On y était : Vieilles Charrues 2018

Cette édition 2018 des Vieilles Charrues, on s'en souviendra un moment. Comment oublier en effet un festival - écourté - dont on repart avec des points de sutures ? Bah forcément, on ne peut pas, cicatrice oblige. Mais le vrai bon signe, c'est quand ce genre d'évènement ne semble être qu'une péripétie, noyée dans un flot de bons souvenirs, et c'est bien ici le cas. On précisera toutefois que notre micro-épisode traumatique - en l'espèce, une malencontreuse chute nocturne - nous aura permis d'éprouver un système de secours diablement efficace : une vilaine coupure suturée en deux heures de temps en pleine nuit entre deux concerts et en plein festival, ça change du commun des urgences dans lesquelles on a le temps de se momifier avant de rencontrer le moindre intérêt pour son bobo. Quoi qu'il en soit, les Charrues, on les aime pour ce qu'elles sont : un grand rassemblement populaire, une énorme kermesse musicale où, s'agissant du line up, il convient chaque année de trier le bon grain de l'ivraie... mais là n'est peut-être même plus l'essentiel, on en veut pour preuve la vitesse à laquelle les forfaits s'arrachent dès leur mise en vente, avant même l'annonce de la majorité de la programmation. Parce que durant ce festival, le spectacle est sans doute tout autant du côté du public qui se pointe avec des envies de grande bacchanale, ou a minima de récréation, souvent devenue tradition annuelle entre potos. On ne vous cache d'ailleurs pas que c'est un peu notre cas, nous qui avons  foulé les terres de Kerampuilh pour la première fois il y a une vingtaine d'année maintenant, tout comme une belle brochette d'amis qu'on y croise invariablement à chaque fois qu'on décide de s'y pointer.

Il serait malgré tout naïf de penser que cette ambiance toute particulière suffise à assurer depuis tant d'années le succès du plus maousse des festivals français : c'est bien autour de la musique que s'est construit cette success story sans équivalent dans l'hexagone - sinon, on aurait assez facilement décidé de voir nos amis dans n'importe quelle fête de la saucisse du coin - et c'est sur la base d'une programmation costaude que l'on s'est décidés cette année à remettre le couvert avec en guise d'argument massue la présence des merveilleux Depeche Mode, en sus des présences déjà alléchantes d'autre poids lourds que sont GorillazMassive Attack ou encore Fatboy Slim. Ajoutez à cela quelques fines lames telles les magnifiques Mogwai ou encore les Liminanas, et le compte y était.

Alors en raison des circonstances évoquées plus haut, on n'aura pas pu suivre intégralement notre programme musical préparé en amont, mais on se sera tout de même bien battus. Ainsi, et alors qu'on n'était plutôt circonspects sur leur capacité à recréer la magie d'antan, les Marquis De Sade auront livré une ouverture royale pour Depeche Mode, stars attendues du jeudi, en tous les cas par les plus de trente ans: c'est carré, puissant, métallique, et le bois dont se chauffe le groupe sur scène, toujours vert. Le prototype de la formation qu'on pensait cash machine et surtout dispensable, et qui se révèle parfaitement enthousiasmante. Même si de l'enthousiasme, on en avait forcément à revendre s'agissant de croiser Depeche Mode sur la scène des Vieilles Charrues. Il sera d’ailleurs intact à l'issue d'un concert impeccable, durant lequel le groupe de Basildon aura fait le job avec talent et brio. Alors, jeunesse et hétérogénéité du public oblige, on regrettera sans doute que la foule n'ait pas été plus réactive aux saillies musicales du groupe de génie qui se produisait devant elle ce soir là, et Dave Gahan lui-même, habitué à voir repris en cœur les refrains les plus connus du groupe, a du se poser parfois quelques questions. Mais pros jusqu'au bout des ongles, les anglais auront rempli le contrat sans problème, jamais avares d'énergie, d'ardeur et de talent, et surtout transpirant l'humilité malgré un statut qui aurait pu depuis longtemps faire exploser orgueil et égos. Déroulant une tracklist impeccable puisée dans un vivier de titres sans fond, Depeche Mode aura démontré avant tout son envie de faire plaisir, jouant souvent sur la corde sensible du fan moyen. Les années ne semblent pas avoir de prise sur Gahan, qui se donne sans compter et développe une tension sexuelle inoxydable. Martin Gore, lui, accuse davantage son âge sur les écrans géants de la scène, certes peu flatteurs, mais n'a rien perdu de cette énergie juvénile qui le caractérise. Le temps se suspend d'ailleurs lorsqu'il entame une Somebody toute en élégance, après laquelle son compère Gahan le chambrera gentiment et tout sourire avec un "wasn't it lovely?" adressé au public. Forcément, on ne boude pas son plaisir lorsque les inusables World In My EyesPersonal JesusEverything Counts ou Just Can't Get Enough se succèdent implacablement, mais la palme du frisson reviendra sans doute à un In My Room surpuissant, ou encore à un Stripped toujours aussi fascinant en live. Un concert puissant, à la fois généreux et sophistiqué, qui justifiera à lui seul notre présence à Carhaix en 2018 avec pour l'occasion -attention émotion- notre daron à nos côtés, 25 piges après que celui-ci nous ait amenés voir Depeche Mode, alors qu'on n'était encore qu'un innocent minot aux oreilles presque vierges.

Le lendemain, soyons clairs, la seule raison pour nous d'être devant la scène était de (re)voir les fabuleux écossais de Mogwai. Mais programmés bien trop tôt (18H00), on renoncera malheureusement vite à les voir au profit d'un apéro trainant en longueur. Oui, la culpabilité est là, tant le groupe nous enchante depuis tant d'années maintenant. Mais que voulez-vous, comme on l'expliquait supra, tenir un programme au cordeau s'avère quasi impossible dans cette immense foire à l'inattendu qu'est le festival. On doute que le groupe ait eu droit à l'accueil qu'il méritait, la faute à un public jeune et davantage présent pour se vriller le cerveau devant Therapie Taxi et ses chansons aussi inoffensives que le groupe s'annonce éphémère, mais que voulez-vous? C'est la loi de la jungle festivalière. On prendra de toutes façons notre revanche dès le lendemain en étant au rendez-vous pour les deux objectifs du soir, Gorillaz et Massive Attack.

On attendait clairement beaucoup plus des premiers, qui auront livré une prestation étonnement linéaire, malgré l'agitation vaine qui régnait sur scène. Alors certes, on ne peut reprocher à Damon Albarn son manque d'investissement: le gars se donne beaucoup et surtout, n'hésite pas à donner la vedette aux autres sur scène. On kiffe quand même d'entendre le flow de Snoop lorsque le groupe joue Hollywood, même si ça n'est que par bande son, et on s'amuse des pitreries de Jack Black sur les écrans pendant Humility. Mais c'est peu, trop peu pour réellement déclencher notre enthousiasme, trop insensibles à un show stylisé et maitrisé jusqu'au bout des ongles, comme l'on feuillette un magasine en papier glacé: c'est joli, coloré, mais ça manque quand même terriblement de vice et d'aspérités.

Du vice, Massive Attack en a par contre à revendre. Dans une ambiance assez sépulcrale, les bristoliens livreront un set compact, et pour le coup, bien corrosif comme il faut. Robert Del Naja fait la gueule, comme d'hab, mais apparait bien décidé à faire le taf pour emporter l'imposante foule avec lui. Et ça sera globalement réussi, à en voir les ondulations d'un public réceptif aux ambiances enfumées du groupe, notamment durant un Risingsun assez bluffant d'hypnotisme. Un concert comme on l'attendait, c'est à dire carré, à la fois froid et puissant, politique et ironique, dont le seul semblant de rayon de soleil s'entreverra sur la fin, au travers d'un Unfinished Sympathy plus inoffensif qu'à l'accoutumé.

On n'aura donc pas assisté à la suite de la fête, mais on aura quoi qu'il en soit eu le temps, cette année encore, de rappeler à notre bon souvenir la raison principale pour laquelle on fini toujours par revenir aux "charrues". La liste est longue des festivals proposant une programmation bien plus en accord avec nos gouts, ou un état d'esprit DIY qui nous sied davantage. Mais nous laisserons ici -momentanément- de côté notre habituel cynisme et nos exigences parisiano-bougeoises: malgré tout ce qu'on pourrait lui reprocher, ce festival en forme d'immense ribouldingue a du cœur. Le notre battra sans doute à nouveau un peu plus fort à l'approche de l'édition 2019.


On y était : Beauregard 2018

par SLH & ELD

Cela faisait quelques temps que nous n'avions pas traîné nos guêtres au festival Beauregard malgré les bons souvenirs d'éditions précédentes, favorablement impressionnés par la qualité de l'accueil réservé aux festivaliers, la beauté du cadre et quelques concerts de très haute tenue, notamment en 2012 (lire). Alors forcément, quand la manifestation a abattu la carte Depeche Mode pour cette édition 2018, on s'est assez rapidement dit que l'occasion était belle de revenir fouler les pelouses du château d'Hérouville.

Breaking news : on ne regrette pas une seconde d'avoir fait le déplacement, bien au contraire... En effet, on aura pu constater tout d'abord que cette fameuse qualité d'accueil, les organisateurs y tiennent toujours. Certes, le site y fait beaucoup avec son parc arboré au pied d'un château gothique du 19ème siècle, qui, pour votre gouverne, servi jadis à l'ORTF pour ses colonies de vacances, reste que pouvoir se restaurer facilement et qualitativement, ou éviter de se pisser dessus dans une file d'attente interminable, ça n'a pas de prix pour un festivalier lambda. Et ça, les types de Beauregard l'ont bien compris. Pour l'essentiel, c'est-à-dire côté musique, il fallait séparer le bon grain de l'ivraie, le festival pariant comme à son habitude sur un line up faisant le grand écart entre mastodontes populaires et fines lames plus pointues. Présents les deux dernières soirées du festival, on avait donc déterminé les ganaches qu'on souhaitait voir s'agiter sur scène. Ainsi, pas question de rater nos chouchous corrosifs de Parquet Courts, le passage des revenants d'At The Drive In, les décidément increvables Breeders ou encore les orfèvres belges Girls In Hawaii. A contrario, il s'agissait durant nos pérégrinations d'éviter joyeusement les redoutables Bigflo & Oli, les soporifiques Ibeyi ou le débilitant Macklemore.

Mission accomplie. À commencer par le show de Parquet Courts, qui aura été largement à la hauteur de nos espérances avec une aisance qui force le respect : assis sur une discographie aussi acide qu'impeccable, prolongée récemment par leur nouveau LP Wide Awake, sorti en mai chez Rough Trade, les New-Yorkais déroulent leurs hymnes comme on allume des mèches, toujours sur le fil entre sauvagerie sourde et slacking salvateur. C'est rapide, puissant, félin, bref, idéal pour une fin d'après-midi déjà chaude comme la braise, avec en prime un maillot de l'équipe de France de foot sur scène, histoire de donner encore un peu plus de corps au titre inaugural de Wide Awake, Total Football, et s'attirer davantage de sympathie de la part d'un public pas encore champion du monde. Piles à l'heure de l'apéro, les Breeders feront également le job, et même mieux qu'on l'attendait. La bande de Kim Deal, en héros laid back, auront avec bonne humeur et décontraction totale déroulé des tracks se suffisant souvent à eux-mêmes. On n'a jamais vraiment été des fans transis du groupe mais, avec un peu de recul, on se demande ainsi ce que nos collègues d'un quotidien régional dominant avaient dans les oreilles ce soir-là, évoquant le "poids des années" - élégance, quand tu nous tiens - et une reformation dispensable (lire). On objectera que la pertinence d'un retour ne se juge pas à l'orée d'une unique prestation scénique, en témoigne le très bon All Nerve de 2018. De plus, le groupe aura eu le mérite de l'honnêteté en proposant un concert humble, positif et au final plutôt réjouissant. Ce qui ne sera malheureusement pas le cas d'At The Drive In un peu plus tard dans la soirée. Revenus eux aussi aux affaires avec in ter a li a, il y a tout juste un an, on était pourtant curieux de voir de quoi était encore capable la bande d'El Paso qui avait littéralement cassé la baraque il y a presque vingt piges avec le démentiel Relationship Of Command. Le constat est malheureusement assez déprimant. Les Américains serviront un set ampoulé de tous les bords, avec un son aussi bouffi que doit l'être l'orgueil du groupe, s'agitant vainement sur scène et réclamant l'attention d'un public vaguement intéressé. Anecdotique donc, mais justifiant un agréable raid du côté du bar pour profiter de quelques bières bienvenues.

De retour pour le "day after", on était forcément d'humeur joyeuse. Non seulement Depeche Mode allait de toute façon nous ravir mais, en prime, les magnifiques Girls In Hawaii allaient nous proposer une ouverture à la hauteur de l'évènement (on vous passe en effet la présence des gênants Concrete Knives qui, loin de justifier l'incompréhensible intérêt qui leur était porté jusqu'à maintenant, deviennent désormais carrément risibles avec leur afro pop datée et désincarnée mais surtout objectivement mauvaise). Et les Belges nous auront en effet conquis, à grands coups de dentelle pop dont ils ont le secret. Enfilant les titres comme les perles, les Girls In Hawaii auront prouvé une nouvelle fois que la reconnaissance dont ils jouissent aujourd'hui ne sera jamais à la hauteur du bonheur qu'ils nous apportent depuis déjà tant d'années - quinze ans depuis l'inaugural et inusable From Here To There ! - avec leurs chansons aux allures de classiques instantanés. Une voie royale ouverte, donc, pour Depeche Mode qui investira la scène de Beauregard avec un concert en forme d'apothéose finale.

Bien lubrifié, le show de Depeche Mode survit à la répétition, cette impression qu'ils ne jouent que pour nous... Chacun attaché à une période de ce groupe dont la longévité nous a forcément fait croiser le chemin lors de nos pérégrinations musicales. La machine à tubes vient faire trembler invariablement une audience réceptive. Parfois le son se retire - on pourrait se demander si Martin Gore, égaré dans le ressac, s'approche du 'rigor mortis' dans une forme un peu trop aboutie de la cold wave. Mais non, on est fan alors on ferme les yeux. Le maître de cérémonie reste charismatique et "sexpose" sur quelques titres jamais surannés, brillamment réinterprétés ou plutôt réincarnés. In Your Room/Stripped est un des combo qui déclenche un suave souvenir. Chacun aura le sien, peut-être un peu plus convenu mais toujours personnel. Supershow qui brouille les souvenirs. On a juste envie que Depeche Mode reste la bande son du trop peu de vie qu'il nous reste. On se dit également que ce Beauregard 2018 a comme un goût de reviens-y. Vivement la suite.


Usé l'interview

Enfant de la crise et rejeton des squats, Usé a déjà connu milles vies avant de sortir au grand jour son projet solo. Après plusieurs formations (Headwar, Les Morts Vont Bien, etc.), il sort son deuxième album, Selflic, chez Born Bad Records. Exutoire à la monotonie ambiante ou digne héritier de la no wave, Usé vient de pondre un LP authentique et sans concession, et se fait le gardien d'une jeunesse enchantée, à l’honnêteté salvatrice. Avec ses faux airs de Mark Arm de Mudhoney, c'est dans le jardin du boss de Born Bad qu'il est venu faire sa promo. Ambiance plutôt chillax.

Agenda : release party au Point Ephémère, à Paris, le 04/07 (event FB)

Quelle est la principale différence avec le premier album ?

Il y en a beaucoup mais c'est surtout le son. Le premier était hyper DIY, j'avais enregistré des batteries avec Seb Normal, c'était un peu plus à l'arrache. Là j'avais envie de rien foutre donc j’ai demandé à Vincent d'enregistrer et même de mixer. Le son change vraiment la dynamique de l'album. En gros, moi j'ai un home studio à 3 000 balles tandis que lui a énormément de matos, c'est plus produit, c'est différent.

Par rapport à tes autres projets, qu'est-ce que cela change d'être sur un label comme Born Bad pour toi ?

Je fais de la musique depuis l'âge de seize ans, j'ai fait mille tournées, j'ai monté un label... c'est juste qu'avant, j'avais pas de copinage avec des journalistes. Born Bad a des contacts. C'est pour ça que je préfère que les journalistes viennent me voir ici que l'inverse. Ça me fait plus plaisir que les mecs viennent par envie. C'est intéressant de voir comment marche cette industrie par rapport aux médias. Pour JB, Born Bad c'est une famille, mais pas forcément pour moi ; j'ai mon label (Brique, ndlr), si je fais des trucs avec lui c'est pour découvrir un autre milieu, voir comment ça se passe, et si ça s'arrête je recommencerais mes trucs à côté. Ce n'est pas bien grave.

Tu continues tes projets à côté ?

Les Morts Vont Bien, c'est toujours d'actualité mais Headwar c'est un peu en suspens. Usé, c'est mon projet solo. Ca a été compliqué, j'ai mis six ans à avoir l'installation. Au départ, je devais avoir dix guitares devant moi, finalement j'en ai plus qu'une. J'avais pas de clavier, juste une batterie complète. Ça sonnait un peu comme Glen Branca ou Swans, des guitares désaccordées où je frappais dessus. J'ai finalement tout viré pour avoir plus de puissance avec des cymbales, etc.

C'est pas trop casse gueule avec ce genre de set up d'assurer en live ?

C'est ce qui m'intéresse. Quand tu vois Lux Interior des Cramps, tu sens que le truc est sur le fil. Ou comme Jesus Lizard. Le truc est solide derrière, ce qui permet au leader d'être en roue libre. Pour Usé, c'est pareil, j'ai comme un back up derrière qui me permet de faire n'imp' à côté.

Quel est le process pour tes compositions ?

J'ai d'abord une idée musicale, les thèmes viennent ensuite, sauf parfois pour les chansons d'amour. Ou parfois j'ai l'idée d'un clip, des images, et la musique vient. C'est ce que je vais faire pour une chanson, Tamponne-Moi, avec un propos assez cul. Ca se passera dans des auto tamponneuses. C'est mon coloc' qui réalise tous les clips, on bosse tout le temps ensemble. On se bourre la gueule et on écrit. En gros. L'alcool est assez important dans Usé. J'admire des mecs comme Gainsbourg. Je lisais l'autre jour que Charlotte, sa fille, se plaignait qu'il était tout le temps à bloc... et bien moi j'admire ce mec : je ne sais pas comment il a pu autant ramassé et être autant prolifique. Pour lui mais aussi pour les autres. Rien que pour ça, ce mec me dépasse.

Tu peux nous parler d'Accueil Froid, ta salle à Amiens ?

On avait un squat avec des potes dans lequel j'habitais et on organisait beaucoup de concerts là-bas mais on s'est fait virés. J'en avais marre de paumer le matos et j'ai eu un plan pour louer un endroit, mes potes ont suivi, j'ai mis deux ans à le trouver, j'ai fait des rendez-vous avec la mairie. Ça, c'est après les élections municipales, on a mis deux ans à réouvrir. Pendant deux ans, la ville nous faisait visiter des lieux complètement improbables, j'en ai eu marre, d'où l'idée de me présenter aux élections, avec l'histoire que l'on connait.

Qu'est-ce que ça t'a appris justement ?

Ça m'a pas fait prendre conscience que j'avais pas forcément raison face aux institutions. Mais les gens de la culture à Amiens m'ont énormément aidé. Même des SMAC m'ont soutenu. On a voulu faire les choses à notre manière : engagées et absurdes à la fois. C'est une expérience, c'est intéressant. Quand tu te retrouves chez France Bleu à sept heures du mat', que t'as pas dormi, devant des journalistes à parler des élections, alors que tout le monde écoute ça en direct en allant bosser, là c'est compliqué.

D'où t'es venu le thème de Selflic ?

J'ai souvent des insomnies, j'écoutais I Shot A Sheriff de Bob Marley et j'ai adoré le truc tout lent avec des paroles bien bourrines, le décalage est intéressant. Après j'ai une passion pour les slows. Comme pour Marilou, musicalement c'est une blague mais le texte est une histoire personnelle. Les slows, ça me sert à faire des "pauses" en concert car physiquement, parfois, c'est compliqué. Tout est construit pour le live à la base. Parfois, les intros sont longues mais c'est pour me poser aussi. Après c'est pas de la performance, il y a une part de théâtralité mais comme chez les Dead Kennedys ou les Cramps. Il m'arrive de sortir de concert et les mecs me disent « merci pour la performance » mais de quoi ? J'ai du mal avec ce truc. Ça reste un concert.

Audio

Tracklist

Usé - Selflic (Born Bad Records, 22 juin 2018)

01. Dans sa corde
02. Cardiaque
03. Danser un slow avec un flic
04. Elle seule
05. Dans un coin
06. En 3 secondes
07. Insomnie le temps d'une nuit


Fléau

Fléau, c'est le grand office qu'on s'inflige volontiers - avec ou sans voûtes néogothiques -, un poids synthétique avant toute chose. Mathieu Mégemont fait de la musique d'ambiance, de cathédrale si tu veux, un truc qui s'appréhende verticalement, à l'image des illuminations augustes, de celles qui concentrent toute la lueur sur un détail. Ici, les machines bâtissent, cavalcadent peu, ogive après ogive, élevant le nerf électronique toujours plus haut et tenant la tension jusqu'à la clef de voûte. Voilà à peu de choses près la charpente massive et obscure du dernier album de Fléau, le très synthcoreux II, sorti au printemps dernier chez les copains d'Anywave et d'Atelier Ciseaux. Petit entretien et mixtape aux bons soins de Fléau, avec du très bon dedans.

D’où viens-tu ?

Du XXe siècle, de la fin des utopies, des Pyrénées et des Landes, des églises brûlées en Norvège, des hangars hardtech sous ecstasy, du shit du bled et plus généralement d’une famille dysfonctionnelle. Ou alors, pour citer J.J. Burnel : "je suis descendant de Charlemagne, de Bonaparte et d’Adolf Hitler".

Où vas-tu ?

Dans le mur que je me suis bâti, brique après brique.

Pourquoi la musique ?

Pour communiquer avec le monde sensible, sans doute. Projeter l’univers invisible que j’ai dans la tête.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

Je fais aussi du cinéma. Je refuse de choisir.

Une épiphanie personnelle ?

La montée de Daphnis et Chloé de Ravel qui sortait d’un auto-radio dans la nuit du pays basque alors que je regardais les étoiles, allongé nu dans le coffre d’une Opel Corsa pourrie avec la fille que j’aimais à l’époque.

Une révélation artistique ?

Probablement Suspiria de Dario Argento, enfant. Puis Carpenter, ado. Puis Pialat, adulte. Musicalement, Guns n’ Roses et Pink Floyd en CM2, Burzum en quatrième et la discographie des Beatles à dix-huit ans. Littérairement, les naturalistes français et anglais du XIXe siècle et les inventeurs du roman noir, Dashiell Hammett et Raymond Chandler.

Le revers de la médaille ?

À l’art ? C’est quand même beaucoup de travail et pas mal de souffrance. Mais si on se démerde bien, ça économise un psy et je l’ai choisi, je ne vais pas me plaindre.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Je me pose souvent la question. Je n’ai pas de réponse.

Un rituel de scène ?

Prendre de la drogue. De qualité, idéalement.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

J’aimerais beaucoup jouer du synthé avec ROB pour une B.O. de film. Et avoir Benoît Debie comme chef-opérateur sur un film aussi.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Si je pouvais réaliser plusieurs longs-métrages, je serais déjà extrêmement satisfait. Après, pour Fléau, faire un live dans une cathédrale avec plein de potes aux synthés et moi à l’orgue. Über-mégalo.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Ne change rien. Casse-toi la gueule, relève-toi. Ad lib

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Satisfait d’avoir accompli ce que j’avais déjà en tête enfant. Sans m’être compromis si possible.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

De plein de manières différentes, je ne sais pas encore la prochaine mais j’ai des idées.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Pas de plaisir coupable, j’assume intégralement mes mauvais goûts et ils doivent être nombreux. Trésors cachés musicaux : la B.O. ultra-rare de Chi l’ha vista morire d’Ennio Morricone, Tosankokaiku de Shogun Kunitoki, les deux premiers albums de Polyrock, un groupe de post-punk new-yorkais produit par Philip Glass et The Fever of War de Vilkacis, un one-man-band de Black-Metal de New-York, hyper raw et brillant.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Fléau - II (Anywave/Atelier Ciseaux, 29 mars 2018)

01. I
02. II
03. III
04. IV
05. V


Somaticae l'interview

Que se soit sous son alias Somaticae (lire) ou avec ses side projects comme Balladur et Couleur TV, Amédée de Murcia se fait le gardien d'une musique intransigeante et sans concession. Orfèvre de l'architecture sonore et adepte de l’expérimentation depuis ses débuts, ce personnage discret de la scène techno tisse un univers bien à lui où l'on croise autant la science fiction paranoïaque de H.P. Lovecraft que l'électro déglinguée de Pizza Noise Mafia. Il était temps de lui accorder un entretien au long cours à l'occasion de la sortie de sa cassette, Le Premier Matin, chez Fougère Musique.

Peux-tu nous présenter ta cassette qui sort chez Fougère Musique ?

Le Premier Matin est une compilation d'improvisations enregistrées et éditées durant l'été 2017 dans mon studio, 12 avenue Paul Kruger.

Comment décrirais-tu musicalement cette nouvelle sortie ?

C'est un mini album qui mélange l'electronica, la techno, la musique électro-acoustique et les fields recordings. Par cet album, j’ai voulu retranscrire l’environnement des livres de SF qui m’ont marqués comme ceux de K. Dick, Borges ou Lovecraft mais aussi le roman Paranoïa de Christophe Siébert. Chaque morceau raconte un peu une histoire. Par exemple, Le Premier Matin de la Communauté raconte l’histoire d’une communauté qui, dans un futur proche, s'est retirée du monde. Ce premier matin est celui qui suit une nuit d'ingestion de psychédéliques par le groupe. Durant cette matinée, les habitants se prélassent dans leurs jardins et jouent de la musique, entourés d'animaux, en savourant les effets sensoriels et visuels qu'ils ressentent. Dans cette expérience communautaire décrite par le morceau, la notion du temps et des individualités est effacée. Quant au morceau Le Dieu Crapaud de Siébert, il raconte la scène ou Népès s'accouple pour la première fois avec le dieu crapaud Zoga dans son roman Paranoïa.

Il y aussi l'oeuvre vidéo de Martin Le Chevalier, Félicité, dans laquelle j’ai trouvé un écho à certains de mes morceaux. Cette oeuvre raconte une société si utopique qu'elle en devient effrayante, le monde égalitaire merveilleux qui y est décrit témoigne en creux de notre société. Le Premier Matin est donc un album qui parle de créatures de science fiction, d'utopie et d’une communauté psychédélique imaginaire.

Est ce que la littérature, le cinéma ou d'autres domaines influencent ta musique ?

Il y a donc la littérature de science fiction qui m’influence, mais aussi les livres de Noam Chomsky sur la dictature de l'impérialisme américain appuyé par la CIA ou encore ceux de Slavoj Žižek qui démonte l'idéologie de notre société en citant le cinéma hollywoodien. J'aime aussi beaucoup lire des revues comme Tacet, Audimat ou Revue & Corrigé. Ça me permet de prendre du recul sur ma pratique et de découvrir d'autres points de vues sur la musique. Le cinéma est important aussi, je citerai notamment trois films qui ont nourri l'imaginaire de l’album :

- Valérie au Pays des Merveilles, de Jaromil Jires, qui raconte le voyage onirique d'une jeune fille dans un monde à la fois merveilleux et inquiétant. On y trouve de fortes symboliques sur la tyrannie des adultes, des premiers émois sexuels et de la puberté.

The Wicker Man, de Robin Hardy, qui interroge sur ce qui constitue la marginalité dans notre société. Le héros est un inspecteur catholique qui se retrouve sur une île où les habitants vivent ouvertement un rite païen de fertilité ; tout ce qui est amoral pour lui (et pour nous) ne l'est pas sur cette île, et inversement.

- Les Conspirateurs du Plaisir, de Svankmajer, qui raconte les préparations solitaires de rituels érotiques étranges, rituels orchestrés secrètement par des gens ordinaires. J’aime aussi beaucoup l'art vidéo de Lionel Palun, Xavier Querel, Joris Guibert ou encore Electroncanon.

Est-ce que le processus créatif a été différent pour cette nouvelle sortie ?

Oui et non. Ce n'est pas la première fois que j'improvise en studio pour en faire un album mais, par rapport au précédent (Djinn Larsen, ndlr), les techniques ont été un peu différentes. Pour ce disque, j'ai fonctionné systématiquement ainsi : tout d'abord je me préparais un premier dispositif d'instruments issus de mon studio (boîte à rythmes, samples, effets), puis quand je trouvais une base de réglages de paramètres qui me plaisait, j'enregistrais et j'improvisais sur six ou sept minutes. Ensuite, cette première base était raccourcie et je cherchais d'autres éléments à ajouter en transformant mon dispositif d'instruments initial. J'enregistrais alors une seconde piste improvisée en m'imprégnant de la première, puis une troisième et ainsi de suite. Enfin, je cherchais des fields recordings d'animaux qui me rappelaient les sons que j'avais créés et je les glissais par intermittence. Il me semble que c’est une manière simple et amusante d'intégrer des éléments de réel aux sons électroniques afin d'évoquer des paysages ou des scènes de vie imaginaires.

Est-ce que l'expérience du live t'intéresse plus que le studio ?

J'adore tout autant le live et le travail en studio, et j'ai besoin de passer de l'un à l'autre pour confronter mes idées et en découvrir de nouvelles. Je fais bien sûr une distinction entre ces deux expériences. L'expérience du studio, c'est être seul dans une pièce avec une acoustique assez neutre, où il y a des enceintes d'écoute très précises (de monitoring). C'est un cocon aseptisé qui permet de travailler le son de façon chirurgicale afin de créer un enregistrement qui comporte le moins de différence possible lorsqu'il sera diffusé sur différents systèmes sonores. Dans ce lieu hermétique et intime, je travaille seul tout en imaginant bien sûr les réactions de l'auditeur futur.

Le paradoxe, c'est qu'il y a à la fois plus de liberté de création par rapport à un live (car il n'y a pas de limitation de durée d'expérimentation, pas de public réel), mais en même temps il y a plus de contraintes puisqu'on élabore le futur enregistrement qui sera par la suite à jamais figé numériquement. L'autre chose importante pour moi, c'est que le studio me permet aussi d'élaborer une composition non figée, spécialement prévue pour le concert où je viendrais soumettre une interprétation au public le soir venu - en ce moment, je n'improvise pas mes lives.

Le live, au contraire, c'est être dans un lieu où tous les paramètres externes comptent et sont insaisissables ; le soundsystem et l'acoustique de la pièce mais aussi l'affluence du public et son comportement, ce qu'il a consommé, s'il est attentif, s'il est venu pour la tête d'affiche, etc. Avec aussi, bien sûr, l'heure de la nuit et mon état moi-même. Je souhaite toujours jouer en bas, au milieu du public, afin d'entendre le même son que les gens mais aussi dans l'espoir de créer un rapprochement et une émulation entre l'artiste et le public, de casser cette image du musicien en haut, sur un piédestal. Le live et le studio, c'est donc indissociable, très différent mais tout aussi vital pour moi.

Peux-tu nous parler du podcast que tu nous as concocté ?

Ce podcast est un petit best of personnel des artistes qui m'ont inspiré ces derniers temps. Les samples percussifs et polyrythmiques de Jake Meginsky et de Raymonde m'ont pas mal impressionné par exemple. J'ai aussi beaucoup appris des jeux de distorsions sur les basses de boîte à rythmes ainsi que les delays sur les rythmiques avec C_C. J'apprécie beaucoup le minimalisme et la précision chirurgicale dont peut faire preuve Yann Legay ou encore Exoterrism, que ce soit en live ou sur disque. J'ai vu à plusieurs reprises des très bons lives de Terrine et j'ai été frappé par les textures très pures et dures, façon Pan Sonic ou Autechre, qu'elle peut générer avec uniquement la drum machine, ça m'a donné envie de pousser plus loin mon sampler octatrack. Il y aussi le jeu très surprenant de Typhonian Highlife qui peint un univers d'extraterrestres sur ses vieux synthés digitaux, je l’ai vu faire un beau concert l’été dernier à Grrrnd Zero. Il y aussi d'autres artistes dont j'aime beaucoup les concerts et les disques mais que je n'ai pas pu mettre sur le podcast : Accou, Jean Bender, Pizza Noise Mafia, Low Jack, Homnimal, Pierre Berthet.

Quel est ton parcours musical ? Comment es-tu arrivé à l'expérimentation ?

J'ai adoré écouter de la musique très tôt : dès mes onze ans, j'empruntais des disques à la médiathèque avec une préférence pour l'électronique. Ainsi, Homework des Daft Punk a beaucoup tourné quand j'étais en sixième. Mais très vite, en piochant dans les bacs de la médiathèque, je suis tombé sur Aphex Twin, Autechre et Amon Tobin, et là ça été une première révélation. Je voulais absolument faire quelque chose qui ressemblerait à ça. Seulement je n'avais pas les mêmes moyens ! Alors j'essayais des choses sur une vieille boîte à rythme et un 4-pistes emprunté à mon père, puis sur des logiciels sur ordinateur où je m'amusais à ouvrir des fichiers images sur des logiciels de son ou à enregistrer avec un micro de webcam les objets de la maison qui me passait sous la main et les tartiner d’effets. Donc l'expérimentation a été là dès le départ, et au fur et à mesure j'ai été capable d'imiter mieux mes idoles et les styles que j'aimais en maîtrisant mieux les logiciels. Depuis j'essaie de mélanger un peu de tout ce que j'aime en essayant d’utiliser les éléments de différents styles non comme références mais comme des outils pour la création.

Peux-tu nous parler de tes autres projets ?

Depuis cinq ans, j'ai un duo très pop qui s'appelle Balladur. En ce moment, on s'amuse beaucoup à mélanger des éléments de pop africaine ou indonésienne, du dub, de la new-wave ou encore du rockabilly. J'ai aussi formé un duo avec Edouard de C_C (parfois rejoint par Hugo Saugier à la vidéo), ça s'appelle OD Bongo et c'est plutôt drum et bassline, on s'inspire beaucoup de Muslimgauze et de Jah Shaka. Avec Hugo Saugier, on a monté un duo audiovisuel qui s'appelle Couleur TV. On travaille sur des samples et des larsens vidéos, en synchronisation avec des samples audios, dans une esthétique de patchwork télévisuelle flippante. Sinon, avec Romain de Balladur, on a aussi deux autres duos, le premier s’appelle Vinci, où on fait une musique instrumentale très répétitive, une sorte de krautrock industriel avec des nappes dissonantes et des synthés saturés, le second est Sacré Numéro qui est une performance avec la voiture de Romain qu’on remplit de micros et de capteurs.

As-tu des lives prévus ?

Pour ce qui est du mois de mai, je joue Couleur TV et Somaticae les 11 et 12 pour le Toulouse Hacker Space Festival et je finis avec une tournée de Balladur, dans le Finistère, du 18 au 27.

Ensuite en juin, je joue Vinci le 02 aux Tanneries, à Dijon, puis j'enchaîne sur une semaine de résidence avec Jérôme Fino à Besançon, pour le festival Bien Urbain où nous allons travailler sur le son des champs électromagnétiques des distributeurs de billets de banque. Le concert sera le 09.

Comment vois-tu la scène techno évoluer à Paris ces dernières années ?

Absolument aucune idée ! Je ne fréquente plus les clubs et je ne suis pas parisien. Je crois que les scènes musicales qui m'intéressent se trouvent dans d'autres villes comme Bruxelles, Lyon, Leipzig, Marseille ou encore Amiens.

Qu'est-ce que tu fais quand tu ne fais pas de musique ?

Avec des amis, nous nous occupons de la programmation du collectif Si au Périscope, à Lyon. On a déjà fait venir entre autres Christine Webster, Yann Leguay, Nicolas Maigret et Xavier Charles. On espère pouvoir faire venir Alexandre Chanoine en juin, qui travaille sur des objets sonores fabriqués en pierre et en bois. Je pense aussi faire un petit label de k7 avec Romain de Balladur, ainsi qu'un fanzine musical à plusieurs pour parler des artistes et groupes qui nous semblent pas assez mis en avant malgré leurs talents. Pour le numéro zéro, on a prévu un entretien croisé entre Golem Mécanique et Perrine Bourel, un portrait de Terrine, une interview avec un report de concert de Bégayer ainsi que des photos d'un super festival à Cherbourg.

Quel est ton meilleur souvenir de concert ?

Mon dernier bon souvenir de concert, c'est Pierre Berthet qu'on a fait jouer au Périscope, à Lyon, il n'y a pas longtemps. Il a fini son concert en se déplaçant au milieu de la foule et en portant sur la tête une cocotière sertie de coquilles de moule qui produisaient un crépitement cristallin lorsqu’il marchait. Il fallait voir ce sexagénaire faire bruisser son casque devant un public l'écoutant religieusement ! J'ai trouvé ça à la fois drôle et poétique.

Mixtape

Tracklist

Somaticae - Le Premier Matin (Fougère Musique, 08 mai 2018)

01. Le Dieu Crapaud de Siébert
02. Je Suis Resté Perché
03. Ils Dorment Sous l'Eau
04. Ticae Dub
05. Le Premier Matin de la Communauté
06. Après Nous, les Insectes


Kaviar Special

Avec leur troisième album Vortex, sorti en janvier dernier sur Howlin' Banana, les Kaviar Special ont tout bonnement pulvérisé les limites dans lesquelles ont les avait injustement enfermés jusqu'à présent. Il faut bien dire qu'on en a soupé, ces dernières années, des groupes de garage français se rapprochant souvent davantage de la nuisance sonore que du don du ciel. Et forcément, on s'arme progressivement d'une méfiance auditive aux allures de simple préservation de soi. Dès le précédent #2 (lire), on avait toutefois bien saisi que ce groupe-là n'était pas parti pour passer dans les pertes et profits d'une scène garage-psyché française assez cruelle, surtout lorsqu'il s'agit d'enfermer en un éclair à la cave des groupes qu'elle a posé en tête de gondole le temps d'un track ou deux. Avec Vortex, les Rennais sont, eux, bien partis pour durer tant ils apparaissent au-dessus de la mêlée sur ce coup : production de haute volée, arrangements méticuleux et morceaux aux reins suffisamment solides pour supporter un son puissant, très puissant mais jamais lourdingue. Ce LP respire le travail bien fait, l'inspiration et l'émancipation d'avec ses figures tutélaires, à commencer par Thee Oh Sees.

Agenda : actuellement en tournée, avec notamment une date parisienne au Petit Bain le 18 mai prochain (event FB) en compagnie de Volage et Th Da Freak, on ne saurait donc trop vous conseiller de vous radiner pour transpirer du boule à l'occasion de l'un de leurs concerts fiévreux. En attendant, Léo, guitariste rythmique et chanteur du groupe, répond à notre interview Out Of The Blue tandis que le groupe nous gratifie d'une mixtape de leurs marottes du moment, en écoute ci-dessous.

D’où viens-tu ?

On vient de Rennes, en Bretagne. Musicalement on vient du garage, des compils Nuggets à ces bons vieux Oh Sees.

Où vas-tu ?

Le garage fut une excellent école, accessible et décomplexante, comme le punk à une époque j'imagine. Cependant, on essaie maintenant de sortir de nos carcans et réflexes en terme de composition et de jeu. Il y beaucoup d'autres terrains sur lesquels on aimerait s'aventurer.

Pourquoi la musique ?

Parce qu'il y en a partout, tout le temps et pour tout les goûts. Tout le monde entend de la musique au moins deux à trois minutes dans sa journée et même lorsqu'elle est subie, comme celle des supermarchés par exemple. C'est peut-être la forme d'art la plus répandue parmi nous. On en est tous complètement imprégnés. Et de l'écoute à la pratique, il n'y a qu'un pas.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

J'espère que j'aurais plus travaillé à l'école.

Une épiphanie personnelle ?

En fait tout ce qui est phaser, chorus, flanger et cie. C'est trop bien.

Une révélation artistique ?

J'ai eu un gros coup de foudre pour Alan Parsons Project pas plus tard qu'il y a deux jours mais je suis un peu cœur d'artichaut.

Le revers de la médaille ?

Les sept heures dans le camion pour aller jouer à l'autre bout de la France devant un public clairsemé, les grosses fiestas ratées parce que tu n'es que rarement dispo les week-ends. Et les acouphènes.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Pas besoin de grosses scènes et de sorties marketées pour faire de la musique. C'est pareil pour toute forme d'art, non ? À ce moment-là, je dirais : y a-t-il réellement une mort artistique ? Comment savoir si tu ne réécriras pas quelque chose un jour ?

Un rituel de scène ?

Pas au sens propre, non. On aime bien rigoler, se charrier et s'exciter dans les loges comme des chiens fous. Ou alors on fume des cigarettes magiques pour jouer à l'américaine, ça dépend.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Faire un clip avec Romain Gavras ou Quentin Dupieux, ce serait bien cool.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

On a pris des pieds énormes en jouant dans des rades et on a aussi joué sans envie sur des énormes scènes de gros festivals, bien que le contraire soit plus vrai. Ce que je veux dire, c'est que c'est impossible de savoir comment on réagira aux choses lorsqu'elle arriveront alors on prends ce qu'il y a à prendre quand il y a, avant de penser à ce qu'il pourrait y avoir.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Si tu veux pas travailler à l'école, apprends au moins à faire des solos de guitare et à chanter à la tierce parce que tu mettras des années à combler ce manque.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Toujours en train d'essayer de rentrer le solo de Into The Void de Black Sabbath. Blague à part, je n'en ai aucune idée.

Comment vois-tu évoluer votre musique ?

Dur à dire. En tout cas, on essaie de sortir de ce que l'on sait faire, c'est-à-dire de faire autre chose que du rock bourrin plein de fuzz. On se challenge en se lançant dans des façons d'écrire et de jouer pour nous inédites. Un gros travail, aussi, est celui d'acquérir un son et une façon de composer qui nous soit propre, trouver une personnalité forte. Que les gens qui écoutent soient capables de dire que c'est Kaviar, et pas autre chose.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

On adore les soirées clubbing et les festivals électro.

Écoute exclusive


Dollkraut l'interview

Avec son kraut rock hypnotique et sombre, Dollkraut signe la BO parfaite d'un giallo italien imaginaire via l'album Holy Ghost People. Après un passage remarquable à la Station, cette fois en formation complète, les hollandais pourraient bien détrôner la référence du genre Beak> grâce à ses compositions arides à l'esthétisme rétro. On fait les présentations.

Comment se passe ta tournée ?

Plutôt bien ! C'est toujours agréable de jouer sa musique devant des étrangers.

Tu aurais une anecdote de tournée à nous faire partager ?

Oh mec, j'ai vu tellement de choses se passer en live que je ne m'en rappelle même plus. Mais on adore quand les gens deviennent tarés devant nous et qu'ils se mettent à faire du crowdsurfing.

Pourquoi as-tu décidé d'avoir un groupe sur scène à présent ?

Je pense que c'était la meilleure manière de présenter Holy Ghost People. Ce nouvel album sonne plus organique que le précédent.

Justement, comment le décrirais-tu ?

C'est plus un album « d'écoute » je dirais. Dans le sens où il y a beaucoup plus de profondeur. J'ai utilisé des instruments différents pour insuffler des éléments psychédéliques aux chansons. C'est d'ailleurs la principale influence d'Holy Ghost People , je voulais qu'il y ai une couleur qui ressemble aux vieux disques de psychédélisme, cette vibration si particulière.

Comment composes-tu ?

Je n'ai pas de processus particulier. C'est toujours différent. Parfois les paroles me viennent en premier, d'autres fois, j'enregistre d'abord la mélodie.

Tu te sens proche de d'autres formations ?

J'essaye de ne pas trop écouter ce qui se fait. Ça me pousse à ne pas suivre de tendance et de faire mon propre truc.

Ta musique est assez visuel. Est ce que le cinéma influence tes compositions ?

Énormément ! Des films comme The Holy Mountain, The Trip mais aussi L’ascenseur ou le film l'Alpagueur avec Jean Paul Belmondo ont une influence considérable sur mon travail.

Comment se porte la scène musicale à Amsterdam ?

C'est assez vivant, ll y a beaucoup à offrir. Mais encore une fois, ça peut aussi être très limité. Tu le vois partout, quand une musique commence à devenir moins accessible, le gens ne prennent pas le temps de vraiment l'écouter. Et donc, c'est parfois compliqué de remplir les salles de concert.

Tu penses qu'Amsterdam est une bonne ville pour être artiste et faire de la musique ?

Bien sûr ! Pas mal de gens de l'industrie du disque vivent ici, donc c'est plus facile de les approcher. Après, il y a toujours mieux. Rotterdam par exemple, qui est une ville très inspirante.

Que fais-tu quand tu ne composes pas ?

J' écoute de la musique, j'en poste pas mal sur la chaine web Intergalactic FM channel 4, et je bosse sur des artworks.

Ta musique fait beaucoup penser à des formations comme BEAK>, et à des vieux soundtracks de films d'horreur...

Peut être bien...Mais merci du compliment ! Si un réalisateur de films d'horreur veut travailler avec moi, dis lui de m’appeler sans problème.

Tu te vois toujours faire de la musique dans dix ans ?

Aucune idée, je peux très bien passer sous un train demain, donc bon. Je laisse cette question à ma destiné.

Tu aimerais produire d'autres artistes ?

Pas pour le moment. Mais je pense qu'une collaboration avec Roisin Murphy serait très intéressante.


House of Wolves l'interview

Du séminal Fold In The Wind paru en 2011 (lire) au plus récent troisième album éponyme (lire), Rey Villalobos, aka House Of Wolves, fait définitivement partie de ces quelques artistes avec lesquels Hartzine entretiendra toujours une histoire d'amour, du moins aussi longtemps que le californien nous gratifiera de ses chansons à la grâce et à la délicatesse infinies. Avec une constance étonnante, l'ami Rey nous avait déjà ravis il y a quelques mois avec son dernier LP qui, tout en soulignant le sens mélodique inouï de son auteur, prenait davantage d'ampleur et d'oxygène avec l'apport d'un quatuor à cordes et une section rythmique plus marquée. Une richesse sonore témoignant d'une volonté d'évolution artistique ne reniant pour autant rien d'un passé discographique frisant le sans faute. Toujours en très grande forme, c'est avec un split EP en compagnie d'Emily Jane White, à paraitre sur le label français Discolexique, que nous revient déjà House Of Wolves. Un EP sur lequel chacun reprend un titre de l'autre (Keeley pour House Of Wolves et Just Shy Of Survival pour Emily Jane White) et se fend pour l'occasion de deux nouveaux titres. Six tracks, donc, qui trouvent ensemble une cohérence étonnante, témoignant d'une longueur d'onde partagée entre les deux artistes. Et comme ces deux-là sont loin d'être des manchots,le tout s'écoute avec délice et délectation, dans une certaine légèreté de ton sur laquelle on n'aurait pas forcément parié sur ce coup, malgré le poids émotionnel de certains textes. En témoigne notamment l'irrésistible "Up High And low", qui dévoile une facette plutôt détendue du bulbe de son auteur.

Profitant de leur passage à Rennes le 21 mars dernier dans le cadre de leur tournée commune, et ce jour là, dans le cadre des 20 ans du festival Rennais Les Embellies, on a posé quelques questions à Rey Villalobos, déjà sept années après une première rencontre marquante.

House Of Wolves nous a également fait l'honneur d'une session live quelques heures avant son concert, nous offrant un petit moment de grâce et de générosité dans un coin de loge exigu et pas loin d'un évier, choisi par Rey Villalobos lui-même pour son acoustique et son intimité. La vidéo est à (re)découvrir ici-même.

INTERVIEW  (Rennes, Église du Vieux Saint-Étienne, le 21 Mars 2018)

Te voilà déjà de retour en tournée avec Emily Jane White quelques semaines après la tournée de House Of Wolves pour le dernier album. La scène est-elle un exercice que tu aimes de plus en plus ?
You are back again on tour with Emily Jane White a few weeks after having been on tour for the last album of House Of Wolves. Is being on stage an exercise that you increasingly cherish ?

C'est un défi que de jouer et de présenter ses chansons quand on se produit dans des endroits différents, et après chaque concert, on se demande ce qu'on peut améliorer. J'aime refaire cet exercice encore et encore. Le résultat n'est jamais figé : continuer à faire de la scène, apprendre, améliorer le set...C'est toujours très amusant de voir tout ce qu'on peut faire et c'est aussi un défi que de faire ça en solo parce qu'on se retrouve sur scène, complètement seul, à se demander comment on va faire pour faire en sorte que personne ne s'ennuie pendant 40-45 minutes, et comment on peut jouer avec le set sans un groupe avec soi.

It's a challenge to play and present your song when you play in different situations and after each show you wonder what you can do better. I am enjoying doing it again and again. It's a work in progress all the time : to continue to be on stage and to learn and to make the set better...it's always really fun to see what you can do and it's also really a challenge to do that solo because you're just up there totally by yourself wondering how you're going to keep everyone interested for 40-45 minutes, and what can you do to the set without band.

Ton dernier album, plus riche musicalement, t'a aussi amené à jouer avec groupe, contrairement à tes débuts. Qu'est que cela change dans ton approche de la scène ?
Musically richer, your last album has brought you to play with a band, contrary to when you started performing. What has it changed in the way you perceive being on stage ?

J'ai joué avec des groupes avant. J'ai été dans un groupe de rock donc ça n'a pas vraiment changé mon approche de la scène sauf que quand on joue dans un groupe, les questions de logistique sont tellement plus compliquées en comparaison avec une tournée solo... Mais c'est tellement génial de jouer avec des personnes avec qui le courant passe. J'ai joué avec une altiste, Olive, à Paris, et il y a aussi mon ami Mike, et quand on trouve des gens comme eux avec qui on crée une alchimie, l'énergie change complètement et on en vient à ajouter juste assez de dynamique pour être encore plus dans l'instant.

I've played with band before. I actually was in a rock band before so it hasn't really changed my perception of being on stage except when you play with band, logistics are much more complicated comparing to when you're solo. But then playing with people you click with is so awesome. I've played with a violist, Olive, in Paris, and there's my friend Mike, and when you find people like them with whom you can connect, the energy changes completely and you add just enough dynamic to be more into the moment.

Tes deux premiers albums apparaissaient très intimistes. Le 3ème, « House Of Wolves », est apparu beaucoup plus ouvert, plus ample (dans les orchestrations notamment, - de piano, + de cordes). Aujourd'hui, c'est un split EP avec Emily Jane White qui sort... Qu'est-ce que cela dit de ton évolution artistique ? Es-tu de plus en plus ouvert à l'extérieur ?
Your first two albums came as very intimate. The third one, « House Of Wolves », came as more opened, it gained momentum (especially with the arrangements, less piano, more strings). Today, it's a split EP with Emily Jane which is out now... What does it say about your evolution as an artist ? Are you more opened to exterior influences ?

J'ai fait les deux premiers en solo et le suivant a été enregistré en live, avec un groupe -batterie, basse, guitare et piano -, et quand on a joué cet album de bout en bout, on a joué fort...J'aurais aimé pouvoir amener ces personnes mais le coût était tout simplement trop élevé...Et pour l'album d' après, je me demandais s'il fallait mieux faire quelques chose de plus doux, ou carrément glam rock...On peut prendre n'importe quelle chanson et lui donner des accents rock ou super low fi donc j'aime bien tester les deux et envisager toutes les possibilités d'une chanson.

I did the first two solo and then the next one was recorded live, with a band -drums, base, guitar and the piano-, and when we tracked that album we were playing loud, we were rocking loud...I wanted to bring those guys but it was just so expensive...And for the next record I was wondering if I should be doing it with more mellow accoustics, or go glam rock...You can take any song and make it rock or super low-fi so I like going both and try and dicover all the possibilities for a song.

Avais-tu besoin de bousculer les codes édictés par toi-même concernant ta musique, l'envie d'une évolution plus marquée ?
Did you feel like you had to shuffle the lines of conduct you drew concerning your music, some sort of urge for a more affirmed evolution ?

J'en avais assez de faire de la folk ombrageuse, je venais de faire à la suite deux albums folk donc j'avais envie de tester quelque chose de différent, pas non plus un album glam rock complètement fou, mais différent.

I was tired of doing dark folk, I had made two folk records back to back so I wanted to something not full on crazy glam rock but different..

Le piano est de moins en moins présent dans ta musique, y compris sur cet EP. Quel est aujourd'hui ton rapport à ce qui est pourtant ton instrument de prédilection ?
The piano is less and less present in your music in general, and that's the case too on this EP album. How do you relate now to what's your favourite instrument ?

C'est vraiment juste une question pratique, on voulait faire rapidement cet EP donc on a travaillé avec une guitare. De plus, quand on est on tournée, personne ne va vouloir trimballer un piano partout avec lui...Mais ce serait super de refaire un album avec piano. Christophe (NDLR: le patron du label Discolexique) a réussi à nous avoir un piano pour la date de Lille donc à Lille on s'accompagnera juste d'un piano, sur ce tour.

It's really only just a question of convenience, with this EP, we wanted to do it quickly so we worked with a guitare, and also, when touring, you don't want to carry a piano around with you...but we'd love to do a full piano album again, and in fact Christophe managed to get us a piano for our date in Lille so we're playing with just a piano in Lille on this tour.

A propos de « House Of Wolves », j'ai beaucoup entendu et lu de références à Elliott Smith et notamment son album « Figure 8 », te présentant comme son successeur. Que penses-tu de cette filiation ?
About « House Of Wolves », I've read and heard many references to Elliott Smith, and especially his « Figure 8 » album, that presented you as his successor. How do you feel about this filiation ?

Vous rigolez, c'est incroyable...Je suis honoré...

That's amazing, are you kidding me ? I feel honored...

Pour ce split EP, comment vous êtes vous rencontrés et qui a proposé à l'autre une collaboration ?
For this split EP, how did you meet and who asked the other for a collaboration ?

Je reprends une de ses chansons, et elle reprend une des miennes, et c'est comme ça qu'on s'est rencontré. En 2015 je donnais une interview pour une émission de radio à Toulouse et ils passaient des morceaux, et là j'ai entendu une de ses chansons et j'ai trouvé que c'était un bon morceau. Je l'ai mis sur une playlist qu'on m'avait demandé pour un blog. Et on a fini par demander à Emily si elle voulait qu'on travaille ensemble, et on s'est rencontrés sur Facebook.

I'm covering one of her songs and she is covering one of mine, and this is how we met : I was in Toulouse in 2015 doing a radio interview show and as they were playing songs, I heard one of her songs and I thought it was a good song, I put it then on a playlist I did for a blog. And we ended asking Emily if she wanted to do the collaboration and we met online on Facebook.


Peux-tu nous parler de la genèse du disque ? Comment avez-vous procédé pour l'écriture et l'enregistrement ?
Can you tell us about the making of the record ? How did you do its writing and recording ?

J'ai enregistré ma reprise d'Emily dans ma ville natale à coté de Santa Barbara, avec Tom Flowers dans le studio qu'il a chez lui, avec une guitare acoustique et un vieux micro des années 60, je crois. Et pour les deux titres originaux, je les ai enregistré à L.A, chez Fireproof Recordings et j'ai embauché un de mes amis, Duncan, pour jouer la guitare lead... Et moi j'ai seulement apporté ma guitare acoustique.

I recorded Emily's cover song near Santa Barbara in my home town, with Tom Flowers in his home studio with an accoustic guitare and an old sixties microphone. And for the two originals I recorded them in L.A at Fireproof Recordings and I just brought my accoustic guitare down and I hired a friend of mine, Duncan, to play the lead guitare.

En quoi vous sentez-vous proches artistiquement avec EJW ?
In which ways do you feel artistically close to EJW ?

J'aime ses suites d'accords, comme dans la chanson « Keeley », je me retrouve dans ses suites d'accords, dans ses mélodies.

I like her chords progression, like in the song « Keeley », I could feel myself in the chords progression, in her melodies.

Comment places-tu ce split ep dans ta discographie? Y trouve-t-il une place cohérente ou est-ce une parenthèse?
Where would you classify this split in your discography ? Does it fit organically or is it a parenthesis ?

Je pense qu'il fait partie d'un ensemble assez organique, l'album suivant pourrait être assez similaire, plutôt folk, assez low fi, ou peut-être sera-t-il plus glam rock...ou peut-être les deux à la fois...

I think it's quite organic, the next one could be quite similar, folkish, quite low fi, or maybe it will be more glam rock... or maybe both...

Ce split EP apparaît assez cohérent sur la globalité. Comment avez-vous procédé pour trouver cette homogénéité ? Etait-elle voulue ou s'est-elle présentée naturellement ?
This split EP sounds like a whole. How did you manage to find this homogeneity ? Was it something you were aiming for or did it come as something natural ?

On a eu de la chance parce que c'est venu plutôt naturellement, j'enregistrais, elle jouait...on a été très chanceux.

We were kind of lucky and it came rather naturally, I recorded, she played...we were really lucky.

Dans une interview pour Hartzine en 2011, tu nous présentais l'idée qui alimentait ton projet musical comme une « nostalgie lointaine et entêtante ». Le dirais-tu de la même manière aujourd'hui ?
In an interview for Hartzine in 2011, you labelled what nourrishes your music as « a haunting far away nostalgia ». Would you describe it in the same way today ?

Pareil. La nostalgie d'une époque plus simple, comme une chanson d'amour...Je reste fidèle à mon slogan.

The same, a nostalgia for a more simpler time, like a love song...I'n sticking with my slogan.

Toujours en 2011, tu nous disais à propos de « Fold In The Wind » que ton ambition était de « faire un album très tranquille de chansons d'amour que je pouvais jouer seul ou avec un groupe » . L'ambition pour le troisième album, voire cet EP, était-elle différente ?
Still in 2011, you told us about « Fold In The Wind » that you wanted to make « a very chill album of love songs that – you – could tour solo or with a band. Was it a different ambition for the third album and this EP ?

Je n'ai pas pensé à la tournée quand j'ai monté cet album, j'ai juste assemblé les morceaux...Je me rappelle avoir pensé à ça pour les deux premiers albums, le troisième est un album pour un groupe, il a besoin de batterie et d'une guitare basse pour être joué, mais pour cet EP, je l'ai fait sans arrières pensées, sur ce projet je me suis simplement contenté de faire de chouettes chansons.

I didn't think about the touring aspect on that album, I just put the songs on there... I remember thinking that for the first two ones, the next one is more of a band album that needs drums and bass but for this EP I did it without any thoughts, I was just focusing on making cool songs for this project.

interview réalisée par Marie Baudouin & Sylvain Le Hir

Session

Le duo de choc est toujours en tournée actuellement dans toute la France:

27/03 : Dijon – adresse sur réservation au sabotage_box(at)hotmail.com
28/03 : Bourg-en-Bresse – La Tannerie
29/03 : Saint-Étienne – Le Fil
30/03 : Romans-sur-Isère – La Cordonnerie
31/03 : Toulon – Hôtel des Arts
01/04 : Toulouse – La Sainte Dynamo
04/04 : Nancy – Crypte de la Basilique Saint-Epvre (festival Off Kultur #2) Pays Bas
24/03 : Den Haag (NL) – PAARD Belgique
25/03 : Liège (B) – La Halte / Brunch JauneOrange (concert à 13h)
25/03 : Namur (B) – Chez Lisa (concert à 19h)


Lulu Van Trapp l'interview

C'est dans les profondeurs de Pigalle que j'ai rencontré un animal étrange, lunatique, qui chantait à tue tête de la pop mélancolique aux mélodies d'ailleurs. Il y a quelques jours autour d'une limonade Rebecca Baby et Maxime Sam Rezài m'ont éclairée sur le mystère Lulu Van Trapp.

Qui est Lulu Van Trapp ?

Rebecca : C'est un avatar que je m'étais créé au sein de notre ancien groupe La Mouche. On était très DIY on faisait tout nous même du coup je m'étais crée un personnage de manager imaginaire pour la Mouche. Un pour moi et un pour Max, il s'appelait Abaham Chance. Je me faisais passer pour elle quand il s'agissait de la partie booking du groupe. Pour ce projet au début on était seuls au Wonder avec Max à faire nos petites démos. On se sentait un peu moins seuls avec l'idée d'une tierce personne. Lulu Van Trapp est un groupe mais avant tout un personnage totem.

Comment s'est passé la transition de La Mouche à ce nouveau projet ?

Rebecca : On n’a pas arrêté La Mouche pour démarrer Lulu Van Trapp. Ce projet existait déjà en tant que side projet depuis un moment. C'était notre rendez-vous à tous les deux pour faire de la musique qui nous plaisait, qui était plus pop, le groupe de l'interdit.

Max : C'était plus intime. Lulu Van Trapp c'est le groupe où on se retrouvait au pied de l'arbre tous les jours à une heure donnée. C'était notre petite bulle à Rebecca et à moi, notre truc à nous. La Mouche a cessé de voler par elle-même et on a concentré nos efforts sur ce projet. On voulait faire de la musique un peu plus rock. Avec Lulu Van Trapp on crée un univers, des sensations qu'on n’arrivait pas à se procurer avec La Mouche. On essaye d'avoir un éventail de choses à transmettre. On avait encore beaucoup de choses à donner.

Max : La volonté de recruter d'autres musiciens est venue assez rapidement. Nico notre batteur et sampleur du désert, on le connait depuis des années, on a tourné avec ses anciens projets, on a fait plein de jams avec lui. Ca a été une évidence comme nous comme pour lui de bosser ensemble. Il avait adoré le tout premier set de Lulu Van Trapp super simple qu'on avait donné à la Rat’s Cup à Biarritz l'année dernière.

Rebecca : Nico est batteur pour un autre groupe qui s'appelle Spa Massage et un des musiciens de ce groupe, Manu, est devenu notre bassiste. C'est Nico qui l'a recruté pour nous. On a très vite eu notre première vraie date à quatre à la Maroquinerie en première partie de Faire. On a dû très vite rentrer dans une phase de travail assez intense en résidence afin de préparer ce concert là, ça nous a énormément rapprochés.

Comment se déroule le processus créatif au sein du groupe, qui fait quoi ?

Rebecca : Max et moi on travaille en binôme, on chante et on écrit à deux depuis longtemps. C'est
toujours beau quand on écrit, moi je suis la main qui gribouille et lui est allongé à rêvasser à côté de moi, la guitare à la main. Il me balance souvent des thèmes, des mots et j'essaye d'écrire dessus. Dès que je bute il a juste à dire un mot pour me relancer. On pourrait pas faire l'un sans l'autre. Pour la musique, c'est l'inverse. Max arrive avec des accords et on mélange nos idées. C'est une partie de ping pong entre nous. Lulu Van Trapp est clairement basé sur notre binôme en ce qui concerne les idées de base. Après, les chansons ne seraient pas les mêmes si on ne les partageait pas avec nos musiciens, ils nourrissent notre musique. Chaque membre apporte sa touche.

Max : Chacun est libre dans sa partie. Même quand on a une idée, on a souvent le désir de tout reconstruire, de tout recommencer en partant des idées des autres membres du groupe. On a envie de tout changer. J'adore l'essai, essayer des morceaux version country, version tropical, version pop anglaise, ça dépend.

Quelles sont vos influences musicales ? Où trouvez vous ces sonorités si singulières ?

Max : J'avais jamais vraiment joué de la guitare avant Lulu Van Trapp. Même pour Rebecca c'est un nouveau challenge qui se présente à elle. On utilise toujours son corps et son chant comme plateforme mais c'est différent. Rien que dans les paroles c'est plus fantastique mais aussi plus frontal. On raconte des choses que l'on vit. Tout est fluide entre Rebecca et moi. Dans ce projet, de l’œuf à son éclosion il se passe très peu de temps. Il y a plus de kilomètres au compteur.

Rebecca : Lulu Van Trapp c’est le groupe de la maturité. Là on ose faire de la guitare, du synthé, tenter plus de choses nouvelles en général. Tout me semble plus abouti et ça nous permet de réunir plusieurs styles sous la même bannière. On passe de l'anglais au français mais finalement tout se répond.

Max : A la base on aime les sons synthétiques et les boîtes à rythme japonaises. Pour les influences on part du rythm & blues vers la soul des années 60 tout en passant par la pop. On aime le style des love songs, le fait de déclarer sa flamme à travers la radio. Ce qui est cool en 2018 c’est qu’on peut tout mélanger parce que ça atteste d’une curiosité de notre part. Dans notre musique on retrouve du son des 80’s dans certaines textures mais les mélodies sont plus 60’s. Je sais qu’à la guitare j’ai une grosse influence qui me vient des îles comme Haïti et Hawaii. Notre duo basse et batterie lui est assez rock.

Rebecca : Notre dernière chanson "The Echo" montre bien ce métissage justement. On a utilisé un beat vraiment actuel, trapp d'un côté puis ajouté des paroles et une guitare surf vraiment romantiques de
l'autre. Je pense que ça en fait une bonne chanson d'amour de son époque. On est des gens de notre époque et on a envie de vivre maintenant avec le rythme d'aujourd'hui.

Quelles sont été les influences pour l'esthétique de votre travail ?

Rebecca : On a instauré une sorte de jeu. Avant chaque concert on se dit : "Alors on va faire quoi ? On va s'habiller comment ?" On s'habille tous pareil, on aime bien créer une atmosphère qui va être frappante. On est encore en train de créer notre esthétique, on découvre tout le temps des trucs. On représente parfois le rêve americain style cowboy naïf et tous les autres clichés qui vont avec. On réinterprête des visions qu'on a de certains styles, des trucs qui nous intriguent.

Max : Un peu comme dans les années 80 quand ils imaginaient le futur; des skateboards sans roues, des chaussures qui se lacent toutes seules. Des choses qu'on ne vit pas qu'on imagine, qu'on idéalise. D'une chanson à une autre on a des univers différents ça se ressent au niveau de l'esthétique du projet. Chaque chanson est porteuse d'un concept qui aura son esthétique. Nos concerts, nos chansons ne constituent pas un bloc mais c'est plutôt un voyage. Un voyage d'un point A à un point B en faisant le tour du monde.

En ce qui concerne vos dernieres sorties, quels sont les futurs projets de Lulu ?

Rebecca : On vient de sortir notre deuxième clip "The Echo" qui est en fait notre premier vrai projet à nous. 'G-Host', sorti il y a plus d'un an c'était une maquette pour le projet d’une amie, Julien Oona. On était ses acteurs. On commençait Lulu Van Trapp et on lui a proposé un son bricolé au Wonder, un des premiers du projet. C'était la période où Lulu était en train de naître, c'était naïf mais cool. "The Echo" c'est notre premier bébé 100% Lulu Van Trapp, on a tout pensé et enregistré.

Max : On est dans un délire de sortir des clips. On va sortir les chansons une à une, le tout deviendra un EP mais c'est pas la priorité. Notre volonté c'est de faire vivre nos chansons.

Rebecca : Notre musique et nos paroles sont imagées donc la mise en image est super importante pour nous. Dès que j'écris les paroles j'ai déjà les images et les clips en tête. On va sortir peut être deux clips avant de sortir un disque. Les gent sont bienveillants et super réceptifs autour de nous. Ils nous suivent dans nos délires. Nos prochains concerts seront le 20 Mars à La Maroquinerie en première partie de Bon Voyage Organisation puis le 21 Avril au Point Ephémère pour le Disquaire Day.

Crédit photo : Elodie Talmone


L’album est-il le meilleur format d'écoute musicale ?

Ces dernières années, et avec la spécialisation des publics de la musique, le format "album" (et par extension EP) s’est imposé comme unique format légitime d’écoute et de consommation musicales. Cela s’est notamment vu l’année dernière quand le magazine Elle a sorti un article sur le « slow listening » et que tout Twitter est monté sur ses grands chevaux - une fois n’est pas coutume -, s’indignant que ce monde mainstream ne découvre qu’en 2017 l’intérêt d’écouter des albums entiers, rappelant au demeurant qu’elles et eux le savaient déjà.

Avec la démocratisation du téléchargement illégal et le développement d’internet, les publics de la musique se sont beaucoup transformés et se sont notamment considérablement spécialisés, brouillant désormais les lignes entre les notions d’amateur et d’expert. Là où avant les années 2000 il fallait se déplacer pour bénéficier des conseils et des recommandations du disquaire ou discothécaire, créant de grandes inégalités géographiques au passage, on a maintenant accès à plus ou moins toute la musique chez soi, depuis son ordinateur, ainsi qu’à de nombreuses ressources extra-musicales avec la presse, Wikipédia, etc. Aussi, acheter les CD ou vinyles coûte beaucoup d’argent et prend de la place, il était donc impossible de connaître et d'écouter autant de musique que le permettent aujourd'hui le téléchargement (illégal comme légal) ainsi que le streaming.

Ce tout nouvel accès à plus ou moins toute la musique du monde a permis aux publics de la musique de se spécialiser très vite, et a précipité l’émergence de ce nouveau statut, que nous appellerons les amateurs/experts et amatrices/expertes, ou AE parce c’est moins long.  Les AE sont donc des amateurs de musique, en ce sens qu’ils ne sont pas professionnels : ils n’ont pas nécessairement de diplômes liés à la musique, ou ne travaillent pas forcément dans ce milieu, et ne sont pas toujours musiciens eux-mêmes. Pourtant, ils connaissent aussi bien que ces derniers la musique, ses différents courants, son histoire, en tout cas dans les genres musicaux qui les intéressent.

Il se trouve que quand les AE parlent de musique, ils le font le plus souvent en terme d’albums. Et si l’album est le format d’écoute le plus légitime, alors le vinyle en est sûrement le support légitime. Les AE écoutent beaucoup de vinyles, sûrement parce que le vinyle a la réputation d’être le meilleur format d’écoute (spoiler : ce n’est pas le cas, le vinyle est plein de bruits parasites). Or le fait est qu’il est compliqué, voire très chiant, de changer de track sur vinyle, qui est donc clairement fait pour coller au format album. On ne se lève pas toutes les cinq minutes pour changer de morceau et, si on le fait, le résultat est toujours plus ou moins approximatif, quasiment impossible de tomber du premier coup entre deux morceaux sans perdre une seconde. Ecoutant beaucoup de vinyles, il est logique que le public spécialisé de la musique la pense principalement en terme d’albums. La façon dont on écoute la musique et le support qu’on choisit, s’ils peuvent paraître anodin, pourtant déterminent beaucoup la façon dont on va penser et envisager la musique.

Si l’album est le principal format légitime d’écoute, c’est probablement dû aussi au temps consacré qu’il nécessite. Ecouter un album, ça prend du temps, en général entre trente et cinquante minutes, et exige donc un certain temps consacré. Or, si les AE dédient beaucoup de temps à la musique, plusieurs heures par jour pour certains, ils ne peuvent souvent pas s’y vouer entièrement et uniquement, et vont le faire en travaillant, marchant, etc. C’est là que la cohérence de la curation des albums devient presque nécessaire puisque changer de morceau toutes les trois minutes n’est pas possible. Même si on choisit d’écouter une playlist personnelle par exemple, le manque de cohérence entre les morceaux peut se révéler très distrayant. L’album, au contraire, permet de se laisser porter mais ne requiert pas autant d’attention. En ce sens, parler de musique en termes d’albums, c’est aussi montrer le temps qu’on consacre à la musique et insister sur la place que celle-ci occupe dans notre vie.

Mais penser la musique en terme d’albums, c'est aussi et surtout montrer un rejet du mainstream. Là où l’industrie musicale a pour habitude de miser sur les singles, écouter les albums entiers montre qu’on veut aller au-delà, et se donner l’impression d’une connaissance moins partielle de la musique. Etant donné que la musique est le plus souvent promue par les singles, le public mainstream va effectivement souvent s’y arrêter puisqu’il n’a pas d’intérêt à creuser le sujet plus que ça. Ecouter l’album entier, le connaître et en parler, c’est donc se détacher du public mainstream, avoir des pratiques et un discours en opposition à ce dernier.

Si le single est le plus souvent mis en avant, c’est qu’il est censé être plus catchy, plus facile, efficace et accessible. Il faut donc souvent connaître la musique, en comprendre les codes pour avoir un accès culturel à tout un album, en plus de l’envie d’y consacrer du temps.

L’album, au-delà d’un simple format de diffusion et de consommation de la musique, est un outil de distinction sociale. Il sert aux AE à se distinguer d’un monde mainstream qu’ils rejettent, de séparer clairement le légitime et le vulgaire. Or, comme tous les mécanismes de distinction sociale, celui-ci instaure une domination d’une catégorie de population sur une autre et se doit donc d’être déconstruit, autant que possible. Bien sûr, il n’y a aucun mal à écouter des albums ou à préférer ce format. Mais aucune pratique ne peut être considérée en dehors de son contexte social, et la façon dont on consomme et écoute la musique forge notre façon d’en parler, mais aussi de la penser. Et c’est bien là que la distinction opère sa domination.

Les milieux de la musique sont des milieux assez compétitifs et, disons-le, un peu pourris parfois. Heureusement, il n’y a pas qu’une façon d’aimer la musique ni de la connaître. Les milieux de la musique ont parfois tendance à privilégier la quantité à la qualité, et il n’est pas rare d’être jugé sur la quantité d’artistes, et de leurs albums, qu’on connaît. Déconstruire cette idée, c’est aussi peut-être reconnecter avec l’émotion, écouter une chanson cent fois de suite pour ressentir cette même émotion encore et encore. L’approche de la musique n’a pas à être nécessairement froide et clinique, elle n’est pas un savoir. Qui est-on pour dire qu’on s’y connaît plus parce qu’on connaît par coeur la tracklist de cent albums que si on connaît par coeur chaque note d’une seule et même chanson ? En se spécialisant, on dirait que que le public de la musique ait parfois oublié les raisons premières qui l’ont mené ici. Déconstruire l’idée que l’album est le seul format légitime d’écoute permettrait peut-être alors de rendre ce milieu pourri un poil plus sympa, mais aussi plus varié dans ses pratiques, dans ses façons se s’envisager lui-même et dans le regard qu’il pose sur la musique elle-même, et donc forcément beaucoup plus intéressant.

Et finalement dans tout ça, l’oeuvre, c’est l’album ou la chanson ? Il n’est évidemment pas possible de répondre à cette question de manière définitive, mais il reste intéressant de la poser. Un album peut être considéré comme une somme de chansons, à la manière d’un recueil de poème. Mais il est aussi une oeuvre à part entière, un moment de musique, une seule et même entité. Cet aspect est encore plus fort dans les musiques électroniques, dont les morceaux se suivent sans pause, comme Street Horrrsing de Fuck Buttons par exemple, où si chaque piste a son propre titre, l’album peut être envisagé un seul et même morceau, il n’y a pas de frontière claire entre les tracks : à la fin de chacune, on entend déjà le début de la suivante. Si on considère que l’album est l’oeuvre, alors sa curation est primordiale. Mais souvent, l’ordre de l’album, travaillé, pensé, n’est pas le même que celui des setlists en live. L’oeuvre pure, serait-elle donc le morceau ?

Si la tracklist d’un album est souvent différente de la setlist en live, c’est aussi parce que ce sont deux exercices très différents. Elaborer la tracklist d’un album est un travail artistique, elle est vectrice de sens. Mais si elle est vectrice de sens, elle ne l’est que dans un contexte précis : l’album est fait pour être écouté chez soi, ou en marchant (dans la plupart des cas), et permet donc à l’auditeur de continuer ses activités. En revanche, ce n’est pas le cas de la setlist, et c’est sûrement ce qui explique qu’elle soit si souvent différente : le groupe ou l’artiste doit garder l’attention d’un public qui est voué à écouter la musique, qui est souvent debout, etc. La tracklist et la setlist sont donc deux travaux artistiques de manière égale, mais qui ont chacune leurs propres contraintes et enjeux. Le fait qu’elle diffère ne veut pas dire que l’ordre des morceaux est interchangeable, qu’il n’a pas d’importance ou que leur curation ne relève pas de l’artistique.

Cependant, la cohérence de l’album ne devrait pas faire d’ombre à l’intensité de la chanson. La chanson, en raison de sa durée, facilite une connaissance parfaite, exacte, et offre une expérience émotionnelle éphémère qui, si elle a moins le temps d’installer une atmosphère, n’en est que plus forte. La chanson permet moins de continuer ses activités pendant l’écoute, elle requiert donc une attention complète. Qu’il s’agisse d’énormes tubes pop ou de dark folk obscure et pointue, son format est pensé pour retenir l’attention quand elle est écoutée indépendamment de l’album auquel elle appartient. L’essence de l’album réside dans la curation et la somme de ses chansons, et s’il éclaire chacune d’elles d’un nouveau sens, chaque morceau a son existence propre une fois sortie de ce contexte.

Il n’y a pas de bonne façon d’écouter de la musique, de l’aimer, de la connaître ou de la penser.


Slove l'interview

Slove c'est le résultat de  l'attraction élective  de deux vieux de la vielle de l'indie  d'ici. Depuis près de 20 ans, chacun de leur côté,  Leo Hellden et Julien Barthe additionnent les projets sans jamais  se perdre dans de trop grands écarts artistiques; les blases de leurs  projets parlant d'eux-mêmes : Asweffal, Tristesse Contemporaine, Plaisir de France, Sweet Light.... C'est en 2005 que le Suédois et le Breton se croisent aux détours d'un studio d’enregistrement à Bagnolet, depuis lors Slove est pour eux un exutoire artistique. Ainsi né cette raconte fortuite puis d'échanges autours de leurs influences contrastées, d'une longue période d'essai,  Slove est désormais une entité à par entière avec ce second album, Le Touch, qui sortira chez  Pschent fin mars et pour lequel Maud Geffray, Alex Rossi, Sarah Rebecca, pour ne citer qu'eux, sont venus donner de la voix sur des tracks tout en clair-obscur, aux asymétries follement harmonieuses, vacillant sans cesse entre flamboyance pop et rythmes synthétiques tranchants.  

Les deux bonhommes se sont prêtés jeu du questions-réponses et nous offrent  une petite mixtape exclusive à écouter ci-après.

Slove sera en concert au Hasard Ludique, samedi 10 mars en compagnie de Born Idiot organisé par nos amis du Bovary Club. Courrez-y avec vos places déjà dans la poche.

Interview

Doù venez-vous?

Julien : de Bretagne
Léo : de Suède

Où allez-vous ?

Julien : vers le futur!
Leo : je suis très bien a Paris mais ça peut bouger, je reste ouvert.

Pourquoi la musique ?

Julien : la musique à toujours été présente dans ma vie ainsi que dans ma famille. J'étais destiné au métier de graphiste et la musique à très vite pris le dessus... je ne suis pas vraiment musicien, j'ai plus l'impression de faire du collage, des découpages, du coloriage justement. Un peu comme un grapheur, un truc assez anarchiste, fun, libre. C'est du bricolage, de l'artisanat. C'est parfois technique mais toujours ludique. Généralement je passe peu de temps sur un morceau, comme quand tu es enfant, dessiner une aprem c'est une eternité!
Leo : Pour moi c’est un besoin d’exprimer quelque chose et de canaliser une énergie. La musique permet de décrire des émotions de manière encore plus précise que les mots. Slove c'est d'ailleurs une émotion, une expression qu'on a inventée, c'est la contraction de slow et de love. Ce qui est intéressant c'est de mélanger nos influences, nos gouts. Italo disco, french touch, acid house, punk, musique classique... Avec Julien on se complète, on est tous les deux un peu fou, on s'entraine mutuellement dans notre folie, et en même temps on est chacun le garde fou de l'autre.

Et si vous n'aviez pas fait de musique ?

Julien : j’aurais été graphiste ou fleuriste, il m'arrive d'ailleurs de faire des artworks avec des fleurs (cf la pochette du maxi Herbes Mauves, en duo avec Barbara Carlotti)
Leo : j’ai travaillé à temps partiel dans les livres anciens mais la musique à fini par prendre toute mon attention. Entre Slove, Camp Claude et Tristesse Contemporaine, je suis bien occupé. Et avant j'étais dans AsWeFall.

Une épiphanie personnelle ?

Julien : continuer a faire ce que j’aime : une chanson et une maison !
Leo : faire du yoga

Une révélation artistique ?
Julien : Dead Sea, DBFC, Dombrance, Pryda « Leja »
Leo : Not Waving, Errorsmith, Arizona

Le revers de la médaille ?

Julien : payer l’addition
Leo : il y en a surement mais j’assume mon mode de vie et je n'ai pas de regret majeur pour le moment.

Un rituel de scène ?

Julien : inspirer, respirer, transpirer
Leo : on aime faire des surprises, avec des invités, des cotillons... On fait aussi des erreurs, des pains comme vous dites ici - c'est pas vraiment voulu, mais ça plait au public.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Julien : Roisin Murphy
Leo : Hope Sandoval

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

Julien : pouvoir travailler avec ceux que nous aimons le plus autant, les chanteurs que les musiciens. On a souvent des rêves de gosses, et parfois ils se réalisent.
Leo : pour l’instant je pense à court terme : le prochain disque, le prochain concert... j'aime enchainer les choses vite, c'est ce qui me fait vivre. Je ne planifie pas trop, je m'amuse au jour le jour, c'est un peu le climax permanent au final.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnez–vous ?

Julien : J’ai la chance d’avoir une maman qui m’a toujours encouragé à aller dans ma direction, je fais et je vis de ce que j’aime depuis toujours...
Leo : ne stresse pas: don't worry be happy.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

Julien : facile: je ferai de la musique ambient pop, de l’aquarelle et des diners pour mes amis, ma femme et mes enfants sous ma serre pleine de plantes...
Leo : sur la plage idéalement, avec un noix de coco à siroter

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?

Julien : toujours plus de mélodies, de surprises et d'émotion mais aussi toujours de nouveaux featurings. Slove c'est un peu un atelier où on accueille des petits délinquants, on canalise leur energie et on les relache dans la nature quand on les a remis dans le droit chemin.
Leo : toujours à la recherche d’une expression plus pure et précise. Ca parait bête mais c'est un peu le Looking for the perfect beat d'Afrika Bambaataa.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

Julien : l'autotune!
Leo : de manière générale je pense qu’on cache moins nos plaisirs coupables aujourd'hui qu’avant. On peut mélanger plus librement nos gouts indie avec des choses plus commerciales sans être jugé (on a récemment fait un mix dans lequel on a mit du Deadmau5 ou du Eric Prydz, ce n'est pas de la provocation, quand on aime on se pose pas trop de questions). On a toujours fait ça, Julien en remixant des titres de variété françaises avant que ça soit la mode. Et avec Slove, au delà de la musique, dans les paroles c'est très libre: du francophone, de l'anglais, de l'italien, beaucoup de no-sense ("Si t'as un plan cheval let me know"). Je crois que j'aime bien l'artiste Chaton qui est parfaitement dans l’air d’un temps et assez libre. On est là pour s'amuser et je suis très sérieux quand je dis ça.

 

Mixtape


En Attendant Ana

Si Verity Susman chantait mieux, enfin juste, En Attendant Ana aurait pu être le nouveau Electrelane. Et c'est tout le mal qu'on leur souhaite, avec cette naïveté charmante qui pointe à chaque refrain comme le faux prétexte d'une vraie bonne humeur portée en bandoulière, le sourire aux lèvres. La mélodie vivace et entêtante, l'envolée fraîche et radieuse, c'est tout ce qu'il leur faut : une pop pas piquée des hannetons, un peu garage et agrémentée d'un ton lo-fi de bon aloi. On n'attend plus Ana puisque les jeunes pousses, chasse gardée Montagne Sacrée et Buddy Records, sortent leur premier album, Lost & Found, le 14 avril et livrent cet extrait exclusif, The Violence Inside... cadeau !

Agenda : release party au Chinois, à Montreuil, le 14/04 (event FB)

D’où venez-vous ?

De banlieue parisienne essentiellement, et d'un bled perdu (mais fier !) de l’Ain.

Où allez-vous ?

Là où on peut mais on évite les tunnels du métro.

Pourquoi la musique ?

On a vu de la lumière, on est rentré, c'était très cool donc on est resté !

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?

Ce serait tout pareil mais on s'ennuierait probablement un petit peu plus.

Une épiphanie personnelle ?

Harry, I’m going to let you in on a little secret. Every day, once a day, give yourself a present. Don’t plan it, don’t wait for it, just let it happen. It could be a new shirt at the men's store, a catnap in your office chair or two cups of good hot black coffee. Like this.

Une révélation artistique ?

Le pogo d’un concert de rock californien pour la fête d’une ville perdue en banlieue, Peter Gabriel, Joan Jett et la victoire au concours de double pédale de grosse caisse avec une seule pédale.

Le revers de la médaille ?

On n'y a pas encore goûté, pourvu que ça reste comme ça !

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Oui, regardez Schwarzy. (et on en connaît d'autres...)

Un rituel de scène ?

Romain change ses cordes parce que sinon elles se cassent pendant le concert, Camille et Margaux fument des clopes, Antoine boit deux pintes plus un shot, Adrien trois pintes de Picon et Viktor donne des coups de tête à tout ce petit monde en gueulant des trucs idiots.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Globalement, nous ne sommes pas de grands érudits de la musique et, très régulièrement, après les concerts, on vient nous parler de groupes ou de musiciens à qui on fait penser, ou qui pourraient nous plaire. On ne connaît généralement pas, puis on rentre, on écoute et là... coup de foudre ! Du coup la liste des artistes avec qui on aimerait travailler change souvent mais, en ce moment, ce serait Verity Susman (Electrelane), Pat Flegel (Women/Cindy Lee), Katie Sketch (The Organ) ou Lætitia Sadier. Et la liste est longue encore !

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

Jouer en première partie d’Electrelane pour leur reformation, elle-même dûe au fait qu'on les a harcelées pour qu'elles le fassent.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?

Panique pas, tu seras toujours aussi stressé dans vingt ans !

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

Fatigués et de droite.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?

Un peu plus improvisée probablement, puisqu’on joue moins mal qu’avant

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Un MacDo de temps en temps.

Écoute exclusive

Tracklist

En Attendant Ana - Lost & Found (Buddy Records/Montagne Sacrée, 14 avril 2018)

01. Intro
02. (Not) So Hard
03. Night
04. Re
05. This Could Be
06. Why Is Your Body So Hard To Carry ?
07. The Violence Inside
08. Tinkle Twinkle
09. Square One
10. I Don't Even Know Your Name


Who are you Ritual Process ?

Fondé en 2014, le label Ritual Process se veut le gardien d'une techno sans concession comme on les aime. Avec des signatures comme Coldgeist (lire) et Côme (lire), la structure défend une intégrité artistique au romantisme sombre. Autant influencées par l'expérimental, l'indus que par Métal Hurlant et le BDSM, leurs sorties sont maintenant guettées de près par des diggers adeptes d'une musique intransigeante et érudite. Rencontre avec les fondateurs, Mathieu et Marc, pour en savoir un peu plus ce qui se passe derrière cette pierre angulaire de l'underground français.

Interview

Quand a débuté l'aventure Ritual Process et pourquoi ?

Matthieu : Je venais de m’installer à Berlin et j’avais du mal à trouver un label pour sortir mes morceaux. Parfois pas de réponse ou bien un calendrier blindé pour les deux années à venir. J’avais une idée très précise de l’esthétique que je voulais, il fallait du sur-mesure. J’ai donc lancé Ritual Process en 2014, je ne pensais faire que des sorties digitales au début, n’ayant pas le budget pour du physique ni le réseau pour la distribution. Puis Marc m’a rejoint et ça a évolué.

Marc : On s’est rencontré en 2014 avec Matt, à Brest d’ailleurs, et on a tout de suite bien accroché. On avait à peu près les mêmes influences. Il voulait monter un label et sortir des trucs assez vite. L’idée a germé et, en fin d’année, le premier EP est sorti en digital, sous son projet Coldgeist, puis en 2015 le deuxième, entre lui et moi, avec un remix de In Aeternam Vale que je connaissais vite fait pour avoir joué avec lui et Alexey Volkov. Le label était lancé.

Comment définirais-tu l'identité du label ?

Matthieu : Je suis très influencé par Sandwell District et tous les gens qui traînent autour. Ils ont su imposer cette esthétique post-punk et industrielle dans la techno avec une imagerie très forte. Il y a une vision derrière et c’est le plus important pour moi ; on dépasse le côté fonctionnel et divertissant pour proposer une forme de radicalité artistique. On s’en est beaucoup inspiré pour créer Ritual Process. On essaie de faire le lien entre les musiques dites de club et tout ce qui touche à l’expérimental. De manière générale, on se focalise sur les musiques "abîmées", un terme que j’avais lu dans une interview de Silent Servant (lire) qui résume assez bien ce à quoi on s’intéresse.

Marc : Sandwell District, Axis Records, la musique industrielle des pionniers 1970/1980, Detroit, Berlin, l’Angleterre, le rock, le BDSM, la nature... tout cela nous influence. Faire le lien entre le passé et le présent, les quarante dernières années, quand on regarde, sont parmi les plus riches dans l’histoire de la musique, Ritual Process est ancré dans son époque. On avait envie aussi de sortir du schéma classique du label qui fait des tools techno ou house juste pour le dancefloor et Beatport, de laisser place à la spontanéité et à la radicalité. Très important aussi, on voulait mettre la musique sur un support physique (vinyle, cassette, etc.), la mémoire est dans les objets.

L'image, l'artwork de Ritual Process est très forte. Comment et avec qui travaillez-vous ?

Matthieu : On travaille avec Yves Chapelain, que je connais depuis plus de dix ans. On voulait un visuel fort qui évoque à la fois le côté violent mais aussi romantique de ce qu’on fait. On a été puisé dans l’imagerie de Métal Hurlant et, à partir de là, Yves a produit plusieurs esquisses d’un crâne porté par une femme.

Marc : Yves est avec nous depuis le début, il est l’identité visuelle du label.

Quelle image voulez-vous donner ?

Matthieu : Aucune

Marc : Je ne suis pas sûr qu’on ait envie de donner une image particulière ou de calculer quoi que ce soit.

Vous vous sentez proche d'autres labels, en terme d'identité ?

Matthieu : June, Instruments Of Discipline, Anywave, les copains d’OKVLT.

Marc : Jealous God a une superbe esthétique, c'est l’un des labels les plus classes des cinq dernières années. À Rennes, il y a Être Assis ou Danser et les gens du festival Vision, NVNA, avec qui on prépare une soirée.

Comment se porte la scène de musique électronique à Rennes ? Quelle évolution ?

Matthieu : Je n’y suis plus depuis cinq ans.

Marc : On a pris le vent de Berlin des années 2010 dans la gueule, comme un peu partout en France j’ai l’impression, donc la scène rennaise a explosé depuis huit ans avec plein de soirées de collectifs. Tant mieux. Mais il y a aussi une contrepartie dans tout ça : un public très très jeune avec un gros côté "c’est la mode", "la teuf c’est cool". Comme partout, plein de drogues, on a même un gros festival à la "I Love Techno" une fois par an. Bref, on se resserre sur certains endroits et bars moins en vue.

Qu'est ce que vous faites à coté du label ?

Matthieu : Je travaille dans l’informatique, je développe des applications pour une boîte et à côté j’ai une résidence à la Folie Numérique où je bosse sur la visualisation et la manipulation du son, un projet débuté en master recherche de musicologie à Paris 8.

Marc : Je travaille dans la formation, rien à voir avec la musique.

Arrivez-vous à en vivre ?

Matthieu : Du label et de nos projets musicaux, non, on est déjà sur un créneau assez particulier, les endroits où on joue n'ont généralement pas des budgets mirobolants donc c’est une éventualité que j’ai vite enlevée de mon esprit - je pense qu’on n'a pas envie de faire de concession, on a des idées assez arrêtées !

Marc : Non, pas vraiment.

C'est difficile de défendre un label comme Ritual Process ? Vous avez parfois des moments de découragement ?

Matthieu : En quelque sorte, oui, car on a le cul entre plusieurs chaises : entre musique de club et musique expérimentale, entre post-punk et techno, etc. Nous, on voit la cohérence dans ce qu’on fait, on veut sortir tout ce qui sonne "abîmé" comme on le disait tout à l’heure, que ce soit de la synth wave, du noise ou bien de la techno. C’est une richesse de pouvoir proposer cette diversité. Mais on peut parfois avoir du mal à être identifié clairement avec un son reconnaissable. On ne veut pas se cantonner à un genre, si ce qu’on nous envoie nous plaît, on le sortira car ça respectera notre vision et c’est ce qui compte le plus.

Marc : C’est pas toujours évident. En France, ne l’oublions pas, on vient de très loin en terme de musique car musiques électroniques veut dire encore bien souvent free party crado ou french touch cucul du XVI donc c’est clair, on n'a pas choisi la facilité. Mais on suit notre ligne droit et en avant.

Comment choisissez-vous les artistes ?

Matthieu : On n'est pas des identitaires bretons, hein, mais c’est vrai que, jusqu’à maintenant, on a plutôt regardé ce qui se passait autour de nous avant d’aller démarcher d’autres artistes. Cela étant, depuis que je suis installé à Paris, j’ai rencontré des producteurs avec des projets super intéressants qu’on aimerait sortir, comme Opaque.

Marc : On privilégie les gens qui sortent justement des standards et qui ont un truc différent, dur, sauvage ou poétique par exemple. Certains sont des potes, comme Savage Cult ou Enter Caspian, et s'ils sont Bretons, c’est mieux ! (rires)

Pouvez-vous nous présenter vos artistes ?

Matthieu : Il y a quatre artistes permanents sur Ritual Process : mon projet, Coldgeist, celui de Marc, Côme, celui de Pierre-Yves, Dellinger, et enfin Théo avec Savage Cult. On s’est tous rencontrés à Rennes, Marc avait l’habitude de jouer avec les collectifs Midi Deux et RAW, Pierre-Yves faisait des études d’architecture, il vient de la région de Quimper et avait déjà fait pas mal de dates dans le coin. Théo, je l’ai connu avec le premier projet musical qu’il avait avec un pote, depuis il a évolué en solo et a sorti l’année dernière une tape sur Tripalium, notamment reprise par le webzine The Brvtalist.

Quel est le moment dans la vie du label dont vous êtes le plus fier ? Et le moins ?

Matthieu : La soirée commune avec RAW à l’Ubu en 2016, on avait invité Rrose. MioSHe, qui fait partie du collectif, avait peint notre logo sur une pastille de deux mètres de diamètre environ, on l’avait placée derrière la scène. Ça faisait un peu spot pour appeler le Batman.

Marc : Oui, je dirais également la New Faces au Tresor avec Reka et le week-end qui a suivi. On a eu souvent des problèmes avec la fabrication des vinyles, du retard, des quiproquos, des mails où l’on attend longtemps la réponse, etc. Plus il y a d’intermédiaires, plus il y un risque de rencontrer des problèmes.

Est ce que vous avez une anecdote amusante de soirée ou autre à nous partager ?

Matthieu : Marc, je te laisse raconter le coup de la troisième salle au Tresor.

Marc : Donc toujours au cours de ce fameux week-end, on était toute une bande de joyeux loufoques, la soirée se déroulait dans le Tresor, c’est-à-dire une cave. En haut, il y a le Globus, une salle plus orientée house, Chicago, dub, etc. Deux de nos amis, venus de France avec nous, décident de partir aux toilettes et, sur le chemin, le club est grand, ils ont entendu du son, un truc très agressif, comme un moteur. Ils se sont dit "mais c’est dingue, il y a une troisième salle ouverte, ils font de la noise là-dedans, ils sont vraiment dingues ces Allemands, allons-y!" et, filant d’un pas décidé, les deux compères ont ouvert la porte et sont tombés sur une femme qui passait l’aspirateur... juste une employée qui accomplissait son travail.

Quels sont les prochaines sorties ?

Matthieu : Paulie Jan au printemps, avec un projet très bien ficelé. On est fier de le sortir, il a un son très typé - niveau sound design, c’est béton - et une vision derrière. Sinon il y aura sûrement une sortie de Savage Cult d’ici la fin d’année.

Marc : Ce sera dans une belle cassette, et en digital aussi. On a hâte !

Quels sont les prochaines dates ?

Matthieu : Le 31 mars, on a un projet de collab' avec le collectif NVNA à Rennes, mais c’est secret donc on n'en dit pas plus. Sinon le 5 mai, à l’International, on organise une label night. On va inviter un artiste de Zagreb qui joue très rarement en France, on vous laisse googler...

Marc : Et le 10 mars à Quimper, à la Maison Jaune, avec Ohm S.

Comment voyez vous le label dans cinq/dix ans ?

Matthieu : Peut-être qu’il n’existera plus, qu’on aura envie de faire autre chose avec une autre esthétique. J’aime bien cette idée de label qui ne dure pas forcément dans le temps, qui correspond à une époque, à des inspirations, qui est ancré dans le réel. C’est très difficile, je trouve, de conserver le feu du début autant d’années sans tomber dans quelque chose de rébarbatif.

Marc : Difficile, l’avenir nous le dira.

Vous pouvez nous parler de la mixtape que vous avez faite pour Hartzine ?

Marc : La réalisation d’une mixtape me prend du temps à chaque fois, c’est difficile de synthétiser toutes ses influences en un mix. Je fais le point sur mes dernières nouveautés, je note tous les titres sur un papier puis j’organise. J’essaie de raconter quelque chose, de varier les atmosphères. Ici, la grande partie des morceaux sont en vinyle, de différentes époques, je mixe avec des Technics et une table Xone, et j’ai ajouté une pédale d’effets. Le mix est enregistré d’un coup, le rôle de l’ordinateur se limite à être un enregistreur, et Yves m’accompagne pour le visuel.

Un dernier mot ?

Marc : Musique, martini et misanthropie.

Mixtape

Tracklist

Les Joyaux De La Princesse - Croix De Bois, Croix De Feu
Prurient - Naturecum
Simon Shreeve - Lust Product
Shapednoise - Illumination
Banished - Unreleased
Meer - Al Nasr Wa Al Hazima
Ofnir - Hakkerskaldyr
JK Flesh - Bayley Tower (new mix)
Rhyw - Vixen For Society
Silent Servant/Marcel Dettman - The Bond
Plack Blague - Just Another Man Of The Street
DVA Damas - Shortcut To X
Boyd Rice And Friends - Disneyland Can Wait
Age Eternal - Your Face Looks Different Tonight
Coldgeist - Unknown Bodies


TG Gondard l'interview

Après l'éclairage qu'a suscité son projet Colombey et son duo avec Pizza Noise Mafia, TG Gondard, n'en a pas pour autant oublié son alias initial en sortant coup sur coup deux albums l'année dernière. Avec son R n' Brie (ça ne s'invente pas) mélancolique teinté de bass music, TG sublime l'ennui, les histoires d'amour impossible, et les bleds paumés. On a vouloir savoir ce qu'il se cachait derrière toute cette grisaille.

Tu as sorti deux albums l'année dernière, Le Château et Avontuur II qui sont très différents. Comment les décrirais-tu ?

Le Château est constitué de nouveaux morceaux, qui sont en partie dans la lignée de l'album précédent Mon Albertine. C'est un album assez pop, avec beaucoup de chansons, mais aussi des morceaux instrumentaux assez élaborés, avec quelques invités de prestige tels que Èlg, Inès (aka Keiki) ou Jon Collin. Avontuur II est un album plus sombre que j'ai enregistré il y a plusieurs années et qui devait sortir sur un label belge à l'époque, mais le projet est tombé à l'eau. Je l'ai réécouté il y a peu et je me suis dit que c'était dommage que ce disque plutôt plaisant reste au placard, alors j'ai décidé de le sortir moi-même.

Quelles ont été les principales influences pour ces deux albums ?

D'une manière générale, les musiques qui m'influencent le plus sont d'une part la bass music actuelle et tous ses succédanés, chantés ou non; d'autre part la musique lo-fi et toute son histoire, des années 80/90 à aujourd'hui (moults comptes sur Soundcloud pourraient être cités en exemple). A ça on peut ajouter la musique des années 60, le R'n'B originel et la musique jamaïcaine, toutes ces chansons d'amour un peu naïves.

Qu'est ce que tu écoutais plus jeune ?

J'ai commencé par écouter de l'Electronic Body Music, le premier concert que j'ai vu c'était Nitzer Ebb. C'était totalement ringard à l'époque et aucun de mes potes n'écoutait ça; alors par la suite je me suis mis à écouter Pavement, Sonic Youth, ce qui était beaucoup plus respecté, puis des trucs plus obscurs comme la scène space-rock britannique et notamment les groupes de Bristol affiliés à Planet Records. Puis la techno, des trucs très durs, les free party, tout ça.

Il y a eu un gros éclairage sur Colombey. Ça te donne envie de te consacrer plus à ce projet ?

J'ai abondamment tourné avec Colombey, et j'ai sorti deux albums et deux singles en très peu de temps, du coup là je fais une petite pause et y consacre actuellement moins de temps. Mais j'y reviendrai plus tard, peut-être sous une autre forme.

Tu peux nous parler de tes autres projets ?

Je fais toujours parti de Pizza Noise Mafia, c'est un duo de musique électronique dansante clairement influencé par l'EBM, l'italo, l'electro, la noise; on tourne toujours régulièrement et on va essayer d'enregistrer un second disque. Mon autre projet en cours s'appelle Mon Alberteen, c'est un solo de techno assez classique pour faire danser les gens, je tourne dans toute la France en mars/avril avec Accou et Avventur.

Les paroles dans le Le Château sont assez mélancolique. C'est du second degré pour toi ? Est ce ton influence pour les chansons romantiques des années 60 ?

Il y a sur ce disque plusieurs chansons qui ne sont pas mélancoliques, mais la teneur générale est sentimentale. Ces chansons des années 60 sont une énorme influence, elles ont quelque chose de délicieusement désuet et poignant.
Mais je ne me contente pas toujours de reproduire bêtement leur schéma, et mes chansons ont souvent plusieurs niveaux de lecture. J'espère néanmoins éviter à tout prix le "second degré" et la moquerie, qui sont des choses qui ne m'intéressent pas du tout.

Ça parle également pas mal d'amour déchu.

J''ai toujours préféré les slows, les morceaux larmoyants et lyriques. D'une manière générale, mes chansons sont souvent fictionnelles. Je me sens plus proche d'un romancier que de quelqu'un qui tient un journal intime, et j'explore forcément souvent les mêmes thèmes, ceux qui m'inspirent le plus.

Tu es très prolifique. Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

La musique est ma seule activité, donc je ne me sens pas particulièrement prolifique, je me considère plutôt comme une grosse feignasse au quotidien. Mes autres grandes passions sont l'amour et le cinéma français.

D'où te vient cette fascination pour les villes victimes de l'exode rural ?

Quand j'ai commencé le projet Colombey je voulais parler des sentiments qu'on peut ressentir quand on grandit dans un coin paumé, il me semblait que c'était vraiment un thème qui n'avait été que très peu abordé dans la chanson et que ça manquait dans le paysage musical. D'ailleurs mon influence principale pour ce projet c'est plutôt un film, The Last Picture Show, de Peter Bogdnanovich.

Tu peux nous décrire le matériel sur lequel tu composes et enregistres ?

J'enregistre désormais tout sur ordinateur en multi-pistes. Mes sources sonores sont des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, je n'arrive pas à travailler avec les logiciels comme Ableton ou les VST.

Tes concerts sont à la limite de la performance. Tu le vois un peu comme ça ? C'est un exercice douloureux pour toi ? Un exutoire ?

C'est sans doute une remarque valable pour les concerts sous le nom Colombey, mais sous le nom TG Gondard il m'arrive souvent de jouer assis. Tout cela dépend surtout de l'énergie des morceaux et de l'énergie du moment, j'ai jamais trop réfléchi à la mise en scène ou à la chorégraphie.

C'est important pour toi d'être seul sur scène pour tes concerts ?

C'est un non-choix, je fais de la musique tout seul donc je la représente seul sur scène. J'ai jamais eu assez confiance en moi pour pouvoir jouer avec d'autres musiciens, à de très rares exceptions près. J'ai toujours l'impression de faire des trucs nuls quand je joue avec quelqu'un d'autre, de pas être à la hauteur.

Tu aurais des anecdotes de concert ?

Je te disais plus haut que plus jeune j'étais fan de la scène de Bristol : Flying Saucer Attack, Light, Crescent, tout ça.. Je rêvais un peu d'y aller à l'époque pour voir tout ces trucs en concerts et aussi la ville. Et là j'y suis allé et j'y ai joué pour la première fois il y a quelques semaines. Il y a pas eu plus d'une dizaine de personnes qui sont venues, et personne n'est resté pour mon concert. L'entrée était prix libre et on s'est partagé 90 pence avec le groupe Le Renard, c'était notre seul salaire. Et une Grolsch chacun.

Tu arrives à vivre de ta musique maintenant ?

Je vais voir mon nouveau conseiller RSA dans 30 minutes, olé !

Quels sont tes futurs projets pour 2018 ?

Je voudrais réaliser un beau et long film, un film en costumes si possible.

Audio

Mixtape

Tracklist

Lisa Lotion - Bbbmh
Inès & Regis Turner - Soledad
Christophe Clébard - Les enfants
Anne Laplantine - À main
Bitsu - Halla
Céline et Jean-Francois - Île s'éloigne de plage
Èlg - Triste zoo
Sara Fuego - Una ultima lagrima
"Blue" Gene Tyranny - Leading a double life
Ce Soir - Il neige à la chaux-de-fonds


TH Da Freak, l'interview

Avec ses compositions nonchalantes et ses enregistrements DIY, TH Da Freak impose l'esthétique slacker qui manquait à la France. Comme les apparences sont souvent trompeuses, derrière son style je-m'en-foutiste et ses allures de n'en branler pas une, le Bordelais est pourtant prolifique : il annonce trois disques pour cette année alors qu'il vient de sortir The Hood, un album aux mélodies imparables. En prime, il nous livre une mixtape exclusive.

TH Da Freak, l'interview : l'ivresse et la paresse

Bon, déjà, c'est quoi cette obsession pour l’esthétique slacker des nineties ?

Parce que Wayne's World ! Non, je ne sais pas, sûrement parce que j'adore la musique des années 1990 et que c'est pas bien compliqué de faire des clips ou des visuels comme à l'époque. J'aime beaucoup le grain qu'il y a sur les clips de Sonic Youth par exemple, je trouve ça plus vrai que les vidéos d'aujourd'hui, enfin, je sais pas, ça me parle quoi.

Tu écoutais quoi plus jeune ?

Mes parents écoutent de la musique classique. Donc j'ai commencé à écouter de la musique pop avec la télé surtout, M6 et toutes ces émissions qui passaient du Blink-182, Green Day, Nada Surf mais aussi Gwen Stefani, Snoop Dogg à sa période gangster cuisine, The Servant, 50 Cent, t.A.T.u et tous ces trucs. The Strokes à balle aussi. Les bails du début des années 2000 en fait ! Tout ça avec du Nirvana et du Velvet Underground, éternels sur mon MP3 128Mo.

The Hood est différent des autres albums.

Oui, il est différent, il ne part pas trop dans tous les sens parce que je me suis limité au niveau des instruments pour le recording. Il n'y en a que quatre : guitare, basse, synthé (qui fait les drums) et ma voix, tout ça sur un ampli 15 watts très cheap. Donc il va droit à l'essentiel, il est plus direct, bien que l'ambiance soit un peu léthargique et dreamy.

Tu vis à Bordeaux, tu peux nous décrire la scène musicale là-bas ?

La scène musicale est incroyable, il y a beaucoup de groupes de qualités : les gens d'Iceberg (J.C.Satàn, Sam Fleisch), nos potes de Bootchy Temple ou des groupes grunge/punk comme CHEAAP, Videodrome ou Cockpit qui nous ont beaucoup aidés avec notre collectif Flippin Freaks. Il y a pleins d'assos et de lieux coolos : les stoners de Make It Sabbathy, les weird punks de We Are Vicious, El Chicho, l'Astrodome, le Wunderbar, Bordeaux Rock, l'Antidote, la Cueva, le Void, l'iBoat, la Voute, l'Athénée Libertaire, etc. On se croise plus ou moins tous chez Total Heaven pour acheter nos disques. On est tous copains.

Quels sont tes influences avec TH Da Freak ?

Tout ! De la fourmi qui rampe à l'antilope qui bondit, le kebab du coin, Giant Steps de John Coltrane, euh, le dernier bouquin que j'ai lu ou bien Richard au Pays des Livres Magiques. Mais sinon musicalement, l'insolence et la beauté des années 1990 (Nirvana et Teenage Fanclub en somme), les artistes méconnus avant-gardistes de tout temps, les trucs de Captured Tracks, l'indie en général et le garage... voilà, tout ça c'est ma came.

Quels sont les principales thématiques de tes chansons ?

Ça parle généralement de moi (car je suis très selfish) et de ma vision sur des aspect de la vie, du monde, du love. En tout cas pour The Hood. Sinon ça parle pas mal de chiens aussi.

Tu te sens proche de d'autres artistes en France ?

J'aime me penser proches des artistes français qui font tout en indépendants, du clip à l'artwork, et qui restent dans leur délire parce qu'ils kiffent à fond.

Tu as d'autres projets musicaux ?

Oui, je suis guitariste dans le projet de mon frère, SIZ, je fais de la batterie dans Wet DyeDream et j'ai un groupe de composition où on fait un peu tout ce qu'on veut qui s'appelle 16 Final.

Tu comptes sortir trois albums en 2018. Pourquoi cette frénésie ?

Personnellement, ça me paraît ridicule et pas honnête de sortir quelque chose un an, par exemple, après l'avoir composé, j'aurais l'impression de vivre en décalé par rapport à moi-même. Là j'ai énormément de morceaux déjà composés que j'ai envie de montrer cette année et pas dans deux ans quand ils seront périmés à mes yeux.

Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

Et bien j'en écoute, je fais également des clips ou des vidéos rigolotes que je mets sur Instagram, je joue aux jeux vidéos, lis des livres, mate des films et aussi je travaille sur des chantiers avec mes superbes chaussures de sécurité.

À quoi ressemble une journée ordinaire dans la vie de TH Da Freak ?

Toutes les journées sont extraordinaires dans la vie de TH Da Freak. J'ai par exemple mangé un insecte aujourd'hui.

As-tu des anecdotes de tournée à nous faire partager ?

La fois au Cremafest, à Champigny-sur-Marne, où l'esprit de Satan a pris le contrôle de Victor de The Big Idea et m'a (entre autres) lancé un saut rempli d'eau, de bière et de cendres. Je tairai les autres agissements de cette possession maléfique.

Tu te vois comment dans dix ans ? Toujours dans la musique ?

Je me vois comme le futur Maître Gims.

Un dernier mot ?

Le smiley circonflexe circonflexe - c'est pas un mot, désolé.

Mixtape

Tracklist

TH Da Freak – The Hood (Howlin' Banana Records, 16 février 2018)

01. Old Ladies Of The Blocks
02. See Ya In Da Hood
03. Wanking Glass
04. I Add Some Whisky In My Cola
05. I Don't Understand
06. Techno Bullshit
07. Thick Head
08. Bored
09. Bienvenidos At Satori Park
10. Moonmate
11. I Was Such An Idiot