Cercueil l’interview

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Encore une fois cette année, je n’eus pas peur d’enfiler ma parka, mes après-ski et mes moufles, bravant le froid pour vous dénicher les artistes les plus talentueux se terrant dans les pays nordiques et autres contrées vikings. Après l’Islande, la Norvège et la Suède, c’est bien entendu sur le Nord-Pas-de-Calais que je décidai de jeter mon dévolu. Aussi pas besoin d’affronter les températures terrifiantes de l’après-Picardie et de s’aventurer sur les routes verglacées de l’A1, carc’est à l’occasion du festival Bitter Sweet (Paradise) organisé par nos amis des Boutiques Sonores que je pus rencontrer les porte-étendards de l’électro-rock lillois. Une discussion pas forcément d’outre-tombe avec les talentueux musiciens de Cercueil s’imposait.

Lille est une ville en parfaite émulsion musicale, pourquoi avoir comme nom Cercueil ?

(Rires collectifs)

Pénélope : Comment introduire le sujet de la ville pour parler de notre nom…

Nico : On a choisi parce qu’à la base on est originaire de Dunkerque et voilà…

Et donc vous considérez Dunkerque comme une ville morte alors ?

Nico : Non, pas vraiment… En tous cas on essayé de faire vivre des choses là-bas… Nous y organisons des concerts depuis 1999…

Pénélope : On y a créé un festival…

Nico : On y a créé Mon Inouïe Symphonie. C’est une ville où il y a tout à faire.

Pénélope : C’est un peu notre terrain de jeu.

Nico : Mais nous n’habitons réellement à Lille que depuis 2001-2002.

Ce qui ne répond pas à ma question sur Cercueil…

Nico : Où comment détourner la question…

Pénélope : C’est vrai que ça intrigue beaucoup de gens, ça suscite la curiosité,  mais il ne faut rien chercher derrière, c’est un peu une blague… Un nom qui froisse un peu les oreilles.

Nico : Nous ne cherchions vraiment pas à mettre de connotations derrière. En même temps c’est une blague, un nom difficile à porter mais facile à retenir, et voilà.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

La rencontre ? C’était quand ? Comment ?

Nico : Et bien ça s’est fait en deux étapes puisque tout d’abord nous nous sommes rencontrés tous les deux ( Pénélope et Nico) à travers Czapski, un groupe expérimental et lo-fi monté par un pote commun.  Nous nous sommes rencontrés réellement en partageant ce groupe. Forts de cette expérience, nous avons cohabité avec d’autres personnes et organisé des concerts, puis monté un autre groupe appelé Lapin Luther King où Pénélope s’est mise au chant. Et puis en arrivant sur Lille, en laissant un peu ces groupes de côté, on a décidé de commencer quelque chose de nouveau. Nous avons commencé à composer des morceaux, ces morceaux ont été écoutés, ont plu et cela nous à poussé à continuer. De fil en aiguille nous avons eu l’occasion d’enregistrer une première démo. Puis nous avons pu enregistrer un album, d’où la venue d’Olivier car nous souhaitions agrandir notre palette sonore d’éléments plus acoustiques et notamment d’une batterie. Pourquoi Olivier ? Parce que quand nous sommes arrivés à Lille, nous avons rapidement souhaité organiser des concerts là-bas donc nous nous sommes joints à une association qui s’appelle Mohammed Dali dont il faisait partie et puis voilà… Il faisait également partie d’un groupe qui s’appelait Gomm.

Olivier : C’est vrai que quand ils m’ont demandé de les rejoindre, j’étais emballé. J’aimais beaucoup Cercueil mais si je devais émettre une critique sur leur musique, c’est ce manque d’élément acoustique, donc je ne pouvais pas refuser de résoudre la seule petite frustration que je pouvais avoir sur Cercueil, finalement. Je les ai donc rejoints, on a enregistré l’album et nous nous sommes entendus immédiatement, en studio et sur la route également.


D’où vous vient votre attirance première pour la musique électronique ?

Pénélope : Je pense qu’il impossible de ne pas vouloir explorer ce qui a déjà été fait par le passé… J’écoute beaucoup de choses, du rock seventies à la musique électronique.

Nico : Notre background n’est pas du tout électronique, nous venons d’une scène plutôt rock expérimental. La musique électronique a été plutôt la découverte de nouveaux jouets. On a découvert des tas d’outils et on a cherché à les utiliser. Il y avait énormément de groupes que nous apprécions comme Matmos ou Black Dice, également issus de la scène expérimentale qui utilisaient l’électronique donc nous avons nous aussi eu envie d’explorer ça… Ça a tout d’abord commencé avec des effets, et puis on s’est dit : « Tiens si je pouvais balancer une boucle en même temps », et puis la technologie aidant… On a finalement réussi à mettre tout ça en place. Maintenant on se retrouve associé à une scène électro alors que ça ne correspond pas à notre background, mais ça nous va.

La musique de Shoo Straight Shout renvoie néanmoins au batcave de The Cure, à la dreampop de Mazzy Star, à la new-wave de Kas Product… Mais tout en s’en éloignant le plus possible également. Comment définissez-vous votre musique au final ?

Pénélope : C’est toujours assez difficile de se décrire soi-même. On cherche avant tout à créer quelque chose de très personnel même si on ne peut renier ses influences. Et c’est peut-être le brassage de ces influences digérées qui permet de se définir tel qu’on est et de créer quelque chose qui nous ressemblerait le plus possible.

Olivier : Même moi qui ne suis pas extérieur au groupe, mais nouveau puisque arrivé depuis seulement deux ans, serait incapable définir le style de musique. On est obligé de choisir des mots clés sur MySpace donc je ne sais plus trop ce qu’on a mis… Pop, rock et expérimental je crois…  Mais même d’une oreille extérieure, je n’arriverais pas à qualifier le genre musical avec des mots précis.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Qu’est-ce que vous feriez demain si vous arrêtiez la musique ?

Nico : Pourquoi on arrêterait… C’est plutôt la question.

Pénélope : C’est une question difficile.

Nico : Indépendamment, nous faisons de la musique tout le temps, pour des documentaires, des spectacles, ce genre de choses… C’est un élément qui fait vraiment partie de notre quotidien. Ce n’est pas seulement Cercueil, c’est notre environnement et c’est un peu notre gagne-pain…

Vous avez toujours cultivé cet attrait pour la musique ?

Nico : Ce serait mentir de dire ça pour ma part, car je n’ai pas de bagage musical au départ, je ne suis pas issu d’une famille musicienne… Reste mon frère grâce à qui j’ai pu découvrir plein de groupes comme The Cure, Joy Division… Toute la scène des années 80, j’écoutais la même chose que lui par mimétisme mais c’est tout.

Olivier : Personnellement, si je devais arrêter, ce serait la grande dépression, c’est sûr ! Il m’est déjà arrivé de ne pas faire de musique pendant quinze jours ou trois semaines et de me sentir mal sans vraiment savoir pourquoi. Finalement je me rendais compte que c’était ce manque… Même tapoter sur un clavier seul chez moi, depuis tout jeune c’est devenu un besoin vital.

Nico : Si je devais vraiment arrêter, je pense que ce serait pour faire quelque chose d’aussi créatif, travailler sur des films, ce genre de choses, ce que l’on fait déjà d’ailleurs…

Vous travaillez sur des BO ?

Nico : On l’a déjà fait pour des spectacles, des court-métrages, des documentaires. Nous créons aussi nos propres images. C’est vrai que parfois je ne fais plus de musique pour me concentrer que sur l’image, mais c’est assez rare.

Olivier : On a avant tout un besoin de créer, que ce soit à travers l’image, la vidéo, le son ou la musique… Si j’arrêtais la musique mais qu’on me permettait de faire du graphisme à fond tous les jours, je pense que ça m’irait aussi mais s’il n’y a plus de création du tout c’est là où je commencerais à me sentir mal.

Cercueil @ La Plage Glaz'Art, Paris | 21.07.2010

Le titre de l’album, Shoo Straight Shoot, ça signifie quoi ?

Pénélope : « Shoo » est une onomatopée qui veut dire dégage… « Straight Shoot » se traduit par crie droit. C’est le titre d’une chanson de l’album qui n’a pas le même sens. Le titre représente la période dans laquelle nous avons enregistré l’album et qui fut plutôt courte.

Nico : Un truc qui dégage une urgence, comme si on balançait tout. Shhhttttt !

Comment avez-vous perçu l’accueil de l’album de la part du public et des critiques qui furent plutôt élogieuses à votre égard ?

Pénélope : C’est vrai qu’on était assez content des retours, surtout que l’album avait été réalisé dans l’urgence et puis on était intéressé par  le regard que peut porter le public qui peut être très différent de ce que l’on vit de l’intérieur.

Olivier : Et puis les critiques ont vu des influences qui peuvent être les nôtres mais que l’on ne revendique pas forcément dans Cercueil. Je pense notamment à Siouxie and The Banshees (rires… Je ne vois pas pourquoi !)… Enfin ça fait toujours plaisir. Je crois en tout cas qu’il n’y a pas eu de réaction neutre, soit il ne comprend pas, soit il adhère complètement à notre univers. Je trouve ça plutôt bien, les avis sont tranchés et ça ne laisse pas indiffèrent.

Pénélope : Après par rapport au public, c’est vrai que nous sommes programmés dans des contextes assez différents les uns des autres, donc nous sommes confrontés à des spectateurs très différents à chaque fois. C’est vraiment intéressant de pouvoir changer de contexte régulièrement, parfois plus rock ou plus électro.

Nico : A nos débuts, on a souvent été programmé dans des soirées électro face à un public qui venait faire la fête alors que nous nous considérions plus rock. C’était un peu difficile pour nous, mais on a su s’adapter… Sans aller jusqu’à changer notre set, mais on a appris à réagir en fonction et maintenant on sait mieux mettre ce côté électro je dirais presque en avant. On a vraiment essayé de quitter ce background rock assez dur pour partager les deux, et c’est l’avantage d’avoir le cul entre deux chaises, c’est qu’on essaye de plaire autant à des fans de rock que d’électro.

Olivier : On s’en est vraiment rendu compte après un concert au Social Club il y a quelques mois où les gens n’ont pas arrêté de danser. Malgré un contexte fortement électro voir un peu dance, ça fonctionnait. On n’a pas surjoué ce qu’on faisait, on a suivi notre ligne habituelle et c’était impressionnant de voir cette réaction auprès du public.

Celui-ci n’étant pas le vôtre habituellement…

Olivier : Non, d’ailleurs je pense que pour la plupart, c’était la première fois qu’ils nous entendaient. Et là on s’est vraiment dit qu’on avait notre carte à jouer dans un milieu plus électro.

Pouvez-vous nous parler un peu du prochain album ? Où en êtes-vous exactement ?

Pénélope : On est en plein… plein… plein dedans (rires). On est en train de finir de composer et on doit se dépêcher de terminer car on a déjà les dates de studio qui sont bookées pour fin août.

Nico : Tout à fait, nous finissons de composer jusqu’à fin août et nous partons en studio enregistrer tout début septembre à Bristol. Donc il devrait sortir d’ici début 2011.

A quoi le public devra s’attendre sur ce nouvel album ?

Nico : Ce sera dans la continuité, tout en essayant de pousser certaines envies un peu plus loin. Moins brut, moins simpliste…

Olivier : Cet album aura également été réalisé sur une période nettement plus longue donc nous aurons plus de temps pour l’enregistrer et le mixer, ce qui permettra également de creuser un peu le sillon avec le premier album. Je ne pense pas qu’il y aura de rupture réelle mais une plus grande prise de position sur les choix et les partis-pris.

Nico : Gagner en efficacité dans l’aboutissement des compositions. Qu’on prenne le temps de l’aboutir, de le peaufiner.

Olivier : Ce qui ne veut pas dire que le premier ne soit pas abouti mais il possède les défauts de ses qualités. Il a été fait vite, enregistré vite donc c’est un matériau plutôt brut…

Nico : Que nous avons affiné en live par la suite. Les albums sont un peu comme des photographies, ça représente là où on en est à un certain moment. Nous avons plus de maturité par rapport au précédent album maintenant que nous l’avons travaillé en live, et pourtant la photographie que représentera le prochain nous fatiguera sûrement dans quelques années car nous auront encore évolué. Et nous la ferons encore évoluer par le biais du live.

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