Death & Vanilla – s/t

Les mystères entourant le royaume de Suède, et plus largement les pays scandinaves, n’ont jamais été réellement dissipés dans la brume de notre inconscient collectif. Contes et légendes vivaces, du paganisme nordique aux pillages vikings, l’imaginaire recèle de ces histoires séculaires où violence et mysticisme s’entremêlent dans le creuset de récits fantastiques. Des mythes à la peau dure, susceptibles d’influer sur la perception magique d’un vivier musical extrêmement riche, issu d’un triangle géographiquement délimité par les trois plus grandes villes du pays, Stockholm, Göteborg et Malmö. Les productions de labels tels que Labrador (The Radio Dept.) ou Service (The EmbassyJens LekmanThe Tough Alliance) n’ont d’ailleurs de cesse de signifier cette intarissable inventivité d’une pop onirique et gracile se logeant à mi-chemin entre figuré et suggéré, prétentions commerciales et secrets d’alcôves. Il revient pourtant à la micro-structure française Hands In The Dark (lire) – certes bien aidée localement par celle suédoise Kalligrammofon – de révéler par le biais du tant attendu LP de Death And Vanilla – à paraître le 13 mars prochain et ci-dessous en streaming intégral – l’une des idylles vespérales les plus intenses et troublantes de cette année 2012 bien entamée.

Éponyme, tout comme l’éminent EP le précédant (lire), l’album dévoile, sous les oripeaux d’une sensualité discrète et éthérée, d’infinis méandres sonores, aux circonvolutions aussi complexes qu’indicibles : si le charme inoculé par le duo originaire de Malmö se déploie à mesure que la voix de Marleen Nilsson gagne en ampleur et en apesanteur, sa beauté énigmatique se niche, écoute après écoute, dans des limbes musicales orchestrées d’une main de maître par Anders Hansson. De ce soin accordé au détail et à la précision de l’instrumentation – oscillant entre un psychédélisme ouaté, à l’électronique subtile, et une dream-pop cinématographique inspirée de bandes originales de films français et italiens des années soixante – naît l’épure des sensations, gage devant l’éternel de chef-d’oeuvre du genre. L’introductif Rituals – fort d’une mise en images préalablement évoquée (lire) – imprime à lui seul l’obnubilant paradoxe parcourant l’entièreté du disque et symbolisé sur la pochette de celui-ci, où l’œil et le « je » ne font plus qu’un (The Unseeing Eye / The Unseeing I) : l’intimité et l’introspection induites par les charnelles vocalises de Marleen Nilsson, confinant sur From Elsewhere à la mise à nu, n’en restent pas moins étranges et propices à une fantasmagorie insaisissable. Il en va ainsi de The Unseeing I ou The Somnambulists où le chant ne s’immisce qu’avec parcimonie dans un halo cousu de volutes synthétiques, tout comme des mirifiques balades Cul De Sac et The Unseeing Eye à l’ondoyante mélancolie. Summum de cette nébuleuse élégance, Library Goblin badine avec des sonorités remémorant à s’y méprendre l’ancestrale série télévisée The Twilight Zone Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite de sons, mais aussi d’esprit. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : la Quatrième Dimension.

Tracklist

Death & Vanilla – s/t ( 2012, Co-release Hands In The Dark & Kalligrammofon)

01. Rituals
02. Dreams Of Sheep
03. Cul De Sac
04. The Somnambulists
05. The Unseeing Eye
06. From Elsewhere
07. Library Goblin
08. The Clearing
09. The Unseeing I

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