Jeans Wilder – Totally

Andrew Caddick est le type même de personne reflétant sa musique en creux de sa personnalité. Ainsi Jeans Wilder – patronyme né d’un jeu de mot s’amusant de Gene Wilder, l’acteur – n’est pas un autre « moi » d’Andrew, mais bien la décalcomanie minutieuse d’une sensibilité entremêlant, dans le fond de ses yeux bleutés, romantisme, flegme et pessimisme. Une nonchalance parfois bousculée – lui qui n’hésita pas à vendre sa bagnole, histoire de traverser l’Atlantique et d’entamer une tournée aussi chaotique que mémorable – mais largement signifiée par sa patiente discographie. À l’heure des réflexes diarrhéiques de nombre de ses congénères n’échafaudant leur existence que par leur présence continue sur le net, Andrew adopte un rythme de croisière de presque deux années entre chaque album, Nice Trash (lire), co-édité par La Station Radar & Atelier Ciseaux, ayant vu le jour en décembre 2010, quand Totally, via Everloving, est disponible depuis le 28 juin dernier. Entre temps, Andrew fit grâce d’un silence besogneux, partagé entre la gestion d’un restaurant, chez lui, à San Diego, et la conception de ce dernier disque, imaginé tel un prolongement logique et inéluctable de Nice Trash. Dans un entretien à l’occasion de la sortie de celui-ci (lire), Andrew remarquait que si le début de son projet était « très « Jana Hunteresquement » sombre et folk », son univers musical actuel était le fruit d’une rencontre entre « doowop et Beach Boys ». Une assertion pouvant se prêter à merveille pour contextualiser Totally, effeuillant une intimité mise à nue sous fond d’ambiances délicieusement surannées, et débutant son odyssée sur une plage de la côte ouest, entre le crépitement d’un feu de camp et le flux et reflux de vagues paresseuses. Mise en bouche les pieds dans l’eau, Blue Dream invite à l’écoute lascive de Gravity Bong et Maple Bars, comptines étirant le chant d’Andrew sur un mélancolique continuum atmosphérique tantôt transpercé de toussotements, tantôt agrémenté d’aboiements. Le rythme s’imprime, yeux mi-clos, pour se disloquer brusquement, le temps d’une triade détonante où l’on sent battre à tout rompre le cœur épris du jeune homme : Sunroof plonge dans un tintamarre cadencé d’applaudissements, Dog Years instigue une verve hard-fi percluse de distorsions quand Limeade dresse un bréviaire surf-pop addictif soutirant à Totally tout soupçon de redite fainéante. Celle notamment que Spanish Tile aurait pu aider à ourdir et ce, malgré sa délicate instrumentation. Plus intimistes, Slow Bum et Chloride semblent célébrer la moiteur des nuits estivales, entre effloraison chill-wave et épure folk lo-fi, tandis que Daisy, conclut l’album sur une complainte amoureuse, non dépourvue d’ululements lymphatiques. Loin d’être un simple générique de Nice Trash, à posologie équivalente, Totally s’avère être l’un des opiacés actuels les plus efficaces à prescrire contre les crises d’anxiété. Sans effets indésirables, totalement légal. 

Audio

Tracklisting

Jeans Wilder – Totally (Everloving, 2012)

01. Blue Dream
02. Gravity Bong
03. Maple Bars
04. Sunroof
05. Dog Years
06. Limeade
07. Evaporated
08. Spanish Tile
09. Slow Burn
10. Chloride
11. Daisy