On s’ennuie parfois des 90’s, cette décennie où on ne sentait alors que le manche du balais que la fin des Trentes Glorieuses nous a mis dans les reins, cette époque où le caractère social de la musique électronique se limitait surtout à prendre son ecsta et mouliner des bras avec ses potes. Mais Jardin n’est pas de cette génération, il est de celle, lucide et engagée, qui mélange le relâché de la danse et la conscience sociale. Parce que ouais, on peut mouliner des bras comme une éolienne et faire passer ça pour un geste écolo. Héritier du chiptune, de la tech house, de la vaporwave enfin, cette mouvance artistique 2.0 nourrie à l’internet des GIF à dauphin et sapée par Roberto Piqueras, Lény Bernay est lui aussi un écolo de la musique, triant consciencieusement les déchets laissés par la génération précédente et recyclant ce qui peut l’être. Et il en reste, à condition de connaître ses classiques en chopped and screwed, de travailler son sampling et ses boucles expérimentales et de savoir balancer quand il faut des kicks de gabber et des snares boulimiques qui avalent les aigus.

Bernay fait danser, et son dancefloor est un remblai de zone industrielle fait des gravats de notre société de consommation à l’implosion imminente. C’est un message fort qui rattrape la quasi absence de paroles par une crudité des titres sur le rapport social/amoureux (Mon Amour n’a pas de Sexe), l’esclavagisme moderne (Ambition SBAM+) ou la décroissance (Highway to Post-Capitalism). Et si dans son approche Jardin appelle à quelque fatalité mélancolique, c’est pour mieux s’en extraire, là par le clubbing, plus tard en brûlant les idoles, ce qu’il entame déjà dans un rapport subversif aux productions de ses aînés ravers. Naked Friends, à écouter en exclu ci-dessous avant la sortie prochaine de l’album Post Capitalist Desires sur Le Turc Mécanique, est un sobre mais efficace échantillon de la « dégénéredanse » de Jardin, instantané résiduel fixé le temps d’un Snapchat flou, en pleine spontanéité sociale aussitôt diluée dans une nouvelle effervescence. Produit assumé et critique d’une société cadencée à 140 BPM et fréquencée à 70 Hz, Lény n’a pas l’esprit du punk à nager contre le courant: né dans le flux, il en appuie le débit pour révéler ses contradictions et excès. Pour s’en rendre compte, le mieux est encore d’aller le voir en live à la release party de Post Capitalist Desires le 19 juin au Zorba (event FB).

Audio premiere

Jardin – Naked Friends (Live)

Tracklist

Jardin – Post Capitalist Desires (20 juin 2016, Le Turc Mécanique)
01. Mon amour n’a pas de sexe
02. Blackfish
03. Naked Friends (live)
04. Nuage Noir
05. Ambition SBAM+ (ft. Tiphaine Larrosa)
06. Highway To Post-Capitalist (ft. Loïc Lachaize)
07. Ghost Dance
08. Childhood Desires (Live)
09. I Believe In Chaos