Shimmering Stars : from Lille to Paris (report & vidéos)

Shimmering Stars à la Flèche d'Or © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

Un nom, un adjectif, "impromptu". Voici le terme qui qualifie le mieux la visite des Canadiens de Shimmering Stars à Lille. Entre une date mancunienne et un passage à Paris à la Flèche d'Or programmé une semaine plus tard, le groupe de Vancouver dont les premiers EP nous avaient enchantés par leur dream pop envoûtante, s'est donc offert une escapade lilloise aussi improvisée qu'excitante en ce samedi 27 août. Car l'offrande qui nous était offerte de tester les compositions aux arrangements spectoriens de ces trois jeunes gens ne pouvait que s'avérer alléchante. Et la promesse était double : une session acoustique au Caf&diskaire en fin d'après-midi suivie d'un concert électrique au Peek-a-Boo, deux lieux où le temps suspend parfois son vol, parfaitement adaptés à l'intemporalité des morceaux du trio.

Car Shimmering Stars, dont le premier LP, Violent Hearts, est paru le 13 septembre via Almost Musique, c'est avant tout la réussite d'un groupe qui parvient à s'ancrer ostensiblement dans son époque tout en faisant référence avec finesse et humilité à ses illustres aînés. Au détour de compositions volontairement courtes illuminées par des sonorités sixties proches d'Everly Brothers, la réussite du collectif canadien est de parvenir à donner à sa musique une noirceur mélancolique toujours empreinte de douceur... lorsque les Beach Boys rencontrent The Jesus And Mary Chain... alchimie presque improbable et pourtant...

C'est donc plein d'espoir qu'une poignée de Lillois se retrouvent au Caf&diskaire pour une première prestation acoustique. Organisation simple et chaleureuse, deux guitares acoustiques et un tambourin suffisent à la bande de Rory McClure pour instaurer un climat quasi religieux et asséner en une petite demi-heure une dizaine de pépites aussi délicates qu'efficaces. Car cet exercice (qui, de leur propre aveu, n'est pas celui dans lequel ils excellent) a le mérite de mettre encore un peu plus en avant le fantastique travail vocal qui berce ces compositions. Les trois voix s'accordent avec grâce et douceur, nous plongeant au plus profond d'une émotion presque candide, authentique. La disponibilité des protagonistes à l'issue de ce mini-concert ne fait que prolonger ce sentiment tant leur joie est communicative devant notre émotion à peine dissimulée.

Mais c'est sur un autre terrain que nous les attendons. Quelques heures plus tard, quelques centaines de mètres plus loin, c'est donc au Peek-a Boo que nous les retrouvons pour une prestation plus en adéquation avec ce que nous attendons d'eux. La décoration vintage du lieu se prête parfaitement à la musique innocente mais subtilement habitée de nos hôtes de la soirée. Mais point de scène, peu de place à leur disposition. L'improvisation est de mise, une fois de plus, et le trio se retrouve confiné dans un espace restreint mais s'adapte majestueusement à ces conditions spartiates. Une simple caisse claire posée sur une chaise,  Andrew Dergousoff jouera debout entouré de ses deux acolytes autour d'un unique micro. Et la magie opère. Le somptueux East Van Girls suivi de l'imparable I'm Gonna Try suffisent d'emblée à convaincre un public immédiatement sous le charme. Rapidement, les clapping hands accompagnent systématiquement les douces mélodies mélancoliques tantôt cristallines, tantôt empreintes de sombres réverbérations. Point d'orgue de cette prestation, le sublime et hanté Sabians plonge l'auditoire hors du temps. Shimmering Stars a réussi son pari : fédérer les époques tout en affirmant sa légitimité et sa place au sein de la mouvance musicale actuelle. Une reprise de Let It Be Me d'Everly Brothers histoire de marquer définitivement les esprits et la démonstration s'achève. Les regards se croisent, les sourires et les verres s'échangent en toute simplicité. Le temps n'a plus d'importance, il n'existe plus. C'est bien un avenir chatoyant qui s'ouvre devant ces étoiles-là.


Vidéos


Slim Twig l'interview

"Je n'emploie pas le mot génie très souvent, mais là je pense qu'il est approprié. Max fait partie de ces gens qui peuvent faire des tas de choses, et peu importe ce qu'il touche, c'est toujours génial... que se soit dans le métier d'acteur, de compositeur ou même quand il fait l'imbécile. Cela s'explique par l'intensité et le bon goût qu'il y met. Son style musical est proche de celui de Jean Claude Vannier. Il est un des ces très rares artistes à être formidable aussi bien maintenant que lorsqu'il aura cinquante ou soixante-dix ans." Ela Orleans

"I don't use the word "genius" very often, but I think it is appropriate here. He is one of those people who can do many things and whatever he will touch will be just great, be it acting, composing or goofing around. And that's because of intensity and great taste he brings into everything he does. I would compare his musical style to Jean Claude Vannier. He is one of a very few artists who will be consistently great in their fifties or seventies." Ela Orleans

"Max est le talent et la qualité suprême personnifiés. Avec un charisme fou et le charme juvénile d'une star de cinéma, il est unique et au-dessus de tout ce qui se fait actuellement dans la musique populaire. La pop a BESOIN de quelqu'un comme lui, et je le vois déjà contribuer à une nouvelle ère d'excellence musicale pop qui, depuis une décennie, traîne un peu des pieds. Icône au même rang que Dylan et Nick Cave, il est l'ennemi juré des types lambdas jaloux de son talent. De plus, il possède un physique rendant les filles et femmes de quatorze à quarante ans complètement dingues. Je n'exagère pas. Mon ami, c'est la qualité SUPRÊME." Alex - Dirty Beaches

"Max is talent and star quality personified. With crazy charisma and youthful appeal of a movie star, he is unique and above all else that is current in popular music. pop music NEEDS someone like him, and I foresee him bringing upon a new era of good pop music that's been lagging in this past decade. Iconic like Dylan, or Nick Cave, he is the nemesis amongst insecure beta-males who are jealous of his talent, with looks that will make girls and women from the age of 14-40 go completely ape shit. I'm not exaggerating. That my friend, is STAR quality." Alex - Dirty Beaches

Max Turnbull figure effrontément cet angélisme délesté d'insouciance. Les traits de son visage, rectilignes, tout comme sa fine moustache ciselée, dessinent les contours d'une apparence malingre et chétive, transpercée d'une intense personnalité, brûlant dans le feu sacré de son regard noir. Savamment attifé, Max semble tout droit sorti d'un film que les chansons de son autre moi, Slim Twig - littéralement la mince brindille - scénarisent à merveille, dans le fracas de ce que lui-même nomme le songsculpting. Ainsi se joue la vie de Max, jeune homme de vingt-trois piges aussi talentueux que précoce et issu d'une famille pas comme les autres. Ross Turnbull, son père, est cinéaste et producteur de films, tout comme sa mère Jennifer Hazel. De quoi donner une matière inépuisable à l'avidité créative de leur rejeton, embrassant d'un même mouvement, quand d'autres hésiteraient, une carrière cinématographique et musicale. L'une déteignant sur l'autre, et vice versa. Une apparition saisissante dans The Tracey Fragments plus tard, et ce rôle de Billy Zero qui lui sied si bien, Slim Twig s'ajoute brillamment au casting de Dog Pound - film de Kim Chapiron sur la violence juvénile en milieu carcéral. Celui-ci joue le rôle de... Max, gamin taulard, ou quand la fiction investit de ses fastes la réalité. Pour Sight Unseen, second long métrage du Canadien, sorti l'année passée, la chose est d'autant plus éprouvante qu'elle se joue en famille. "C'est un projet artistique familial. Le film a été écrit et dirigé par mon père. Il a été produit par ma mère. Et ce n'est pas fini... Ma sœur, trois cousins, ma petite amie et une quantité d'autres gens proches ont aussi eu des responsabilités dans ce film... Inutile de dire que je n'ai jamais travaillé aussi dur auparavant..."

Dans ce ce thriller psychologique indépendant, Max incarne Kitz Harrington, employé d'une boîte de surveillance ordinaire, dont la vie va être bouleversée par une technologie permettant à l’œil de capturer des images. L'utilisant sans vergogne, une inquiétante séquence qu'il n'arrive pas à déchiffrer le plonge dans un effroi étouffant. Soit la trame même de Sight Unseen. Composant la bande originale du film (écouter), le pont est vite jeté entre l'intensité dramatique de Sight Unseen et l'abondante discographie de Max, entre univers fictionnel lynchien et avant-gardisme pop à la patine rétro, rockabilly. Depuis 2005 Slim Twig ne chôme pas - pas moins de neuf EP, trois single et deux albums dont Derelict Dialect/Vernacular Violence (2008) et Contempt ! (2009) - et n'est pas prêt de s'arrêter en si bon chemin. La sortie en juin dernier d'un split vinyle sur Palmist Records en compagnie de Meghan Remy, sa compagne, officiant sous le nom d'emprunt d'US Girl (lire), préfigure d'ailleurs un troisième LP à paraître en 2012 sur Paper Bag Records. "Mon album est fini à 70%. Je travaille dessus depuis septembre dernier. Tout comme l'Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, ce disque s'inspire abondamment de Lolita de Nabokov - soit la transcription narrative d'un homme libidineux et amoureux. Musicalement, c'est une production psychédélique très ambitieuse, un son baroque se rapprochant d'un Beatles malsain, vicié. J'ai collaboré avec beaucoup d'artistes de Toronto parmi mes préférés, dont Owen Pallet, Louis Percival aka Onakabazien et Carl Didur de Zacht Automaat."

Pour tout néophyte de l'univers musical propre à Slim Twig, la vidéo de Gate Hearing (voir), dans laquelle celui-ci se met en scène, constitue une accroche auditive et visuelle aussi déroutante qu'irrésistible. La rythmique colle aux basques d'images stroboscopiques - d'un noir et blanc en négatif - tandis que l'éphèbe s'égosille tel un Jon Spencer en plein délire fantasmagorique ("Dont wanna be the man that broke her / I wanna be that eloquent smoker"). Une exubérante maturité de ton s'en dégage, instantanément confortée par l'écoute de Contempt! et de la trilogie Spit It Twig vol 1 & 2 / A Sheik In Scores parue entre 2008 et 2010. Le chant - scandé, déclamé, réverbéré, voir rappé - se heurte tête baissée à une instrumentation minimaliste, lo-fi, parfois radicalement expérimentale et provocante. On pense à un rockab' catatonique, tumultueux et viscéral, oscillant entre bruitisme nimbé de guitares écorchées, boogie-woogie aux claviers décatis, lacérés d'acrimonieuses stridences, et hip-hop aux beats estropiés. Les injections cinéphiles administrées à forte dose dans le sang noir de ces paysages sonores évoquent tant l'étrangeté malsaine que l'intime violence renfrognée, névrosée, épousant les contours "d'instincts primaires" à l'instabilité chronique. Soit l'alchimie incertaine de l'humain acculé, traqué, que la trogne émaciée de Max incarne sans peine. Mais celui-ci ne se contente plus de vivoter sur ce sentier des eighties, à mi-chemin entre le Frankie Teardrop de Suicide et les délires poétiques du déviant Genesis P. Orridge (Psychic TV). Le dernier split avec US Girl marque bien une césure, bien que sa trame soit partiellement cousue d'anciens morceaux (Paisley Skin et Notorious Bride sont déjà présentes sur A Sheik In Scores). La théâtralité recherchée pousse son auteur à une emphase stylistique nettement plus psychédélique, une écriture altière caressant sans ambages un classicisme rock'n'roll référencé - à équidistance de Jim Morrison, Elvis et du Rocky Horror Picture Show - pour une mise en image confinant au narcissisme bien senti (Priscilla).

Nécessité faisant force de loi, rencontre avec un artiste d’exception, quand bien même son futur LP n'est donc à espérer qu'à l'orée de 2012.

Entrevue avec Slim Twig

Peux-tu te présenter en quelques mots ? D'où vient cette envie de se consacrer à la musique ?
Can you introduce yourself and your project Slim Twig in a few words? How did you get the urge to make music?

Slim Twig est mon projet solo, bien que je joue dorénavant avec un groupe. Je suis auteur-compositeur et je vis à Toronto, au Canada. Je compose une pluralité de styles de musique que je diffuse via différents supports. Je suis obsédé par la musique, mon projet est pour moi l’opportunité de créer des morceaux combinant mes obsessions. Ça me donne quelque chose à faire.

Slim Twig is a single person (me), though I am now playing with a band. I am a songwriter from Toronto, Canada. I've made a variety of different styles of music and have released it in a variety of different ways. I am obsessed with music, my project is an opportunity for me to contribute songs that fuse my obsessions. It gives me something to do.

Si tu devais décrire ta personnalité en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Besides, if you had to define your personality in three words, which ones would you choose?

Je me décrirais comme étant créatif, curieux et agité.

I would describe myself as being creative, curious & restless.

Peux-tu expliquer ce nom, Slim Twig ?
Can you explain this name, Slim Twig?

Tout le monde se doit d’avoir un nom quelconque. Il n’y a pas grand-chose de plus à en dire. Ça me permet d’être ‘googleable’. Il se trouve que plus je bois de bière, moins mon propre nom n’a de sens…

Everyone's gotta have a name of some sort. There's not much more to it. It allows me to be googleable. My own name happens to bear less and less significance the more beer I drink...

Tu vis à Toronto. Peux-tu nous dire comment est "ton" Toronto ? Est-ce un bon endroit pour trouver l'inspiration ?
You leave in Toronto, Canada. Can you tell us about "your" Toronto? Is it a good place for your inspiration?

N’importe quel endroit peut m’inspirer, à partir du moment où j’ai accès à de la musique du monde extérieur, ainsi qu’à des livres et des films. Les travaux des autres fonctionnent pour moi comme de l’oxygène, étant quelqu'un de curieux et créatif. Toronto est une ville plutôt sympathique, se traversant à pieds, ce qui représente à mes yeux une qualité première pour une ville. Ma famille est composée d’artistes, vivant tous à Toronto, ce qui constitue également une grande source d’inspiration.

Any place is inspiring to me as long as I have access to music from the outside world as well as books and movies. Other peoples works function as oxygen for me as a curious, creative person. Toronto itself is pretty nice, it's walkable which is a favourite quality for a city. My family is a family of artists and we are all in Toronto, that is very inspirational as well.

Si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quels disques fourres-tu dans ton sac ?
If you were forced to go into exile on a desert island, which records would you put in your bag?

Un seul sac serait un peu juste. The Idiot d’Iggy Pop, L'enfant Assassin Des Mouches par Jean-Claude Vannier, Only Built For Cuban Linx par Raekwon, par The Zombies, Donuts par J Dilla, Creature Comforts par Black Dice, toute la discographie de David Bowie. Et bien d’autres encore.

A single bag is hardly enough. The Idiot by Iggy Pop, L'enfant Assassin Des Mouches by Jean Claude Vannier, Only Built For Cuban Linx by Raekwon, Odessey & Oracle by The Zombies, Donuts by J Dilla, Creature Comforts by Black Dice, David Bowie's discography.Too many more.

Ta musique est vraiment différente d'EP en EP, plus encore sur ton album Contempt! et ta récente trilogie de mixtapes. Comment définirais-tu ta musique et quelles influences y retranscris-tu ?
Your music is really different from EP to EP, even more on your album and your three recent EP mixtapes. How would you define your music and what influences do you put together in your songs?

Je n’ai jamais essayer d'englober toute la musique que j’ai faite sous une seule définition. Mon écriture marche par phase. Avec chaque nouveau disque, j’essaye de varier de procédé. Sans doute cette approche définit-elle ma musique. Pendant un temps, je me suis interessé à la création de musique samplée, de nature expérimentale et juxtaposée à l’intensité que j'induisais dans l’écriture des paroles et le fait d’être songwriter. Maintenant je suis plus tourné vers une sensibilité artistique pop, en mettant vraiment l’accent mis sur la partie pop. Cela me permet de faire référence à un large éventail de musique qui m’interesse, de la pop psychédélique à la soul très bien produite.

I've never really thought too much about trying to cram all the music I've done into a single definition. My songwriting is phase driven, with each new record I try to define the process differently. Perhaps that approach is what defines my music. For a time I was interested in creating sample based music that was experimental in nature and juxtaposed with my emphasis on lyric writing and being a songwriter. Now I'm more interested in an art pop sensibility with emphasis on the pop part. This allows me to reference a large range of music that I'm interested in from psychedelic pop to highly produced soul.

Quel sentiment essayes-tu de faire passer à travers ta musique ?
What feeling are you trying to convey through your music?

Mes premier travaux étaient concentrés sur le type d’adrénaline faisant naître la terreur, peu différente de l’atmosphère atteinte dans certains films de David Lynch. Je cherchais à explorer la sensation de pulsions primaires ou perverses que nous avons parfois. C’est difficile d’expliquer pourquoi j’étais enclin à explorer cela. L’inspiration est une chose étrange. Maintenant j'essaye de capturer l’excitation qui vous submerge avec une pop hautement stylisée et excitante, tout en essayant toujours de rester concentré sur l’imaginaire.

My earlier works were fixated on a certain kind of adrenaline raising dread, not unlike the mood achieved in certain David Lynch films. I was interested in exploring the sensation of depraved or base impulses that we can sometimes have. It's hard to say why i disposed to explore this. Inspiration is a funny thing. I'm very interested now in trying to capture the excitement you get from highly stylized & exciting pop music while still trying to maintain my focus on the imagistic.

Par ton histoire personnelle et en réalisant toi-même des vidéos-clips, on sent ton obsession pour le cinéma. Qu'aimes-tu dans le cinéma et pour quelles raisons ?
By your personal history and video-clips, we sense an obsession for cinema. What do you like in cinema and for which reasons?

Mes parents sont producteurs, ce qui explique que l'intérêt pour le cinéma me colle à la peau depuis ma naissance. J’ai récemment fait un film avec eux appelé Sight Unseen, dans lequel j’ai joué et pour lequel j’ai composé la musique. J’aspire à plus collaborer avec mes parents et à travailler sur plus de films de réalisateurs qui m'intéressent. Mes goûts penchent vers le mystérieux et l’enjoué.

My parents are film makers so an interest in the cinema has been with me since birth. I recently made a film with them called Sight Unseen, I performed in and wrote music for it. My aspiration is to collaborate more with my parents, and to work on more films by interesting directors. My taste skews to the mysterious and the playful.

Comment décrirais-tu ton évolution en terme de songwriting et de son depuis ton premier disque autoproduit, Livestock Burn ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first self released, Livestock Burn?

Je décrirais mon évolution comme étant avancée, étant donné que je peux à peine supporter ces premières productions et que je me considère désormais comme un auteur-compositieur raisonnablement décent… pas mal je suppose. J’ai toujours mis l’accent sur l’écriture des paroles, essayant par ce biais d’être peu conventionnel. Je suppose que c’est une constante, à part ça, mon évolution est complètement dictée par la musique qui me fascine. Je suis un amoureux de la musique avant tout, et plus j’en consomme, plus ma propre musique change.

I would describe my evolution as advanced as I can hardly stand those first releases and now consider myself to be a halfway decent songwriter... not bad I suppose. I've always had a focus on lyric writing, and trying to be unconventional in this way. I suppose that has been a constant, otherwise my evolution is totally dictated by music that fascinates me. I am a music lover before all else, and the more I consume the more my music changes.

Contempt!, ton premier LP, est sorti sur Paper Bag Records. Quels étaient tes souhaits pour cet album ? En es-tu encore fier ?
Contempt!, your first LP, was released by Paper Bag Records. Did you have any particular will for this album? Are you still proud of it?

Oui, mon désir à l’époque était de fusionner des idées très spécifiques qui selon moi n’avaient pas été combinées avant. Je souhaitais être l’auteur-compositeur et chanteur le plus marginal possible, tout en gardant cet accent sur les paroles et la structure du morceau. Je voulais fusionner mon amour pour la culture du sample, à la RZA et Madlib, avec une autre sensibilité. J’ai aussi été très inspiré par l’esprit de Suicide à révolutionner le rock'n'roll. Je suppose que Comtempt! pourrait être défini par ce désir. Je suis très fier de ce travail.

Yes, my desire at the time was to fuse very specific sorts of ideas that to my mind hadn't been fused before. I was interested in being the most unconventional singer songwriter possible, but still maintaing that focus on lyrics and song structure. I wanted to fuse my love of sample based culture a la RZA & Madlib with this other sensibility. I was also very inspired by the Suicide ethos to flip rock and roll on it's ear, I suppose that Contempt! could be defined by this desire. I am very proud of that work.

Que penses-tu de Paper Bag Records ? Comment as-tu commencé à travailler avec ce label ?
What do you think of Paper Bag Records? How did you come to work with them?

Ils sont basés à Toronto comme moi, c’est comme ça que nous avons été amenés à travailler ensemble. Je ne veux pas que ma musique soit définie par le label chez qui je suis ou par le style d’autres groupes ou par n’importe quoi d’autre que ma performance, mon son et mes albums. Du coup, j’essaye de ne pas du tout penser aux labels. Il y a certaines impulsions qui te poussent à t’associer avec le chic... Je me méfie de cette tendance. Ceci étant dit, Paper Bag a été très généreux en sortant mes disques et en supportant jusqu'à présent le côté peu conventionnel de ma musique. En ce sens, j’ai été chanceux.

They are based in Toronto as am I, this is how we came to work together. I don't want my music ever to be defined by the label I am on or by the culture of other bands at large or by anything other than my performance and how my records sound and look. In this way I try not to think of labels at all. There's an impulse to associate yourself with the chic, I'm wary of this trend in music. Having said that Paper Bag has been very generous to put out my records and put up with how unconventional my music has been up to now, I've been lucky in this way.

A Sheik in Scores est un disque autoproduit disponible en téléchargement gratuit ou en cassette. Peux-tu expliquer pourquoi en téléchargement gratuit et pourquoi en cassette ?
A Sheik in Scores is a self-released digital free download/limited-edition cassette. Can you explain why a free download & cassette?

Comme je viens de le dire, il est important de ne pas être défini par des labels ou par la façon dont la musique est commercialisée. Ce qui importe, c’est qu’elle soit faite et qu’elle sorte… J’ai envie de me consacrer à la musique tout le temps, j’ai toujours quelque chose sur le feu. Ces projets aiment dicter leur propre logique, A Sheik In Scores ressemble à ce qu’il devait finalement être. Je règle les paramètres, la musique fait le reste. Mon pote Andrew Zukerman fait des pochettes fantastiques, je lui dois celle-là.

As I said, I think it's important not to be defined by labels or how your music comes out. What's important is that it be made and come out at all... I have a desire to be working on music all the time, I always have something on the go. These projects like to dictate their own logic, A Sheik In Scores wanted to look the way it did. I set the parameters, the music does the rest sometimes. My friend Andrew Zukerman makes fantastic looking releases, I owe it to him with that one.

Confères-tu autant d'importance à l'esthétique des albums qu'à la musique qu'ils contiennent ? Peux-tu expliquer le processus créatif pour Contempt! ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself ? Can you explain the creative process for Contempt!?

Oui, l’esthétique est très importante. C’est d’ailleurs le premier pas dans mon processus. Avec Contempt!, celui-ci consistait à penser au genre de musique que je voulais faire. Je me suis rendu compte que je voulais faire des morceaux qui incluraient des chutes de sons samplés, et je voulais, dans la plupart des cas, avoir des chansons qui seraient chantées d’un point de vue dépravé. L’esthétique formée, je me suis mis au travail. Avec chaque sortie je conceptualise un format avant même d’écrire une seule chanson.

Yes the aesthetic is very important. It is the first step in my process. With Contempt! the first step was thinking about the kind of music I wanted to make. I realized I wanted to make songs using scraps of sampled sound, and I wanted to have songs that were sung from a depraved point of view in many cases. The aesthetic was formed and then I went to work. With each release I conceptualize a format before I write a single song.

Quel est ton futur proche ?
What’s going to happen in your near future?

J’ai beaucoup travaillé avec US Girls, co-produisant et enregistrant ses nouveaux morceaux. Une expérience passionnante. Nous avons d'ailleurs un split commun qui sortira dans les mois qui viennent. J’ai travaillé sur mon nouvel album depuis l’automne dernier. Il ne s’agit que de musique live, très bien produite. Je me concentre sur l’écriture, simplifiant mon approche pour ce qui est de l’instrumentation, notamment en rationnalisant certaines choses. J’ai beaucoup appris ces deux dernières années en écoutant énormément de pop classique. Mon nouvel album devrait sortir plus tard dans l’année. J’aimerais partir en tournée après ça.

I've been working a lot with U.S. Girls co-producing and recording her new material which is very exciting. We have a split record coming out in the coming months. I've been working on a new album of my own since this past fall, it's all original live music - highly produced. I'm focusing on songwriting, simplifying my approach as far as instrumentation goes and streamlining certain things. I've learned a lot over the last couple years by listening to a lot of classic pop. My new record should be out later in the year. I'd like to tour behind that.

Justement, Slim Twig est-il un bon groupe de scène ? Quelle est la configuration ?
Is Slim Twig a good live band? What’s its configuration while touring?

Oui, nous sommes très bons ! Je viens juste de monter un groupe pour les nouveaux morceaux. J’ai la chance de jouer avec des types qui font la musique que je préfère au monde en dehors de mon groupe. C’est la configuration la plus conventionnelle que j’ai eu jusqu’à maintenant : batterie, basse, guitare et orgue électrique.

Yes, we're very good! I just put a new band together for the new material. I'm lucky to be playing with guys who make my favourite music in the world outside of my band. It's the most conventional setup I've had so far - drums, bass, guitar & electric organ.

As-tu divers side-projects ?
Do you have any side projects?

Oui, je joue dans deux autres groupes. Tropics est un duo punk. On écrit des chansons aux sons concis et tranchants. Je joue également avec Plastic Factory, un groupe faisant des reprises psychédéliques. J’aimerais produire plus dans le futur, ce qui pourrait être considéré comme un side-project.

Yes, I play in two other bands. Tropics is a two piece punk band, we write very concise sharp sounding songs & I also play in a psychedelic covers band called Plastic Factory. I would like to produce more in the future which could be considered a side project...

Quels sont les amis de Slim Twig ? Il y a une "scène" à Toronto à laquelle tu as l'impression d'appartenir ?
Who are Slim Twig's friends? Is there a "scene" in Toronto you feel you belong to?

Ouais, les gars qui jouent dans mon groupe (deux d’entre eux jouent aussi dans mon projet de reprises). Zatch Automaat est mon groupe contemporain préféré pour le moment, ils ont sorti huit enregistrements l’année dernière, tous disponibles en ligne gratuitement (). Actual Water est un autre groupe génial de Toronto.

Yeah, the guys that play in my band (two of them also play in my covers project). Zacht Automaat is my favourite contemporary band right now, they put out 8 records last year and released them all for free online. My friend Louis Percival is the closest thing to a second member of Slim Twig, he makes music under the name Onakabazien. We've been working together for a while. Actual Water is another great band from Toronto.

Que penses-tu de la musique d'Ela Orleans ? Un bon "film pour oreilles" ?
What do you think about Ela Orleans' Music? A good "movie for ears"?

J’adore Ela Orleans. Elle est sans conteste une amie, musicalement et plus. Ses chansons suivent une logique onirique délicieusement féminine, quelque chose qui m'aurait échappé si je n'avais pas découvert sa musique.

I love Ela Orleans. She is certainly a friend of mine musically and otherwise. Her songs follow a lovely feminine dream logic, something I wouldn't otherwise be privy to if it weren't for her music.

Quel est ton opinion à propos de l'industrie musicale ?
What's your opinion about the current music business?

Il n’y a qu’une infime partie qui m’intéresse. D’après moi, les meilleurs trucs se passent dans mon voisinage direct où l'on ne voit pas vraiment ce que ‘'business’' veut dire. Ha… Le monde de la musique est tellement cyclique, dépendant du contexte. Si les gens ne sont pas familiers avec votre contexte, alors ils ne sont pas intéressés. Une fois qu’un groupe se dégage, on voit une centaine d’autres groupes connaître le succès dans leur sillage parce que le contexte est devenu tout d’un coup clair pour tout le monde. Ils deviennent familiers instantanément... puis se fanent. C’est frustrant quand on y pense, c’est mieux de se concentrer sur ce qu’on a sous la main.

There's very little I'm interested in. In my opinion the best stuff is happening in my direct vicinity and we aren't seeing much 'business' so to speak. Ha... The music world is so cyclical, it relies on context. If people are unfamiliar with your context they are uninterested, once a band breaks free we see a hundred other groups see success in their wake because the context has become clear all of a sudden - they become familiar instantly, then fade. It's frustrating to think about, better to focus on the task at hand.

Que penses-tu de la culture blog ?
What do you think about blog culture?

J’essaye de l’ignorer. Pour la plus grande part, les blogs adoptent un modèle tellement prévisible qu’il devient exaspérant de les suivre. J’essaye simplement de lire des blogs parlant de sport ou de rap. Des univers dans lesquels je n’ai absolument aucun parti pris ! Le reste, c’est (pour la majorité) de la connerie…

I try to ignore it. For the most part the blog world follows such a predictable pattern it becomes infuriating following it. I try to only read sports and rap blogs, worlds I have entirely no consequence in ! The rest is (mostly) crap...


Coolrunnings l'interview & mixtape


On connaissait de ce Tennessee pétri de mythes et d'histoire les villes Memphis et Nashville. Soit les berceaux du blues et de la country. Deux horizons musicaux longtemps indépassables, tant pour les Afro-Américains que les W.A.S.P., et que le rock, sur les traces d'un jazz déluré, a frénétiquement décloisonnés. Le soleil, la poussière, la sueur et l'alcool, images d’Épinal d'un univers répandant ses traditions musicales aux confins d'un monde perclus d'admiration. Chaussettes Noires ou pas, ces deux villes de l'État du sud-est des États-Unis ne semblent souffrir d'aucune autre concurrence. Il y a pourtant Knoxville. Knoxville ou The Marble City, pour les carrières de marbre ayant fait sa réputation. Certes, moins glamour pour tout mélomane vagabond, d'autant que le regretté Mark Linkous profita de l'un de ses studieux séjours - dans l'optique d'un cinquième album - pour passer de vie à trépas, d'une détonation en pleine poitrine (lire). Mais Knoxville est une ville prospère, universitaire. Et discrète. Un relatif anonymat dans lequel l'histoire pourrait trouver gentiment à se repaître, notamment dans le landerneau d'une pop ambitieuse mais sans le sou, confrontant expérimentation et éclectisme à l'aune d'une production D.I.Y.

Lieux communs en cascade, c'est sur le terrain de basketball mitoyen ou sur les bancs tagués de la fac que s'élaborent les rêves les plus fous et que se nouent d'indéfectibles amitiés rendant ceux-ci réalisables, à portée de main. Noah Klein de The FMLY, que l'on a longuement interviewé par ici, ou Jacob Graham d'Holiday Records (lire), ne nous racontent pas une autre histoire quand Mat Cothran (lire) et son initiative Summertime in Hell ne nuance celle-ci qu'aux entournures. Dans un registre analogue, Brandon Biondo et Forrest Ferguson, par le biais d'un projet aussi modeste qu'enthousiasmant, repassent goulûment les plats avec l'aventure Dracula Horse, sorte de label/communauté destiné à promouvoir et structurer une scène locale fourmillante d'ingéniosité, pratiquant farouchement l'amour libre. D'aucun ne se regarde en chien de faïence, chacun collaborant et confrontant ses idées au sein d'une bulle créative autrement plus stimulante que celle enfantée par les traders de Big Apple. On y dénombre, pêle-mêle, Ave EvaPersona La AveDumb LunchFine PeduncleHorquillasJeremy Lee GivenManhoodMy Friend WallisNoah Wall, GongueWalshWyld Fukken Stallyns ainsi que nos quatre compères de COOLRUNNINGS.

Ces derniers, auteurs récemment d'un merveilleux LP à tiroirs, Dracula Is Only The Beginning (Full Length), chroniqué par ici et que le groupe tente avec votre bon coeur de graver en sillons, ne pouvaient bien longtemps se soustraire à notre attention et rester dans l'ombre d'une internationale pop anonyme, digitale et sans visage. Avec une fougue non dissimulée, Brandon et Forrest se sont prêtés au jeu de l'interrogatoire introductif ainsi qu'à celui de la mixtape chiadée, en écoute et en téléchargement ci-dessous. Depuis lors, Fool Moon - un 7" sorti via le label anglais Too Pure - est déjà en ligne, quand bien même un second est d'ores et déjà annoncé pour octobre. L'occasion de remarquer à quel point l'architecture sonique des COOLRUNNINGS, si elle reste dans la permanence d'une pop transpercée de voix aériennes et mâtinée d'un psychédélisme acidulé, ne reste en rien figée sur une quelconque position gagnante. Bien d'autres restent encore à déflorer. Comme il est mentionné en guise d'épigraphe, Dracula Is Only The Beginning...

Audio


01. Fool Moon
02. Thunderbirds
03. Burnout
04. Buffalo
05. Slumberland
06. Brandon Biondo & Mat Cothran - Untitled

Entretien avec Brandon Biondo et Forrest Ferguson

Pouvez-vous présenter COOLRUNNINGS en quelques mots ?
Can you describe the history of COOLRUNNINGS in a few words ?

Brandon : C'est fin 2009 que Forrest et moi avons commencé un projet d'enregistrement. C'était mon voisin et nous composions le même genre de musique : on s’est mis à traîner ensemble et à enregistrer. Je jouais à cette époque dans un autre groupe, Royal Bangs, avec lequel j'étais souvent en tournée. C’est pourquoi COOLRUNNINGS n’était encore qu’un projet parallèle. Nous avions formé un groupe mais ce n’était pas vraiment sérieux. Lors des premiers concerts, nous étions parfois sept dans le groupe. Dans la formation d’origine, il y avait Chris Rusk à la batterie, Elliott White au synthé, Thomas Finn à la seconde batterie et Natalie Kimbro au violon. Au début de l’année 2010, j’ai décidé de quitter Royal Bangs et de m’investir complètement au sein de COOLRUNNINGS. Chris, toujours occupé à tourner avec Royal Bangs, ne pouvait du coup plus jouer avec nous. Thomas a ainsi hérité de la totalité de la partie batterie et Elliott a alterné entre la seconde partie batterie et le synthé pendant un bon moment. Peu après Thomas a dû quitter le groupe pour se concentrer sur ses études ce qui a obligé Elliott à jouer l'ensemble des parties batterie. David Thomasson nous a rejoint à la basse. C’est à partir de là que nous avons commencé à tourner. Elliott a finalement quitté le groupe pour s’investir dans son propre projet musical (Yung Life) et son travail artistique. Scott Kapuscinski l’a remplacé il y a quelques mois. Je pense qu’aujourd’hui le groupe est très bien comme il est, avec seulement quatre membres.

Brandon : We started in winter of 2009 as a recording project between Forrest and I.  We were both writing similar music at the time and he ended up being my neighbor so we were always hanging out and recording. I was playing with another band called Royal Bangs at the time and we were touring all of the time so CR was more of a sideproject at the time. We formed a band but it wasn't anything serious.  The first couple of shows we had like 7 people in the band. The original lineup was Chris Rusk on drums, Elliott White on keys,Thomas Finn on second drums and Natalie Kimbro on Violin.  In early 2010 I left Royal Bangs and decided to do CR full time. Chris was busy touring with Royal Bangs and couldn't tour with us so Thomas switched to the full kit and Elliott was going back and forth between second drums and keys for a while.  Thomas had to leave the band to focus on school though.  At that point Elliott started playing the full drum kit and David Thomasson joined on bass.  It was around that time that we started touring.  Elliott left the band to pursue his own music (Yung Life) and art.  Scott Kapuscinski replaced him a couple of months ago though.  I think the band is at it's best right now though with just 4 people.  

Pouvez-vous expliquer le choix du nom du groupe, COOLRUNNINGS ? Si vous aviez été français, le nom du groupe aurait été Rasta Rocket...
How did you guys come up with the band name? Did you know that if you were French, the name of the group would have been Rasta Rocket ?

Brandon : Honnêtement, je ne m’en souviens même pas. Nous avons passé en revue un bon nombre d’idées stupides mais c'est COOLRUNNINGS qui nous a semblé être celle qui avait le plus de sens.

Brandon : Honestly, I don't even remember.  We went through a lot of stupid ideas in the beginning but that seemed to be the name that made the most sense.

Forrest : Je pense que Chris Rusk de Royal Bangs - et ancien membre de COOLRUNNINGS - avait ce film en tête. Je ne suis pas sûr. Pour ma part, ça m'a vite fatigué d’essayer de trouver un nom. Ce n'est pas mon occupation favorite au sein d'un groupe...

Vous vivez à Knoxville, Tennessee. Quentin Tarantino est né à Knoxville, un endroit où Mark Linkous s'est donné la mort. Pouvez-vous décrire en quoi cela affecte votre musique et si cela est source d’inspiration ?
You live in Knoxville, TN. Quentin Tarantino was born to Knoxville and Mark Linkous committed suicide there. Can you describe how that affects your music and if it's an important inspiration ?

Brandon : Je n’ai réellement commencé à composer qu’à partir du moment où je suis retourné dans le Tennessee, en 2002. Je n’y avais jamais réellement pensé avant. Ça a dû naître de l’ennui et de la solitude que je ressentais. Le Tennessee est un endroit étrange où il y a un nombre incalculable de gens talentueux dont personne n’entendra probablement jamais parler. J'ai l'impression que mes amis sont ma plus grande source d'inspiration... même si je suis de nature jalouse, à vouloir toujours exceller dans ce que je fais.

Brandon :I didn't really start writing music until I moved back to TN in 2002, I had never really thought to. That being said, I guess I did it out of pure boredom and loneliness. TN is a strange place, there are so many talented people here that you will probably never hear. I feel like, if anything my friends are the most inspiration and I don't think it has anything to do with taking inspiration from what they are doing as much as my jealous nature and the fact that I want to be that good too.

Forrest : Je pense qu'on peut trouver l'inspiration n'importe où. Celle-ci se trouve consciemment ou non. J’aime Knoxville et le sud mais la chanson Fort Kid est la seule tirant son origine de celle-ci : la cours de récréation où j’allais quand j’étais gosse. Elle a été fermée car un gamin en a blessé un autre sérieusement. Cette nostalgie pour ce parc imprègne Fort Kid. J’ai vu Mark Linkous lors de sa dernière performance au Festival Big Ears... Il avait quelque chose de spécial. Scott Minor, ancien membre de Sparklehorse et ami intime de Mark, a enregistré Flux Outside de nos amis de Royal Bangs. Je suis allé á deux ou trois sessions d’enregistrement et j'ai joué avec ce keyboard étrange que Tom Waits lui avait donné. Son expérience est irréelle.

Si vous êtes obligé de vous exiler sur une île déserte, quels disques emmèneriez-vous avec vous ?
If you were stranded on a desert island what records would you want with you ?

Brandon : On m’a posé cette question tant de fois... à chaque fois j’ai été incapable de trouver la bonne réponse. Est-ce que je peux prendre ma guitare à la place ?

Brandon : I've been asked this question so many times and I've never been able to come up with a good answer.  Can I take a guitar instead?

Forrest : J'en prends cinq. Cowboy in Sweden de Lee Hazlewood, Scott 4 de Scott Walker, Low de David Bowie, Enter The Wu-Tang (36 Chambers) du Wu-Tang Clan et Wild Honey des Beach Boys.

Comment définiriez-vous votre musique et quelles sont vos influences essentielles ?
How would you describe your music, and who are your biggest influences ?

Brandon : Ça dépend. J’aime tellement de choses, j’essaie donc d’exprimer cela autant que possible au travers de ma musique. Je suis un vrai adepte du mélange des genres. Mes plus grandes influences sont assez ordinaires. Je dirais Brian Wilson et les Beatles pour les particularités propres à toutes leurs chansons. Honnêtement, je n’écoute pas vraiment de musique excepté quand je conduis... Habituellement, c’est quelque chose que je fais en écoutant du classic rock merdique.

Brandon : It varies, I like so many things so I try to express that as much as possible in my music.  I'm real big on genre mashing. My biggest influences are pretty run of the mill. I'd say Brian Wilson and the Beatles because of the individuality of all of their songs. To be honest though, I don't really listen to music unless I'm driving my car and it's usually something I made or some shitty classic rock.

Forrest : Notre musique est avant tout nourrie d'une pop familière, excentrique et intransigeante. Nous sommes parfaitement éclectiques. Nous essayons d'utiliser notre imagination comme pouvaient le faire les Beatles. Mes influences personnelles les plus structurantes sont Scott Walker, Lee Hazlewood, Richard Hell and The Voidoids, David Bowie, Orange Juice, The Beach Boys et Brian Eno.

Quels sentiments/message essayez-vous de faire passer dans votre musique ?
What kind of vibe/message are you trying to convey with your music ?

Brandon : Ça dépend de mon humeur. Durant ces deux dernières années, avant toute chose, j’ai eu l'envie d’être complètement honnête. C'est salvateur, surtout quand tout va mal, mais c'est aussi très addictif. Il faut continuer à le faire pour se sentir mieux sans jamais en rester là. Je n’ai jamais eu l’idée de faire passer un « message » mais si je devais en avoir un, il consisterait à montrer aux gens que certaines personnes peuvent être aussi paumées qu'eux. Il semblerait que beaucoup de gens ont peur de révéler leurs sentiments. C’est bien pourtant d’être sensible...

Brandon : It depends on my mood I guess. In the last couple years I feel like it's been more important than anything to just be completely honest. It's momentarily therapeutic when everything sucks but also very addictive. You have to keep doing it so that you can feel better without ever staying there.  I've never really thought about the idea of a "message" but I guess if I did have one it would be to let people know that there is somebody out there just as fucked up/confused as you.  It seems like a lot of people I know are just afraid to be emotional anymore. It's okay to be sensitive.

Forrest : Le message d’un opprimé.

Comment décrirais-tu votre évolution en terme de songwriting et de son depuis votre premier EP, Babes Forever ?
How has the songwriting and sound evolved since the Babes Forever EP ?

Brandon : Hormis Slumberland, que Forrest et moi avons composé ensemble, j’ai composé seul le reste de l’EP Babes Forever, il y a trois/quatre ans, entre mes concerts avec Royal Bangs. Je déteste la plupart de ces chansons. Je n’en ai fini aucune parce que mon ordinateur a été volé sur l’une des deux dernières tournée avec Royal Bangs. J’ai tout perdu. Du coup, je les ai sorties parce que je voulais m’en débarrasser et parce que les gens « creusaient » la tombe de l’EP Buffalo. Je ne pensais pas qu’une fois sorti, tout le monde allait dire qu’il est mieux que l'EP Buffalo - juste parce qu’il y a des nanas à poils sur la pochette. Parfois, je regrette vraiment de l'avoir mis en ligne car je ne veux pas que les gens se fondent sur ces morceaux pour se faire un avis de notre musique.

Brandon : Aside from Slumberland which me and Forrest wrote together, I wrote the Babes Forever ep like 3 or 4 years ago in between tours with Royal Bangs. To be honest, I hate most of those songs. I never got to finish any of them because my computer got stolen on one of the last couple tours I went on with Bangs. I lost everything. I put it out because I honestly just wanted to get rid of them and people were digging the Buffalo EP. I didn't know that after I put it out everybody was going to say it was better than Buffalo just because it has naked chicks on the cover. Sometimes I really regret putting it out at all because I don't want people to base their opinions of us on those recordings.

Forrest : La premiere partie de Babes Forever a été composée et enregistré par Brandon deux ans avant que nous ayons sorti l'EP. Slumberland est une exception car Brandon et moi l'avons composé ensemble. Maintenant nous avons plus une dynamique de groupe. Nous sommes moins, ce qui pousse à la cohésion.

Dracula Is Only The Beginning sort sur ton label Dracula Horse. Peux-tu expliquer en quelques mots l’histoire de celui-ci ?
Dracula Is Only The Beginning was released on your label Dracula Horse. Can you say a few words about the history of this label ?

Brandon : J’ai mis sur pied Dracula Horse depuis plus d'un un an maintenant. On avait besoin d'un endroit pour accueillir notre musique et je me suis dis qu'avec tout l'intérêt qu'on commençait à nous porter, ce serait intéressant de diffuser le son de nos potes et, en fait, même juste de la merde. Je trouve ça vraiment cool !

Brandon : I've been doing Dracula Horse for almost a year now. We needed a place to put our music and I just figured with the attention we were getting that it would be rad to put our friends music and in general just shit that I think is really great.

Avez-vous des attentes particulières avec cet album?
Did you have specific goals for the new album ?

Brandon : Je voulais que chaque chanson de cet album soit géniale. C’est pourquoi cela a pris tant de temps.

Brandon : I wanted every song on it to be awesome with no filler. That's why it took so long.

Forrest : Ouais, nous voulions faire un bon album, éclectique avant tout.

L'esthétique des disques a-t-elle autant d'importance que la musique elle-même ? Peux-tu expliquer comment a été créée les pochettes de Dracula Is Only The Beginning et Babes Forever ?
Is the album art and packaging as important as the music itself ?  How'd you come up with the album art for Dracula Is Only The Beginning and Babes Forever ?

Brandon : Bonne question. J'ai envie de dire qu'elle en a autant. Au bout du compte, j'ai loupé énormément de bonne musique en me limitant uniquement à l’illustration de l’album, présumant que la musique devait être merdique. J’ai vraiment essayé de chercher un artwork qui collait au mieux à la musique... J'ai été carrément perfectionniste. Il y a environ un an, je regardais justement les blogs d'art et j'ai trouvé ce gars, Thee Ruiner. Je suis tombé amoureux de son univers et nous avons du coup travaillé ensemble. La couverture de Babes Forevervient de Hustler (un mensuel porno américain). Nous attendons toujours que ce dernier nous fasse un procès.

Brandon : Good question. I feel like it is. I'll be completely honest and say that I end up missing out on a lot of really great music simply because I see the artwork and assume that the music is shit. I try really hard to find artwork that I think fits the music, in that sense I'm completely anal. I was just looking at art blogs about a year ago and I found this guy who goes by thee ruiner.  I instantly fell in love with the image and we worked something out with him.  The Babes Forever cover is from a spread in Hustler.  We're still waiting to get sued on that one.

Forrest :  L'artwork n'a pas autant d’importance que la musique elle-même.  D'autant que le plupart des gens savent gribouiller sur internet. Mais l’esthétique donne une profondeur a l’essence d'un groupe. La pochette de Babes Forever est empruntée à une couverture de Penthouse (faut se mettre d'accord les gars, ndlr). Et celle de Dracula Is Only The Beginning est l'oeuvre de Thee Ruiner. Dieu seul connait les mots exacts que Brandon à écrit dans la barre du moteur de recherche.

COOLRUNNINGS est-t-il un bon groupe en concert ? Quelle est la configuration sur scène ? Quand est-ce que vous venez en France pour nous montrer ça ?
Does your music translate well live ?  What is your set-up live ?  Will you guys be playing in France anytime soon ?

Brandon : Je me réjouis vraiment de jouer live... c'est un vrai festival de geeks. Nos deux guitares passent par un ordinateur et ressortent dans les amplis. Du coup quand je joue uniquement du clavier, Forrest arrive avec les deux guitares amplifiées. Les voix passent aussi par ce biais là et je peux en contrôler les effets sur mon contrôleur midi. Scott a un pad de batterie donc il peut envoyer les beats et samples tout en jouant toute la partie batterie. On utilise tous ces gadgets mais c'est très naturel. Si l'on pouvait cacher notre ordinateur, personne ne se rendrait compte que l’on en utilise un. Les chansons sont différentes lorsqu’on les joue live. J’aimerais beaucoup jouer en France mais nous devons voir comment permettre cela, d'autant que nous n’avons pas de label ni de soutien financier.

Brandon : I really enjoying playing this stuff live, it's a total nerd fest. We've got both guitars routed through the computer and back to the amps so when I'm just playing keys Forrest is coming out of both guitar amps. The Vocals go through too and I can control the effects on my midi controller.  Scott has a drum pad so he's actually playing the beats/synths while playing a full drum kit as well. It's like we're using all of this gadgetry but it's really transparent. If you couldn't see the computer, you probably wouldn't know we were using one. The songs are a bit different when we play them live though. I would love to play in France, we just have to figure out how to afford it right now. We don't have a label or any monetary support to get there at the moment.

Forrest : Nous avons beaucoup travaillé pour retranscrire scéniquement nos enregistrements. Notre concentration en concert est extrême car nous ne sommes plus que quatre. Notre configuration... Brandon chante, joue la guitare et s'occupe des synthés. Je l'accompagne à la guitare et au chant. Scott de la batterie et d'un Roland Octopad. Enfin David est à la basse. Je ne sais pas quand nous pourrons débarquer en Europe... sous peu j’espère !

Avez-vous des side-projetcs ?
Do you guys have any side-projects ? 

Brandon : Scott joue dans des tonnes de groupes. Je pense que son principal projet est, à l’heure actuelle, The Mutations. C’est du pur surf rock et c’est carrément bon. Pour ma part, je joue dans Walsh, Wyld Fukken Stallyns et dans d’autres projets avec Dylan Dawkins (Persona La Ave) et avec Scott aka Testarossa.

Brandon : Scott plays in a ton of bands I think his main side project right now is this band called The Mutations though. They are true surf rock, it's fucking amazing. I do Walsh, Wyld Fukken Stallyns and another project with Dylan Dawkins (Persona La Ave) and Scott called Testarossa.

Forrest : J’ai un projet solo qui a pour nom King Stag.

Que pouvez-vous dire sur la scène musicale de Knoxville ?
What is the music scene like in Knoxville ?

Brandon : Elle est complètement sous-estimée et invisible. Il y a tellement de groupes/musiciens extraordinaires ici que je pense que ce n’est qu’une question de temps avant que la scène de Knoxville soit reconnue au niveau international en tant que véritable pôle d'excellence musical.

Brandon : Totally underrated and hidden. There are so many amazing bands/musicians here that I think it's only a matter of time before people start recognizing Knoxville on a national level as a hotbed of insanely good music.

Forrest : Elle est vraiment impressionnante. Comme la scène de Knoxville n'est pas sous les feux de la critique, on peut expérimenter et essayer de nouvelles choses. Tout le monde est ami, on a tous déjà joué ensemble au moins une fois...

Que pensez-vous de l’état actuel de l’industrie musicale ?
What are your thoughts on the state of the music industry ?

Brandon : Honnêtement, je ne m’en préoccupe pas vraiment.

Brandon : Honestly, I don't really care.

Vous avez un chouette blog. Quel est ton sentiment sur la culture blog ?
Your blog is awesome. What are your thoughts on blog culture in relation to music these days?

Brandon : Je pense qu’il y a beaucoup trop de blogs. Pour un bon blog, vous en avez 910294748394 épouvantables. Je pourrais poursuivre là-dessus pendant des jours. Dans un sens, cela m’attriste pour la musique, le monde de la musique. Plus rien n’est éternel. Tous s'emparent de l’une de ces passades du moment ou à l’un des plus merdiques et obscurs groupes que tu puisses trouver. Il semblerait qu’à chaque instant il y a un nouveau groupe/musicien novateur, inventif. Je suis plus que gavé de tous ces groupes qui essayent de nous entuber, et quand ils ont bien détruit l’originalité de ce qu’ils ont copié, ils jettent leur dévolu sur quelque chose d’autre qu’ils se chargent tout autant de détruire.

Brandon : I think there are too many. For every good blog you have 910294748394 blogs that are terrible. I could go on for days about this.  In some ways it makes me sad for music… Nothing is timeless anymore it's all directly related to whatever fad is in at the moment or whatever the most obscure shitty band you could possibly find. It seems like every time there is a new inventive band / musician my feed gets crammed with all of these bands that are trying to rip them off, almost immediately even and when they've destroyed the originality of what they are copying they move on to something else and destroy it too.

Forrest : Comme ci, comme ça...  D'une part c’est chouette d’avoir un contact sincère avec nos fans. C’est important d’avoir ce soutien. D'autre part, l'existence des blogs est très futile... Leur raison d’être est l’habilité à découvrir des groupes avant tout le monde. Ils ne font pas d’interviews ou d'articles sans exclusivité. C’est logique mais c'est très con. Mais nous pouvons nous débrouiller sans eux pour faire parler de nous... Brandon est très habile en networking !

Mixtapes

Brandon Mix for Hartzine (download)


01. Cities Aviv - Coastin
02. Walsh - Landing Strip
03. Mas Y Mas - Sids
04. Just Another Snake Cult - Heavensent
05. Gongue - At A Bar
06. Anika - Sadness Licks The Sun
07. Coolrunnings - C.K.S.F.A.R.
08. Royal Bangs - Back Then It Was Different
09. Camp Lo - Luchini (A.K.A. This Is It)
10. Nick Lowe - 36 Inches High
11. Broadcast - America's Boy
12. Megafortress - Omega L.I.F.E.
13. Genesis - Keep It Dark

Forrest Mix for Hartzine (download)


01. Echo and The Bunnymen - The Cutter
02. XTC - Love At First Sight
03. Lee Hazlewood - Cold Hard Times
04. The Replacements - Swingin' Party
05. Sparks - The Number One Song In Heaven
06. Van Dyke Parks - Laurel Canyon Blvd. #2
07. Homosexuals - Still Living In My Car
08. Royal Bangs - TV Tree
09. Fugazi - Life and Limb
10. The Honeycombs - Have I The Right
11. The Dead Milkmen - Dollar Signs In Her Eyes
12. The Pastels - Automatically Yours
13. The Soft Boys - Only The Stones Remain
14. Michel Polnareff - Love Me, Please Love Me

Vidéo


On y était - Festival Pantiero

C'est peut-être en vieillissant qu'on commence à se dire que les festivals à taille très humaine sont un bonheur inestimable en comparaison avec toutes les boueuses usines à fun qui dominent le marché. Quoiqu'il en soit, dans le genre, le Pantiero est un spot estival idéal pour tout amateur de musique indé : une seule vraie scène, de la fausse pelouse, vue d'un côté sur le vieux Cannes et de l'autre sur la Croisette, le tout sur les terrasses du Palais. Dans un cadre pareil, même le plus mauvais band au monde passe comme un mojito.

Sauf La Femme, bien heureusement programmé en ouverture amuse-gueule du festival, qui nous pose devant un mystère : comment en est-on arrivé à une époque où un groupe qui sonne comme du Superbus pour Pute à Frange American Apparel parvient-il à se faire un nom et à envahir tous les festivals ? On n'a pas le temps de se poser vraiment la question puisque le live d'Action Beat enchaîne très vite, et leur noise-rock acrobatique et jouisseur nous ravage en moins de temps qu'il n'en faut pour l'entendre. Cette petite troupe d'Anglais chevelus en calebut', assignée à la petite scène (c'est-à-dire dans le public, ce qui leur va très bien), forte de deux batteurs et d'on-ne-sait combien de guitaristes (on n'est pas arrivé à tous les voir) bouscule comme il faut un public cannois pas forcément accoutumé à la pratique du noise improvisé, jusqu'à un coup de théâtre final où le groupe tentera d'envahir la grande scène, unplugged, avant de s'en faire gentiment rejeter.

Ben oui, parce que maintenant on passe aux vraies têtes d'affiche. C'est Battles qui joue, les idoles indie-rock interplanétaires de 2011, anciennement connues pour leur math-rock très enlevé, et désormais matraquées dans les médias avec leur virage tropicalo-ludico-rock passablement irritant. Le show, entièrement consacré au dernier album, est on ne peut plus mis en scène, à un point qui laisse d'ailleurs peu de place à une vraie spontanéité, puisque le groupe a décidé de se munir de visuels pour pallier l'absence de tous les featurings vocaux qui font la valeur ajoutée de leur nouvelle formule. Ainsi défilent Gary Numan ou Matias Aguayo ou la chanteuse de Boredom sur des écrans géants en synchro parfaite, et on atteint un stade où on ne sait plus si c'est du lard ou du cochon, à la fois un peu béat devant la prouesse technique, et de l'autre côté indifférent envers la musique qu'elle sert - ils s'excuseront néanmoins de ne "pas jouer en sous-vêtements". On sera bien reconnaissant envers Gablé pour injecter une bonne dose d'humour et de subversion sur la grande scène en clôture de cette première soirée. Le combo français déroute délicieusement un public de néophytes jusqu'à le confondre totalement avec ses micro-morceaux gadgets qui basculent de l'électro hardcore à des comptines de maternelle.

Le deuxième soir, on arrivera malheureusement sur les derniers instants du live de Suuns, dont le néo-krautrock monocorde semble pourtant bien amorcer les hostilités. Zombie Zombie enchaîne devant un public déjà rompu à la cause pour une prestation satisfaisante mais sans vraie surprise. Leurs réinterprétations des thèmes de John Carpenter, normalement irrésistibles, ne font monter la sauce qu'à moitié cette fois-ci, mais l'humeur estivale collective nous poussera à ne pas leur en tenir rigueur. On aura du mal à être aussi indulgent envers Blonde Redhead, qui semble avoir flanché complètement dans une indie-pop de salon bien proprette voire neuneu.

Forcément, le contraste est vertigineux avec les sulfureux shoegazers A Place To Bury Strangers, dont la popularité toujours grandissante les pousse visiblement à adopter des poses de guitar heroes un peu surfaites - mais après tout, n'en sont-ils pas ? Sur scène, le groupe de Brooklyn sonne davantage rock (la boîte à rythme est troquée contre une vraie batterie), et les distorsions sont dans l'ensemble moins offensives. Leurs tubes deviennent presque rockabilly dans le contexte live, et la tension perdure sur tout le set. On ne peut pas s'empêcher de sourire néanmoins lorsque le groupe se lance dans un final grandiloquent sur Oceans, tentative hypothétique mais en tout cas pompière d'imiter la célèbre "holocaust section" de You Made Me Realise par lequel My Bloody Valentine, grands frères patentés, terminent rituellement leurs sets.

On s'en voudra le troisième soir d'avoir loupé Publicist, mais on se rattrape sur le fameux projet de house ultraminimale made in Kompakt de The Field qui vient se décliner sur scène avec un batteur et un bassiste, quitte à parfois un peu saturer le mix. Inégal mais engageant, leur live témoigne d'un désir de sortir le son du Norvégien de l'opacité totale de ses productions à travers un set live plus accessible. Une formule qui se justifie lorsque leurs boucles décalées et obsédantes se voient décuplées par un jeu de batterie qui sort du format 4/4 et par une basse plus astucieuse, mais tout ne fait pas sens sur la longueur.

On passe ensuite aux vraies attractions électroniques qui réunissent ce soir deux fois plus de monde que les soirées précédentes. Tout d'abord Arnaud Rebotini, dont le set analogic-only (ses visuels ultra-geeks mais originaux viennent nous le rappeler constamment) ne ment pas : une heure d'électro-tech à tendance backroom EBM, bien des familles. On ne cherchera pas de mystère là-dedans, il n'y en a pas, mais ça fait du bien. Malheureusement, les choses s'enlaidissent radicalement avec l'arrivée de l'indécrottable Paul Kalkbrenner, visiblement perdu pour la société, enfin malheureusement pas pour toute la société, vu l'affluence de kids venus l'aduler avec leur iPhones. Son show, dénué de toute structure ou d'un semblant d'enchaînement, repose avant tout sur un jukebox de tubes pour la plupart insipides, balayés en moins de 3/4 minutes en général, et des visuels frôlant parfois le burlesque (un navire Paul K, la Fernsehturm en mode Tron Legacy - c'est comme si Justice se mettait à exhiber la Tour Eiffel pendant ses shows). Il incarne avant tout la barbarisation de la techno allemande, processus qui aura pris dix ans et qui atteint désormais son climax, ce qui reste néanmoins triste de la part d'un producteur dont les débuts n'étaient pas plus mauvais qu'un autre. Même un clubbeur M6 local déplorera à la sortie de la prestation : "Il est pas en forme Paul K". La vérité sort de la bouche des enfants.

Pour la dernière salve, on commencera avec la shoegaze-house bourdonnante de Walls dont la formule live parvient par moments à faire jaillir un peu de la magie de leurs productions.

Le live de Gold Panda se révèlera assez vacancier, on a plutôt l'impression de voir un geek à capuche faire du Four Tet première génération (visuels inclus) quand il ne balance pas ses deux tubes consacrés, You et Quitters Raga. Le Danois Trentemøller, dont le dernier album amortissait un virage instrumental, semble s'être décidé à sortir les grands moyens sur scène : difficile de se rappeler qu'il s'agissait d'un producteur de techno nordique, on est face à un véritable blockbuster électro-rock qui aspire visiblement à la dimension de Massive Attack ou de LCD Soundsystem, un spectacle guère singulier, mais néanmoins prenant. En clôture, Nathan Fake, antithèse parfaite de l'ignoble pudding Kalkbrennerien de la veille, confirme une énième fois sa pertinence, sa force de frappe et sa créativité sur le long terme. Le prodige de Border Community neutralise la foule avec un enchaînement pieds et poings liés de tracks électroniques au BPM soutenu et à forte teneur mélodique, pour la plupart originaux, souvent terrifiants ou plus lumineux, terminant ces quatre soirées avec une empoigne revigorante.


On y était : MIDI FESTIVAL 2011

Photos©Patrice Bonenfant pour Hartzine

Jour 1

Rendez-vous immanquable et apprécié des fans de musique indé que nous sommes, cette nouvelle édition du MIDI Festival réservait, comme chaque année, son lot de surprises : jeunes pousses alertes, quelques revenants et autres retrouvailles… Il fallait se lever tôt pour les Parisiens d’Hartzine que nous sommes afin d’assister à cette première salve de concerts donnée à Villa Noailles ; mais nous ne sommes pas du genre  à nous déballonner pour si peu… Juste le temps d’attraper Patrice, notre bol de riz pas trop frais à 4h30 du mat' (photos du spécimen sur demande) et de tailler la route direction Hyères… J’ai beau dépasser les 88 miles à l’heure, ma Clio ne s’est pas transformée en Delorean pour autant et c’est au bout de neuf heures (ponctuées de radars en tout genre) d’un trajet aussi interminable qu’accablant que nous troquons la belle endormie pour le chant des cigales. Je me jette au sol (aïe ! les cailloux !) et remercie saint Steve Job pour sa plus glorieuse invention, sans laquelle ce périple aurait pu être impitoyable : l’iPod !

Les rotules brisées, le cul en compote…  La soirée promet d’être épique !

Reçus comme des petits princes par nos hôtes, mon esprit s’échappe, se faufilant à travers les conifères, voltigeant au gré de la musique d’ALT-J. Envoyez-moi sur la lune, accueillez-moi avec des colliers de fleurs, l’effet serait similaire. On ne vous refera pas une énième visite guidée des lieux, Thibault s’en était brillamment chargé l’année dernière. Me voilà donc revigoré devant tant de bonne humeur alors que le quatuor anglais glisse à mes oreilles des mélodies couleur pastel un brin chargées d’électricité. Quelques envolées qui font taper du pied, à l’image de leur single Breezeblocks - le groupe de Leeds maîtrise son répertoire et réveille doucement son auditoire avec une poignée de titres qui lorgnent dangereusement sur le terrain de jeu de Grizzly Bear.

R. Stevie Moore @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Le changement de plateau nous autorise à nous glisser en bordure de scène, nous permettant de savourer l’arrivée du bedonnant, charismatique, extravagant, loufoque (je crois que je vais m’arrêter là)… R. Stevie Moore… et ses Tropical Ooze. Difficile de savoir qui est le plus au centre de l’attention : la musique ou R. Stevie Moore lui-même ? Cet assoiffé de notoriété, assis sur plus de 400 albums distribués ou non, accuse physiquement sa jeune soixantaine, mais déploie l’énergie d’un minot. Un spectacle  à la fois drôle, touchant mais également éloquent. Car derrière le personnage se cache un artiste exigent, rompu au système D, n’ayant d’autre obligation que de se satisfaire de l’art du D.I.Y. et contribuant ainsi à propagation du mouvement lo-fi. De complaintes pop en assauts grungy, papy Moore chevauche la scène avec désinvolture, s’offrant le suffrage unanime du public et une seconde jeunesse au passage. Il faut dire qu’il ne badine pas sur les effets : contorsions au sol, petits moulinets de la main ou gros fuck, au choix… Slam… euh non pas ça… non, non… Ce principule de la pop foutraque fait rapidement oublier son personnage déglingo derrière des prouesses aussi abrasives que capiteuses. Tenant la cadence, après plus d’une heure d’érosion parfois cacophonique, Stevie clôturera son set en douceur, nous ensorcelant de sa voix rauque et paternelle.

On flâne un peu en backstage, profitant de l'installation de Gross Magic pour remplir nos godets. Nous ne semblons pas être les seuls puisque notre très cher R. Stevie Moore multiplie les allers-retours, allant taper dans sa réserve privée. En coin, nous observons Matt Fishbeck (Holy Shit) déambuler, seul, comme en proie à ses démons… Brrr… glauque.

Gross Magic  @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 22.07.2011

Si nous nous étions déjà aperçu d’un certain retour du grunge, dont Yuck aura porté fièrement l’étendard l’an dernier, le style musical qui aura fait la gloire de Seattle et le désespoir des vendeurs de jeans n’aura pas manqué d’influencer ce très jeune combo de Brighton qui, pour le coup, aurait pu s’appeler « Gosse » Magic. Présent au MIDI par un concours de circonstances (Violens en panne de passeports), le jeune quatuor anglais jouait donc la carte de la pure révélation et avait donc tout à prouver sur scène.  Hélas, bienvenue dans l’antre de la souffrance,  dans l’enfer du broyage de tympans au verre pilé… Il n’y a rien de magique dans le fait de ne pas avoir mué ; on appelle juste cela l’adolescence. Sam McGarricle et son groupe entonnent pourtant quelques mélodies affables, ni finaudes, ni désagréables, et qui séduisent même par moment… Un condensé de pop noisy mal arrangé à des influences Nirvana tellement (trop ?) flagrantes, là serait surement l’un de leurs plus gros défauts. Le pire restant cette voix affreusement criarde et mal maîtrisée. Au cours de chant, je conseille Robert Harvey (The Music) qui s’en sortait nettement mieux avec son timbre pourtant si criard. On notera néanmoins en touche de bon goût la casquette Wayne’s World vissée sur la tête de Sam McGarrigle - je sais, ça paraît stupide dit comme ça… Mais merde, qui n’a jamais éprouvé un putain de « schwiiiing » pour ce putain de film ?!

 

Pour le dernier concert de la soirée, notre bienveillant programmateur Frédéric Landini a vu les choses en grand. Installation d’un écran 4x4 pour recevoir le secret le mieux gardé de Manchester : Stay +, aussi connu sous le nom de Christian AIDS. Avec seulement quelques titres diffusés sur le web, Stay + avait déjà rassemblé un parterre d’admirateurs voués corps et âme à ses mélodies aussi ténébreuses qu’acides. Un single publié sur Double Denim plus tard et on crie au retour de Madchester. Le show qui allait suivre répondrait indubitablement à la question qui nous brûlait tous les lèvres : vraie arnaque ou inestimable découverte ?

On peut les revendiquer post-ce qu’on veut… La musique de Stay + est axée sur un savant mélange de dubstep (pour les basses), de dark-wave (pour les mélodies synthétiques obscures, crades et les chants lyriques noyés dans la réverb’) et d’acid-house (résonnances, psychédélisme, etc.). Un cocktail venimeux qui vous pète à la gueule, transformant le terreau de la Villa Noailles en dancefloor improvisé. Des boucles d’images illustrent un monde malade, au bord du gouffre, prêt à imploser… Danser sur le chaos tout du long d’une symphonie qui ne l’illustre pas moins, tout dépend de l’interprétation du mythe que s’en fait chacun. Fever exacerbe la tension, point d’orgue d’une prestation en tout point épileptique. Et pourtant, la sauce ne prend pas tout à fait. Si on exclut les problèmes sonores importants dûs à une installation trop rapide et des balances faites à la va-vite, on pourrait tout simplement penser à un fruit cueilli trop jeune. Une armée de bidasses partie sans carte ni boussole à l’assaut de la jungle viêt-cong. Nos chanteurs en couple mixte ne semblent pas très à l’aise avec leurs micros, parfois plus occupés à poser qu’à chanter juste… Et puis d’ailleurs, j’aimerais qu’on m’explique un peu la scénographie. Cinq personnes sur scène étant habillées avec un t-shirt représentant une lettre, formant un tout représentant « Stay »… Alors, dites-moi, c’est un job à plein temps ou bien ? Nos loustics ayant pour mission de rester aussi immobiles que la garde royale britannique, ça doit être assez emmerdant quand tu as le cul qui te gratte, non ?

N’en reste pas moins un concert rythmé et jouissif, mais qui détruit malgré tout les illusions élitistes qui reposaient sur ces énigmatiques mancuniens.

La souffrance dans les guiboles commence à s’entasser, mais comme nous ne sommes pas venus pour jouer aux fiottes (pardon aux petites joueuses du monde entier), nous décidons donc de continuer les festivités sur la plage de l’Almanarre. Nous suivons donc une bande d’amis bien entamés et finissons évidemment par nous égarer en chemin (note pour plus tard : éviter de prendre la montée de Noailles en sens inverse, la nuit)… Quand, au bout d’un quart d’heure, nous finissons enfin par rattraper le flot des voitures, la lumière des spots de la plage transperce la nuit. Nous sommes tout proches.

Nous nous approchons du son, marchant péniblement dans le sable… Parisiens que nous sommes. Une petite cabine rose surplombe la scène, à peine plus grande que ma cabine de douche. A l’intérieur, Callum Right, aussi connu sous le pseudo espiègle de D/R/U/G/S, combine house, disco-pop et glitch qu’il réduit en mélodies subtilement cheesy, hypnotisant une foule de nightclubbers à sa merci. Des rythmiques minimales efficaces concassées de beats funky qui nous renverraient quelques dizaines d’années en arrière. Un set plombé par quelques pains (relativement étonnant pour un artiste qui joue en live) et décrochant son public sur un remix du vulgos Hey You de Pony Pony Run RunHudson Mohawke ne peut se vanter d’autant de talent et de témérité. Après nous avoir offert l’intro de Glass Jar de Gang Gang Dance en guise d’ouverture, le musicien anglais glisse doucement dans un mélange de grime et d'électro-bass des plus insipides. Mon attention se tourne alors vers Zoo Kid déambulant parmi les badauds et qu’une bande d’amis tente de convaincre de les accompagner à une after-party de leur bon cru (rêves ouatés couleur MDMA et vodka coulant à flot). Le jeune garçon se fait alors remettre à l’ordre par son cerbère de manager : un suppo et au dodo. Pas facile d’être un ado rebelle-rebelle ! Mohawke continuant d’offrir un DJ-set des plus boiteux, la plage se vide à vue d’œil. Je réalise alors à mon tour que personne ne m’en voudra si je prends la poudre d’escampette, même pas le pauvre Dj qui ne semble jouer pour nul autre que lui-même.

Jour 2

King Krule @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

J’aimerais pouvoir dire qu’une bonne nuit de sommeil m’a revigoré… Mais pas tellement. Après la douleur, les courbatures, et le manque de repos creuse mon visage. Bien entendu, la cuisine de l’hôtel ne sert plus de petit-déjeuner. Je me retrouve donc à préparer mes futures interviews en terrasse, me regonflant à grand renfort de larges tasses de café noir et de clopes, que j’enchaîne les unes après les autres. Le breakfast équilibré de tout bon chroniqueur qui se respecte.

Quelques kilomètres plus tard, nous voici de retour à la plage de l’Almanarre. Les bourrasques du Mistral font le bonheur des kite-surfeurs, un peu moins celui des festivaliers. Nous optons pour une position oblique, puisqu’il est impossible de se tenir droit, et nous laissons bercer par les deux derniers morceaux de Porcelain Raft, dont l'émouvant Tip of Your Tongue, qui assène une magistrale gifle à cette programmation du MIDI… A moins que ce soit le sable qui me fouette la face, mais qu’importe… Inutile de rappeler au lecteur tout le bien qu’Hartzine pense des esquisses floutées et des troublantes épiphanies mélancoliques du très rital Mauro Remiddi. Il nous est d’autant plus insupportable de devoir nous contenter d’un concert donné sous un vent de force 8, Porcelain Raft jouant enfermé dans son enclos, ne laissant apparaître que son buste et le manche de sa guitare. Un talent quelque peu gâché tant les prouesses du musicien récemment signé sur le label Secretly Canadian dessinaient une belle tête d’affiche.

Rapidement fatigués de nous faire malmener par les bourrasques rendant le terrain impraticable, nous décidons à l’unanimité de faire une croix sur les prestations de  et de Star Slinger, afin d’aller combler le vide de nos estomacs avant les réjouissances nocturnes.

Dépité par l’annulation de notre interview avec Ernest Greene (Washed Out) et sachant pertinemment que notre entretien avec Primal Scream ne tenait qu’à un fil, je me consolai à la joie de découvrir Psychologist, dont le minimalisme lugubre de l'EP Waves of Ok devrait parfaitement trouver sa place parmi les résineux surplombant les dédales de la Villa Noailles, installant un climat aussi sinistre qu’inquiétant. Pied-de-nez aux sépulcrales ascèses de piano de Comes in Waves, Iain Woods et son groupe déboulent avec une série de morceaux douloureusement sautillants qui, à l’instar de James Blake, font la part belle à une house aux teintes noirâtres et à des beats dubstep aérés. De 1 :1 à Seance, Psychologist se taille la part du lion, cannibalisant le public de ses futurs hymnes dance. Loin des clichés, le groupe compose une musique savante aussi turbulente que mentale, se permettant quelques élucubrations pop truculentes comme des lamentations dark-soul adroitement placées. Un avant-goût savoureusement glacial de Propeller, nouvel EP à paraître finalement le 15 août et dont les internautes auront déjà pu se régaler du clip extrait du titre éponyme, effroyablement mégalo et ténébreux. Comme quoi le talent mène à tout, même à un Disco at Twin Peaks.

Puro Instinct @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Bla bla bla… Chacun y va de son petit commentaire, mais Psychologist a brillamment réveillé le public du MIDI Festival. Les sœurs Kaplan tiendront-elles la cadence ? Pas sûr ! Lauréates d’une poignée de maxis essentiellement sortis sous le nom de Pearl Harbor, un album dans les bacs suppurant leur amour pour la pop sixties et les déluges lo-fi, nos deux sœurs, accompagnées de deux guitaristes et d’un batteur, allaient devoir convaincre sous l’œil bienveillant, mais la gestuelle taquine, de leur parrain de scène, R. Stevie Moore. A la hauteur de nos attentes, la prestation de Puro Instinct restera vide de sens. Un jeu de scène emphatique qui colle parfaitement aux titres aussi bling-bling que creux du trop surestimé Headbangers in Ectasy. Référence à Virgin Suicides ? Slowdive ? Ok, qu’on les pende à des cables XLR et qu’on me rende Soulvaki. Et même si on souffre pour le pauvre groupe qui vient de se taper douze heures de caisse pour pouvoir répondre aux contraintes d’un planning bien chargé, on sombre en état de catatonie devant cet étalage de paresse sous couvert de spleen, une tristesse qui n’a rien de mélancolique, relevant certainement plus de l’ennui. Un miasme de minauderie insupportable sous couvert de mélasse pop et perdu dans un amas de reverb’ et d'écho. Nous prenons alors un plaisir sadique et hilare à mater notre cher Matt Fishbeck, dans un état d’ébriété avancé, se complaire à ruiner maladroitement le show de nos Californiennes aux formes molasses. Si nous avions un cœur, nous en aurions presque de la peine…

La première chose qui vous saute à la gueule lorsque Zoo Kid monte sur scène, c’est son physique ingrat : jeune ado de 16 piges à la peau d’albâtre et maculé de tâches de rousseur, sa crinière flamboyante étouffée sous une casquette à la visière semi relevée, les oreilles décollées, etc. Lorsqu’Archy Marshall prend le micro, vous finissez par oublier tous ces détails superflus pour ne suivre que sa voix, étonnamment rauque et mâture. Ce môme chétif embrase la scène, épaulé de son groupe King Krule, déversant toute sa hargne le long de copieux vers habillés d’une musique punk-rock funky, un brin bluesy, rappelant parfois le Combat Rock de The Clash. Dit comme ça, il y avait de quoi s’exciter devant la performance de notre Poil de Carotte à l’accent cockney prononcé. Sauf que passé deux chansons, on commence sérieusement à se faire chier. King Krule lorgne du côté de Nick Cave sans en atteindre la profondeur poétique, ni la tension anxiogène, mais également de The Streets, propageant une certaine vanité en somme toute britannique qui sied mal à un minot à peine sortie de l’âge pubère. le songwriting reste néanmoins des plus agréables, piqué d’un style vindicatif, illustré de références aux grands poètes et écrivains de ce siècle, mais un vide abyssal quand il s'agit de construire une dynamique cohérente entre la musique et le chant.

Dirty Beaches @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

La nuit est maintenant tombée et on s’attend à ce que le ciel nous tombe sur le coin de la gueule.  Une mini tempête semble s’être invitée au MIDI, imposant un climat de fin du monde sur la Villa. C’est dans cet environnement ombrageux que Dirty Beaches s’apprête à entrer en scène. Imaginez la réincarnation du King dans le corps tatoué d’un molosse taïwanais et vous aurez une représentation assez fidèle d’Alex Zhang Hungtai. L’artiste canadien, dont les multiples focus ont jalonné nos colonnes toute l’année durant, ouvre son set d’un : « Jusqu’ici tout va bien… » emprunté à La Haine de Matthieu Kassovitz avant de déverser un flot de boucles nervurées rapidement noyées dans l’excitation de riff stridents. Alex pose sa voix de crooner apocalyptique sur des ballades névrotiques post-fifties, créant un pont temporel entre le rock fiévreux de Johnny Cash et les fractures suicidaires et minimalistes d’Alan Vega. Impossible d’ignorer une certaine filiation entre le rockabilly lynchien de Dirty Beaches et les composition de Collision Drive ou encore Saturn Trip. Un show qui vire rapidement à la performance, le musicien se livrant entièrement sur scène, sa voix portée par le vent semblant s’étendre à l’infini. Un son âpre, éraillé, magnétisant le public de son aura hypnotique. Alex Zhang se retranche derrière ses icônes, portraits au vitriol d’images délavées, comme à Françoise Hardy à qui ce Lord Knows Best sera dédié. Un pur moment de rock’n’roll aussi intense qu’exceptionnel, qui nous laissera un souvenir des plus mémorables. Nous n’en attendions pas moins.

Il est assez difficile pour moi de parler du concert qui suit, m’étant dans un premier temps mis martel en tête de mettre la main sur Alex Zhang Hungtai afin de l’asséner de questions sur sa superbe prestation, et secundo car mon avis diverge grandement de celui de mes comparses. J'avais été relativement impressionné par la direction prise par Ernest Greene sur Within and Without, s’évadant du carcan chillwave pour plonger de plain-pied dans l’hédonisme pop à consonance lo-fi. On était donc en droit de s’attendre à un set épuré, aussi glacial que pouvait le laisser entendre le titre Echoes. C’est pourtant en clone de Metronomy que Washed Out grimpe sur les planches (la ressemblance avec la mixité pluri-ethnique du groupe est d’ailleurs en tout point troublante) et nous assène un concert un brin putassier. Un enchaînement de titres malmené par un passage au live poussif. Pire, certains morceaux perdent radicalement de leur saveur (Echoes et Amor Fati en tête…), faisant passer ces agréables complaintes pop pour une B.O. digne de la Foire du Trône. Il y a des moments où il faut savoir renoncer.

Washed Out @ Villa Noailles (Midi Festival), Hyères | 23.07.2011

Nous arrivons tôt sur la plage et profitons pleinement du set de The Glimmers. Si celui-ci fait le bonheur des kids, se déhanchant frénétiquement sur les bombes disco-house de David Fouquaert et Mo Becha, l’aficionado de techno que je suis appréciera la dextérité de nos deux DJ sans affectionner la teneur du set pour autant. Ne pouvant résister à l’éreintement qui me tenaille, j’abandonne mes acolytes aux bras d’Ivan Smagghe (et de la fée alcool !). Une sieste sur la banquette arrière de ma voiture me fera certainement le plus grand bien. Mes yeux se closent enfin lorsque je reçois un message de Patrice me stipulant : « On est tout à gauche de la scène »… Et merde, impossible de dormir. L’envie irrépressible de pisser me tiraille, mais le froid m’empêche de bouger… Le sang s’agglutine dans mon crâne, provoquant une migraine des plus atroces. Au loin, j’entends Smagghe poser son dernier disque, Boys and Girls de Blur… Un choix des plus surprenants si on occulte les années Pulp du DJ parigot. Quelques secondes plus tard, la portière s’ouvre sur le visage de ma dulcinée, les lèvres cripsées, m’annonçant de sa voix éraflée : « Hey ! On se fait une petite after ! ». Mais où est mon lit, bordel ?

Jour 3

Primal Scream @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Mon téléphone sonne. Mélissa, notre contact sur place, nous informe que les concerts initialement prévus à la plage sont déplacés à la Villa Noailles. Aurait-il pu en être autrement ? L’expérience de la veille sur la plage de l’Almanarre m’incite à croire que non. Et c’est donc une fois de plus le ventre vide que nous nous rendons sur les hauteurs de Hyères afin d’assister aux performances du clan Born Bad.

Mauvaise surprise à l’arrivée : les concerts, prenant place sur les jardins suspendus, ne peuvent accueillir qu’un nombre de spectateurs très limité. Nous nous retrouvons donc coincés parmi un cortège de furieux devant une porte close, gardée par un gentil cerbère qui n’en mène pas large. On sort donc le sauf-conduit « badge presse » (ouais, je sais, c’est de la triche) qui nous permettra d’accéder finalement aux hauteurs. Feeling of Love joue depuis quelques minutes, assénant à un public restreint mais apparemment sous le charme de riffs stakhanovistes des mélodies du très récent et tonitruant Dissolve Me. Un heavy mental nappé de psychédélisme et de sonorités garage percutantes, à l’instar des incontournables Cellophane Face ou encore I’m Right, You’re Wrong. Un show furieux perturbé par une légère panne électrique. Le début d’une série d’incidents dont Cheveu fera également les frais. A peine notre trio parisien a-t-il pris les rennes que les déconnades s’enchaînent : panne électrique, saturation d’enceinte, faux-contact sur le machine-drum, etc. Mais rien n’empêche Cheveu de jouer. D.I.Y. jusqu’au-boutistes, David Lemoine et son équipée déballent une série de hits en cavalcade, passant de l’électro-punk d’un My First Song au hip-rock de Sensual Drug Abuse… Si Mille est mis à l’honneur, les élucubrations noisy-indus de Cheveu, l’album éponyme, ne seront pas en reste. La prestation est accouchée dans la douleur, ajoutée à la souffrance de l’atmosphère caniculaire suffocante. Une fois de plus, nos freaks rockers tirent leur épingle du jeu, et comblent l’infortune de leur hardiesse illuminée.

Mazes @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Cela fait quelques heures maintenant que nous traînons nos guêtres dans le terrain vague de l’hippodrome de la plage, suivant du coin de l’œil Matt Fishbeck qui nous a pourtant promis une interview, mais dont le comportement asocial durant les deux premières journées festivalières ont de quoi nous tordre les boyaux. Une heure plus tard, nous quittons avec regret le leader de Holy Shit bien plus enclin à la confession que nous aurions pu l’espérer. Un échange translucide, clairsemé de mélancolie foudroyante et de révélations dévotes, qui vous laisse à la dérive, seul avec votre âme. Un moment de solitude partagée qui vous sera bien entendu bientôt révélé dans nos colonnes.

Durant ce temps, Mazes a pris place sur scène. Le quatuor de Jack Cooper a la lourde tâche d’inaugurer ce nouvel espace qui semble démesuré pour la formation power-punk britannique. Fleuron de l’écurie Fat Cat, ces Mancuniens iront chercher leurs influences du côté de Pavement et de Sebadoh plutôt que dans le post-punk vicié de leurs légataires, Joy Division ou The Fall. Si on ne remarque rien de bien désagréable dans la musique de Mazes, on pourra effectivement leur reprocher d’essayer de trop calquer leurs modèles. Summer Hits or J Plus J Don't Like aurait pu être emprunté au répertoire de Stephen Malkmus tandis que leur jeu de guitare semble issu d’un croisement de Jay Mascis période Where You Been et de Scott Kannberg époque Crooked Rain, Crooked Rain. Le quatuor entonne des ritournelles post-ado un brin cliché, qui firent la gloire de bands comme Supergrass, Blur… mais pilonnèrent un bon nombre de jeunes groupes des années 2000. Sans être inintéressant, le public ira chercher ailleurs ses centres d’intérêts. Moi, je me contenterai de contempler le fond de mon verre… vide.

Le crépuscule s’installe sur les planches de l’hippodrome, décrivant en toile de fond un tableau aux couleurs post-apocalyptiques alors qu’une légère bise s’est levée. Holy Shit ne pouvait rêver meilleur décor pour son entrée en scène. Une arrivée sous un Maus is Missing aussi contemplatif que bancal. Puis Matt Fishbeck prend le temps de s’accorder avec ses ouailles avant de nous jeter en pâture la plus belle version live de Stranded at Two Harbors jamais entendue, ni plus, ni moins. Malgré les quelques mésententes techniques entre le chanteur/musicien et son ingénieur du son (Fishbeck lui aura pourtant ramoné le cerveau tout l’après-midi), l’esthétisme musical des compositions du groupe touche au sublime, parcourant le catalogue varié d’un phamplet pop bien trop sous-estimé. De somptueuses ritournelles hantées par la voix chevrotante d’un Matt visiblement habité mais serein. Retrouvailles émouvantes entre le band californien et la French Riviera qui les avait accueillis cinq ans plus tôt. Pourtant, Holy Shit livre une prestation très éloignée de celle qui fit sa réputation. Ombrageuse certes, mais aussi lascive et éthérée, embarquant l’auditeur dans son bateau ivre pour mieux l’abandonner à la grâce de ses arias délicatement nostalgiques. Captivante ? Belle à chialer ? Si pour certains la musique de Matt Fishbeck restera jusqu’à la fin une énigme, c’est peut-être parce qu’il faut cesser de chercher le mystère là où il n’y en a pas.

Certes, question classe, Holy Shit ne possède pas le glam de Frankie & The Heartstrings, mais question talent, c’est une autre histoire… Les Britons sont jetés en pâture au public comme des vaches que l’on conduirait à l’abattoir. Le quatuor décharge un éventail de chansons pop insipides (Glamorous Glue) d’un songwriting pillé chez Morrissey et Pulp. Le Frankie en question singe le Moz sans aucune pudeur, tandis que chaque musicien essaye vainement de donner une quelconque cohérence à l’ensemble. Et si le public ne semble pas insensible à ces fallacieuses facéties musicalement indigestes, le mélomane, lui, reste de marbre devant autant de pauvresse mélodique. Le chanteur lui-même, un peu gêné, semble presque s’excuser de sa propre performance en remerciant l’audience de patienter jusqu’à l’arrivée de Primal Scream. On a atteint le comble du pathétique.

Holy Shit @ Hippodrome de la Plage (Midi Festival), Hyères | 24.07.2011

Près de vingt longue années que j’attends ce moment. Mes jambes me soutiennent avec une légère fébrilité. Monument pop aussi bien qu’acid-house, Screamadelica est l’albatros d’une ère désormais révolue, faisant rentrer la petite bande écossaise menée par Bobby Gillespie dans les affres des nuits délurées madchesteriennes. La cinquantaine presque épargnée, l’emblématique leader de Primal Scream harangue la foule au son de Movin' On Up, qui exulte un moment avant de tomber en catalepsie. La foule se sépare alors en deux espèces, hooligans devant, hipsters fainéants derrière. Pogoter sur Higher Than the Sun ? Vraiment ? Je me retrouve alors coincé parmi une bande de jeunots allumés à qui je n’aurais aucun scrupule à démonter la mâchoire et broyer quelques os afin de retrouver un brin de tranquillité. Primal Scream tire habilement les ficelles d’un show maintes fois répété auquel le public ne semble pas préparé. La mine boudeuse, Bobby Gillespie tente d’enflammer des spectateurs qui resteront mutins de bout en bout. Le concert prend alors un virage à 180 degrés. Si le spectacle est à la hauteur de nos attentes et la musique aussi hypnotique que stridente, la magie a lâché. Le frêle chanteur s’en tiendra au minimum syndical, glissant néanmoins quelques perles rock sudistes  issues de Riot City Blues et assaut groovy piochés du côté de Funkadelic, avant de quitter la scène abruptement. La suite sera sans appel. Les lumières se rallument. Loaded but go home. J’en entends de-ci de-là ruminer et je peste à mon tour sur l’hypocrisie d’une galerie de branleurs grincheux. Une exhibition extatique sabotée par un parterre de badauds trop clampins ou incultes pour prendre part à la grande messe qui leur était prodiguée. Faudra-t-il attendre encore neuf ans avant de jouir des bienfaits d’XTRMNTR sur scène ?

Un parcours de trois jours éreintants qui s’achève ici, mais avec lequel nous avons déjà pris rendez-vous l’an prochain. A Hyères, il sera toujours midi !

Meilleur concert : Holy Shit
Meilleur révélation : Psychologist
Meilleur souvenir : Dirty Beaches
Pire concert : Puro Instinct

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aTELECINE l'interview

Porté par les formes d'une actrice X (Sasha Grey), aTelecine vient de publier le premier opus d'une trilogie en cours sur Pendu Sound Recordings. Pourfendeur d'une musique informe, le groupe semble néanmoins commuer la ligne de conduite noise de ses premières productions en une base propice au développement de "chansons". Pablo St. Francis, membre fondateur, s'est entretenu sur les phases du songwriting, la portée mystique de sa musique et la performance noise en 2011.

Quelle est l'importance des sources sonores que vous utilisez ? Avez-vous une préférence pour une source sonore déterminée (sample, instruments...) ? Y'a-t-il des sources que vous n'avez pas encore pu exploiter ?
How important is the sound source for your recording? Are there any sound sources you’d rather to work with (sample, instruments...), or haven’t yet been able to?

La vie est une éternelle source d’inspiration sonore pour nous. Qu’il s’agisse du trafic aérien de L.A., des vents de Santa Ana ou des coyotes hurlant dans le canyon, tout est intégré à nos enregistrements. Je crois vraiment qu'il serait super de pouvoir travailler avec un orchestre entier un jour. Les fantômes de Stockhausen et de Sun Ra.
Life is a constant sound source for us, the L.A. air traffic , the Santa Ana winds, the coyotes howling through the canyon were we record. I do think it would be great to get a chance to  work with a full orchestra one day . The gohsts of Stockhausen and Sun Ra.


Comment enclenchez vous la composition d'un titre ?
How do you decide to start a song?

L’un d'entre nous a une étincelle, une idée, ça peut être quelque chose de plutôt ésotérique et de non musical. Ça peut partir de là... La plupart des groupes sont focalisés sur la recherche d’une mélodie accrocheuse alors que nous cherchons à l’inverse une atmosphère... Cela ne veut pas dire que nous n’attachons pas d’importance au sens des paroles ou au rythme, même si celui-ci n’est pas vraiment dominant sur un morceau... le rythme et la poésie favorisent la création d’une atmosphère que nous voulons un peu angulaire et bizarrement cinématographique sans être linéaire d’un point de vue narratif. Nous ne voulons pas reproduire une image trop évidente pour l'auditeur qui serait ennuyeuse pour chacun.


One of us has a spark, an idea , it could you know be something very esoteric and not musical at all . It then might evolve from there...most groups are fettered to finding a melody a hook or that sort  i think with us it's really about atmosphere ...thats not to say that the lyrics have little meaning or the rhythm even if the track doest feature drums isn't important...rhythm and poetry help create an atmosphere that is hopefully somewhat angular and strangely cinematic without being to linear in a narrative sense. i don't think we want paint the complete picture for the listener that what boring for everybody.
Comment stoppez-vous le songwriting d'un titre ?
How do you decide to stop a song?
Le morceau lui-même te dit quand le travail est terminé...  Vous vous levez, vous quittez la table de mixage, vous allez manger un sandwich et peut-être boire du café ou autre chose,  revenez, réécoutez votre morceau, refaites un mix rapide et puis vous écoutez attentivement… vraiment ... est-ce que le résultat vous enthousiasme ? Vous ressentez quelque chose et cela vous évoque des tonnes d’images ? Vous vous retrouvez dans ce morceau ? C'est que le travail est probablement terminé…

The track tells you it's done ... it's like this you stand up, you walk away from the mixing desk go eat a sandwich mabey have a coffee or a drink...you come back , give it a listen , do a quick mix of it and really listen to it ...is it trying to excite you, is it making you feel something , are you seeing images do something for you ...you know are you into it? If you are it's proably done.
 
Vous composez régulièrement ? Vous avez du bruit 24h/24 dans la tête ?
How often are you writing? Is it noise in your head all the time?
Les idées circulent librement 24h/24. Nous pouvons commencer des morceaux en juillet et y revenir en étant plus inspirés en octobre. Nous créons tout le temps, c'est parce que nous pensons tout le temps à la création. C'est rassembler ces idées en vue de les enregistrer et d’en faire une œuvre qui est compliqué, car chacun a son propre rythme de vie dû à ses activités quotidiennes. En résumé, nous essayons de travailler la plupart du temps ensemble et quand nous n’y arrivons pas, nous le faisons séparément.
Ideas are free flowing 24/7 we might start a track in july and come back to it with more ideas in oct. We are creating all the time, this is because we are thinking all the time about creating... now the collective act of recording and making a document of these ideas is difficult with everyone having different trajectories in there day to day affairs so again when we can we do together when we cannot we do apart.
 

Tu peux nous en dire plus sur les 3 LP qui sortent prochainement sur Pendu Rec. ? Ça semble être une trilogie ésotérique.

Could you tell us about these 3 LP soon released on Pendu Rec.? It looks like esoteric trilogy...

Vous devez les écouter pour vraiment pouvoir les comprendre, cependant oui ça a été conçu comme une trilogie. Ésotérique sûrement, avec toutefois un fil conducteur… difficile à expliquer mais je peux vous donner trois indices ... (prenant la voix de Carnac the Magnificent) l'appel de l’amour sans retour qui traverse le cosmos, les nombreux visages qu’incarnent le mal et Carl Sagan. J’espère que ça vous aide.

You have to hear them to truly start to understand them, but yes it was conceived as a trilogy . Esoteric sure , however there is a linking lose narrative that connects them all. Can i explain that ...um no but i will give three clues ... (in a Carnac the Magnificent voice) the telling unrequited love across the cosmos , the many faces of evil and carl sagan. Hope that helps.
 
La musique industrielle et noise est associée à des doctrines politiques, mystiques, voire occultes tranchées. Cette dimension semble oubliée par les plus jeunes auditeurs. Selon toi, ce type de musique peut-il rester neutre du point de vue conceptuel ?
Traditionally, industrial and noise music have been driven by strong ideas, mystical doctrines or political edged-opinions. This dimension seems overshadowed by the young audience interested in this music. According to you, is that kind of music can be neutral from a spiritual point of view? 
J’aime à penser que tout art valable, pas juste les formes de musique industrielle et noise, est influencé par des doctrines mystiques, des opinions politiques tranchantes, etc. Je ne pourrais pas facilement définir le point de vue spirituel, le cas échéant, que ce type d'art sous-tend pour son public (en particulier pour ce qui est de la musique industrielle). Toutefois, je comprends l'attirance d’un jeune public négativiste pour cette musique, étiquetée comme dark et dissonante, sans qu’il ait forcément besoin de comprendre totalement le contexte de l’œuvre d'art et ce qui en ressort.

I'd like to think that all good art not just industrial and noise music forms are influenced by mystical doctrines, political edged-opinions, etc. I wouldn't feel comfortable defining what if any spiritual POV that kind of art holds for it's audience (talking about industrial music specifically). However i understand the appeal from a dystopian youth's POV to be interested in such subject matter that is...cliched dark and dissonant without fully understanding the totally context of the art work and what it's trying to define itself as.  
 
J'aimerais te poser la même question concernant la façon dont la musique industrielle doit être "performée" en 2011. Imagines-tu des lieux, du matériel, une scénographie propices ?

I could ask you the same question about performing industrial in 2011. Which kind of places, backline, staging... should be used to ?
Vu tout ce qu’il nous reste encore à faire avant de jouer publiquement, je n’ai vraiment pas grand chose à dire à ce sujet. La première partie pourrait se faire autour d'un grand écran projetant des images ou des films abstraits intéressants et bizarres comme une œuvre de Stan Brakhage. Cela pourrait ensuite devenir un condensé d’influences… peut-être que nous entrerons sur scène entourés de draps comme George Clinton mais avec des draps de Darth Vader et pas de Scooby-Doo bien sûr… peut-être avec des cascades de lumières blanches brechtiennes autour de nous, dans un décor caricatural d’un 4 pièces à Northampton UK. Je devrais plutôt dire ce à quoi ça ne ressemblera pas : quatre personnes autour de laptops... à moins que votre groupe puisse se le permettre et fasse partie de la vieille école, dans ce cas il s’agit juste d’une question de commodité. Honnêtement, quand je vais à un concert, je n’ai pas envie de voir le visage des membres éclairé par leur laptop, à moins que le spectacle ne se passe dans votre chambre à coucher ou avec du vieux matos démodé, à la manière de Kraftwerk ou TG. Ces gars peuvent faire ce qu'ils veulent et je suis sûr que ce sera toujours mieux que n'importe quel truc contemporain réalisé avec ces laptops.
Seeing how we have yet to play publicly i really don't have to much to say on such matters. The simple first part would be ugh... some large videos projecting interesting and bizarre images/pieces of abstract motion like a Stan Brakhage work. Perhaps it might become a mash up of influences... perhaps we would enter the stage dressed in bed sheets like Gorge Clinton but of course we would have Darth Vader sheets and not Scooby-Doo... perhaps with all white Brechtian stage lights cascading around us , inspired by or mocking an old four piece from Northampton UK. I can say this on the subject of what it shouldn't be , not four people standing around laptops ... unless your band have earned it and is old school so this is just a matter of practicality. Honestly i don't want see a group of laptop lit faces when i go to a live show unless that show is in your bedroom or your fucking Kraftwerk or TG or that type old school stuff those guys can do whatever they want and i'm sure it will always be better than anything that  most contemporary acts can come with.
Si tu devais recommander un de vos albums à une personne qui s'apprête à découvrir aTelecine, lequel serait-ce ?
If someone was interested in checking out aTelecine for the first time, what release
would you recommend?

En fait, je pense que ça dépend de la personne… Nos quatre albums et l'EP que nous avons sortis sont tous super (tous issus d'endroits différents, certains sont des revisites de vieilles idées et d’autres sont des albums-concept à part entière) mais je suis vraiment fier de cette nouvelle trilogie d'albums. Aussi, je demanderais aux gens de commencer avec The Falcon and the Pod et de poursuivre la trilogie dans l'ordre… Sounds that Gods Fear et Are you Attracted to Wounded Animals.

Really I think that depends on who wants to start listening... all four albums and the ep that we have previously put out are great (all coming from difernt places really  some are collections finding old ideas new again and some are complete concept albums) but I myself am very proud of this new trilogy of albums so i would ask people to start with The Falcon and the Pod, and then move into the rest of the trilogy respectfully... Sounds that Gods Fear, Are you Attracted to Wounded Animals.

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Guerre, To The Happy Few & AP Witomski...

C'était un jour d'été comme il y en a si peu à Paris. Un lundi au soleil, idéal pour prolonger tardivement l'apéro sur toute la longueur du canal de l'Ourcq. L'occasion un peu moins rêvée pour marier styles colorés et grâce juvénile dans les entrelacs de l'Espace B. Mais s'il faut reconnaître que l'on ne s'est pas vraiment marché sur les pieds ce soir-là, d'aucuns ne seront en mesure de dire que la programmation y était pour quelque chose. Tout comme celle synthétique et cadencée des Parisiens de To The Happy Few (lire), la pop volubile et racée d'AP Witomski (lire) se confrontait avec emphase à l'art d'une Guerre bien rodée (écouter) - ou la candeur irrésistible d'un jeune homme de 18 piges susceptible de dévoiler sa profonde sensibilité sur scène, entouré de dauphins. Compte-rendu imagé de ce qui restera une promesse enfantine, à savoir l'amour sans le sexe.

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Mogwai (Barry Burns), l'interview

Inutile de remettre le couvert et s'ébrouer dans les grandes largeurs s'agissant de Mogwai. Aussi bien Special Moves (lire) - enregistré lors de trois dates successives données en 2009 au Music Hall de Williamsburg de Brooklyn et magnifié dans Burning, film réalisé par Vincent Moon et Nathanaël Le Scouarnec - qu'Hardcore Will Never Die, But You Will (lire), dernier album en date du groupe, ont trouvé ici un écho plus que favorable. Et il allait sans dire qu'en plein coeur de l'été, le quintette écossais serait l'une des nombreuses têtes d'affiche que compte l'énième édition estivale d'une Route du Rock - ayant lieu du 12 au 14 août 2011 à Saint-Malo - présentée plus en détail par ici. Il n'en fallait pas plus pour un échange digital avec Barry Burns, artificier (guitare, claviers, flûte) d'une bande de potes l'ayant intégré à l'époque de Come On Die Young. C'était il y a plus de douze ans et c'était hier.

Entretien avec Barry Burns

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Comment vous est venue l'envie de faire de la musique ? 
Can you introduce yourself in a few words? How did you get the urge to make music?

Je suis Barry Burns, guitariste et pianiste de Mogwai, groupe originaire de Glasgow, en Écosse. J'ai commencé à jouer du piano quand j'avais dix ans, avec un jouet du "Père Noël", et j'ai accroché depuis.

I am Barry Burns and I play guitar and piano for Mogwai, from Glasgow, Scotland. I started playing the piano at 10 years old from a gift from "Santa Claus" and enjoyed it ever since.

Vous vivez en Écosse. Parlez-nous de "votre" Écosse. Est-ce un endroit propice à l'inspiration ? 
You live in Scotland. Can you tell us about "your" Scotland ? Is it a good place for your inspiration? 

En fait, j'ai déménagé à Berlin depuis deux ans, mais je suis sûr que Glasgow ne vaut pas moins qu'une autre ville, en terme d'inspiration. J'ai l'impression que les villes un peu "glauques" sont en général un terrain plus propice que les autres pour faire de l'art ou de la musique. Berlin ressemble beaucoup à Glasgow de ce point de vue.

I actually moved from Glasgow to Berlin 2 years ago but I am sure that Glasgow is as good as any city for inspiration. I feel that the "grimier" cities of the world are better places to make art/music than the beautiful ones. Berlin is similar to Glasgow in this way.

Qu'est-ce qui vous pousse à écrire et jouer avec autant de passion ? Comment parvenez-vous à innover et à garder l'envie de jouer ensemble ? 
What motivates you with such passion to compose and to play your music? How do you keep the musical partnership fresh and exciting year after year?

C'est juste un métier qui nous plaît énormément, tout simplement. Je ne pense pas qu'on le ferait si on n'aimait pas ça. Ça devient de plus en plus dur d'innover à chaque fois, mais on fait du mieux qu'on peut (il y a eu des échecs, mais des réussites aussi).

It's a very enjoyable profession, simple as that. I don't think we'd do it if we didn't love doing it. It gets harder each time to keep things fresh but we try out hardest (sometimes we fail, sometimes we succeed)

Quels sont les musiciens dont vous vous sentez le plus proche ?
Which musicians do you feel close to? 

Le reste du groupe. Je ne me sens pas particulièrement proche des autres (sauf leur respect !).

The rest of my band. I don't really feel close to many others (not in a disrespectful way!). 

Comment décririez-vous votre musique et ses différentes influences ? 
How would you define your music and what influences do you put together in your songs? 

Musique instrumentale à base de piano et de guitare, venue d'Écosse (c'est un peu long, non ?). On a tous des goûts différents en terme de musique, donc les influences de chacun se mélangent pour former le son Mogwai. C'est beaucoup plus dur de parler ou d'écrire sur la musique, plus que de parler de littérature, par exemple.

Instrumental guitar and piano music from Scotland (it's a bit long isn't it?). We all have different tastes in music within the band so they are mixed and then amalgamate to sound like Mogwai. It's very difficult to write or talk about music, rather than say, a book.

Votre musique fait passer émotions et sentiments. Quel sentiment essayez-vous vraiment de faire passer à travers vos morceaux ? 
Your music convenes spirits and feelings... What feeling are you trying to convey through your music? 

Aucun. Nous n'avons aucun message à faire passer. On veut juste que les gens en tirent ce qu'ils veulent. J'espère juste qu'ils l'apprécient…Ce n'est pas le cas de tout le monde !

Nothing. We have no message. We want people to take from the music what they will.,I just hope they enjoy it.......many people don't!

Comment décrivez-vous l'évolution de votre son et de vos compositions depuis les trois premiers albums, Ten RapidsYoung Team et CODY ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first albums, Ten RapidsYoung Team and CODY? 

En fait, quand tu vieillis, tu changes aussi ta façon de faire, j'imagine. Par exemple, de nouveaux instruments, technologies et même un nouveau studio ou producteur peuvent changer beaucoup de choses au moment de l'enregistrement. J'aime à penser qu'on s'améliore, petit à petit…

Well, as you get older you change how you do things I suppose. The sound changes depending on many things like, new instruments or new technology and also which producer and studio you use for the recording. I'd like to think we are getting better at it gradually.

Donnez-vous autant d'importance au côté esthétique de l'album qu'à la musique elle-même ?
Do you give as much importance to the aesthetics of the album as to the music itself? 

Je ne suis pas sûr de bien te saisir. Parles-tu du look de l'album et de l'ordre des morceaux, etc.? Si oui, non. La musique est au-dessus du format de l'album. Les concerts sont toujours meilleurs que les albums.

I'm not sure what you mean. Do you mean how it looks and which order the tracks run etc.? If so, no. The music is above the format of the album. The live concerts are always better than the album.

Pouvez-vous expliquer d'où est né Hardcore Will Never DIe, But You Will ? 
Can you explain the creative process for Hardcore Will Never Die, But You Will

Un des quatre musiciens envoie ses démos en mp3 aux autres membres du groupe, et on essaie de compléter le morceau. Ensuite, on se retrouve pour répéter au studio à Glasgow avant de commencer l'enregistrement. Des éléments changent à chaque étape.

One person out of the four songwriters sends mp3's of their demos to the others in the band and we try and make up parts for it. Then we all get together in the rehearsal space in Glasgow before going off to record. Things change at every stage of the process.

Que pensez-vous de Sub Pop ? Comment avez-vous commencé à collaborer ensemble ? 
What do you think of Sub Pop? How did you come to work with them? 

On adore faire partie de la famille Sub Pop, c'est un label génial. On avait juste besoin de changer un peu et beaucoup de choses étaient devenues différentes au niveau du groupe à l'époque. C'est toujours bien de changer.

We love being part of the Sub Pop family, it's a really great label. We just fancied a change and a lot of other things were changing for the band at that time too. A change is always good.

En plus de l'enregistrement et de la tournée, vous vous occupez aussi de votre label Rock Action. Que pensez-vous du marché de la musique indé ? Existe-t-il toujours ? Si, oui, à quels niveaux ?
In addition to the recording and touring, you’ve been running your own label, Rock Action. How do you consider the independant music? It still exists? If so, in what?

La musiqué indé existe toujours, bien entendu. C'est ce qu'on fait. C'est ce que tous les groupes du label Rock Action font.

Independent music obviously exists, that's what we do. That's what all the bands on Rock Action are. 

Y-a-t-il une scène musicale dont vous vous sentez proche ? 
Who are Mogwai's friends? Is there a "scene" you feel you belong to? 

Il n'y en a jamais vraiment eu, mais je pense que la plupart des groupes de Glasgow t'en diraient autant. Glasgow n'a jamais eu de "son" particulier, comme  celui venu de Manchester ou de New-York, et c'est plutôt positif, à mon avis. Ça veut juste dire que personne n'était jamais qualifié de "cool", parce que ce genre de chose passe assez vite au bout d'un moment.

There never was a particular scene that we were part of but i think a lot of Glasgow bands will say that. Glasgow never had a "sound" like Manchester or New York did and that's a good thing in my opinion. It meant no-one was ever "cool" because those kind of things wear off after a while.

Ce n'est pas la première fois que vous jouez à La Route Du Rock. Quels souvenirs en gardez-vous et qu'est-ce que ce festival vous évoque ? 
It's not the first time which you play during the Route du Rock. What kind of souvenir have you about it and what does this festival evoke you? 

J'aime beaucoup ce coin de la France et on s'est beaucoup amusés là-bas. C'est un des seuls festivals dont je me souvienne vraiment du concert joué, de la scène et du reste. Il est unique et se distingue pas mal du reste.

I like that part of the country and we've had quite a lot of fun there before. It's one of the few festivals that I can actually remember the concert and what the stage looks like and how the festival looks. It's quite distinctive and unique.

Traduction : Simone Apocalypse

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Get a room! l'interview

Un des premiers artistes de musique électronique interviewé sur Hartzine nous a récemment demandé de retirer l'échange en question. Les raisons sont plus ou moins liées aux règles de management et de développement de carrière visiblement en cours dans le "milieu".

Pas complètement naïfs, Cyrille et moi-même avons essayé de rassurer nos petites pommes sur l'authenticité non entamée de certains producteurs contemporains. C'est chose faite avec cette interview de Get a room!, auteurs récents d'une compilation regroupant leur savoir-faire certifié (l'edit). Aurélien aka Rove Dogs nous a parlé de lot de consolation et de retour aux fondamentaux.

L'edit a pour but d'actualiser un titre au regard des pré-requis dancefloor contemporains. J'imagine qu'il n'y a pas de formule toute faite pour ça. Quand vous retravaillez un track, l'idée est de garder le format chanson de l'original et de le retravailler comme des songwriters ou de vous positionner uniquement comme producteurs ?

Le départ d'un edit se fait strictement à partir d'un point de vue de DJ dans son sens le plus large et qui recouvre à la fois le dancefloor mais aussi une écoute domestique entre amis, un mix pour la radio, etc. C'est cet angle d'écoute qui permet d'évaluer la valeur contemporaine que dissimule un ancien titre oublié. Au final, quand certains morceaux ont besoin d'autre chose que d'un simple cut & paste, l'expérience du producteur se limite à un choix judicieux des éléments additionnels qui sont principalement rythmiques et plus rarement mélodiques.

Que doit contenir ou ne pas contenir un track que vous allez retravailler ?

Comme l'a dit très justement DJ Harvey : "Ceux qui décident de s'embarquer dans le re-edit ne doivent pas le faire à la légère en se limitant à boucler un break à l'infini." D'abord, le choix du disque original doit, pour nous, être le fruit d'une véritable recherche. Il y a à la fois le contenu mais aussi l'objet en tant que tel.

Notre edit The Dreamer vient de la B.O. du film Le Marginal avec J.-P. Belmondo et, malgré la géniale production d'Ennio Morricone, le titre est une banale chanson orientée "leather gay", au besoin de l'ambiance darkos du scénario. Je prends cet exemple pour exprimer le bonheur de sortir un disque de son contexte lointain et hors-sujet afin d'essayer de l'adapter à l'hypothétique scène musicale à laquelle nous appartenons.

On a aussi un gros faible pour le coté "joke" que pourraient contenir certains de nos edits... Après avoir commencé avec DJ Harvey, il conviendra de conclure cette réponse avec Ivan Smagghe qui a écrit sur son blog que nous n'avions pas peur du "cheese good". C'est très intéressant de voir comment lui a saisi notre envie de contraste alors que certains faux puristes nous reprochent parfois cet aspect très festif et léger qui ressort parfois dans nos edits et/ou DJ-sets.

Vous avez eu des retours des compositeurs ou des ayants droits des morceaux retravaillés ?

Nous avons brièvement discuté avec le producteur de Spectral Display, qui n'avait pas l'air mécontent des effets positifs de It Takes a Muscle. Il semble avoir plutôt bien supporté l'idée du bootleg , surtout qu'étrangement, M.I.A a sorti sa propre cover du titre quelques mois après, mais en toute légalité cette fois-ci. J'ai vu une jolie photo de Get a room! et de M.I.A sur le site officiel du groupe alors l'ambiance semble plutôt relax.

L'edit a bon dos ces derniers temps, à tort ou à raison... Mais a quoi cela est-il dû ? Un manque d'inspiration au niveau de la techno ? Un manque de mélodies ?

Historiquement, l'edit est tout simplement l'ancêtre du remix. Si tu regardes la majorité des 12" disco et toute la première vague de house music, les remixes sont systématiquement des edits ! Il faut attendre l'arrivée de la culture du sampling pour constater que les remixes sont presque devenus de vraies productions. Aujourd'hui, l'edit est un retour aux sources incarné par des gens qui restent attachés à la noblesse originelle du truc. Le retour aux fondamentaux, c'est dans l'ère du temps, cette mouvance rentre alors en concurrence avec la production originale pour des raisons qui vont avec l'époque. Je ne pense pas qu'on puisse se servir du re-edit comme d'un argument à charge sur un éventuel manque d'inspiration de la scène électronique

J'ai envie de vous poser la question que tu posais a The Glimmers : peut-on honnêtement dire que le meilleur n'est pas derrière nous ? Pour vous, c'est un constat plus fataliste qu'optimiste ?

Dans les clubs, le vinyle est mort. L'artwork est devenu futile, le matos coute toujours aussi cher et les revenus phonographiques sont incompatibles avec les besoins réels d'un label indépendant. On rigole de l'époque ou les majors distribuaient des avances d'un million de francs à des artistes de merde sans réaliser qu'un jour, Napster allait débarquer pour vider les comptes. On se console en faisant danser les filles.

Vous avez sorti votre première compo (remix de Scenic sur Tigersushi). Vous produisiez déjà avant ? Ce morceau electro-baggy préfigure-t-il l'album ?

On a chacun eu des projets divers et variés auparavant. Get a room! est surtout le fruit d'une longue amitié qu'on a voulu concrétiser en un projet commun. On s'est habitué à travailler ensemble en faisant nos edits et on a pas mal de vraies prod' en chantier maintenant. On vient de conclure la première étape qui consiste à s'accorder sur le son qu'on désire produire. Joakim nous a fait faire notre premier Get a room! remix, les retours sont bons alors on est motivé pour la suite.

Vous proposez votre propre label, votre propre vente en ligne, vos propres compiles... un désir d'indépendance totale ?

Pour nos edits, le truc s'est fait naturellement. On a ouvert smalltimecuts.com et on a sorti des galettes à l'arrache jusqu'à ce que Colette nous contacte pour faire une compile. Pour la prod, on est ouvert à tous les collaborations possibles... Mais pour l'heure, la priorité, c'est d'enregistrer de la musique.

Votre travail de compilation d'edits fait écho à celui d'Ivan Smagghe. Il faisait récemment votre éloge sur son blog. Un rapprochement de vos démarches respectives est-il envisagé ?
Nous sommes effectivement en train de bosser sur des projets éventuels avec Ivan et qui devraient bientôt voir le jour... ou la nuit devrais-je dire ? Ivan et Trevor Jackson ont chacun leur part d'ombre et de génie qui en font des êtres à part, ils sont une réelle source d'inspiration pour Get a room!.

Je vous laisse le mot de la fin concernant vos projets et vos dates pour cette fin d'été...

smalltimecuts.com

DIG OUT YOUR SPADE
/ Limited CD for Colette disponible ici

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Aragain (Get a room! edit)


High Scores And Records l'interview & mixtape

« Portland is a city where young people go to retire »

Berceau de la nonchalance, de la marginalité peut-être, Portland, Oregon est une ville à part sur la carte des États-Unis. Énervant les conservateurs, faisant rêver les autres. Cité d’une jeunesse insouciante qui vit en brûlant ses aspirations et ses envies. Où la créativité, devenue son image de marque, se consume sous toutes ses formes. Certains disent que c’est la pluie, qui s’abat très souvent sur la ville, qui a poussé les jeunes à se retrancher dans leurs garages pour faire de la musique. Quoi qu’il en soit, la scène musicale portlandaise fourmille de musiciens en tout genre, et depuis longtemps. On pense à Elliott Smith, aux Dandy Warhols, à The Decemberists, The Shins, Sleater-Kinney, Menomena, ou encore Grouper, Nurses... Mais sous presque chaque toit se cache un musicien et, la nuit tombée, caves et salons se transforment en salles de concert improvisées. Au-delà du nombre hallucinant d’artistes, nombreux sont les labels installés dans la ville des roses. Kill Rock Stars, Hometapes, Marriage, Hush Records, Mississippi, et, dernier en date misant sur la scène locale, High Scores And Records. Rencontre et mixtape. (introduction par Marion Seury)

Salut, qui es-tu en quelques mots ?
Hi, can you introduce yourself in a few words?

Je m'appelle Devin. Je suis polyvalent.

My name is Devin. I do too many things.

Comment High Scores and Records est né et pourquoi avoir choisi ce nom ?
Tell me how High Scores and Records was born. Why did you choose this name?

J'ai commencé à diriger un label avec mes amis, Boy Gorilla. Quand il a pris fin, j'ai lancé High Scores And Records. Il s'agit d'un jeu de mots, ce qui me plaît. Mais c'est aussi un nom très positif et hyperbolique, ce que j'aime aussi.

I used to run label called Boy Gorilla with my friends.  When it ended, I started High Scores And Records. The name is a pun, which I like. But it's also really positive and hyperbolic and I like that too.


Quel est ton objectif ? Considères-tu High Scores And Records uniquement comme un label ou non ?
What is your purpose? Do you consider High Scores And Records only as a record label?

Mon objectif en tant que label est de sortir des super disques et de m'entourer de gens brillants. J'essaye de travailler avec des personnes qui n'ont pas d'autre moyen de sortir de la musique. Même si le label est juste un label, le fait que nous nous connaissions tous en fait une sorte de communauté.

My purpose as a label is to release awesome records and work with rad people. I try to work with people that might not have other means of releasing music. The label is just a label, but because we all know each other it becomes kind of a community too.

La plupart de tes artistes sont originaires de Portland. Pourquoi ce choix ?
Most of your artists are from Portland. Why this choice?

J'ai d'abord pensé que je travaillerais avec des gens de toute la côte mais il y a trop de groupes à Portland. C'est déjà assez compliqué de suivre tout ce qui s'y fait et de ne représenter que cette ville.

I thought at first I would work with people up and down the coast, but there's just too many bands in Portland. I have a hard enough time keeping up with and trying to represent this one city.

Y a-t-il un son propre à Portland ? Peux-tu décrire la scène qui en est originaire et/ou le point commun qui existe entre les groupes ?
Is there a Portland “sound”? Could you describe the Portland scene and/or the common trait of the Portland bands if any?

Il y a plusieurs sons différents en ville, mais tous s'entremêlent. Il y a un engouement général pour tout un chacun qui s'essaie à de nouvelles choses ou qui excelle dans son entreprise. La scène m’a toujours semblé centrée sur le punk rock dans l’idée que le cœur compte plus que le talent.

There are many different sounds in town but the sub-scenes all seem to blur together. There is a general excitement for anyone trying something new or doing something well.  The scene has always felt pretty punk rock to me, in that cool ideas and heart matter more than talent.

Peux-tu nous présenter quelques-uns de tes artistes ?
Could you introduce some of your artists?

Nous travaillons avec des tas d’artistes. Actuellement il y a les beats ensorcelants de Breakfast Mountain, la star des parties post-disco Jeffrey Jerusalem, le duo guitare/batterie Brainstorm, les rois de la synth-pop de Portland Wampire, le groupe de rock expérimental minimaliste Support Force, et les énergiques psychés/punks/métal Sons of Huns.  Ainsi qu’un de mes préférés, le génial Ian Anderson, mieux connu sous le nom de Guidance Counselor qui maintenant évolue dans un projet appelé Feelings.

We work with a lot of artists. Currently active are beat wizard Breakfast Mountain, post-disco party star Jeffrey Jerusalem, genera-bending guitar/drum duo Brainstorm, synth-pop kings of Portland Wampire, experimental minimal rock band Support Force, and the psych/punk/metal force that is Sons of Huns.  Also active is the one of my favorite geniuses, Ian Anderson- once called Guidance Counselor, he now goes by Feelings.

Quel est la ligne directrice de High Scores And Records ?
What is the guideline of High Scores And Records?

La ligne directrice de base est de travailler avec des personnes que j’aime et que je respecte, de diffuser de la musique qui m’enthousiasme et de faire ce que je peux pour aider les artistes avec lesquels je bosse.

The basic guideline is to work with people I like and respect, to release music that excites me, and to do what I can to help forward the efforts of the rad artists I work with.

L’aspect visuel de la musique te paraît-il important ?
Is the visual side of music important to you?

L’aspect visuel de toute chose m’importe mais en revanche, je me fiche de l'apparence d'un groupe.

The visual side of everything is important to me, but I don't really care what a band looks like.

Comment fais-tu la promotion de tes artistes ?
How do you promote your artists?

Par des communiqués de presse traditionnels, les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille.

Via traditional press releases and social media and word-of-mouth.

Quels sont les projets immédiats de High Scores And Records ?
What’s the near future of High Scores And Records?

Je veux juste continuer à faire bien ce que je fais. De nouvelles sorties sont prévues : une cassette de Feelings, un single de Support Force et beaucoup d’autres choses.

I just want to keep doing cool stuff well.  Got some cool releases coming- Feelings tape, Support Force 7", much more.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Can you introduce your mixtape?

Nous travaillons avec différents types d’artistes, ce qui rend ardue la tâche de réaliser une mixtape cohérente. D’habitude, je m'efforce de passer de l'électro à la musique acoustique mais cette fois, j'ai fait appel à mon DJ intérieur et vous ai concocté une compilation de morceaux dansants. Voici donc un mix de HSAR pour réussir votre prochaine fête à boire et à danser seul dans votre chambre.

We work with a diverse range of artists, making a cohesive label mix a bit of a challenge. I usually try my best to shift from 808 beats to acoustic guitars and back again, but this time i indulged my inner DJ and went for all dance tracks.  So here is a HSAR mix fit for your next party of night of drinking and dancing in your bedroom by yourself.

Vidéo

Mixtape


Download

1. Wampire - Glitter Boy
2. May Ling - Jamaican Panda (Ceephax Acid Crew Remix)
3. Atole - Bum Wear (Breakfast Mountain Remix)
4. Jeffrey Jerusalem - I'm Just A Balloon (Phased)
5. Guidance Counselor - Brooklyn
6. Breakfast Mountain - Secret Drum
7. Atole - Glow Stix
8. Jeffrey Jerusalem - This Week
9. Wampire - Magic Light


Memory Tapes - Piano Player Vs Washed Out - Within and Whitout

L’ère de sur-quoi-tu-danses s’est muée en tu-prends-quoi-pour-danser… Si chaque style de musique a sa drogue, bienvenue dans l’ère des dancefloors sous barbituriques et des pistes de danse en fibre de coton. Il y a tout juste deux ans, la chillwave déboulait dans les clubs, terme invraisemblable pour décrire une nouvelle vague d’artistes mêlant électronica fantomatique et shoegaze coloré. Précurseurs, Davey Hawk signait avec Seek Magic un ovni synthpop clairvoyant et intimiste, doucereusement ondoyant tandis que Ernest Greene alias Washed Out s’inspirait de ses premiers essais lo-fi, qu’il transformait en tendres ballades électro dans un savoureux EP intitulé Life of Leisure. Un goût commun pour les mélodies floutées et les arpèges légers mais résolument pop. Il n’en fallait pas plus pour que déboule dans la basse-cour une multitudes d’émules (Neon Indian, Toro y Moi, Nite Jewel…).  Si, de mémoire, le Seek Magic de Memory Tapes bouleversa les esprits et mit les charts en émoi, intronisant l’artiste originaire de Philadelphie comme leader légitime du mouvement chillwave, la sortie du premier album de Washed Out risque de causer quelques remous et de faire de l’ombre à parution du second opus de celui-ci.

Prendre la musique de Davey Hawk pour une simple usine à danser serait se tromper sur le personnage. Derrière des compositions aussi fraîches qu’électrisantes se cache un mélomane à fleur de peau, dissimulant difficilement son hyper-sensibilité qu’il dissémine par touches névrotiques. Marqués du sceau de la mélancolie, la plupart de ses morceaux ressemblent à des halos lumineux contaminés par les ténèbres. Et même le faussement allègre Wait in the Dark tire plus sur nos glandes lacrymales que sur nos zygomatiques. Une contradiction qui fait pourtant son effet mais s’érode dès le second morceau. Trop orchestral, Today is Our Lifecommence à baliser les ambitions de son auteur, se détacher de ses émotions pour livrer un concept-album pop exalté, peu importe que celui-ci lui ressemble ou pas.


A ce petit jeu, Ernest Greene sort clairement son épingle du jeu. Echoes transcende la pop, se nourrissant de relans new wave, rappelant le spleen urbain des films de Michael Mann. A travers ce sublime Within and Without noyé dans la reverb’, Washed Out s’extirpe gentiment du carcan un peu gênant dans lequel on l’avait coincé pour tisser une lo-fi au mille et une ramifications. You and I magnifie avec légèreté des ébats amoureux post-synthétiques, alors que Hawk semble tomber dans la débâcle des sentiments. Bien qu’élégant, Yes I Know manque de finesse et tombe à plat. Une rythmique rappelant le Stand By Me de Ben E. King enroulé d’un voile crépusculaire mais hélas massacré par des notes de synthé aussi tonitruantes qu’inutiles. Même le diptyque Fell Thru Ice, ballade expérimentale permettant au multi-instrumentiste d’explorer des territoires plus personnels, ne convaincra pas, la faute à un album trop rigide qui cherche constamment la carte de l’accessibilité. De son côté, Greene entérine définitivement la chillwave, lui réservant la plus belle des épitaphes avec Amor Fati, étoffant ses mélodies d'une disco-house gracieuse et illuminée. Avec ce premier long, le jeune Géorgien nous offre une vrai dose d’épicurisme, s’écartant aisément des sentiers battus pour tracer la voie qui est la sienne et par la même occasion nous livrer l’un des plus beaux disques de pop moderne estival.
Résultat des courses, si Player Piano nous a filé une demi-molle très vite retombée, Within and Without nous a quant à lui laissé en état d’érection permanente. A force de vouloir changer son fusil d’épaule, Davey Hawk se tire lui-même une balle dans le pied, ne confirmant les espoirs que nous avions placés en lui que dans une poignée de titres  (Wait in the Dark, Offers) qui ne passeront sûrement pas l’été. Ernest Greene, quant à lui, tacle la hype pour mieux placer un pamphlet lo-fi aussi épuré que surdoué, faisant rentrer ce petit génie par la grande porte dans le panthéon de la pop.

Audio

Vidéo

Tracklist

Memory Tapes - Player Piano (Carpak Records, 2011)

1. musicbox(in)
2. Wait In The Dark
3. Today Is Our Life
4. Yes I Know
5. Offers
6. Humming
7. Sun Hits
8. Worries
9. Fell Thru Ice
10. Fell Thru Ice II
11. Trance Sisters
12. musicbox(out)

Washed Out - Within and Without (Sub Pop, 2011)

1. Eyes Be Closed
2. Echoes
3. Amor Fati
4. Soft
5. Far Away
6. Before
7. You And I
8. Within and Without
9. A Dedication


13th Chime - The Complete Discography

Dans la vie, il y a deux types de personnes : les chanceux et les poissards. 13th Chime furent quant à eux relégués au rang de maudits. Ce petit groupe post-punk gravitant autour de The Anticx verra sa carrière se consumer aussi intensivement qu’une étoile filante, accumulant les faits divers sordides : histoires de drogues, Ricky Cook, le batteur se fait poignarder dans une ruelle, Steven Woodgate, le premier bassiste, meurt d’une crise d’asthme durant un concert des Dead Kennedys… 13th Chime se paye un CV peu engageant, malgré des prestations scéniques démentes, dûes notamment à l’incursion de cercueils comme supports d’amplis. Le quatuor, sans renier ses origines, affiche une véritable obsession pour l’occultisme et l’obscénité, basculant peu à peu dans le gothisme le plus sombre combiné à la ferveur incandescente blues-rock craspec que n’aurait pas renié The Gun Club.
Trois petits singles et puis s’en vont, ainsi se réduit la carrière de 13th Chime avant que Sacred Bones n’exhume les restes d’une discographie aussi tranchante que nécessaire. Délaissée sur le banc de touche, la musique du combo de Haverhill retrouve de son feu sacré et prouve à travers les seulement vingt titres réalisés durant la courte durée de vie de la formation, que celui-ci n’a rien à envier à Bauhaus et autres groupes rock gothiques de la même période. On pense d’ailleurs beaucoup à Peter Murphy sur Cuts of Love et Dug up. Véritables déchirures rock souillées et malsaines. Coffin Maker, dont le titre lui-même renvoie à leur scénographie, est un pur moment de jouissance. Froide comme la mort, la voix hachée de Mick Hand donne toute sa puissance à ce titre qui joue sur les contre-temps. Sarah’s Got a Chainsaw cavale sur une rythmique blues-rock cheesy et glam, accentuant les paroles ironiques et irrévérencieuses. Un enchaînement de titres dégoulinant de fables sanglantes et transpirant les vapeurs narcotiques, nécessairement frappé du sceau funéraire, l’ivresse de la jeunesse se damnant dans cette nécessité à vouloir se consumer trop vite. Après tout, Joy Division avait déjà fait ses preuves quelques années auparavant.

Des titres comme Radio Man ou Help Me Street dévoilent la partie plus animale du groupe, mais pas la moins théâtrale. Sous les crissement de métal et les montées de riffs éraillés, Mick Hand hypnotise de sa douce voix d’outre-tombe sur laquelle se superposent le rire de sorcières mesquines  et des spectres électriques. Et si certains reprochèrent leur approche brouillonne, souillon, on est immédiatement saisi par la radicalité de Fire, morceau d’une intensité maladive nous pénétrant comme la lame de vieux ciseaux rouillés. Une rythmique tribale associée à un jeu de guitare épique, Fire joue aux montagnes russes, serpentant vicieusement entre les pierres tombales dans un egotrip aussi insalubre que parfaitement remuant et jouissif.
Alors qui sait ce que serait devenu ce petit groupe issu de la banlieue londonienne si le sort ne s'était pas acharné, et combien d’autres trésors nous cache le fog britannique ? Nous ne saurions y répondre. 13th Chime fait partie de ces tâches dans le rock qu’on tente vainement de dissimuler,  comme une trace de sperme sur un pantalon qui refuse de disparaître. Une réhabilitation nécessaire qui permet de découvrir un groupe qui aura certainement loupé l’histoire d’une marche, mais qui aura laissé son empreinte dans la musique, qu’on l’admette ou pas.

Audio

Tracklist

13th Chime – The Complete Discography (Sacred Bones, 2010)

1 - Cuts of love
2 – Coffin Maker
3 – Cursed
4 – Dug up
5 – Tinker Man
6 – Fire
7 – Hide and seek
8 – Sally Ditch
9 – 13th Victim
10 – Radio man (Demo)
11 – Two as a couple
12 – Sarah’s got a chainsaw
13 – House of laughter
14 – Fire (Demo)
15 – Radio man
16 – Help me street
17 – Keep in pace
18 – Sally Ditch (Demo)
19 – Hide and seek (Demo)
20 – Pigs (Bonus CD)


John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves

Un phare déchirant de son intense faisceau lumineux l'obscurité d'une mer tumultueuse, où la violence du vent arrache à la cime des vagues, noires et menaçantes, de luminescents tourbillons d'embruns. Si l'ère digitale a trop souvent tendance à réduire l'artwork des disques qu'elle promeut à sa portion congrue, celle de We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves n'en demeure pas moins évocatrice de la dimension prise par les combats entonnés par un John Maus lucide sur l'avanie que traverse son époque, noyée dans l'indigence intellectuelle d'une injustice généralisée et acceptée passivement comme telle. Philosophe de formation et détenteur d'un doctorat en sciences politiques, l'homme refuse de passer sous les Fourches Caudines d'un tel mantra fataliste et ne peut s'empêcher de souligner l'acuité du mythe de la caverne tout en citant à tout va celui de Sisyphe, à l'endroit d'auditeurs qu'il espère voir lutter pour comprendre le monde et briser les chaînes désormais inhumaines de la sur-communication. Il déclame et intitule ainsi son troisième album Nous devons devenir nos propres et impitoyables censeurs. Soit l'arrêt immédiat du verbiage inutile et d'une logorrhée maladive comme seul abécédaire de nos invectives et rengaines personnelles à l'encontre d'un pouvoir infantilisant - réprimandant plus qu'il n'impulse - et d'une moralité harassante, étouffant d'idées préconçues la diversité humaine. Place aux actes pour le citoyen, à l’œuvre parfaite et nécessaire pour l'artiste, dans l'obligation de concevoir, par son travail, un monde meilleur. En ce sens, confronté à son propre impératif catégorique, John Maus crache d'emblée dans la soupe : ce troisième album, à ses yeux, est un échec. Pourtant - et même en habituant notre écoute enthousiasmée à l'obscurité délétère qui l'habite - une certitude se dégage : We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves dans sa complexité, sa distance et sa concision s'avère prendre les atours d'un véritable coup de maître.


John Maus, trente-et-un ans, physique d’éphèbe taillé dans le roc, est, comme un anti-symbole, originaire de la ville d'Austin, ne comptant que vingt mille âmes et se situant aux confins d’un Minnesota perdu dans le Middle West. A mille lieues donc de la désormais Mecque indie subjuguant chaque année le commun des mortels par son festival South by Southwest (SXSW). Préférant confronter l’essence punk à la grandiloquence de la musique baroque et aux pulsations synthétiques moroderiennes, l’homme qui faisait partie du Haunted Graffiti d’Ariel Pink jusqu’en 2006 - participant aux albums Underground et Loverboy de celui-ci - et qui traîna ses guêtres en compagnie de Gary War ou Panda Bear, nage sciemment à contre-courant des sonorités de son temps, empêtrées dans les arcanes de productions emphatiques. Bidouillant seul, dès son plus jeune âge, ses claviers analogiques, John Maus ne se résout à une carrière solo qu'à partir de 2006 avec Songs, véritable exégèse crasseuse de ses divagations solitaires passées. Paru l'année suivante, Love is Real (2007) place la barre autrement plus haute tant sur la forme que le fond, exaltant, à l'aune de mélodies indélébiles, la puissance de la foi à l'encontre de l'ordre établi, soit la grandeur de l'idée en négatif de l'intérêt matériel. Sorti le 27 juin dernier sur le label Upset The Rhythm, We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves se pose en digne et lointain successeur de Love is Real, presque quatre ans s'étant écoulés depuis, prêchant, sur le registre de l'incantation et de l'émotion, la nécessaire poésie du combat. Passé l'introductif et vaporeux Streetlight, où seule une basse mate et ronde brise la glace de claviers frigorifiés, Quantum Leap embrase, de son chant habité et de ses nappes synthétiques, les feux d'une résistance plus tard avivée par le diptyque baroque Keep Pushing On / The Crucifix, le cadencé Matter Of Fact et le conclusif et conquérant Believer, clé de voûte d'un album pétri de réverbérations et de delay. Tutoyant la perfection syntaxique, les ballades Hey Moon, relecture en duo d'un morceau de la Suédoise Molly Nilson (lire) avec... Molly Nilson, et Cop Killer, sombre oraison anarchiste (Kill every cop in sight / Offense the law), donnent un tour poignant et imparable à un disque confirmant bien au-delà de nos humbles espérances, la beauté tragique du songwriting d'un John Maus sincère jusqu'à l'os.

Seulement flanqué sur scène de son Roland 404 et d’un micro sans pied, avec lequel il se frappe compulsivement la poitrine, l’attrait irrésistible et magnétique que dégage sa performance scénique tient - outre ses compositions charriant gothique et lo-fi d’un même élan - à la conviction frustre de son interprétation, totale, physique et éprouvante. La preuve par l'image, lors de son unique concert parisien à la Flèche d'Or le 2 avril dernier.

LIVE

Audio

Tracklist

John Maus - We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves (Upset the Rythm, 2011)

01. Streetlight
02. Quantum Leap
03. …And The Rain
04. Hey Moon
05. Keep Pushing On
06. The Crucifix
07. Head For The Country
08. Cop Killer
09. Matter Of Fact
10. We Can Breakthrough
11. Believer


Dead Gaze l'interview + Chronique


Fishing with Robert 7"
de Dead Gaze est disponible depuis le 15 mars dernier via les labels La Station Radar et Atelier Ciseaux. Soit l'occasion idoine pour rentrer en correspondance, sporadique et spontanée, avec Cole Furlow, dépositaire unique d'un groupe ardemment révélé à la faveur de deux EP,The Pride of Calling Panther Lake (lire) et Small Lava (télécharger), d'une cassette, End of Days, Why Not You ? (disponible par ici), sur Mirror Universe Tape et d'une split tape en compagnie de feu Gray Things via Clan Destine Records (lire). Bien aidé de James Alexander Warren à la batterie, Cole, que l'on jure proche cousin de Jeans Wilder (lire) par la voix et de Nathan Willians (lire) par l'intention, distille du fin fond de son Mississipi natal, et ce depuis presque trois ans, autant de bonnes chansons qu'il n'en compose, parant son inaltérable amertume d'une intense et confondante production lo-fi. L'ossature mélodique, si ténue soit-elle, n'est jamais ainsi supplantée par un ferraillage en règle, où distorsions crasses et cymbales crash se tirent la bourre sur fond de vocalises réverbérées. Si les apparats du vide, le bruit pour le bruit, guettaient l'animal, Fishing with Robert enfonce une bonne fois pour toute le clou de quelques décibels, dévoilant d'un même mouvement les contours délicats d'une sensibilité jusqu'alors écorchée. Comptine aquatique, le spleen langoureux de Somewhere Else trouve son exact contrepoint pop et entrainant avec le morceau-titre, Fishing with Robert. Sans douter que le bonhomme est aussi attachant que ses réponses sont sibyllines, une interrogation subsiste quant au futur même de l'entité Dead Gaze, duo mutant en quintet, et ce dans l'optique d'un premier LP furtivement évoqué ci-après. Et si Fishing with Robert constituait les prémisses de quelques fabuleuses épopées indie pop ? Une tentative de réponse prend d'ores et déjà la forme d'un 10" à paraître en octobre sur le label new-yorkais Group Tightener.

Audio

01. Fishing with Robert
02. Take Me Home Or i Die Alone
03. Remember What Brought Us here
04. Emanuel Can't Come Close Enough
05. Stay, Don't Say
06. The Simple Man (Wishes And Daydreams)

Entrevue avec Cole Furlow


Peux-tu te présenter en quelques mots ? D'où vient cette envie de se consacrer à la musique ?
Can you introduce yourself and Dead Gaze in a few words? Where did your envy to make some music come from?

Je voulais faire de la musique car je n’étais pas très bon dans les autres domaines. Dead Gaze est fait de morceaux pop plutôt fun, parfois avec des paroles dérangeantes.

I wanted to make music cause I really wasn't very good at many things other than playing musical instruments. Dead Gaze is blown out pop songs with fun, sometimes self-loathing lyrics.

Si tu devais décrire ta personnalité en trois mots, lesquels choisirais-tu ?
Moreover if you had to define your personality in three words, which words you would choose?

Moi. Pas. Comprendre.
I. Don't. Understand.

Peux-tu expliquer ce nom, Dead Gaze ?
Can you explain the name of the band, Dead Gaze?

Il n’y a rien à expliquer. C’est juste un nom auquel j’ai pensé un matin avant d’aller travailler. Je l’ai lu quelque part et ça m’a frappé. J’ai pensé que ça collait bien à ma musique.

There's really nothing to it. It's just a name I thought of one morning before I went to my job. I read it somewhere and it stuck. I felt like it does a good job explaining the music.

Tu vis à Jackson dans le Mississipi. Peux-tu nous dire comment est "ton" Mississipi ? Est-ce un bon endroit pour trouver l'inspiration ?
You live in Jackson, Mississipi. Can you tell us about "your" Mississipi? Is it a good place for your inspiration?

En fait, je viens de quitter Jackson, mais cet endroit m’a en effet beaucoup inspiré. Il n’y avait pas beaucoup à faire donc je pouvais me concentrer sur les enregistrements et le processus d’écriture.

I actually just moved from Jackson, but Jackson was definitely inspiring to me. There wasn't too much going on ever, so I could really focus on the recordings and the overall writing process.

Si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quels disques fourres-tu dans ton sac ?
If you were obliged to exile yourself on a desert island, which records would you take in your bag?

Loin, je souffrirais. Il y a trop de disques à citer. Puis-je juste dire Waylon Jennings avec Waylon Live ?

I would just suffer away. Too many records to name. Can I just say Waylon Jennings with Waylon Live ?

Quelles influences mélanges-tu dans tes chansons ?
What influences do you mash in yours songs?

J’essaie de penser à ce que les autres voudraient entendre et je traduis cela en une chanson, à ma manière. Je me focalise sur le côté pop des choses.

I try to think about what other people would want to hear and I translate that into some form of a song in my own way. I would rather stay on the pop side of things.

Comment définirais-tu ta musique ? Quel sentiment essayes-tu de faire passer à travers ta musique ?
Can you explain how you define your music? What feeling do you try to retranscribe by your music?

Je veux juste que tout le monde s’amuse et comprenne que les choses ne doivent pas toujours être prises au sérieux. Il n’y a rien de pire qu’un artiste qui se prend trop au sérieux. Je dédie mon art à l’émotion. L’émotion que je veux transmettre a des racines fun profondes.

I just want everyone to have fun and understand that stuff doesn't have to be serious all the time. There is nothing worse than an artist who takes themselves too seriously. Its art for emotion and the emotion I want to convey is deep rooted fun.

Comment décrirais-tu ton évolution en terme de songwriting et de son depuis ton premier EP, The Pride of Calling Panther Lake ?
How would you describe your evolution in terms of songwriting and sound since your first EP,
The Pride of Calling Panther Lake?

J’ai travaillé sur l’élargissement de notre horizon. Je pense que mes morceaux actuels sont mieux harmonisés. L'album sur lequel nous travaillons actuellement est bien plus doux en termes de sonorité, mais d’une certaine façon plus énergique.

I've definitely been working on expanding our horizons. I think the songs I have now-a-days are much more put together. The full length we are working on now is much softer as far as tones go, but way more energetic.

End Of Days, Why Not You sort en cassette sur Mirror Universe Tape. Pourquoi un tel format ?
End Of Days, Why Not You went out on cassette on Mirror Universe Tape. Why such a format?

J’aime les cassettes. Je trouve que leur son est bon. Beaucoup de gens pensent que je suis fou mais moi je pense que ce sont eux qui le sont. Vous pouvez presser plus pour moins d’investissement, l’artwork est aussi sympa si pas plus que sur le support des CD. Au moment où nous avons sorti cette cassette, cela nous semblait évident de le faire sous ce format. J’ai vraiment aimé nos sorties cassettes.

I like cassettes. I think they sound good. A lot of people think I'm crazy, but I think they are crazy. You can press more for much less, and the artwork options are just as cool if not cooler then a CD. At the time we put that tape out, it felt right to release those songs on that format. I really enjoyed our tapes.

Quel est ton sentiment vis-à-vis du 7" que tu sors sur Atelier Ciseaux et La Station Radar ?
What's your feeling with the new 7" on Atelier Ciseaux & La Station Radar?

Mon sentiment ?? Je ne sais pas. Fishing With Robert parle d’une discussion existentialiste entre mon ami Bobby et moi. Nous jetions par l’occasion des cigarettes dans un étang pour voir si les poissons les mangeraient. C’est pourquoi la première phrase du morceau est Je pêche avec ma dernière cigarette. C’est une histoire vraie : on pêchait avec des cigarettes !

The feeling ?? I really don't know. "Fishing With Robert" is about my friend Bobby and I having a massive conversation about existentialism. We were also throwing Cigarettes into a pond to see if the fish would eat them. That's why the first line of the song is "I'm fishing, with my very last cig". That's a true story, we fished with cigarettes.

Comment en es-tu venu à travailler avec eux ?
How did you come to work with them?

C’est grâce à internet. Cela fait un bon bout de temps que je suis leurs productions avec intérêt. Mon ami William Cody Watson aka Pink Priest a sorti un disque magnifique sur la Station Radar et depuis ce moment je suis accro.

The internet brought me to them. I have admired their releases for sometime now. My friend William Cody Watson aka PINK PRIEST released an amazing record on La Station Radar and from that moment on I was hooked.

L'esthétique des disques a-t-elle autant d'importance que la musique elle-même ? Peux-tu expliquer le processus pour le 7" ?
Has the aesthetics of a record so much importance for you as the music itself? Can you explain the process for the 7"?

Mon ami Jheri a réalisé le collage. Je lui ai tout confié. Je lui ai envoyé les morceaux et il m'a envoyé le collage. J'ai pensé que c'était cohérent. Le rouge est chaleureux et j’aime à penser que Somewhere Else est quelque part une chanson chaleureuse.

My friend Jheri made the collage. I left it all up to him. I sent him the songs and he sent me back the collage. I thought it was a nice feel. The red is warm, and I like to feel like Somewhere Else is somewhat of a warm song.

Parlons de tes projets. Travailles-tu sur un nouveau disque ?
Let us speak about yours projects... Are you are working on new records?

On travaille sur un album en ce moment. C’est un travail beaucoup plus long maintenant que nous sommes un groupe à part entière.

Working on a full length right now. The process is taking a lot longer now that we have a full band.

Dead Gaze est-il un bon groupe de scène ? Quel est la configuration ? Vous venez nous montrer ça quand en France ?
Is Dead Gaze a good live group? What is the configuration in concerts? When will you come and show it to us in France?

Je tuerais pour venir jouer en Europe, c’est probablement un de mes plus grands objectifs à ce stade. Le groupe live comporte cinq musiciens maintenant, c'est beaucoup. C’est cool parce que je peux davantage me focaliser sur le chant.

I've been dying to tour in Europe, that's probably one of my biggest goals at this point. The live group is big. 5 guys now. Its nice because I can focus more of my attention on singing.

As-tu des side-projetcs ?
Do you have side projects?

J’ai quelques trucs sur le feu mais rien d’important.

I have a couple things in the works but nothing huge.

Quels sont les amis de Dead Gaze ? Y-a-t-il une scène aux USA à laquelle tu as l'impression d'appartenir ?
Who are Dead Gaze's friends? Is there a "scene" in US you feel you belong to?

Nous avons des amis partout. Nous passons toujours de grands moments à NYC. J’aime assez le fait de vivre dans le Mississippi et de voyager pour les plus grandes scènes.

We have friends all over. We always have a great time when we play in NYC. I rather enjoy being in Mississippi and traveling to the bigger scenes.

Quelle est ton opinion sur l'industrie musicale ?
What's your opinion about music business now?

En réalité, je n'ai pas d'avis. Je suis super immature au sujet de l’industrie du disque et de son fonctionnement.

I really have no opinion. I'm super immature when it comes to my knowledge of how the big music business machine works.

Et de la culture blog ?
And the blog culture?

Je me suis tissé un réseau d’amis à travers la blogosphère. C’est d’une certaine manière aussi facile maintenant qu’impossible avant. Les amitiés que j’ai créées sont quelque chose de très cher à mes yeux.
I've made a lot of good friends through the blog culture. It just makes sense in a way that was never possible before. The friendships i have made have been something very special.

Traduction : Calogero Marotta

Vidéo


Keytars and Violins Mixtape

On continue fièrement cette épopée au sein des communautés virtuelles que vous et nous suivons. Je ne vais pas justifier le choix du podcast qui vous est proposé ci-dessous. Vous ne liriez pas ces phrases indigentes poussant à la consommation.
Sachez seulement que Keytars & Violins est un blog de musiques électroniques qui va bientôt fêter ses 5 ans, géré par un garçon très sympathique répondant au prénom de Leighton et qui décrit sa plateforme communautaire comme "un blog avec un mauvais nom". Le site en question a pour principal intérêt d'avoir tenu la distance en donnant à entendre le meilleur de la dance music non fonctionnelle. Playlist fournie sur un plateau.

1. Andi Muller - Comedown (Luke Abbott Remix)
2. Paulo Olarte - Mil Anos
3. Deepchild - Live At Dimitris 1993
4. Matthias Reiling - He's Real
5. DJ Nibc - Hold On (Basic Soul Unit Remix)
6. Arttu aka Lump - Rise Up
7. Tito Fresh - Baby Step
8. Andreas Georgiades - Space Boy
9. Show-B - Time Comes
10. Humandrone - Rude Low
11.Larse - The More I Want
12. Dionne - Back On The Planet
13. Aera - Monte Sacro
14. Marcus Worgull - Long Way
15. Louca - Home (Daso Remix)
16. Herva - Skin
17. Ron Deacon - Sunday Walk
18. James Teej - Don't Appear (Michael J Collins Hacienda Rerub)
19. Seltene Erden - Kvanefjeld
20. Oliver Deutschmann - Gimme Some Love
21. Of Norway - The Bleeding
22. Ex-Pylon - Hammerfest
23. Objekt - CLK Recovery
24. Dexter - Space Booty
25. Braille - The Year 3000
26. Pedrodollar - Ner I Brunnen