Crackboy – Les bois craqués

Partons de principes hyper généraux : les charts house 2012 n’ont jamais autant ressemblé aux rooms les plus cryptiques du peer-to-peer ou, jusqu’au milieu des années 2000, vous chopiez des mp3 sans titre du catalogue dance mania avec un bitrate à deux chiffres. Entre musiques de niches et opportunisme de marché, tout le monde s’y est retrouvé, même les puristes et le ranking de leur boutique Discogs.

Schématiquement et pour faire vite, Crackboy est le seul de nos compatriotes à s’être positionné sur ce créneau au début de la vague. L’avantage d’anticiper est de ne pas avoir à se justifier. Le gars est donc parti bride abattue en déclinant ses tonalités ghetto puis deep puis de nouveau ghetto sans se retourner, un peu à l’image du « chauffeur de poids lourd qui roule la nuit et fait de la musique la journée » qu’il singe au moment ou on lui demande sa réelle identité. On ne fera d’ailleurs pas de l’identité de Crackboy le fil rouge de ces lignes, on lui laissera le privilège de cette non-distinction.

Les nerds que nous sommes s’étaient excités à l’époque des premiers EP du bonhomme et de ses quelques sorties dans la presse spécialisée. Placer Raheem Hershel et l’époque acid house de Throbbing Gristle/Psychic TV en marqueur témoin d’une discothèque idéale, ça a la mérite de nous faire ressortir certains fétiches (le back catalogue du label Crème Organization d’un côté, les LP tout drogués des musiciens studio qui traînaient avec Genesis P. Orridge dans les années 90 de l’autre). Ça laisse également imaginer une musique qui se défait de l’apparat récréatif, hyper convenu, de l’acid house. Un truc plus flippé : « Ces singes, ça pourrait être des zombies dans un supermarché, ça pourrait être des crackheads qui viennent te prendre ta femme et ton compte épargne. Ils en ont marre d’avoir faim et de prendre du crack pour oublier, et là ils ont trouvé des flingues et des haches. C’est ça Crackwood. S’il y a un jour une apocalypse, c’est qu’il se seront tous réveillés et ce sera juste, nous dit Crackboy à propos de l’artwork de son EP juste sorti (Crackwood, I’m a Cliché, 2013).

Il n’y a d’ailleurs rien d’étonnant qu’au final Crackboy sorte des EP sur I’m a Cliché. L’association a en commun un amour pour les edits, gravé récemment dans le pixel d’un wordpress par le label parisien, et sa série bi-mensuelle d’édits en libre téléchargementEdit Service. Crackboy en a un paquet en stock – s’y mêlent originaux pas simples à clearer (mais qui le fait encore ?) et pistes sorties du gouffre : «The Future m’a traumatisé à sa sortie, je me souviens encore lorsque j’ai acheté la K7 de la BO de Batman et que j’ai entendu le titre d’ouverture dans mon walkman sport, totalement intemporel, à la hauteur d’un autre de mes morceaux préférés de Prince DMSR. Y’a un édit d’un tout autre style qui devrait pas tarder à sortir sur une compile… et je compte bien en faire un pour la série de I’m a Cliché également».

Plutôt que de vous orienter vers les mash-up vidéo hésitants qui accompagnent le revival acid, on vous conseille d’aller jeter un coup d’œil à la résidence du mec au Social Club qui a déjà vu passer Funkineven, Gerd et Snuff Crew. Surveillez les agendas.

Audio

Preview Crackwood (I’m a Cliché, 2013)