Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing

fujiya-miyagi-ventriloquizingIl ne suffit pas d’enfoncer l’avant-bras dans l’anus de votre voisin et de parler comme Kenny pour être ventriloque. Selon David Best, leader discret du quatuor agitateur Fujiya & Miyagi, ces petites poupées sont le reflet effrayant du musèlement d’un peuple, pour qui d’autres se chargent d’être la voix.  C’est autour de cette métaphore flippante que l’entité électro-kraut nourrie aux sushis et au riz cantonais conceptualise un quatrième album épais, lourd et désabusé. Habitué à travailler dans un total confinement, le quatuor de Brighton s’offre pourtant les services  d’un Thom Monahan déjà coupable de la production des derniers Au Revoir Simone et Vetiver. Ventriloquizzing ne pouvait décidément pas être gai.

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Si le succès de Fujiya & Miyagi a toujours reposé sur les influences du groupe pour le rock-choucroute allemand, rares furent les réelles démonstrations du combo attestant du sujet. Revanche prise sur un Ventriloquizzing ouvrant majestueusement sur une dynamique post-jazzy à la Neu ! La voix du Maître Miyagi trainassant sur la montée de ligne de basse d’Ampersand, avant que les synthés n’explosent à leur tour, projetant l’auditeur au centre d’un big-bang sonore étourdissant. Le rétro est d’ailleurs à l’honneur de ce nouvel opus. On imagine parfaitement Best en Fred Astaire trainspotter, glissant et se balançant entre des gouttes de pluie colorées sur le très fougueux Pills. Joie retrouvée ? Pas vraiment. En atteste Sixteen Shades of Black and Blue, premier single collant aux fringues comme une vieille odeur de tabac. Premier track vraiment sombre et presque crade de l’album, qui laisse un goût d’acier dans la bouche. Le timbre monocorde de David Best s’accroche à un tempo tassé, répétitif… La voix du chanteur ne s’était plus montrée aussi convaincante depuis Photocopier, et retrouve ici son sens de l’oppression. YoYo fait également parti de ces titres étouffants, cadencés par l’entrelacement d’un orgue saturé et d’une basse sous influence, le titre rappelle par instant l’Atlas Air de Massive Attack. Et si le groupe de Brighton a beaucoup souffert de la comparaison musicale qui lui a été faite auprès de ses compatriotes bristoliens, celui-ci a pourtant tendance à ralentir dangereusement le tempo comme sur Ok, semblant tendre le bâton pour se faire battre. Rigoureusement lente, la mélodie roule, rebondie comme une balle toujours insaisissable. Si le morceau fait la part belle à un fantastique jeu de batterie, c’est une nouvelle fois la basse de Matt « Ampersand » Hainsby qui sera mise au centre de ce Ventriloquizzing. Car même dans la tourmente, Fujiya & Miyagi n’en perdent pas leur fascination pour le groove. Même lorsque le quatuor assène le très kraut Tinsel & Glitter, la formation a retenu la leçon du Future Days de Can et cède aux expérimentations sans perdre le sens de la rythmique qui le définit. Le tout tiré au carré, sans souffrir une seconde de la redondance du murmure de Mr Miyagi. Un arsenal de titres saccadés, passant de l’escalade à la chute libre, permettant à la pop de sortir des sentiers battus.
Alors si Dieu sait qu’on attendait ce nouvel opus, nous voilà comblés. Car derrière la machine à gigoter par moment quelque peu emphatique, Fujiya & Miyagi se réinventent, dévoilent un vrai sens de l’écriture et passent habilement le cap de l’adolescence. Les mauvaises langues n’ont plus qu’à fermer leur clapet à l’écoute de ce joyau noir. Nos quatre pantins se libèrent de leurs attaches et prouvent avec Ventriloquizzing que l’on peut aussi danser avec sa tête.

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Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing

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Tracklist

Fujiya & Miyagi – Ventriloquizzing (Yep Roc, 2011)

1. Ventriloquizzing
2. Sixteen Shades of Black and Blue
3. Cat Got Your Tongue
4. Taiwanese Boots
5. Yoyo
6. Pills
7. OK
8. Minestrone
9. Spilt Milk
10. Tinsel & Glitter
11. Universe