Coma Cinema – Stoned Alone

comacinemaBienvenue à Colombia, Caroline du Nord. Huit cents âmes s’amusant délectablement des vaguelettes d’un Océan Atlantique à l’écume argentée. Le soleil irradie de son zénith les rues désertes, bordées de chaque côté de maisons blanches aux jardins soignés et aux auvents ombrageux. Les minutes sont suspendues à un silence déchiré d’éparses rafales venteuses. Pas un bruit. Ou si peut-être, un beat sourd émane d’un garage non loin de là. Chaz Bundick boucle une version lo-fi de son projet Toro y Moi. Lui qui s’est fait connaître pour être l’un des fers de lance d’une chillwave envahissant blogs et playlists. Le vacarme s’amplifie pourtant. Quelques boîtes aux lettres plus loin, c’est Tyler et son groupe Phillip Oskar Augustine qui cisaillent de quelques déflagrations vaporeuses la paisible atonie d’un bled sans histoire. Le sable fin est au bout de l’allée. Entre effluves sonores bienheureuses et tendre jubilation estivale, une chaise longue, négligemment disposée sur la plage carte postale, s’offre à l’empire des sens dévoyés. Se prélasser en attendant le sommeil, puis cette chère Bud au goût lavasse mais agréablement fraîche. Demain, il sera peut-être question de partir, de remonter en voiture, de gagner New-York. Demain, ou après. Les paupières s’affaissent, la bouche s’assèche. Une guitare anémique s’invite au bal d’une houle tourneboulant au loin. Ondulant placidement au rythme effacé d’une mer sans colère, un jeune type à la chevelure ébouriffée s’épanche dessus avec cette agilité propre aux vieux briscards à la peau burinée. C’est Mat Cothran. Il a vingt-et-un ans et s’apprête à sortir début juillet son second disque, Stoned Alone, sur Arcade Sound Ltd, label altruiste et raffiné (Bye Bye Blackbird, Memoryhouse, MillionYoungTeen Daze). Celui-ci, comme son premier, Baby Prayers, paru l’année passée, sont disponibles en téléchargement ici en vous laissant le choix de l’obole. S’approcher et écouter, sans feindre le ravissement.
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Sous le patronyme cotonneux de Coma Cinema, l’angelot revisite le son lo-fi cher aux nineties muni d’une évidence mélodique impitoyablement épurée. L’édifice gracile de ses compositions se pare d’instruments à mille lieux de la crasse du genre (trompette, piano, tambourin) sans jamais risquer le chevauchement ou le télescopage indigeste. Projet à géométrie variable, Coma Cinema connaît un géniteur unique mais une foultitude de praticiens, contribuant à déployer les diverses facettes d’une identité ancrée dans une pop condensée d’ultraviolet. On devine le coeur tendre s’épanchant dans la chaleur de l’été (In Lieu Of Flowers, Only) ou au coin d’une braise mal éteinte (Have You?), on perçoit l’amateur foutraque d’une joie paisible et diffuse (Black Birthday CakeBath Of TimeCome On Apathy!) ou encore le fervent dévot d’un Elliot Smith à l’aura plus qu’intacte (Stupid BloodBath Of Time, Tall Grass). Dispensant tour à tour d’un spleen lové autour d’une voix bien peu commune (Stoned Alone) ou d’une éloquence martelée sous le signe des reformés Pavement ou Sebadoh (Sucker Punch), Mat Cothran épèle sur ses formats courts, oscillant entre une minute et deux minutes trente, l’orthographe luminescente d’un disque plus cohérent et solitaire que le précédent mais non moins évocateur d’une effarante atemporalité. Et comme toute galaxie, la sienne ne cesse de s’étendre, par-delà la blogosphère et par-delà les étiquettes sans queue ni tête. Pour preuve, les quelques remixes subis avec superbe par quelques-uns de ses morceaux, et non des moindres – l’ondoyant Only, ci-dessous en écoute. Le séjour à Colombia risque de s’éterniser. New-York peut attendre.

Audio

Coma Cinema – Sucker Punch
Coma Cinema – Only (Gobble Gobble remix)

Vidéo

Tracklist

Coma Cinema – Stoned Alone (2010, Arcade Sound Ltd)

(à télécharger ici)

Face A

A1. In Lieu Of Flowers
A2. Black Birthday Cake
A3. Stupid Blood
A4. Only
A5. Sucker Punch
A6. Stoned Alone

Face B

B1. Her Vore
B2. Bath Of Time
B3. Tall Grass
B4. Come On Apathy!
B5. She
B6. Blissed
B7. Have You?