Ikons – Ikons

La Suède ? Mais qu’est-ce que vous voulez que j’aille foutre dans ce trou perdu ! Voici la réponse que j’aurais pu rétorquer au premier connard me tendant des billets pour Stockholm. Aux dernières nouvelles, le pays réputé pour à peu près… Heu pour rien en fait, mise à part peut-être sa proximité frontalière avec la Finlande et le Danemark, nettement plus intéressants, et pour ses bourraches titubant à tout heure. Seule curiosité locale, on y trouvait il y a peu l’homme le plus blanc en vie alias Erlend Øye. Un albinos me direz-vous. Faux, un rouquin, rescapé du dernier clip de Romain Gavras. Et pourtant j’allais vite changer mon fusil d’épaule lorsque mes confrères d’Hartzine me firent découvrir l’excellent label Service, distribué de par chez nous par le très visionnaire gérant du bar Le Motel. En voilà un qui avait le compas dans l’œil et qui n’a pas eu peur d’enfiler ses Moon Boots et son anorak. Si le fameux label doit son succès grâce à la signature des sus-nommés Whitest Boy Alive, ma baffe perso viendra d’Ikons, sextet prometteur qui n’a pas peur d’affronter le givre.

Très loin des produits consommables et éminemment passables qui ont pu passer entre mes doigts ces jours-ci, ce premier album éponyme renvoie au pilori tout un ramassis de zikos prétentieux avec une aisance et une décontraction déconcertante. J’aiguise donc ma plume comme on le ferait d’une lame pour décrire le voyage transdimensionnel et souvent dénué de palabres pour retranscrire les émotions communément brutales que provoque en moi l’écoute de ce futur chef-d’œuvre. Tout débute par un scintillement lumineux provoqué par les nappes synthétiques de Slow Light, courte plage d’exploration cosmique qui rappelle autant les derniers essais d’Ash Ra Tempel que les excursions électroniques mais magnétiques de Romain Turzi en solo. Honey et Imperiet se font quant à eux écho, devenant l’axiome d’un croisement de néo-psychédélisme et post-rock 70’s explosif. Imperiet s’élève d’ailleurs très haut grâce à la savoureuse hybridation de rythmique basse puisée dans une new-wave conquérante et des confrontations de riffs de guitares heavy et stridentes. Déjà très proche de la neurasthénie face à cette première partie dont je subis encore l’onde de choc, c’est l’apoplexie qui me guette lorsque s’ouvre le morceau suivant. Un gouffre s’ouvre, libérant de je ne sais quelle fosse infernale un déluge de tensions électriques. Avec Guns, Ikons se libère de ses chaînes et s’affranchit de toute étiquette, se livrant à une escalade sonique tonitruante, aussi jouissive qu’hallucinante. Démonstration d’utilisation de reverb’ et de pédale fuzz dans toute sa splendeur, Guns est la BO rêvé du duel final d’un western urbain. A cet instant précis, nos Suédois sont des demi-dieux. Et si Domine permettra à l’auditeur de reprendre son souffle grâce à une influence puisée dans le Kraut de papa, The Hawk ranime les corps à renfort de crissements de guitares spasmolytiques tandis que la batterie sèche les mollets. Dans ma tête des images défilent à cent à l’heure, et je reste scotché par l’entreprise inhumaine et terriblement addictive de ces démons venus du froid. L’ombre du slowcore pèse sur un track final qui n’a rien à envier à ses petits frères, et permettra d’entendre une dernière fois la sublime voix d’un chanteur, qui si elle fut plutôt effacée restera néanmoins des plus agréables.

C’est donc à quatre pattes que l’on ressort de l’écoute de cette première et radicale goinfrerie façonnée à Gothenburg. D’un déluge de références, Ikons a su extirper le meilleur pour en garder l’essence substantielle, dressant un canevas sur lequel le groupe appose une touche personnelle aussi folle que novatrice. Il est rare que des albums me charment dès la première écoute, mais lorsque vous craignez que votre dépendance ne devienne obsessionnelle, ne cherchez plus. C’est que vous tenez un objet précieux comme du diamant brut. De quoi changer de regard sur la Suède et ces vieux pochtrons adorateurs de vodka. Demain je re-bois…

Audio

Ikons-Imperiet

Vidéo

Tracklist

Ikons – Ikons (Service, 2010)

01. Slow Light
02. Africa
03. Honey
04. Imperiet
05. Guns
06. Domine
07. The Hawk
08. Seconds
09. Bye
10. Untitled