Hurt Valley – Desolation Views

desolation-views« En septembre 2008, j’atterrissais à l’aéroport international de Los Angeles avec un seul bagage. Quelques vêtements, quelques livres et autres affaires sans aucune valeur, sinon sentimentale. J’ai quitté la Californie du Nord après y avoir laissé cinq années de ma vie en compagnie d’une douce et belle étudiante appelée Sindhu. Pendant cette période, je composais pour mon épanouissement personnel en croyant égoïstement que cela forcerait l’admiration de ma compagne et que l’art suffirait à nourrir notre relation amoureuse. Aujourd’hui, je me rends compte que je considérais Sindhu uniquement comme mon dû pendant que je travaillais assidûment à mes compositions. De manière assez prévisible, elle m’a quitté malgré sa grande patience et, cruelle ironie du sort, j’ai perdu mon boulot et le groupe pour lequel j’avais travaillé si durement. Ces tristes événements m’ont laissé sans le sou. Pendant quelques semaines, j’ai cherché désespérément un travail. J’ai posé des centaines de candidatures en vain sans m’éloigner de ma ville car j’espérais pouvoir renouer avec mon amour perdu… Mais quand une école de l’extérieur de Los Angeles m’a offert un emploi, j’ai décidé de m’éloigner de mon quartier. J’ai arrêté de faire de la musique car je n’avais plus d’instruments et parce que j’avais besoin de faire un break. Mon matériel avait été vendu à mon insu à un vide-grenier. Je suis d’ailleurs tombé sur des photos de la vente sur Facebook. C’était vraiment déprimant. J’ai donc fait une pause et ai travaillé pendant quelque temps en essayant de me reconstruire. Juste après Noël 2009, j’ai rencontré un homme âgé d’une soixantaine d’années qui voulait se débarrasser de certaines choses qui pouvaient m’intéresser. Il avait deux caravanes. Une dans laquelle il vivait et l’autre dans laquelle il stockait son matériel. Honnêtement, je ne voyais pas trop la différence entre les deux. Nous avons beaucoup discuté de la musique que nous aimions en buvant du bourbon. Assez bizarrement, nous avions beaucoup de points communs. Pram, Stereolab, Can, Tortoise, Pink Floyd, Cabaret Voltaire, The Cars, Suicide, Boards of Canada, Squarepusher, Tangerine Dream et beaucoup d’autres. Nous avons longuement conversé… Par le plus grand des hasards, ce vieil homme avait été ingénieur du son dans un studio de Los Angeles pendant de longues années. Il en connaissait un bout sur la musique. Bref, il voulait se débarrasser entre autres de son matériel professionnel, ce qui a évidemment fait mon bonheur : un compresseur, des micros, des synthés Roland JX-8P et Yamaha DX-7 en bonne condition. À cette même époque, un ami m’a envoyé du matériel qu’il n’utilisait plus, comme des pédales, un sampler et une guitare… J’ai pu grâce à tout cela créer un home‑studio de fortune dans ma chambre.

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De janvier à avril, dans ma région il y a eu jusqu’à 3 m de neige. Il était difficile de se déplacer à cette période-là. J’avais donc du temps devant moi et pas vraiment d’autres distractions excepté le bourbon qui prenait, ma foi, trop de place dans mes journées et mes nuits. J’ai donc pu commencer un nouveau projet musical. J’avais pris assez de recul pour écrire sur mes désillusions, sur mes échecs… Mais le résultat n’a pas été satisfaisant d’emblée… Mes enregistrements souffraient d’un manque de discernement à cause du bourbon, d’antidépresseurs et d’autres substances…

Au printemps, j’ai fait une pause musicale de quelques jours. J’ai couru le marathon de Death Valley, parc national en Californie et je suis resté camper dans la région un moment après la course. Cette sorte de retraite m’a été bénéfique. Un jour, lors d’une promenade dans la campagne au milieu de nulle part, j’ai découvert un parking peuplé de vieilles caravanes incendiées et d’un bus saccagé sur lequel quelqu’un avait écrit à la peinture aérosol« Hurt Valley ». Je ne sais pour quelle raison ces mots, amplifiés par l’image du désastre, ont raisonné en moi. J’ai décidé à ce moment-là que ça collait à mon parcours et à mon projet à l’état d’ébauche.

À mon retour, j’ai effectué des dizaines de prises, j’ai mixé et remixé encore et encore. J’ai revu tous les enregistrements de manière plus lucide (sans alcool) en rendant cela progressivement plus propre, plus concret tout en n’altérant pas la spontanéité première.

Desolation Views est l’aboutissement de ce travail. Il est un recueil des 6 morceaux qualifiés de dream pop ou de pop psyché par d’aucuns. Je ne sais pas si cette étiquette correspond à ma musique mais j’aimerais qu’elle soit qualifiée en tout cas de pop intéressante.

Voilà l’histoire du premier EP de Hurt Valley qui se trouve ici. J’aurais aimé qu’elle soit tout autre. Plus attrayante, moins ennuyeuse, mais c’est bien celle-là… »

Dream pop, pop psyché, pop intéressante… Le souhait de Brian Collins est exaucé. Desolation views est la rencontre de Prefab Sprout avec Ride et The Pastels. Sous son manteau de pop gentille, Brian dévoile ses harmonies contrastées et malsaines qui nous plongent sans pitié dans la Death Valley. Là même où coule sa tourmente. Les mélodies tranchantes de Hurt Valley accélèrent le pouls, raccourcissent le souffle de l’auditeur et lui promettent la souffrance à perpétuité.

Audio

Hurt Valley – Your Kingdom

Tracklist

Hurt Valley – Desolation views (2010)

1. Your Arms
2. Your Kingdom
3. I Want You to Stay
4. Places in the Shade
5. You’ll Make Your Own Escape
6. It Ends