S’il fallait crever de cynisme en régurgitant une à une les contradictions de nos quotidiens dans une société occidentale complètement bipolaire, Bohdy Knows At 90 du londonien Gaika se placerait sur le podium des oraisons funèbres. Totalement moulé au reste de l’expérimentale mixtape Machine sortie en novembre dernier, ce grime trap minimal à playlister dans toutes les caves ironise sur nos paradoxes comportementaux. Et Gaika d’appuyer le constat: “On dirait parfois que la société et la culture sont uniquement déterminées par l’hédonisme, la culpabilité et la tension qui en découle”, avant de passer les quatre minutes et quelques du morceau à demander pardon pour ses péchés par la bouche de Bipolar Sunshine.

Crédibilité oblige, le clip — réalisé par Gaika lui-même et l’artiste audiovisuel Diogo Lopes — colle au mood du morceau comme le khôl après les larmes. Filmé dans la houle à distance d’un bras, Gaika se met en scène, démasqué pour la première fois, et entrecoupe ses lyrics plaintifs de symbolismes subliminaux, de flashes colorés et autres ralentis et doubles-expositions saccadés. On est dans le tourment crade, mis à vif par la crudité du discours et d’une réalisation endeuillée par la quasi absence de couleur, déroulant un gris au pathos communicatif avant de conclure sur une dernière séquence de plans passés aux hachoirs. Funèbre, on avait dit?

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