était dans un groupe et il voulait que je sois musicienne quand j’étais très jeune, que je joue du piano et du violoncelle. Quand il est mort, j’ai hérité de sa basse mais j’ai toujours vécu avec son groupe de rock qui répétait à la maison et j’allais le voir en concert chaque week-end. J’ai toujours voulu faire partie d’un groupe… Donc, après sa mort, comme je ne vivais pas dans un environnement très favorable, j’ai quitté ma ville natale pour rencontrer d’autres filles et démarrer un projet.

A : Mon père était batteur et j’ai aussi hérité d’une basse de mon frère quand il est mort. Mais en fait, mon tout premier instrument m’a été donné par mon père qui nous avait offert une petite batterie et une guitare. Je me souviens avoir adoré, quand j’étais gamine, la plupart des vieux films hollywoodiens de MGM parce que j’étais frappée par cette vieille façon dont étaient chantées les chansons qui y passaient, avec une abondance de vibrato. À l’adolescence, j’ai été punk, j’ai aimé le passage de la musique de la fin des 70’s à la musique électronique d’aujourd’hui. Et aussi un groupe de filles est le rêve de toute jeune fille.

M : J’ai aussi suivi des leçons de piano et de violoncelle quand j’étais gosse et je trouve ça super d’avoir la même formation que Jessy. J’ai joué dans des orchestres pendant de nombreuses années, puis j’ai arrêté de jouer quand j’avais environ 16 ans… J’allais juste voir des concerts hardcore et punk quand j’étais adolescente. J’ai commencé à jouer avec Jessy dans son autre projet, Magick Daggers, il y a quelques années, et puis Jessy et moi avons commencé notre propre projet.

J: We were all classically trained. My father was in a band and he wanted me to play music when I was really young, playing piano and cello. And then when he died I inherited his bass guitar but I always grew up with his rock and roll band rehearsing in our home and going to gigs every weekend. I always wanted to be in a band … so after he died I left my hometown to start one because I wanted to meet other women to play with and where I lived didn’t really have a supportive environment.

A: My dad’s a drummer, and I also inherited a bass from my brother when he passed away. I feel like my instrument was given to me first from my dad who gave us a little drum and guitar set. I remember as a child being in love with more of the old Hollywood MGM films that would maybe feature a song, the old style of singing with a lot of vibrato – that always struck me.  As a teenager I got into punk, I’ve enjoyed seeing the transition of late 70s music into electronic music today. And of course the girl band is always a secret wish of every girl.

M: I was trained playing piano and cello when I was a kid which is awesome because Jessy and I both have that background. I played in symphonies for many years, but I actually stopped playing anything when I was about 16 and was just really into going to hardcore and punk shows when I was a teenager. I started playing with Jessy’s other band Magick Daggers a couple years ago and then Jessy and I  just started doing our own thing.

La musique est-elle votre seule occupation?
Is music your sole occupation?

J : Oui, maintenant elle l’est !

M : Nous avons des boulots alimentaires… Je suis graphiste indépendante … mais le groupe est notre préoccupation première.

J: Right now it is – yes!

M: We definitely have side jobs … I do freelance graphic design … but the band is the primary focus.

Comment vous êtes-vous rencontrées?
How did you meet?

M : Jessy et moi nous sommes rencontrées à Portland. Nous étions toutes deux DJ dans le même club. Nous avons rencontré Amity à une fête d’un ami commun… Jewels jouait un set et Amity nous a vues pour la première fois.

M: Jessy and I met in Portland. We were both DJing at the same club. We met Amity at our friend’s party … Jewels played a basement set and Amity saw us for the first time.

Vouliez-vous que Jewels of the Nile soit un groupe de filles ?
Did you want Jewels of the Nile to be a girls band?

J : Je pense que je préfère ça oui, ce n’était pas intentionnel mais c’est devenu quelque chose de vraiment spécial pour nous.

M : C’est super de travailler entre femmes. Nous nous sentons toutes responsables, nous savons ce que nous voulons et nous allons toutes vers le même but. Il n’y a pas de problème d’égo.

J: I think we prefer it this way, it wasn’t on purpose but it has turned into something really special for us.

M: It’s nice working with other women. We’re all really responsible, we know what we want and we’re working towards the same goal. No egos clashing.

Quelles sont tes influences, Jessy ?
What are your influences, Jessy ?

J: Je tire mes influences de la vie, en la vivant, en essayant d’y trouver du plaisir et en essayant de consacrer le plus de temps possible à l’art et à la musique. Je pourrais dresser une liste de mes influences musicales mais en réalité, les musiciens qui attirent mon attention ou qui m’ont inspirée ne me dictent pas ma manière de composer. J’aime garder mon écriture pure, vierge de toute influence directe mais guidée par mon cœur, ma propre expérience de vie, physiquement, spirituellement, intellectuellement.

J: My influences are drawn from life, living it, trying to find pleasure in it, and to make as much art and music as possible. I could go through the list of my music influences, but really the musicians I’m drawn to or have been inspired by don’t dictate how I write. I like to keep my writing and words pure from my own heart and not influenced by anything other than my own life experience … physically, spiritually and intellectually.

Dans quelle mesure L.A. vous influence-t-elle ?
Does L.A. influence you at all?

J : J’ai été influencée par bon nombre de vieux films hollywoodiens. Je n’aime pas trop le cinéma moderne, mais plutôt les films « Pré-Code » de Hollywood avant qu’ils bannissent la sexualité et que les systèmes de censure soient mis en place. Je ne connais pas grand chose d’autre sur Los Angeles que son histoire ou ce que pourrait connaître un étranger, ce qui n’est pas suffisant pour en tirer vraiment des influences.

J: I used to be inspired by a lot of old Hollywood films. I don’t like much modern film, but more the pre-code Hollywood films before they had the ban on sexuality and the rating systems were placed. I don’t know much else about Los Angeles to really have any other influences from it then what I know about it as an outsider and historically.


Pouvez-vous me parler de votre processus de création ?
Could you describe your creation process?

J : Nous passons d’abord par un stade d’isolement pendant lequel nous composons. Parfois, Meghan apporte un backbeat, nous ajoutons des claviers et des mélodies ; nous testons différents sons et ajoutons des rythmes au fur et à mesure.

M : Parfois c’est un peu plus technique lorsque nous superposons les couches pour en faire un morceau, ou quand nous nous amusons à improviser en jonglant avec des tas de sons et d’instruments… Nous essayons toujours d’enregistrer ces sessions pour extraire les meilleures parties et les exploiter par la suite. Sur notre album, il y a au moins la moitié des morceaux qui proviennent de ces sessions d’impro. Jessy écrit souvent des paroles inconsciemment… Elle prend un micro et les mots sortent spontanément et après coup, elle les couche sur papier.

J : Je garde des tas de paroles dans ma tête et la musique se sert d’elles en fonction des émotions qu’elle dégage.

J: We go through a period of isolating ourselves from the outside when we start preparing to write. Sometimes Meghan will write a backbeat, we’ll add keyboard lines and melodies together, testing different sounds and writing additional beats over in textures.

M: Sometimes it’s a little bit more technical where we’re piecing songs together layer by layer, or other times something will come out of an improv session where we’re messing around with a bunch of sounds and instruments … and we always try to record these sessions to cull the best parts for further exploration. On this album at least half of the songs came out of that type of improvisational process. Jessy often writes lyrics stream of consciousness … she’ll just pick up a mic and the words just come out and afterwords she’ll write it down.

J: I keep a lot of words, in my head and the music just brings it, unlocks it depending on what emotions each particular song evokes.
De quels artistes vous sentez-vous proches ?

Is there an artist you feel close to?

J : En ce qui concerne les artistes féminines, je me sens proche d’Anaïs Nin, de Dorothy Parker… et de Marchesa Casati qui n’était pas véritablement une artiste en soi mais qui a été la muse de nombreux artistes. Elle menait sa vie comme une œuvre d’art et j’aime beaucoup cette façon de vivre. Magnifique, grandiose, décadente. Mais musicalement, je me sens proche des chanteurs glam rock masculins classiques tels que David Bowie, Freddie Mercury… Marc Bolan, Klaus Nomi.

J: I think as far as female artists/writers I really relate to Anaïs Nin, Dorothy Parker … and Marchesa Casati was not an artist per se but she was the subject of many artists. Her saying was that she lived her life as a work of art and I really love the way she lived her life. Beautiful, inspiring, decadent. But as far as musicians I really like David Bowie, Freddie Mercury, classic male glam rock singers … Marc Bolan, Klaus Nomi.

De quoi parle ta chanson Only Children ?
What is Only Children about?

J : Tout l’album Pleasure tourne autour du sexe, de la découverte, de l’aventure, de la recherche de soi mais Only Children est un genre de question-réponse ironique sur le fait d’avoir dû m’élever moi-même à cause de l’absence de ma mère… à cause des hommes violents avec qui elle a vécu. Ça parle aussi de mon enfermement et de mes fugues. Quand j’étais chez moi, je vivais cachée. Dans les paroles « Ombres qui parlez dans le grésillement à travers la vitre, j’arrive à toucher votre visage »… c’est moi assise dans ma chambre, ma maman m’avait acheté une télévision pour que je reste dans ma chambre et n’assiste pas à la violence dans le reste de la maison. Alors, je restais assise là et regardais la télé mais j’entendais tout et je me sentais vraiment frustrée, j’avais envie d’arrêter ça et de m’enfuir. Je lui dis : « Je suis ton unique enfant, comment n’as-tu pu être ma maman ? » C’était comme si j’étais privée de voix pendant que tout se passait. C’est un morceau sur le fait de se sentir orpheline, déconnectée.

J: The whole Pleasure album is about sex, discovery, adventure, finding yourself, but Only Children is kind of an ironic call and response to that about my mother not being present in my development and having to raise myself… because of the men in her life who were abusive and when I was shut in rooms, running away, in other people’s houses. If I was at home I was hidden. In the lyrics « shadows talking through the static through the glass I reach out to touch your face » … it’s about sitting in my bedroom, my mom had bought me a TV for my room so I would stay in there, not coming out to see the violence in my home.  So I would sit there and listen to the TV but hear everything and feel really frustrated, wanting to stop it, wanting to run away. It’s saying to her “I’m your only child, how could you not be my mother.” I felt like I didn’t have a voice about anything that was happening. It’s about feeling motherless, disconnected.

Tu chantes When I Was a Lover… C’est une prise de position définitive sur l’amour ?
You sing When I Was a Lover… does that mean you’re not a lover anymore?

J : C’est marrant parce que c’est un morceau dansant et plutôt gai mais il a une teinte triste car il parle de la complicité avec votre amant, du fait d’être liés et d’affronter le monde ensemble, puis de voir tout cela disparaître quand les choses ne fonctionnent pas comme vous le souhaitez, et de la solitude qui s’ensuit. Il m’est arrivé de regarder derrière moi et d’apercevoir ce genre d’amours passées comme des fantômes. J’utilise des tas de métaphores dans cette chanson, c’est à propos du sentiment de proximité et de la sensation d’être en accord avec quelqu’un dans les domaines de l’amour, du sexe et de l’amitié. Quand nous avons composé ce morceau, je ne pensais pas retrouver un jour l’amour mais maintenant je le vis à nouveau.

J: It’s funny because it’s an upbeat dance song but has a sad undertone because it’s about feeling close to your lover and taking on the world together, being connected, but having it taken away when things don’t work out and feeling isolated afterward. I have had periods where I have looked back on that kind of love like it was a ghost. I use a lot of metaphors in the song, it’s about feeling really close and in touch with somebody and having the connection of love, sex and best friends. When we wrote that I didn’t think I’d ever have that again, but I do now.

Avez-vous des projets parallèles ?
Do you have side projects?

J : Pas pour le moment… Nous avons vendu nos âmes à ce groupe !

J: Not currently… we have sold our souls to this band!

Vous avez fait une belle cover de Christian Death, avez-vous l’intention d’en faire d’autres ?

You did a beautiful cover of Christian Death, do you plan to cover anything else?

M : Oui, sûrement. On nous a demandé de participer à une soirée en hommage à Christian Death, ce qui nous a menées à faire cette reprise. C’était donc une sorte de hasard, mais ensuite, c’est devenu quelque chose d’agréable à jouer.

M: Yes – most definitely. We were asked to do a Christian Death tribute night which is what prompted us to do that cover. So that was kind of a fluke that we did that, but then it became something that we really love to play.

Comment voyez-vous votre futur ?
How do you see your future?

J : Vivre le moment présent est la meilleure chose à faire. Je crois à la divination, aux prédictions, mais en définitive, il faut vivre le moment présent car on ne sait pas de quoi demain sera fait. Nous avons toutes traversé des batailles, avons été proches de la mort, et je pense porter cette ombre. J’ai vécu beaucoup de morts dans ma vie. Je pense qu’il faut être heureux et reconnaissant de ce que l’on a au moment présent.

A : La mort conduit à apprécier le moment présent.

M : C’est pourquoi nous sommes en Europe actuellement, parce qu’il y a tant de possibilités dans la vie… Pourquoi se contenter du status quo ?

J: Living in the moment is the best way to go right now. I’m a believer in divination, telling the future, finding the future, but ultimately you have to live in the moment because you don’t know what’s going to happen tomorrow. We’ve all had different battles, near-death experiences, and I think having that shadow … I’ve seen a lot of death in my life … I think living in the moment, being happy and appreciative for what you’re getting right now.

A: Death has a way of sobering you up for the present.

M: That’s why we’re in Europe right now because why not? There are so many possibilities in life, why be content with the status quo.

AUDIO

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