Cheshire Cat (The Bouncing) – Empty Stripes

La musique est souvent une histoire de courants entremêlés, de mots-valises, d’accommodations stylistiques et contextuelles. Croisez par exemple la cadence d’un rock’n’roll d’après-guerre et les références populaires des hillbillies du Kentucky des années 30 et vous obtenez le rockabilly, qui accouchera lui-même fin 70 de bâtards enthousiastes comme le psychobilly ou le gothabilly des Cramps, retraites musicales parmi d’autres d’une génération américaine étouffée par un double choc pétrolier et une crise monétaire. En y ajoutant sa touche post-punk, Cheshire Cat complète de son “catcave” miaulant un arbre généalogique déjà bien mâtiné.

La voix, protagoniste de premier plan dans la théâtralité du groupe, est elle-même le résultat d’une sublime bâtardise. Entre la tessiture grave de Barbara Pittman et les acrobaties vocales de Nina Hagen, Sabatel accompagne sa basse d’un chant à l’Anglais impeccable, rehaussé de roulements de langue et de trémolos de contralto qui rendent tout ce qu’elle débite follement sexy, même lorsqu’il s’agit d’endeuiller un classique de Stevie Ray Vaughan (Mary Had a Lil’ Lamb). Et piochant dans une rhétorique sonore marginale, elle façonne de sa voix ronde et chaude une espièglerie lascive qui se démarque nettement sur un fond instrumental plutôt froid, lui.

© Nazaré Milheiro
© Nazaré Milheiro

Malgré sa succincte approche basse/batterie qui s’exprime parfois dans un minimalisme savant (Dead Man), le duo féminin affiche une opulence assumée, extrayant des références rockab, slapping et shuffle tournant souvent autour des 50 BPM, pour les gâter d’une vrille new wave tantôt sauvage (Alcohol and Despair), tantôt psychotrope (Alchemy). Les Lilloises s’amusent beaucoup à brouiller des pistes évidentes pour mieux désarçonner et séduire, comme le ferait par le discours le félidé nihiliste qui leur sert d’allégorie carollienne. On dégage ici et là des références aussi bien musicales que sémantiques au deathrock gothique de Specimen — basse appuyée et rythmique pesante et lasse extraites des profondeurs du Batcave — ou au psychobilly désaxé de Demented Are Go. Mais le tandem Sabatel / The Lady of Altamont n’en caricature pas la posture provocatrice, il l’habite, appuyant l’idée, oubliée de beaucoup, qu’on peut faire du neuf avec du vieux sans s’habiller comme sa grand-mère.

Audio

Cheshire Cat (The Bouncing) – Empty Stripes

Tracklist

Cheshire Cat (The Bouncing) – Empty Stripes (Meidosem Records, décembre 2015)

01. Mary Had A Lil’ Lamb
02. Split
03. Alcohol And Despair
04. Alchemy
05. Dead Man
06. Introduction
07. Catch A Kitty
08. Airport