En arts plastiques, le collage est né de l’envie de surseoir à l’hégémonie du plan. Pratiqué puis popularisé par Braque et Picasso, il a permis d’ajouter texture et relief à un cubisme menacé par sa propre abstraction. Le collage ouvre à la pratique du matériau et à sa métamorphose, à l’extraction de son contexte habituel pour produire, ailleurs, une profondeur supplémentaire. C’est le relief qu’imprime ce deuxième album du duo berlinois Driftmachine, celui d’un collage protéiforme qui chevauche tour à tour et parfois simultanément les espaces d’expression du kraut, du dub et de l’indus, des espaces définis par des pratiques décennales mais aux circonférences perméables, que le tandem traverse au gré de ses expérimentations.

Contrairement à la toile la musique ne fixe pas, l’onde n’est jamais figée, se déplace, fuit et revient, décolle et plonge; c’est un enchevêtrement de « contours qui se heurtent » pour reprendre l’idée du titre Colliding Contours. Dans le travail d’Andreas Gerth (Tied & Tickled Trio) et Florian Zimmer (Saroos, lire), c’est bien le mouvement qui prédomine, un mouvement omnidirectionnel réfutant toute linéarité et toute prédictibilité. La qualité cinétique apporte un nouveau volume au collage, le rend spatial, omniprésent mais difficile à saisir sans quelques repères. Et repères il y a ici, dans ces sons métalliques qui geignent, claquent, résonnent et cassent le flux ronronnant d’une ambient le plus souvent électrique et rauque, qui déplie ses affluents volatils sur les huit pistes du LP, empilant textures et effets pour façonner une composition dont la lecture ne se suffit pas de la planéité mais développe ses propres dimensions.

Audio