Girls – Record 3 : Father, Son, Holy Ghost

La première fois qu’un album m’a fait verser toutes les larmes de mon corps, c’était lors de la sortie à titre posthume de Strangeways Here We Come de vous-savez-qui. Il est vrai qu’outre la découverte de l’œuvre elle-même, dont notamment l’éternellement émouvant Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, la séparation du groupe dont je tombais amoureux juste un peu trop tard me bouleversait complètement. Depuis, les rivières nées d’émotions suscitées par d’aucunes œuvres n’ont pas toujours été un gage de qualité en termes de musique. Tenez, très récemment, je me suis surpris à me transformer en fontaine en visionnant le clip d‘un « artiste » tatoué reprendre un À Nos Actes Manqués aussi horrible que l’original. Bref, difficile a priori de me fier uniquement à la quantité de liquide lacrymal versée en me frottant à ce troisième disque (deuxième album) automnal des Californiens de Girls qui, disons-le d’ores et déjà maintenant que mon auto-analyse bon marché est terminée, est une indéniable réussite. Record 3 : Father, Son, Holy Ghost  est un grand disque aux morceaux éclatants. Riche en sonorités, il fait toutefois preuve de davantage de cohérence que son prédécesseur et surtout, vous vous en doutez après lecture de mon introduction boîteuse, il est extrêmement poignant… C’est aussi un disque qui vous ôte tout complexe… Si vous aviez jusqu’ici hésité à avouer qu’au même titre que Ride et Jesus and Mary Chain, vous aimiez Black Sabbath et Queen, vous vous empresserez de le revendiquer après l’écoute de ce somptueux album aux influences diverses et bien digérées, à l’image du single Vomit, offert en téléchargement gratuit il y a quelques semaines, qui nous livrait, entre autres genres, un mélange rock et gospel sans vergogne.

Les morceaux de Girls, comme souvent en musique, sont intrinsèquement liés au passé, au futur, à la souffrance, à la passion et à l’amour, notamment Just A Song. Ce titre animé de majesté cyclique nous emporte, dans ses deux dernières minutes, dans son tourbillon où les quelques mots « Love : It’s just a song » sont répétés en boucle en toute simplicité. Un schéma qui résume assez bien l’ambition du duo et un bel exemple aussi de l’antagonisme qui règne sur cet album alliant humilité et complexité. Ainsi, des moments très « classiques » et accrocheurs balancés en trois accords et trois mots, mais aussi des structures plus complexes et imprévisibles, font de Father, Son, Holy Ghost une curiosité indispensable à siroter délicieusement ou un doux poison à s’injecter lentement au compte-gouttes. Quant au fond, il est également remarquable. Que ce soit en abordant des thèmes spirituels, amoureux mais toujours personnels, la prose de Christopher Owens est juste et a un impact certain : « Nothing’s going to get any better if you’re drowning in your fear » (« Rien n’ira jamais mieux si tu te noies dans ta peur »).

Il est impossible de ne pas abuser de superlatifs pour qualifier ce Record 3 de Girls constitué finalement uniquement de pure grâce à l’image de My Ma, soutenant que lesdites larmes accompagnées de soupirs, de frissons, de spasmes, de remise en question même, trouvent leur origine exclusivement dans la beauté absolue.

Audio

Girls – My Ma

Vidéo

Tracklist

Girls – Record 3 : Father, Son, Holy Ghost (Turnstile, 2011)

1. Honey Bunny
2. Alex
3. Die
4. Saying I Love You
5. My Ma
6. Vomit
7. Just A Song
8. Magic
9. Forgiveness
10. Love Like A River
11. Jamie Marie