Destroyer – Archer On The Beach EP

destroyer-archer-on-the-beachIl y a quelques années, Daniel Bejar échangeait sa peau fauve, électrisée aux façons glam rock, pour une sonate étrange : Your Blues. Que cette œuvre fut une improbable rencontre, c’est peu dire. Des synthétiseurs singeant une atmosphère « cabaret », des chansons comme des passerelles où une impressionnante galerie de personnages nous filait les sensations de l’horreur et du sublime. Bref, un univers de fantaisie et de révolution. Le chanteur de Destroyer s’est peu à peu penché sur sa voix et sa diction phénoménale. Soignant ses mots à la lame fine, les trempant dans des bains d’éther ou dans des immondices artistiquement agencées, Bejar s’est créé une fantastique armada poétique prête à désosser tous les pitres paroliers polluant l’indie pop. Il y a peu, le Canadien revenait à la charge avec Bay of Pigs, une déclamation impressionnante où les mots circulaient dans une farandole discoïde neurasthénique. Listen, I’ve been drinking… Voilà comment il ouvrait cette mystérieuse confession bordée de révélations en arabesque, de cartes postales amoureuses et d’images féminines fugaces : her heart’s made of wood as apocalypses go that’s pretty good. Des textes cryptés, complexes et parfois kitsch naviguant dans les eaux sobres d’une musique prosaïque.

Cet épisode musical se révélait fascinant, dur à la découverte, ombrageux. Archer On The Beach élargit l’entaille. Grandement même. Opus résultant d’une collaboration avec Tim Hecker et Scott Morgan (sur la composition Grief Point), Bejar saisit de nouveau l’occasion de manier le frisson et la lenteur. On peut penser : déconstruction, avant-garde et expérimentation. Mais cette voix, magique acte de présence, intensifie une musique blanche et parfois inerte. Elle convoque les soubresauts un peu à la manière d’Alan Vega. On ressort de cette écoute intrigué et perdu. Un peu comme l’on sort d’une séance de cinéma après avoir vu un film étrange. De savoureux vertiges et un sentiment d’ailleurs qui scintille dans nos yeux. On ne désire donc qu’une seule chose : s’y confronter de nouveau.

Audio

Destroyer – Archer on the Beach

Tracklist

Destroyer – Archer On The Beach EP (Merge, 2010)

01. Archer on the Beach
02. Grief Point