Coming Soon l’interview

Comment se sont rencontrés les membres de Coming Soon ?
Billy (Basse/Chant): On a commencé au Lycée avec Ben et Howard, ensuite mon frère nous a rejoints, puis Alex… Ça s’est fait progressivement durant six ans en fait. Au début c’était un petit groupe de lycée…
Ben (Guitare/Chant): … qui s’est agrandi par l’envie des membres de nos familles, de nos amis de nous rejoindre… On habite une petite ville donc c’est très facile de faire des rencontres.

Il y a eu un engouement pour votre groupe, un très fort buzz, et cela même avant la sortie de New Grinds, comment l’expliquez-vous ?
Howard (Chant): Je pense qu’on est tombé au bon moment où le public se sentait attiré par la scène indé Folk, c’était également le retour de la chanson en anglais… Tout en se posant la question si c’était un bon choix d’opter pour l’anglais, nos goûts musicaux allaient plutôt vers des groupes anglophones et qui faisaient ce genre de musique donc naturellement on a été classifié ainsi. Ça a beaucoup aidé au lancement de l’album et puis il y aussi la bande originale du film Juno sur laquelle une chanson de Leo a été retenue. Donc pas mal de facteurs rentrent en compte… En parallèle ça faisait déjà quelques années que nous rencontrions des musiciens, que nous participions à des festivals, que nous contribuions à des collaborations… C’est la rencontre de multiples hasards.

Justement comme beaucoup de nouveaux groupes francophones, vous boudez la langue de Molière. Choix persos ou raisons d’exportation ?
Howard : Je pense que tous dans le groupe, on a eu envie de se lancer dans la musique grâce à des artistes anglophones, et ce malgré nos goûts parfois très différents. Mais le lien fondamental reste la langue anglaise et à ce titre nous avons tous été très étonnés et influencés par Herman Düne qui joue de cette manière depuis plus de dix ans, sans complexe aucun. Ça s’est donc fait de manière très naturelle…
Ben : C’était aussi une nouvelle découverte de la langue qui allait de pair avec celle de l’écriture.
Billy : Par contre, cela fait presque un an que nous calons nos systèmes sons sur ceux d’Alain Bashung (?), ça reste quand même un lien avec la chanson française…

Deux albums en deux ans, vous êtes diablement prolifiques. N’aviez-vous pas été au fond de vos envies sur New Grinds ou doit-on s’attendre à une nouvelle cuvée d’ici fin 2010 ?
Billy : En fait c’est même plus que ça, il y a eu deux sorties, mais en réalité il y eu six albums réalisés par le groupe ou autres projets parallèles. On a toujours été productifs, c’est simplement que notre label ne peut pas absorber la sortie d’un album tous les deux-trois mois. Donc on s’amuse à compiler des morceaux inédits qu’on enregistre sur CD-R.
Ben : Dans cette période, il faut compter aussi l’album solo de Howard, donc ça continue comme ça, en réalité c’est plus que deux albums en deux ans.
Howard : En fait, entre New Grinds et Ghost Train Tragedy s’est écoulé plutôt un an et demi, ce qui est au final plutôt raisonnable si tu prends pour exemple les Rolling Stones qui sortaient un nouvel album tous les six-huit mois. On est conscient qu’il y a une crise du disque mais si deux albums sont prêts, c’est très agréable quand un label peut les réunir sur un même disque, tout unir sur un même point. Mais on a très envie de réenregistrer très rapidement et de sortir un nouvel opus dans un délai court… le 6 Février prochain.
(Ben et Billy se retournent vers Howard )
Billy : Le 6 Février ? (Rire général) Non, mais on sera très certainement dans ces eaux-là.
Howard : Non, plus sérieusement, un an et demi est une durée qui nous relie a beaucoup de groupes qu’on aime et en même temps, ça reste une période relativement longue quand tu tournes beaucoup. Mais le fait qu’il y ait six chanteurs-compositeurs permet de faire avancer le processus très rapidement.
Ben : Pour nous ce serait très frustrant d’attendre trois ans, de faire des démos, de réenregistrer inlassablement… Ce serait même un peu à l’encontre de notre éthique et de la musique qu’on aime et qu’on défend.

Chacun d’entre vous écrit et compose ?
Howard : Oui, mais certains le font plus que d’autres et ça dépend aussi des albums. Il n’y a que Ben et Mary qui n’écrivent pas de textes pour l’instant, mais la musique est composée en commun. On note des variations toutefois, certains étaient très prolifiques au début et se sont calmés et d’autres s’y mettent timidement, mais ça évolue d’un album à un autre.

Votre univers est cinématographique au possible, pourquoi vous être dirigés vers la musique plutôt que l’audiovisuel ?
Howard : Tout simplement parce que le milieu audiovisuel nous a rejetés (rires). Je précise « nous » car tout est collectif maintenant dans ce groupe. On a voulu être réalisateurs de cinéma, mais nous nous sommes fait jeter, et voilà.
Billy : Ce qui est moins ennuyeux car il y a moins de staff à gérer : pas de techniciens lumières, de cadreur…
Howard : On peut boire pendant les prises (rires).
Billy : C’est nettement plus relax.
Howard : Et puis on a peut-être plus de talent… Mais le cinéma reste un domaine très présent, car parfois quand on a du mal à se mettre d’accord sur un artiste qu’on apprécie, sur un morceau, l’esthétisme… le cinéma reste un bon référent.
Ben : C’est un sujet qui va permettre d’établir un accord lorsqu’on aborde un univers entre chacun de nous parce qu’on aura regroupé auparavant plusieurs images, plusieurs livres, plusieurs films, des éléments non musicaux au préalable mais qui peuvent le devenir indirectement.
Howard : Nous faisons également nous-mêmes vidéos, clips… On a posté récemment sur facebook une vidéo où on est en train de se bâfrer dans un des plus mauvais restos italiens de Londres. On adore faire ce genre de conneries alors que pour beaucoup de groupes, cette partie vidéo, c’est vraiment l’enfer, c’est quelque chose qu’ils délèguent… Nous ça nous amuse énormément, on écrit les scénarios ensemble, on les tourne ensemble, chacun met la main à la pâte…

Vous avez au final la main-mise sur votre image…
Howard : On essaye, tout en laissant une marge de créativité aux personnes avec qui nous travaillons. Comme Fred Mortagne avec qui nous collaborons régulièrement. Nous lui laissons toujours le dernier mot, la décision finale, voir la possibilité de nous emmener vers autre chose.
Ben : Nous ne sommes pas fermés, bien au contraire.
Billy : Par exemple nous venons de terminer le clip de
School Trip Bus Crash, et c’était réellement notre premier tournage dans un gros studio, mais nous ne voulions pas seulement être là en tant que musiciens… On a bricolé des trucs, on a peint… Nous n’étions pas là à attendre que le décor soit fait et arriver sans aucunes indications. On a storyboardé… On a participé au processus créatif du début à la fin et Fred a fini par le réaliser.

A la sortie de New Grinds vous avez été assimilés à la vague babies rockers puis reclassés dans un nouveau courant fourre-tout type Naive New Beaters… Quel est votre ressenti face à de tels avis ?
Ben : Bah en tout cas, ça nous fâche pas parce que…
Howard : On s’en fout (Rires).
Ben : On ne connait pas vraiment leur musique. Les BB Brunes, on écoute quand on tombe dessus par hasard à la radio. Nous n’avons aucune animosité contre eux, ni contre personne d’ailleurs (rires).
Howard : Replacé dans son contexte, c’est vrai qu’à la sortie du premier album, il y avait une scène Babies rockers qui existait et qui a plus ou moins disparu… A part peut-être les BB Brunes, qui ne sont pas vraiment des bébés. C’était plutôt les Naast, les Plastiscines… Des groupes essentiellement de région parisienne, qui existaient depuis six mois et qui ne jouaient pas très bien. Et que ce soit questions influences ou scènes, on était très différents, donc je pense que le lien c’était surtout l’âge. Mais très vite nous avons été rattachés à la scène Folk. Pour ce qui est du côté fourre-tout des Naive New Beaters, je ne vois pas trop, cependant ils sont très drôles.
Howard : Du coup, peut-être qu’on est drôle nous aussi… (Rires). Le côté fourre-tout, c’est peut-être parce que nous chantons tous et que sur un album de Coming Soon il peut y avoir des chansons d’univers multiples. Dans ce cas, je ne prends pas ça comme une critique car il y a de très grands albums qui peuvent être considérés comme un peu fourre-tout. Mais je ne m’explique pas la comparaison avec les Naive New Beaters, et ça reste surprenant. Mais concernant la vague Babies rockers, ça nous a un peu fait peur au début, d’autant que nous avions deux membres très jeunes à la sortie de New Grinds, Alex et Leo… Et c’est sûr que ça nous a un peu effrayés, mais sans raison finalement car c’était une scène totalement différente, qui n’attachait pas d’importance aux paroles par exemple. Alors que les groupes que nous rencontrions ou dont nous nous inspirions ont un rapport vraiment très vital au texte et à l’écriture, comme nous. C’est pour cela qu’il n’y a aucune animosité, et qu’au final c’est plutôt amusant de voir la critique qui aime faire et défaire ses propres inventions. Les Babies rockers ça a été une invention de la critique… ils s’en sont lassés, après ils ont fait la vague Folk, lassés pareillement, maintenant ils reviennent un peu au hip-hop bricolo… Donc qu’ils continuent…
Billy : C’est assez lassant ce phénomène de vague. Chaque premier janvier tu te demandes quel va être le courant dominant de l’année. Et nous, on n’est pas plus Folk que Rock, donc foncièrement on pourrait s’adapter à toutes les vagues.
Howard : D’ailleurs Ghost Train Tragedy est plus électrique, et on a pris à contre-pied le public qui s’attendait à un nouvel album plus bricolo, indé… C’est marrant de voir comment les critiques sont parfois un peu à la rue, alors que le public n’arrête pas d’être de plus en plus présent à nos concerts et à nous suivre.

Vous pensez que c’est difficile d’être à la fois jeune et de faire de la musique indé en France ?
Howard : Non, parce que l’inverse me semble aussi dur (Rires). Non, je pense que c’est dur d’être indé, dur de faire de la musique, dur de vieillir…
Billy : L’âge n’a pas beaucoup d’importance car beaucoup de groupes indés seraient très contents de passer à la radio et de jouer au Zénith. Donc indé, c’est plus dans ce qu’on aime et qu’on écoute, car les radios diffusent malheureusement très peu de choses qui nous plaisent. Et c’est plus facile, je crois, d’être musicien en France, car si tu prends pour exemple l’Angleterre où nous étions il y a quelques jours, les groupes y sont payés au pourboire et il y a des musiciens partout. La France a un côté plutôt sécurisant pour débuter une carrière musicale.

Ghost Train Tragedy à une consonance Country-Folk plus sombre et qui fait à bien des moments penser à Nick Cave. Quels sont les musiciens qui vous influencent ?
Howard : Encore une fois, il y a six personnes dans le groupe et tu auras facilement six réponses différentes. Mais je crois qu’il y a quelques artistes sur lesquels on tombe tous d’accord. Il y a par exemple toute la scène qui est sur le label Drag City, avec Smog, Will Oldham, Pavement… Ce sont des musiciens qu’on adore, on va le plus souvent possible voir leurs concerts. On essaye même de les rencontrer. David Berman des Silver Jews nous a même fait un dessin pour Ghost Train. Il y a bien entendu Herman Düne, puisqu’on les connait depuis très longtemps, on les a vu évoluer, et ils nous ont en quelque sorte inspirés. Après il y a bien sur tous les saints patrons : Lou Reed, Bob Dylan, Leonard Cohen…
Billy : Il y a bien entendu des groupes qu’on écoute chacun dans son coin épisodiquement pendant un an, parfois on s’interchange des albums, on se les passe dans le van, mais s’il y a un concert de Nick Cave dans la ville où nous nous trouvons, on va tout faire pour y aller tous.
Howard : Même si d’ailleurs l’influence de Nick Cave était très forte lors de la formation du groupe, ça fait très longtemps que nous n’avons rien écouté de lui ensemble, notamment en terme d’inspiration d’écriture. Il y a aussi des influences que l’on quitte un moment pour découvrir autre chose. Mais on essaye le plus possible ne pas y penser quand on fait un album.
Billy : Mais c’est vrai qu’il y a un côté plus sombre dans cet album.
Ben : Certains textes l’étaient déjà sur New Grinds.
Howard : C’est là où je pense que l’esthétique fait beaucoup, car si l’album ne s’appelait pas Ghost Train Tragedy mais Ghost Train Comedy, avec une photo sur la plage, certaines chansons apparaitraient comme plus conductrices. Mais les concerts restent très enjoués et énergiques.

Votre expérience réussit à l’étranger, le fait que vous y tourniez beaucoup, votre facilité à vous y créer un public ne vous pousse-t-il pas à faire vos valises ? Avez-vous plus à gagner en séduisant le public français ?
Howard : Nous avons toujours eu un lien important avec la France, puisque deux des membres étaient toujours au lycée. De plus notre label étant en France, c’était plus facile pour se développer et organiser des tournées. Mais il est clair que chacune de nos expériences à l’étranger s’est extrêmement bien passée. Je crois qu’on a tous un faible pour l’Angleterre et on a en prévision pour cette année une tournée européenne dont on aimerait que la France soit un territoire parmi d’autres plutôt que le chantier principal. On a encore envie de travailler en France, surtout que les festivals y sont super, tout en s’éloignant un peu. Surtout que c’est très plaisant de pouvoir démontrer en tant que Français que tu peux écrire des chansons à textes en anglais, se frotter à un public différent, mais qui éclate de rire sur tes refrains quand c’est décalé.

On est d’accord pour dire que les Majors sont mises à mal, la crise n’aidant pas et que les artistes indés ont le vent en poupe. Vos pronostics sur le mainstream ?
Howard : J’écoute tellement peu de musique qu’on appelle mainstream que je ne pourrais pas répondre à cette question.
Billy : Cela dit, il y a quand même un gros problème puisque 90% des radios diffusent ce type de musique, qui pour moi n’est pas écoutable du tout. Ca doit générer encore pas mal de chiffre car il y a encore des affiches, des publicités, les maisons de disque sont encore là… Alors effectivement, il y a peut-être moins d’argent à se faire pour un producteur qu’il y a vingt ans mais parallèlement un artiste peut aussi vendre, avoir un disque d’or tout en étant indépendant.
Howard : Je pense quand même que plus les majors vivent et plus la scène indé existe… le pire pour moi c’est quand tout est faible et que le mainstream récupère l’underground. Le crime c’est de voir par exemple Julien Doré et Carla Bruni-Sarkozy chanter
Anyone Else But You. C’est brader une culture indépendante. Donc que ces personnes continuent à reprendre Beyoncé ou ce type de trucs qui marche, et qu’on laisse aux artistes indés une structure, un public et une culture underground dans lequel il peut y avoir aussi de l’argent et des moyens. Ce qui est triste, c’est que les petits labels ne s’en sortent pas vraiment mieux pour le moment. On en chie pour sortir péniblement quelques 45 tours alors que des personnes viennent nous voir après le concert pour nous dire qu’ils ont téléchargé l’album. Les gens sont totalement décomplexés face à ce phénomène, alors que les disquaires ferment les uns après les autres. Je ne vois pas ce qu’il y a de vraiment réjouissant, à part le retour à la scène qui est effectivement génial et qui prouve la passion retrouvée du public pour la musique.

Vos chansons laissent une place importante au lyrisme et à l’imaginaire. Pensez-vous aborder des thématiques plus introspectives par la suite ?
Howard : Encore une fois, cela dépend des interprètes, nous faisons tous des va-et-viens entre des choses personnelles et plus générales. Certains ont commencé avec une écriture très proche du journal intime pour s’en écarter et aborder une structure plus métaphorique, alors que moi j’adopte un petit peu le schéma inverse. Il faudra suivre l’écriture de chacun pour voir comment ça évolue, mais nous n’aurons jamais cette attitude de vouloir raconter notre vie…

Comment envisagez-vous cette année 2010 ?
Howard : Glorieuse, comme toutes les années qu’on passe ensemble. Beaucoup de tournées, un album…
Billy : Moi je n’ai pas beaucoup d’espoir pour 2010 (Rire général). Je mise plutôt sur 2012, 2013… Cette année je la sens dure pour tout le monde, je la vois avec toutes les personnes autour de moi.
Howard : Nous ça va super… (Rires)

Propos recueillis par Aki