House of Wolves l’interview

Du séminal Fold In The Wind paru en 2011 (lire) au plus récent troisième album éponyme (lire), Rey Villalobos, aka House Of Wolves, fait définitivement partie de ces quelques artistes avec lesquels Hartzine entretiendra toujours une histoire d’amour, du moins aussi longtemps que le californien nous gratifiera de ses chansons à la grâce et à la délicatesse infinies. Avec une constance étonnante, l’ami Rey nous avait déjà ravis il y a quelques mois avec son dernier LP qui, tout en soulignant le sens mélodique inouï de son auteur, prenait davantage d’ampleur et d’oxygène avec l’apport d’un quatuor à cordes et une section rythmique plus marquée. Une richesse sonore témoignant d’une volonté d’évolution artistique ne reniant pour autant rien d’un passé discographique frisant le sans faute. Toujours en très grande forme, c’est avec un split EP en compagnie d’Emily Jane White, à paraitre sur le label français Discolexique, que nous revient déjà House Of Wolves. Un EP sur lequel chacun reprend un titre de l’autre (Keeley pour House Of Wolves et Just Shy Of Survival pour Emily Jane White) et se fend pour l’occasion de deux nouveaux titres. Six tracks, donc, qui trouvent ensemble une cohérence étonnante, témoignant d’une longueur d’onde partagée entre les deux artistes. Et comme ces deux-là sont loin d’être des manchots,le tout s’écoute avec délice et délectation, dans une certaine légèreté de ton sur laquelle on n’aurait pas forcément parié sur ce coup, malgré le poids émotionnel de certains textes. En témoigne notamment l’irrésistible « Up High And low« , qui dévoile une facette plutôt détendue du bulbe de son auteur.

Profitant de leur passage à Rennes le 21 mars dernier dans le cadre de leur tournée commune, et ce jour là, dans le cadre des 20 ans du festival Rennais Les Embellies, on a posé quelques questions à Rey Villalobos, déjà sept années après une première rencontre marquante.

House Of Wolves nous a également fait l’honneur d’une session live quelques heures avant son concert, nous offrant un petit moment de grâce et de générosité dans un coin de loge exigu et pas loin d’un évier, choisi par Rey Villalobos lui-même pour son acoustique et son intimité. La vidéo est à (re)découvrir ici-même.

INTERVIEW  (Rennes, Église du Vieux Saint-Étienne, le 21 Mars 2018)

Te voilà déjà de retour en tournée avec Emily Jane White quelques semaines après la tournée de House Of Wolves pour le dernier album. La scène est-elle un exercice que tu aimes de plus en plus ?
You are back again on tour with Emily Jane White a few weeks after having been on tour for the last album of House Of Wolves. Is being on stage an exercise that you increasingly cherish ?

C’est un défi que de jouer et de présenter ses chansons quand on se produit dans des endroits différents, et après chaque concert, on se demande ce qu’on peut améliorer. J’aime refaire cet exercice encore et encore. Le résultat n’est jamais figé : continuer à faire de la scène, apprendre, améliorer le set…C’est toujours très amusant de voir tout ce qu’on peut faire et c’est aussi un défi que de faire ça en solo parce qu’on se retrouve sur scène, complètement seul, à se demander comment on va faire pour faire en sorte que personne ne s’ennuie pendant 40-45 minutes, et comment on peut jouer avec le set sans un groupe avec soi.

It’s a challenge to play and present your song when you play in different situations and after each show you wonder what you can do better. I am enjoying doing it again and again. It’s a work in progress all the time : to continue to be on stage and to learn and to make the set better…it’s always really fun to see what you can do and it’s also really a challenge to do that solo because you’re just up there totally by yourself wondering how you’re going to keep everyone interested for 40-45 minutes, and what can you do to the set without band.

Ton dernier album, plus riche musicalement, t’a aussi amené à jouer avec groupe, contrairement à tes débuts. Qu’est que cela change dans ton approche de la scène ?
Musically richer, your last album has brought you to play with a band, contrary to when you started performing. What has it changed in the way you perceive being on stage ?

J’ai joué avec des groupes avant. J’ai été dans un groupe de rock donc ça n’a pas vraiment changé mon approche de la scène sauf que quand on joue dans un groupe, les questions de logistique sont tellement plus compliquées en comparaison avec une tournée solo… Mais c’est tellement génial de jouer avec des personnes avec qui le courant passe. J’ai joué avec une altiste, Olive, à Paris, et il y a aussi mon ami Mike, et quand on trouve des gens comme eux avec qui on crée une alchimie, l’énergie change complètement et on en vient à ajouter juste assez de dynamique pour être encore plus dans l’instant.

I’ve played with band before. I actually was in a rock band before so it hasn’t really changed my perception of being on stage except when you play with band, logistics are much more complicated comparing to when you’re solo. But then playing with people you click with is so awesome. I’ve played with a violist, Olive, in Paris, and there’s my friend Mike, and when you find people like them with whom you can connect, the energy changes completely and you add just enough dynamic to be more into the moment.

Tes deux premiers albums apparaissaient très intimistes. Le 3ème, « House Of Wolves », est apparu beaucoup plus ouvert, plus ample (dans les orchestrations notamment, – de piano, + de cordes). Aujourd’hui, c’est un split EP avec Emily Jane White qui sort… Qu’est-ce que cela dit de ton évolution artistique ? Es-tu de plus en plus ouvert à l’extérieur ?
Your first two albums came as very intimate. The third one, « House Of Wolves », came as more opened, it gained momentum (especially with the arrangements, less piano, more strings). Today, it’s a split EP with Emily Jane which is out now… What does it say about your evolution as an artist ? Are you more opened to exterior influences ?

J’ai fait les deux premiers en solo et le suivant a été enregistré en live, avec un groupe -batterie, basse, guitare et piano -, et quand on a joué cet album de bout en bout, on a joué fort…J’aurais aimé pouvoir amener ces personnes mais le coût était tout simplement trop élevé…Et pour l’album d’ après, je me demandais s’il fallait mieux faire quelques chose de plus doux, ou carrément glam rock…On peut prendre n’importe quelle chanson et lui donner des accents rock ou super low fi donc j’aime bien tester les deux et envisager toutes les possibilités d’une chanson.

I did the first two solo and then the next one was recorded live, with a band -drums, base, guitar and the piano-, and when we tracked that album we were playing loud, we were rocking loud…I wanted to bring those guys but it was just so expensive…And for the next record I was wondering if I should be doing it with more mellow accoustics, or go glam rock…You can take any song and make it rock or super low-fi so I like going both and try and dicover all the possibilities for a song.

Avais-tu besoin de bousculer les codes édictés par toi-même concernant ta musique, l’envie d’une évolution plus marquée ?
Did you feel like you had to shuffle the lines of conduct you drew concerning your music, some sort of urge for a more affirmed evolution ?

J’en avais assez de faire de la folk ombrageuse, je venais de faire à la suite deux albums folk donc j’avais envie de tester quelque chose de différent, pas non plus un album glam rock complètement fou, mais différent.

I was tired of doing dark folk, I had made two folk records back to back so I wanted to something not full on crazy glam rock but different..

Le piano est de moins en moins présent dans ta musique, y compris sur cet EP. Quel est aujourd’hui ton rapport à ce qui est pourtant ton instrument de prédilection ?
The piano is less and less present in your music in general, and that’s the case too on this EP album. How do you relate now to what’s your favourite instrument ?

C’est vraiment juste une question pratique, on voulait faire rapidement cet EP donc on a travaillé avec une guitare. De plus, quand on est on tournée, personne ne va vouloir trimballer un piano partout avec lui…Mais ce serait super de refaire un album avec piano. Christophe (NDLR: le patron du label Discolexique) a réussi à nous avoir un piano pour la date de Lille donc à Lille on s’accompagnera juste d’un piano, sur ce tour.

It’s really only just a question of convenience, with this EP, we wanted to do it quickly so we worked with a guitare, and also, when touring, you don’t want to carry a piano around with you…but we’d love to do a full piano album again, and in fact Christophe managed to get us a piano for our date in Lille so we’re playing with just a piano in Lille on this tour.

A propos de « House Of Wolves », j’ai beaucoup entendu et lu de références à Elliott Smith et notamment son album « Figure 8 », te présentant comme son successeur. Que penses-tu de cette filiation ?
About « House Of Wolves », I’ve read and heard many references to Elliott Smith, and especially his « Figure 8 » album, that presented you as his successor. How do you feel about this filiation ?

Vous rigolez, c’est incroyable…Je suis honoré…

That’s amazing, are you kidding me ? I feel honored…

Pour ce split EP, comment vous êtes vous rencontrés et qui a proposé à l’autre une collaboration ?
For this split EP, how did you meet and who asked the other for a collaboration ?

Je reprends une de ses chansons, et elle reprend une des miennes, et c’est comme ça qu’on s’est rencontré. En 2015 je donnais une interview pour une émission de radio à Toulouse et ils passaient des morceaux, et là j’ai entendu une de ses chansons et j’ai trouvé que c’était un bon morceau. Je l’ai mis sur une playlist qu’on m’avait demandé pour un blog. Et on a fini par demander à Emily si elle voulait qu’on travaille ensemble, et on s’est rencontrés sur Facebook.

I’m covering one of her songs and she is covering one of mine, and this is how we met : I was in Toulouse in 2015 doing a radio interview show and as they were playing songs, I heard one of her songs and I thought it was a good song, I put it then on a playlist I did for a blog. And we ended asking Emily if she wanted to do the collaboration and we met online on Facebook.


Peux-tu nous parler de la genèse du disque ? Comment avez-vous procédé pour l’écriture et l’enregistrement ?
Can you tell us about the making of the record ? How did you do its writing and recording ?

J’ai enregistré ma reprise d’Emily dans ma ville natale à coté de Santa Barbara, avec Tom Flowers dans le studio qu’il a chez lui, avec une guitare acoustique et un vieux micro des années 60, je crois. Et pour les deux titres originaux, je les ai enregistré à L.A, chez Fireproof Recordings et j’ai embauché un de mes amis, Duncan, pour jouer la guitare lead… Et moi j’ai seulement apporté ma guitare acoustique.

I recorded Emily’s cover song near Santa Barbara in my home town, with Tom Flowers in his home studio with an accoustic guitare and an old sixties microphone. And for the two originals I recorded them in L.A at Fireproof Recordings and I just brought my accoustic guitare down and I hired a friend of mine, Duncan, to play the lead guitare.

En quoi vous sentez-vous proches artistiquement avec EJW ?
In which ways do you feel artistically close to EJW ?

J’aime ses suites d’accords, comme dans la chanson « Keeley », je me retrouve dans ses suites d’accords, dans ses mélodies.

I like her chords progression, like in the song « Keeley », I could feel myself in the chords progression, in her melodies.

Comment places-tu ce split ep dans ta discographie? Y trouve-t-il une place cohérente ou est-ce une parenthèse?
Where would you classify this split in your discography ? Does it fit organically or is it a parenthesis ?

Je pense qu’il fait partie d’un ensemble assez organique, l’album suivant pourrait être assez similaire, plutôt folk, assez low fi, ou peut-être sera-t-il plus glam rock…ou peut-être les deux à la fois…

I think it’s quite organic, the next one could be quite similar, folkish, quite low fi, or maybe it will be more glam rock… or maybe both…

Ce split EP apparaît assez cohérent sur la globalité. Comment avez-vous procédé pour trouver cette homogénéité ? Etait-elle voulue ou s’est-elle présentée naturellement ?
This split EP sounds like a whole. How did you manage to find this homogeneity ? Was it something you were aiming for or did it come as something natural ?

On a eu de la chance parce que c’est venu plutôt naturellement, j’enregistrais, elle jouait…on a été très chanceux.

We were kind of lucky and it came rather naturally, I recorded, she played…we were really lucky.

Dans une interview pour Hartzine en 2011, tu nous présentais l’idée qui alimentait ton projet musical comme une « nostalgie lointaine et entêtante ». Le dirais-tu de la même manière aujourd’hui ?
In an interview for Hartzine in 2011, you labelled what nourrishes your music as « a haunting far away nostalgia ». Would you describe it in the same way today ?

Pareil. La nostalgie d’une époque plus simple, comme une chanson d’amour…Je reste fidèle à mon slogan.

The same, a nostalgia for a more simpler time, like a love song…I’n sticking with my slogan.

Toujours en 2011, tu nous disais à propos de « Fold In The Wind » que ton ambition était de « faire un album très tranquille de chansons d’amour que je pouvais jouer seul ou avec un groupe » . L’ambition pour le troisième album, voire cet EP, était-elle différente ?
Still in 2011, you told us about « Fold In The Wind » that you wanted to make « a very chill album of love songs that – you – could tour solo or with a band. Was it a different ambition for the third album and this EP ?

Je n’ai pas pensé à la tournée quand j’ai monté cet album, j’ai juste assemblé les morceaux…Je me rappelle avoir pensé à ça pour les deux premiers albums, le troisième est un album pour un groupe, il a besoin de batterie et d’une guitare basse pour être joué, mais pour cet EP, je l’ai fait sans arrières pensées, sur ce projet je me suis simplement contenté de faire de chouettes chansons.

I didn’t think about the touring aspect on that album, I just put the songs on there… I remember thinking that for the first two ones, the next one is more of a band album that needs drums and bass but for this EP I did it without any thoughts, I was just focusing on making cool songs for this project.

interview réalisée par Marie Baudouin & Sylvain Le Hir

Session

Le duo de choc est toujours en tournée actuellement dans toute la France:

27/03 : Dijon – adresse sur réservation au sabotage_box(at)hotmail.com
28/03 : Bourg-en-Bresse – La Tannerie
29/03 : Saint-Étienne – Le Fil
30/03 : Romans-sur-Isère – La Cordonnerie
31/03 : Toulon – Hôtel des Arts
01/04 : Toulouse – La Sainte Dynamo
04/04 : Nancy – Crypte de la Basilique Saint-Epvre (festival Off Kultur #2) Pays Bas
24/03 : Den Haag (NL) – PAARD Belgique
25/03 : Liège (B) – La Halte / Brunch JauneOrange (concert à 13h)
25/03 : Namur (B) – Chez Lisa (concert à 19h)