Fennesz – Black Sea

fenneszblackseaUne référence sans doute à cette mer Noire, de l’est européen, portes de l’Orient, symbole d’une certaine forme d’exotisme à notre portée. Une mer d’un autre temps, le rivage de Syrtes comme le suggérait Julien Gracq, qui nous renvoie tout à la fois à la mythologie grecque (Jason et les argonautes, aux Scythes en Crimée) qu’à des stations balnéaires désuètes de Bulgarie ou de Roumanie, à des périodes obscures de la guerre froide, à Odessa (référence à James Gray et son Little Odessa) et son port (et peut être une industrie dépassée).
La pochette de cet album nous y renvoie immédiatement, nous voilà débarqués sur les côtes de la mer aveugle comme la surnommaient les romains. Des côtes pour le moins maîtrisées et laborieuses… On y distingue au loin comme une ville surgissant de la brume, et des rails ensevelis, rappelant d’autres heures, plus glorieuses.Comme si la mer reprenait le dessus. Une image finalement plutôt optimiste, comme une ode à la nature. Si nous devions revenir plus particulièrement à la musique du compositeur autrichien, ce n’est sans doute pas sous ce vocable que nous la qualifierions. Fennesz officie davantage dans un registre mélancolique même si ce terme, en l’occurrence, en critique musicale a été largement galvaudé.
Ce nouvel album, qui s’inscrit dans la lignée de « Venice » donne l’occasion au musicien de développer ce qu’il avait commencé à laisser entrevoir avec son précédent disque et plus antérieurement avec « Endless summer ». J’en vois certains lui reprocher déjà un certain manque de renouvellement. Mais qu’importe, à quoi bon faire autre chose quand on est au firmament de son art et de son expression. Fennesz a semble t’il trouvé sa voix, en tout cas, jusqu’à nouvel ordre.
Ici sur ce « Black Sea », il s’illustre par l’alternance qu’il fait de longues pièces aux climats variées et de titres plus concis. Il ouvre l’album avec le titre éponyme qui s’étend sur plus de 10 minutes et sur lequel il développe sur la durée sa perception de la mélodie. Il enchevêtre ses textures et ses nappes avec précisions à ses guitares claires ou au contraire saturées, préfigurant la houle. Le reste de l’album nous plonge dans de multiples suggestions de la pensée, et inspire diverses attitudes à son écoute. Certains titres comme « Glide » (joué avec Rosy Parlane en live) expriment très nettement ces différents états que l’on traverse en tant qu’auditeur à l’écoute du disque : des rires aux larmes, de la peur à la joie, du dépaysement au cloisonnement.  Il œuvre donc à nouveau avec ce disque,  à un travail sonore qui lui appartient pleinement et qui le distingue de la composition musicale actuelle, même si d’autres sont déjà derrière à suivre sa trace. L’appréciation de « Black Sea » se fera sans doute lentement, mais à chaque nouvelle écoute on découvrira des richesses et subtilités que l’on ne soupçonnait pas. Il s’agit donc d’une musique onirique en somme…

Cyril

Audio

Fennesz – Saffron Revolution

Tracklist

Fennesz – Black Sea (Touch, 2009)

1. Black Sea
2. The Colour of Three
3. Perfume for Winter
4. Grey Scale
5. Glide
6. Glass Ceiling
7. Vacuum
8. Saffron Revolution