Mark Linkous

01Le froid est salement tenace, la fin de semaine sans lumière. L'hiver ne passe pas tandis que son souffle mortifère s'amuse à dépeupler notre quotidien de ses figures les plus tourmentées : après Vic Chesnutt et Jay Reatard, c'est au tour de Mark Linkous de se donner la mort. Un samedi 6 mars comme un autre. Pas de rapprochement incongru à faire entre ces trois regrettables disparitions sinon l'étrange impression que l'époque actuelle se meut en fatalité indépassable pour une poignée de musiciens marginaux, lâchant peu à peu prise. Comme si l'air du temps et ses relents d'indicible vénalité étaient devenus irrespirables pour ces grands accidentés de la vie. Comme s'il n'y avait pas autre chose à faire que de se foutre en l'air. Et à dire vrai, Mark Linkous était sursitaire.

02Peu disserte sur sa personnalité, ses origines ou sa vie en dehors de la musique, on le sait fils d'ouvrier et jeune délinquant notoire, composant ses premières gammes à Arlington en Virginie. Afin d'échapper aux mines, il quitte rapidement le bercail pour New York où, durant huit longues années, il s'évertue à faire de the Dancing Hoods, formé avec Bob Bortnick, Don Short et Mike Garacino, autre chose qu'un groupe foireux. En vain. Regagnant ses pénates natales après un détour à Los Angeles, il bricole seul dans son coin un folk lo-fi inspiré jusqu'à se faire remarquer, via son ami David Lowery, par le géant du disque Capitol Records. Les emmerdes, les vraies, ne font que commencer. Sous le pseudonyme de Sparklehorse, il sort Vivadixiesubmarinetransmissionplot en 1995 qui rencontre un indéniable succès d'estime. Tom Yorke invite alors l'homme-groupe afin d'assurer la première partie des concerts de Radiohead au Royaume-Uni. La machine commerciale the Bends jouant à plein, elle se transforme vite en véritable calvaire pour un Mark Linkous dépassé par un tel aréopage "music business". En plein milieu de la tournée, il s'envoie un cocktail de valium et d'antidépresseurs quasi létal. S'il est à deux doigts de perdre l'usage d'une de ses jambes, l'homme est éprouvé par ces interminables mois d'hôpital et ce morne handicap. Miraculé dépressif et claudiquant, il traînera à jamais cette ombre cabossée de sempiternel convalescent telle la cicatrice béante insinuant son mal-être. Finalement la seule qu'il laissera transparaître ailleurs que dans ses chansons.

04Étreignant la fin des années quatre-vingt dix et le début de notre siècle d'un folk tortueux et d'un rock cafardeux, où le fantôme de Johnny Cash croise dans l'incandescence de cette âme foncièrement punk les atours d'un song-writter pop lumineux, Mark Linkous est à l'origine d'une discographie éparse épousant chaotiquement les affres de sa psychose mentale. Si la noirceur que recèle Good morning Spider (1998) n'est pas totalement imputable à sa difficile "remise sur pieds", une seule chanson en est inspirée (St. Mary dédiée au personnel hospitalier de Paddington), cinq années séparent It's a Wonderful Life (2001), le troisième album de Sparklehorse, de son dernier disque connu, Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain (2006) : à savoir un trou noir immense mâtiné de déréliction claustrophobe, prostré qu'il était dans sa torpeur maladive. Il n'en reste pas moins une œuvre fondamentale, schizophrène et troublante, où la grâce d'intimes couplets fredonnés côtoie sans accroc la crasse de distorsions acérées. De la violence sourde des trois premiers albums aux ambiances feutrées de son ultime effort, Mark Linkous conférait à sa mélancolie poisse les oripeaux d'un savoir-faire exigeant, l'intronisant de fait au panthéon d'un rock contemporain désormais orphelin. S'il détestait se mettre en avant, il n'hésitait pas à collaborer avec ce que compte l'Amérique de grands persécutés tels Tom Waits, David Lowery (Cracker), Daniel Johnston ou Vic Chesnutt tout en invitant pléiades de voix féminines au timbre si particulier, de PJ Harvey à Nina Persson.

03Ironie du sort ou pas, l'actualité de ce touche à tout de génie était ces temps-ci des plus foisonnantes : un cinquième album de Sparklehorse était écrit, prêt à être enregistré à Knowville dans le Tennessee - la ville où il s'est suicidé - quand deux collaborations, issues de rencontres faites à l'occasion de l'enregistrement de Dreamt For Light Years In The Belly Of A Mountain, fructifièrent de leur superbe l'année 2009. Son projet expérimental d'abord avec l'Autrichien Christian Fennesz, In The Fish Tank, où se déploie de glaçants paysages sonores presque dépouillés de chant et qui fut l'occasion de son ultime performance scénique en terre francilienne. Dark Night of the Soul ensuite, l'œuvre pharaonique réalisée conjointement avec Brian Burton, alias Danger Mouse (producteur hyper-actif et moitié de Gnarls Barkley et de Broken Bells) et illustrée visuellement par David Lynch. Une superproduction largement diffusée mais non encore éditée - du fait d'un imbroglio juridique imputable à EMI - qui, outre les deux précités, réunit Julian Casablancas, Nina Persson, Iggy Pop, Jason Lytle, the Flaming Lips, Black Francis, Suzanne Vega, Vic Chesnutt, Gruff Rhys et James Mercer. Preuve en est que Mark Linkous était adulé de ses pairs. Un projet qui sonne paradoxalement comme un testament discographique rasséréné en attendant la sortie sur Anti- dudit cinquième album ébauché en compagnie d'un Steve Albini admiratif : “j’ai travaillé avec Mark pendant seulement quelques semaines, mais il reste la personne la plus ouverte, sincère et naturelle que j’ai jamais rencontrée. Il était totalement ouvert et enthousiaste par rapport aux choses qu’il aimait, et il donnait assez de liberté à ses musiciens pour les inspirer, pour qu’ils excellent. Avant de le voir au travail, je n’avais jamais vraiment fait attention à sa musique, mais il m’a tellement impressionné durant ces sessions que j’attendais avec impatience de le revoir pour finir l’enregistrement. (...) Je voudrais juste dire que c’était un type bien, et que son œuvre était authentique. Je ne vois pas ce que l’on peut demander de plus à quelqu'un”.

On croyait sa fragilité existentielle vaincue, vouée aux gémonies de l'effort collectif et du partage artistique. Il n'en était rien : Mark Linkous s'est tiré une balle en pleine poitrine un après-midi d'hiver, atteignant fatalement son cœur et transperçant les nôtres d'une même détonation.

Adieu l'ami.


Sleigh Bells

sleighbellsChez Hartzine, on est (presque) comme tout le monde. Les pieds en éventail sur le bureau, une partie endiablée de Sudoku sur nos "smart phones", on attend. On scrute l'horizon entre les buildings de cinq étages de Downtown, on attend. Quoi? qu'est-ce? Mais le BUZZ mon ami! Le groupe avec lequel on va tous vivre, manger, respirer et transpirer. Rien de moins. Alors comme on distingue très nettement une perturbation entre la Floride et Brooklyn, un truc qui n'a pas l'air très menaçant comme ça, mais qui possède tous les atouts pour provoquer quelques catastrophes naturelles, et bien c'est notre devoir de vous prévenir : Sleigh Bells arrive.

Est-il bien nécessaire de préciser que c'est à New York que ça se passe? Vous vous en seriez douté, j'en suis certaine. Alors pour vous parler de ce nouveau duo tellement attendu, je vais faire un petit détour chez Walt Disney, j'espère que personne ne m'en voudra. Sleigh Bells est en effet le titre d'un épisode d'Oswald le lapin, série animée des années 20, dont je vous donne un petit résumé au combien éclairant : Oswald joue au hockey de rue mais est attiré par une jolie demoiselle cherchant à apprendre le patin à roulette, il tente de lui apprendre mais comme il l'a attachée à des ballons d'hélium, elle s'envole. Merci wikipedia. Et maintenant : démonstration.

Sleigh Bells est donc un duo garçon/fille. Derek Miller, issu de différentes formations, certaines proches du hardcore s'attelle à la composition, guitare et beats, Alison Krauss, institutrice au bras tatouée (!) concentre toute son énergie sur le chant. On peut dire sans aller chercher midi à 14h, que ces deux-là jouent au street hockey! Des riffs elektro/métal de Miller sur Infinity Guitars, aux beats très hip hop de Beach Girls, Miller et Krauss envoient des coup de crosses à tout ce qui se trouve sur leur passage.

Alison excelle aussi aux patins à roulettes, dans ses tenues de scène très Peaches, son punch synthétique nous envoie chez les bitchy brésiliennes de CSS en passant par la très haute en couleur anglo-paki M.I.A.

Le girl power, remember?

La jolie demoiselle est sans nul doute une boxeuse, ce n'est pas pour rien que notre duo a partagé l'affiche de l'autre duo elektro/punk Kap Bambino lors de leurs dates à New York le mois dernier. Mais Alison est versatile, après nous avoir envoyé sa crosse à la figure, elle nous fait pleins de bisous... Ring Ring (hommage à De La Soul?) et 2HELLWU déstabilisent complètement nos oreilles, d'une douceur infinie, le chant d'Alison s'envole très haut porté (j'y reviens) par des ballons d'hélium. La boucle est bouclée.

Sleigh Bells est en train d'enregistrer son premier album à paraître au printemps prochain, en attendant vous pouvez nourrir vos oreilles assoiffées sur leur myspace, sautiller sur les tubesques Crown on the Ground et Infinity Guitars et galocher peinard sur leurs happy-ballades . Il va sans dire que nous attendrons en trépignant, leur venue à Paris pour ce qui promet d'être un live dantesque... À suivre.

Virginie Polanski

Audio

Sleigh Bells - Beach Girls

Sleigh Bells - Crown on the Ground


On y était - Bat For Lashes, Festival inrocks 2009

bat

Bat For Lashes, Festival des Inrocks, l'Olympia le 4 novembre 2009

Tête d'affiche de la soirée des Inrocks de l'Olympia mercredi dernier, Natasha Khan alias Bat For Lashes a offert un show de haute voltige à un public visiblement en attente de sensations.

C'est quand même particulier le Festival des Inrocks, microcosme d'hommes et de femmes satellites du milieu musical parisien, tout le monde se connaît, se fait la bise, alors ça va? La moyenne d'âge monte tout de même plus qu'à l'accoutumée, têtes grisonnantes et pattes d'oies dans tous les coins. Ce curieux phénomène de nostalgie des 80's s'explique par la présence de Bad Lieutenant, nouveau groupe du chanteur de feu New Order, Bernard Sumner. C'était génial New Order, mais il n'existe malheureusement pas de lien à effet.

Arrive Bat For Lashes. Poignante fillette à la robe rouge, petit chaperon enchanteur qui ne peut que rappeler Björk à ses débuts. Minois adorable et métissé à la voix impressionnante. La jeune femme anglo-pakistanaise installe son monde sur scène. Ce monde pop et magique, créé en deux albums Fur and Gold (2006) et Two Suns (2009), se pose ce soir à l'Olympia et déploie ses ailes, aidés par un magnifique jeu de lumière, un mélange de sonorités tout droit sorti d'un conte de Perrault et une prestation vocale tout en subtilité.

Car elle est chez elle Natasha, aucun doute là-dessus. Cette fille-là maîtrise aussi bien la douceur d'un piano/voix émouvant dans Moon And Moon, la montée en puissance de ses mélodies poussés par des percussions envoûtantes dans Two Planets, ou la danse chamanique à la fois électronique et organique de What's A Girl To Do? où les sons synthétiques ne font qu'un avec tambourins et clochettes enchanteresses.

Bat For Lashes ouvre grand la porte et on s'engouffre dans son univers sans résister, on se fait bercer. Oh Natasha! vient me border ce soir. Dommage toutes fois, que nous n'ayions pas complètement envie de dormir ce soir. Passé l'émerveillement face à une artiste au talent et à la sincérité indéniable, la comptine de Bat For Lashes se fait répétitive, et l'envie de se réveiller devient plus forte. On émerge alors dans la nuit, engourdi et las, avec une impression d'inachevé, un petit regret dans le coin de l'oreille. Les grands concerts vous laissent parfois dans cet état.

Virginie Polanski.


On y était - BBmix Festival

Pour sa cinquième édition, le festival boulonnais BB Mix prend ses quartiers dans la grande salle flambant neuve du Carré Bellefeuille.

Jour 1 : Comme une ombre

Et ce soir, le public est à l’image de cette dernière : il est propre et il sent bon. A l’ouverture des portes, personne ne se presse : aujourd’hui, on ne vient clairement que pour les Shades, la tête d’affiche, qui ne jouera qu’après vingt-deux heures.

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PRIVATE

Les organisateurs ont parié sur ce groupe, directement issu de l’écurie BB Mix puisqu’il répète dans les locaux gérés par l’équipe, pour ouvrir l’édition 2009 du festival. Mais à part ses proches, Private a du mal à conquérir le public clairsemé – et assis, à cause de la configuration de la salle. Et cela malgré l’enthousiasme communicatif de son chanteur, Alex Aguiar, et son harmoniciste suréquipé – cinq instruments au compteur ! Présentés sur le programme comme les « dignes fils spirituels de Jacques Dutronc » et les « rejetons français des Strokes » (ils y sont peut-être allés un peu fort), les membres de Private présentent ce soir au public leur premier album, qui sortira prochainement. Les morceaux sont carrés et efficaces, mais loin d’être révolutionnaires, et les paroles laissent parfois un goût amer – on a beau dire, pubis, ça passe mieux en anglais.

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HECUBA

Les fans des Shades, apparemment beaucoup plus lookés qu’ouverts d’esprit, accueillent avec des ricanements le duo californien. Il est vrai qu’Isabelle Albuquerque et Jon Beasley ont l’air de venir d’une autre planète. Coiffés et habillés strictement de la même façon – si bien qu’on a presque du mal à distinguer l’homme de la femme – les deux acolytes nous livrent sans ciller leur show spatial. Isabelle, qui maîtrise parfaitement ce petit mouvement de jambes entre le moonwalk et les claquettes, semble en proie à une sorte de transe statique, tandis que son partenaire se déchaine sur son ordinateur, son clavier et sa guitare. On s’aperçoit assez rapidement que les chansons qui nous avaient paru d’une froideur chirurgicale à l’écoute de l’album (Paradise, leur premier opus, sorti cette année) sont en réalité fondées sur des mélodies pop à la fois sucrées et glaciales, qui donnent à cette prestation étrange un petit goût de reviens-y.

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ULTRA ORANGE

La salle se remplit peu à peu, mais les spectateurs persistent à rester assis. Et malgré ses nobles efforts, le groupe le plus hype de Boulogne – avec Booba – ne parviendra pas à les faire se lever ; ça n’aura pas été faute d’essayer. Pour présenter leur quatrième album, à paraître, Gil Lesage et Pierre Emery sont accompagnés d’un bassiste et d’un batteur. Emery mène le show avec une sauvagerie élégante – ce n’est pas sans raison qu’Iggy Pop himself l’a surnommé « l’Iguane français » – tandis que sa femme, un peu trop effacée, ressemble à une sorte d’Alison Mosshart (monomaniaque, moi ?) plus mûre et un brin usée. Mais si sa guitare n’a qu’une corde, elle la torture avec grâce, tout en jouant des talons aiguilles sur sa pédale avec beaucoup de sensualité. Ses mouvements sont lourds et poussiéreux, comme les nouvelles compositions d’Ultra Orange, qui prend soin tout de même de satisfaire les quelques fans qui se sont déplacés en jouant son classique « J’ai du Cream sur mon Jean ». Le duo élargi livre donc une prestation rock’n’roll à l’ancienne, et tente même de faire participer le public léthargique. Qui est toujours assis, donc.

shades1LES SHADES

Mais enfin, la salle se remplit – sans être pleine tout à fait – de jeunes filles toutes plus fashion les unes que les autres. Certaines, presqu’à moitié nues, espèrent sans doute attirer l’attention d’un membre du groupe. Les journalistes et les caméras sont là, il ne s’agirait pas de passer inaperçue. En attendant l’arrivée des Shades, la salle retentit de flashes et autres « Noooon, pitiéééé, ne la mets pas sur Facebook ! » Finalement, les lumières s’éteignent, les appareils photo se dressent (n’y voyez aucune allusion phallique) et les oreilles se tendent. Benjamin et sa doudoune sans manches débarquent sur scène, vite rejoints par les quatre autres membres du groupe. Acclamés par la presse rock à la sortie de leur premier album, Le Meurtre de Vénus, en mars 2008, les Shades viennent présenter en exclusivité ce soir leur deuxième opus, 5 sur 5, qui sera dans les bacs en janvier 2010. Le public se réveille peu à peu, mais a toujours les fesses vissées à son siège. Et pourtant, le groupe se donne à fond pour présenter ses nouveaux morceaux, toujours aussi efficaces. On remarque surtout le très élégant Etienne à la guitare – il faut croire que les mocassins à glands ne sont pas un obstacle quand on est doué – qui n’hésite pas à mouiller sa chemise et à montrer qu’il connaît les paroles par cœur, même s’il ne chante pas. A la fin du concert, Benjamin explique au public qu’il regrette que la configuration de la salle n’ait pas permis un concert plus rock’n’roll (« J’ai l’impression d’être au cinéma »), mais exprime aussi son plaisir d’avoir joué devant un public assis (oui, toujours), attentif et intéressé. A la fin de la dernière chanson du set, dans un dernier élan pour tenter de provoquer une réaction chez le public, il fracasse sa guitare au sol. Et s’en va.

Jour 2 : I feel like a porn movie

De retour au Carré Bellefeuille pour la deuxième soirée du festival BB Mix, on constate tout de suite que le public a bien changé, depuis hier : plus âgé, plus branché, il est venu pour découvrir la programmation pointue du jour. Les festivités commencent à 17h avec la projection d’un film sur Syd Barrett (John Edginton, The Pink Floyd & Syd Barrett Story) suivie d’une conférence donnée par Jean-Michel Espitallier, l’auteur de Syd Barrett, le rock et autres trucs. Quoi de mieux que de nous raconter l’histoire de l’ange maudit du psychédélisme pour nous préparer à cette soirée placée sous le signe des freaks?

dogbowlDOGBOWL

C’est au new-yorkais Stephen Tunney que revient la lourde tâche d’ouvrir les réjouissances. Il n’aura aucune peine à s’en acquitter, ses fans ayant répondu présent à l’appel de BB Mix. L’ex-King Missile, seul sur scène avec sa guitare et son ordinateur (« This is my group »), nous livre avec une désarmante simplicité ses modestes comptines douces-amères. Les paroles sont attendrissantes, l’accompagnement acidulé, et tout contribue à rendre Dogbowl touchant – même sa danse d’albatros un peu pathétique. On a presque du mal à croire que ce vieux monsieur un peu bedonnant est l’un des acteurs les plus convaincants de l’underground new-yorkais – et ce depuis plus de trois décennies – tant il est humble. Le festival n’est pas encore terminé, mais on peut déjà affirmer que Dogbowl en restera l’une des rencontres les plus attachantes.

momus

MOMUS

Attachant n’est pas le terme qui convient le mieux à Momus. Dès son entrée sur scène, l’énergumène annonce la couleur : cagoulé, il se traîne sur le sol en imitant un infirme et en psalmodiant de sa voix grave et nasillarde son premier titre, en français, dont il lit les paroles manifestement fraîchement écrites sur son iPod. Fidèle aux thèmes qu’il aborde tout au long de ses vingt-et-un albums, il déblatère un monologue à peine chanté sur les toilettes réservées aux handicapés. C’est bizarre, et c’est drôle. A la fin de ce numéro, il se découvre le visage, se présente, et nous fait partager son univers lubrique et malsain. Il fait des claquettes, mime une valse ou parle à ses partenaires imaginaires, sans jamais ignorer le public pour autant. On sent parfois un léger malaise parcourir la salle, et je peux affirmer qu’avoir cet individu à quelques centimètres de soi n’est en effet pas l’expérience la plus rassurante que j’aie vécu. Si les avis sont sans doute partagés sur cet artiste, personne ce soir n’a pu rester indifférent à cette créature qui semblait tout droit sortie du laboratoire d’un savant mal intentionné.

JAUNE SOUS-MARIN

Aujourd’hui, entre chaque concert, les deux facétieux trublions de Jaune Sous-Marin présentent leur performance au bar du Carré Bellefeuille. Le concept est simple : donner une traduction littérale en français des grands tubes de la pop culture. Et les arrangements musicaux sont, comme les paroles, malmenés : on se souviendra longtemps des grands solos muets de « Mauve Brouillard » ou de « Ma Génération », ou des riffs avortés de « Dieu Sauve La Reine » ou de « Méchant » (mais si, vous savez, le grand tube de Michael Jackson). Ils n’ont pas peur non plus de mimer la scène mythique de la guitare-fellation entre David Bowie et Mick Ronson. Le résultat, aussi jouissif qu’horripilant, est absolument génial, et le public, qui s’amuse à chaque nouvelle intervention à retrouver les chansons originales, ne s’y trompe pas, et ne manque pas de manifester son enthousiasme.

gravenhurstGRAVENHURST

Mais c’est déjà le tour de Nick Talbot, alias Gravenhurst, de monter sur scène. Changement de style : après les deux fondus du bocal adeptes des rapist glasses et du pantalon de contrôleur de la RATP un peu tombant, c’est un jeune homme bien propre sur lui qui vient nous proposer ses ballades émouvantes. Seul sur scène, il livre une prestation intimiste dans un silence presque religieux. C’est bien ficelé, presque parfait, mais ça manque un peu de nerf, et malgré sa voix céleste, Gravenhurst paraît un peu fade au regard de la programmation de ce soir.

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THE DRONES

Heureusement, les quatre Australiens des Drones ne tardent pas à arriver. On note un changement d’attitude chez le public : pour la première fois, on se bat pour les places au premier rang. Les chevelus à barbe remplacent peu à peu les branchés over-lookés, et ça commence à sentir la bière – jusqu’ici, on était resté très Coca Zéro. Les Drones attaquent avec leur premier titre, redoutablement efficace, et il se passe un truc inédit dans le public – franchement, on n’a pas idée de se lever pour aller se tenir debout devant la scène ! Pour la première fois depuis le début du festival, les gens sont debout. Et on les comprend : le rock noisy des Australiens donne furieusement envie de se balancer sur place. Fondée sur une section rythmique hyper carrée – Fiona Kitchin, à la basse, joue d’ailleurs dos au public, concentrée qu’elle est sur le jeu du batteur, Michael Noga – leur musique puise dans le rock traditionnel et le blues pour les mélanger à des sonorités atonales qui semblent soudain évidentes. Gareth Liddiard, dont le corps est sans cesse tendu entre sa guitare trop basse et son micro trop haut, s’époumone, chuchote parfois. Et si, au début de la prestation, Dan Luscombe, le guitariste, avait avoué au public encore assis qu’il avait l’impression d’être un « unpopular movie », on ne peut que lui donner tort : ce soir, les Drones ont enfin réussi à enflammer BB Mix.

Jour 3 : De l’appétit au dégoût, du dégoût à l’appétit

Plus les jours passent, et plus le public de BB Mix vieillit. Ce soir, les amateurs éclairés de l’immense Marc Ribot remplacent les groupies prépubères des Shades. Pour la première fois depuis le début du festival, le public se presse devant les portes du Carré Bellefeuille dès 19h et, la salle à peine ouverte, se jette sur les premiers rangs. Ça promet.

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Pour ouvrir le bal, BB Mix a choisi ce jeune quatuor new-yorkais, adepte d’une musique atonale et arythmique. Portées par des beats tribaux, leurs expérimentations sont riches, mais très atypiques. Si leurs morceaux sont « impossibles à chanter sous la douche », comme le disait hier Jean-Michel Espitallier à propos de Syd Barrett, ils sont très bien reçus du côté des spectateurs – peut-être parce que le guitariste ressemble au fils de Romain Duris et d’un mannequin Dolce&Gabbanna, mais ne nous égarons pas. Très honorés de jouer en première partie de Marc Ribot, comme le précise le guitariste sus cité, les quatre geeks ont réussi de façon très convaincante à préparer le public à la performance plus qu’expérimentale qui va suivre.

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MARC RIBOT'S CERAMIC DOG

Quand le rideau rouge s’ouvre à nouveau après la pause, le guitariste mythique est acclamé. Et pourtant, loin de l’image traditionnelle du guitar hero, l’homme ne paye pas de mine : prostré sur son instrument tout le long du concert, il tourne presque le dos au public. Le set des Ceramic Dog, son dernier groupe, dont le premier album, Party Intellectuals, est sorti en juin 2009, débute par une reprise de Gainsbourg, « Un Poison Violent C’est Ça L’Amour », en hommage à Alain Bashung, dont Ribot a été le guitariste. Ce dernier tient bien son rôle de maître de cérémonie : ses trois musiciens gardent sans cesse les yeux rivés à son index, qui leur désigne le départ de leurs solos. Ils malmènent leurs instruments pour en tirer des sons improbables, et le résultat est pour le moins déroutant – mon voisin de droite dessine des lettres dans le vide : « WTF ? ». On accordera une mention spéciale au batteur, Ches Smith, sorte de génie autiste et dégingandé qui tape sur tout et n’importe quoi, mais qui ne tombe absolument jamais à côté – parvenir à refaire ses lacets et cracher du Red Bull tout en continuant de jouer, c’est fort. Au milieu de ces tentatives musicales obscures émergent parfois de purs moments de bon vieux rock’n’roll ; on ferme les yeux, et la voix de Marc Ribot ressemble étrangement à celle de Bob Dylan. Les morceaux des Ceramic Dog semblent en constante création/évolution. On savoure d’ailleurs ces moments de suspens où aucun des musiciens, les yeux toujours fixés sur le maître, ne semble savoir où il va. Quand le rideau se referme, le public, admiratif autant que surpris, en réclame encore. Le groupe revient pour un dernier moment de grâce avec sa géniale reprise du « Break On Through » des Doors, qui conclut dans un splendide fracas l’édition 2009 du festival BB Mix.

Si l’on excepte le premier soir, un peu à part, on ne peut que féliciter l’équipe de BB Mix pour la cohérence et l’exigence de sa programmation, très east coast et lunettes ringardes qui, si elle nous a fait passer du dégoût (Private) à l’appétit (The Drones) ou de l’appétit (Marc Ribot’s Ceramic Dog) au dégoût (Momus), n’a en tout cas laissé personne indifférent.

Emeline Ancel-Pirouelle

credits photos : Emeline Ancel-Pirouelle


On y était - Baddies

baddies
Mini-Concert de Baddies, le Point Ephemère, 14/10

Comme toute journaliste rock qui se respecte, avant d’assister à leur premier concert dans l’hexagone, je suis allée me balader sur le myspace de Baddies, fraîchement débarqués de l'extrêmement productive Manchester Southend (d’où viennent The Horrors et These New Puritans, mais non rien à voir par ici). Les quelques titres à l’écoute titillent ma curiosité et une montagne de citations plus qu’élogieuses de la presse britannique finirait presque par m’emballer complètement (« Comme Franz Ferdinand sortant de prison et perdant foi en l’humanité » ouah). Mais allez savoir pourquoi, comme avec les critiques de cinéma, quand on me martèle que c’est très très bien, je me laisse systématiquement gagner par le doute.

C’est donc avec un esprit plutôt aiguisé et dubitatif que je me rends au mini show de Baddies (6 titres et hop-là terminé). Tout de suite, leur intention ne laisse aucune équivoque : les quatre gaillards arborent un uniforme chemise-cravatte à la Hives, version bleu layette, qui proclame « c’est du sérieux, on s’est sapé» sans parler de la carrure bodybuildée du bassiste, et de l’hyper ressemblance entre le chanteur et le batteur (oh mon dieu, seraient-ce des jumeaux ???). Vous me direz, et la musique ? Alors pour la faire courte, je dirais Franz Ferdinand sortant de prison… Je blague.

Pour commencer, l’uniforme n’est pas le seul atout commun de Baddies et des Hives, leur rock bien tendu avec des mélodies accrocheuses s’en approche, en tirant nettement plus vers le punk tout de même. Mais là où les Hives détonnaient avec une production bien léchée, Baddies tombe dans un créneau bien plus lisse, celui du rock commercial à la limite de Green Day, et ce ne sont pas les Whoo-whoo-whoo à la Blur Song 2 qui vont y changer quelque chose. Certains morceaux se détachent heureusement. « We beat our chest » qui clôturera ce concert, possède un côté funky 80’s proche des Talkink Heads, plutôt plaisant et accrocheur. Dommage que le reste des morceaux reste pour leur part, dans la veine rock à guitares agressives et chant plus que passable (le leader faisait soit dit en passant parti d’une formation métal avant de créer Baddies).

Il est d’ailleurs étrange de constater que c’est finalement en live que Baddies se vautre dans un son beaucoup trop produit et agressif, les titres « Open one eye » et « Battleship » promettaient pourtant de beaux lendemains dans l’enregistrement studio. Malheureusement pour le show, la plus grande déception réside dans la « prestation vocale » de son chanteur Michael Webster qui donne plus dans la vocifération et la gesticulation que dans le chant à proprement parler, contrairement à l’album dans lequel il parvenait à de subtiles modulations.

On-t-il échangé les jumeaux ? On se le demande presque, tellement les nuances de sa voix disparaissent pour n’offrir qu’un spectacle répétitif et par là même, très lassant. Espérons que leur tournée dans toute l’Europe jusqu’au 31 décembre, soit pour Baddies une bonne salle de répétition pour la suite.

Virginie Polanski


On y était : Kap Bambino

Kap Bambino 18/06/09 à la Maroquinerie : Les têtes brûlées

Note : à classer directement dans le top 10 des (petits) concerts mémorables, je pense qu’aucune des personnes présentes ce soir-là ne me contredira. Dès les premières minutes, nous avons tous compris que la fureur de cette chanteuse, à la petite carrure mais à la tonicité retorse, allait tout dévaster sur son passage.

Kap Bambino c’est donc ELLE : Caroline Martial, cheveux courts décolorés, yeux bleus cernés de noir bientôt dégoulinant sur les joues, une voix nerveuse et saturée et une présence indiscutable sur scène. Et c’est LUI, Orion Bouvier derrière ses machines, triturant, torturant, distordant un son puissant et dévastateur. Le duo se rencontre à une fête en 2001 et créée le label indé Wwilco (axé électro barré), puis sort son premier maxi sous le nom de Kap Bambino en 2002. Cela fait donc 7 ans que les deux compères expérimentent une sorte de happy hardcore mélodique (avec un premier album Zero life, night vision en 2006 et aujourd’hui Black List) et qu’ils se livrent à de nombreux lives chaotiques qui leur a acquis une réputation pas volée et un public toujours plus enthousiaste à être bousculé par un déferlement brutal et jouissif de sons métal/électro, nous ramenant parfois quinze ans en arrière au premier album de Prodigy, ou encore à DAF.

Car il y a vraiment quelque chose de l’ambiance des free parties du début des 90’s chez Kap Bambino, la fièvre, l’excitation, mais la véritable valeur ajoutée de ce groupe : c’est ELLE. Le groupe bordelais nous fait la démonstration implacable de la puissance punk de ce qu’on qualifie de French Touch 2.0 (coïncidence ou pas le look barbu à la Justice d’Orion?!). Caroline, bête de scène, réussie à incarner toute la rage qu’elle a en elle, rage qu’elle transforme en jouissance furibarde, et qui souligne parfaitement ce qui manque à tous ces groupes de Dj’s. De l’humain, avec des sentiments et des émotions qui éclaboussent. J’avoue que je suis restée médusée quand je l’ai vue sauter dans la foule au bout de dix minutes de concert, un ralenti à plusieurs vitesses comme dans le clip très noir et très inquiétant de Red Signs. Quelle stupéfaction et quel bonheur de voir cette fille faire corps avec un public à genoux! Descendre dans la fosse brûlante, hurler dans son micro et taper un pogo avec la foule déchaînée, si c’est pas de l’amour!

Pour ne rien vous cacher, j’avais prévu d’écrire un papier sous forme de battle entre ce concert-ci, qui m’a bien retourné vous l’avez compris, et le live de Cristal Castle qui se déroulait le lendemain au Show Case. Les deux groupes ayant un certain nombre de points communs musicaux, il me paraissait intéressant de les confronter dans un combat imaginaire. Or celui-ci ne peut même pas avoir lieu. Malheureusement pour eux, les anglais de Crystal Castle se sont retrouvé dans une soirée de marque (que je ne citerai pas) dans un lieu à l’allure de grosse boîte de province au volume tellement OVER que c’en était inécoutable même avec des boules quiès. J’ai même eu la douloureuse expérience d’écouter Courtship Dating, mon titre préféré par ailleurs, complètement massacré par cette saleté de vocoder qui me donne la nausée (il serait peut-être temps de remédier à cette pandémie d’effets de voix toujours plus rédhibitoire).

Bref, Kap Bambino l’emporte par KO, laissant une traînée de souffre et de stupre dans nos petits cœurs dévastés par la prestation fantastiquement hardcore de Caroline. Ils écument à peu près tous les festivals de l’été, je ne saurais trop vous conseiller de vous y précipiter. Avec un casque et des protèges tibia si vous avez.

Virginie Polanski

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On y était - The Rifles

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J’avoue que je remontais la rue Oberkampf à reculons, la motivation ne culminait pas aux sommets pour ce concert. Personne n’avait voulu m’accompagner, c’était donc moi et mon petit carnet de journaliste professionnelle. Oh frustration ! Car il y en avait des choses à dire ! Le programme donc : The Rifles, groupe anglais à cheveux.

Inspiration Oasis pour la coupe, mais pas seulement ; j’y reviendrai. Toutes mes excuses chers lecteurs, j’inaugure ce papier sur une thématique fashion de comptoir, mais ce petit groupe pop/rock qui fait mal aux oreilles (le petit casque capillaire a peut-être double fonction?) m’a tout de suite inspirée à un niveau tout autre que musical. À l’image de ce guitariste aux lunettes double foyer, chapeau de sorcière et slim, je me devais de débuter sur une touche complètement inappropriée. J’ajoute pour la postérité que c’est le genre de groupe qui aime se regarder la guitare, genre « viens on se fait des bisous de gratte » face à face. Ces scènes de vieux routiers me font immanquablement sourire dans ma barbe, et je ne peux m’empêcher d’oublier un instant mon sérieux légendaire …

Parenthèse modasse fermée, il est intéressant de constater qu’il existe toujours des groupes à fort potentiel (grosse prod, mélodies entêtantes) qui passent continuellement à ça du gros hit mondial, mais qui s’obstinent. Quand je formule « ça », le petit mot insignifiant prend malheureusement une envergure assez énorme dans son sens : la touche de génie qui fait le tube, pas moins. Malgré cela, la verve et l’énergie ne manque pas pour ce premier live en France d’un groupe jusque là inconnu dans l’hexagone. Pour tout dire, j’étais aussi surprise que le quatuor à l’accent cockney pure, qu’il y ait plus de deux ou trois personnes dans la salle. Au lieu de ce bide attendu, dans une salle presque remplie, les deux premiers rangs comptaient nombre de fans, scandant les refrains et sautant énergiquement en l’air.

Mais qui sont donc ces Riffles ?

Je vais citer directement le site du Nouveau Casino, avec quelques commentaires en italique, si vous le voulez bien :

« The Rifles ont fait irruption sur la scène musicale il y a deux ans, lançant la charge avec No love Lost , un premier album rebelle ah les rebelles à l’image des espoirs de la working class des banlieues londoniennes est-ce que ça ne sonne pas un peu daté? Est-on de retour dans les 90’s les gars ?. Alors que les médias ignorent (étrangement) à raison je dirais le quartet de Walthamstow, le groupe accroît sa notoriété sur la route, récoltant au passage une pléiade de fans chez les fidèles de Paul Weller ou encore Oasis. Voilà nous y sommes, c’est bien là le problème.

C’est maintenant le deuxième round pour The Rifles et avec quelques énormes hits, comme ils y vont ! Great Escape se présente comme un véritable assaut indie ( ???)conçu pour les propulser à la place qui leur revient de droit : au top. No comment. Grâce à la collaboration du producteur Jan 'Stan' Kybert (Weller, Oasis, Bjork), Joel Stoker (chant), Luke Crowther (guitare), Rob Pyne (basse) et Grant Marsh (batterie) ont su faire mûrir leur musique ». C’est un avis, certes.

Mais c’est précisément ce qui me laisse complètement hermétique à ce groupe.

Certains revivals musicaux sont en phase avec notre époque parce qu’ils mettent en parallèle la société et ses aspirations sur des plans comparables, ET accordables. Plus clairement, un genre comme le disco, avec toute l’imagerie flamboyante et la mentalité correspondante, fait un retour sur nos scènes en s’adaptant à la fin des années 2000, se minimalisant, approfondissant ce son synthétique si caractéristique.

Et ça fonctionne. Idem pour tous les groupes qui se revendiquent du Shoegazing, ce truc un peu planant est au final vraiment d’actu. Les gens ont envie de planer.

L’imagerie des 90’s anglaises est « irressuscitable » parce qu’elle appartient trop à elle-même. Chaque année depuis 4 ou 5 ans, on nous annonce le retour du grunge en mode. Et chaque année, ça ne prend pas. Pourquoi ? Et bien, il faut juste admettre qu’on a tout sauf envie de retourner dans cette époque désespérée et désespérante. On veut du rêve et du glam bordel ! Des chemises à carreaux oui, mais avec des leggings dorées et des boots de 12cm. Alors du néo-Oasis sans valeur ajoutée ?... Pas sûre.

Virginie Polanski.


Eurockéennes 2009

Malgré la crise le festival Belfortain aura su encore une fois ne pas sombrer dans les travers du name-dropping spectaculaire et de la surenchère mainstream. Respectueux d'une programmation éclectique et adeptes des ponts entre les genres et les époques, Christian Allex et Kem Lalot, têtes chercheuses aguerries, auront mis toute leur chance mis de leur côté pour tenter de faire de cette  édition 2009 un succès artistique, populaire et fédérateur. Le superbe site du Malsaucy - lorsqu'il ne se transforme pas en champ de boue - accueillera donc pêle-mêle une belle paire de révélation (Passion Pit, La Roux) ,un armada Hip-Hop en trompe-l'oeil composée de gentils esthètes (Kanye West, Mos Def), de mecs pas tendres (Seyfu, NTM) et d'une adepte des fessés (Amanda Blank). On aura également plaisir à entrer en communion avec les pop-songs enjouées et lumineuses de Peter Bjorn & John et Phoenix et à sautiller généreusement avec Naïve New Beaters, Solange la Frange et Friendly Fires. On s'oubliera enfin dans la frénésies de beats ravageurs que nous proposerons Diplo, Yuksek ou Kap Bambino.

Télécharger la programmation complète

Video


On y étais - Liars

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LIARS ou l’Initiation à la danse des possédés, 28 mai 2009 au Cabaret Sauvage.

Bricoler un papier sur un concert des Liars me paraît un exercice, au lendemain du dit événement, aussi difficile que de décrire une tempête dévastatrice, un tsunami voire un cataclysme entraînant une possible fin de notre monde.
Autant dire que je suis mal.
D’emblée, un dilemme : s’agissait-il de regarder ce show d’un œil professionnel et distant en prenant quelques notes, ou bien ce que mes viscères m’ont commandé de faire, tout laisser tomber et me laisser porter par ces trois types complètement malades ? (je ne pense pas aller trop loin en avançant qu’une « normalité mentale » exclue la possibilité d’accoucher de telles compositions). Je me la suis donc jouée Gonzo. J’ai bu deux pintes et demi pendant les premières parties (y a-t-il quelque chose à dire sur les Black Lips ?) et j’arborais ainsi une mine totalement détendue et une oreille tout à fait disponible quand Angus Andrew et ses deux acolytes ont investi la scène et pris en main nos esprits embrumés.
La dernière fois que je les ai vus, ils venaient de sortir leur deuxième album They Were Wrong, So We Drowned qui prenait alors un tournant inattendu : partis d’un punk/funk influencé lo-fi electro, les Liars se sont lancés dans ce qu’on pourrait qualifier de musique expérimentale bruitiste et franchement tribale où se mêlent à l’infini les percussions sèches, les guitares maltraitées et la voix possédée d’Andrew. Deux albums plus tard, ils sont toujours là. On dirait même que leur présence s’est densifiée : exit maquillage et de fringues délirantes (et artistiquement trouées), nul besoin de d’artifice pour affirmer un charisme indiscutable.
Mélangeant anarchiquement des titres de tous leurs albums (pas de nouveau à l’horizon d’ailleurs), les Liars nous ont embarqués dans une transe lancinante et contagieuse. On pourrait définir leur son en un seul mot : VAUDOU. Notre esprit disconnecté s’est laissé emporter, réveillé par moments par les cris du chanteur… Mais n’allez pas imaginer tout cette « cérémonie » était glauque ou désespérée. Car si leur musique se teinte résolument d’un noir profond, l’état dans lequel elle nous a plongé ce soir, était tout sauf de la tristesse. Il y avait bien longtemps que je n’avais ressenti physiquement la fébrilité et la puissance d’une musique en live. Comme si la salle entière pouvait écouter avec tout son corps, pas seulement avec ses oreilles et sa tête !
Le concert n’a duré qu’une heure, mais le temps n’avait finalement plus aucune réalité, il aurait tout aussi bien pu durer trois heures. Les Liars possèdent cette capacité à prolonger leurs morceaux à l’infini en embarquant un public toujours plus consentant, c’est peut-être ça qui est, au bout du compte, le plus impressionnant. En débriefant avec mes compagnons de concert, nous avions tous le sentiment de sortir d’une parenthèse temporelle, un rêve sauvage et noir ayant profondément imprégné nos esprits.

Vraiment sauvage ce cabaret.

Virginie Polanski.

Photos

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Grand Crew - Battant, Telepathe, Micachu en live

On ne cessera jamais de le dire. Rien ne vaut la moiteur d'une salle de concert, la promiscuité d'inconnus en sueur et la bière tout aussi chaude pour apprécier dignement la valeur de certains de nos compagnons auditifs. Alors Effectivement, il manquera à ces images toutes ces dimensions qu'elles cherchent vainement à saisir, mais on ne peut que louer le penchant irrésistible de la plateforme Grand Crew à tourner et tourner ceux qui tournent et ce, tout en tentant d'éviter de gangrener leur ligne éditoriale par leur succès.

Battant

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009

Telepathe

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009

Micachu

Festival Les Femmes S'en Mêlent 2009


On y était - BATTANT

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Battant tabasse.

Samedi soir à la Maroquinerie, on trépignait tous d’impatience en attendant le magnétique trio anglais, Battant, qui sont précédé par une réputation de lives fiévreux, pratiqués intensément dans le East London ces deux dernières années. Autant dire que ça tapait du pied sévère en se cognant le slow show de Telepathe en première partie.

Est-ce qu’on espérait trop?

Battant et sa chanteuse androgyne Chloé Raunet fait son entrée sur trois titres planants et prometteurs d’une suite plus énervés (Mark Twain, The Butcher et Rerinse). Arrive le tubesque Radio Rod et c’est à ce moment précis que je me dis qu’il manque quelque chose, non seulement sur cette scène un peu vide, mais surtout dans le son sec envoyé par la boïte à rythme : une batterie! S’il est vrai que Battant mélange et emmêle à merveille leur rock d’une grave empreinte newwave/coldwave fonctionnant parfaitement sur leur album, le live se montre un peu chiche en matière de gros son que nos oreilles affamées réclame ce soir-là.

Cette impression de manque s’estompe une fois envoyé Socket, le titre le plus rock de leur premier album. A ce moment,  la salle (franchement empotée) se laisse gagner par le rythme frénétique et le chant fiévreux « Plug the TV into his mind » de Chloé. Un peu poseuse selon certains, elle se montre parfaitement maîtresse de ce live, oscillant entre séduction et fuckoff attitude, se balladant avec sa Kro entre ses deux acolytes Tim Fairplay et Joel Dever, l’un grattant frénétiquement sa guitare et l’autre plié en deux devant son clavier.

Final au top!

Heureusement pour nous, le meilleur arrive : le trio envoie la furie punk/horror du titre Human Rug, cascade de riffs et arabesques moyen-orientales dissonantes. Les « mini-battant » à la coupe garçonne clonée de Chloé secoue leur mèche de cheveux devant leurs yeux fermés, parties dans une transe aux accents vaudous.

Finalement, c’est aussi ce que le public demande ce soir : avec une signature sur le label de la night Kill the Dj , on a qu’une envie, c’est que Battant nous fasse danser ! Vœux exaucé à la fin du rappel avec le bonus track festif Jump’up, morceau volontairement absent de leur premier album, et qui, selon toute vraisemblance, aurait pu les propulser dans les charts, au même titre que les Ting Tings. Mais les trois Battant en aurait décidé autrement, désireux de tracer leur propre voie dans un genre défini par eux-mêmes.

Ce soir-là on a presque oublié tous les groupes à chanteuse charismatique (oubliée Karen O, oubliée VV!). Le live de ces londoniens pur jus nous a prouvé qu’on pouvait mélanger sans scrupules autant de genres, très noirs et très dansants, que d’émotions en 55 minutes.  Il est certain que l’on trépignera en attendant leur retour sur nos scènes.

Virginie Polanski!

PHOTOS

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Sampler 4AD - Festival SXSW

Belle initiative que cette mise à disposition par le mythique label 4AD de quelques titres en téléchargement gratuit de ses artistes ayant participés à la dernière édition du festival texan SxSW tels St Vincent, M Ward, Camera Obscura, Anni Rossi, Department of Eagle


On y était - THE PIERCES

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" C’est bien ici le New York Club ? " A chaque arrivant cette même question. Il faut dire que rien ne distingue l’entrée de cette immeuble de la rue de rivoli. C’est pourtant bien là. Après La Flèche d’or l’année dernière, les filles des Pierces ont choisi ce nouveau lieu animé des nuits parisiennes pour mettre « thirteen tales of love and revenge », leur 3ème album, en scène. D’amour, il en est d’ailleurs beaucoup question pendant les 45mn de concert. A voir Allison et Catherine, on comprend mieux pourquoi les garçons jouent des coudes devant. Le casting familial est bien étudié. L’une est blonde, l’autre brune et l’harmonie vocale, aussi chaude que parfaite. Mais passons sur les charmes des demoiselles... pour un coup d’œil sur le CV. Et là une ligne rassure : the Pierces a fait la première partie des concerts d’Albert Hammond Jr, l’un des Strokes en solo alors en tournée européenne. Pas de suspense inutile, l’entraînement a visiblement payé. « Sexy, diabolique et drôle ». Voilà comment Allison définit leur musique produit par Roger Greenawalt, l’homme derrière Nils Lofgren et Ben Kweller. Sexy, diabolique et drôle donc. Elle est un peu plus que ça en fait. Leur mélange de folk, groove et touche d’électro, un peu fade sur l’album, se révèle bien plus intéressant sur scène. On passe d’une soirée cabaret à un dérapage ragga. D’une aspiration bavaroise (si,si !) à une ambiance de saloon. Et le violon sait donner des airs tsiganes aux arabesques des filles de Birmingham et de leurs 3 acolytes. C’est là tout le charme des Pierces. Souffler le chaud et le froid. Alterner balades mélancoliques et électro pop entraînante. Les sœurs Pierce ont probablement abusé des BO de Burton ou Tarantino mais le tout manque un peu de force pour une «  pop vicieuse » ( Catherine ) et le jeu de scène est parfois plan plan. Qu’importe, on se laisse volontiers entraîner dans cette boîte à musique hétéroclite dans la lignée des cocoon, the Do et consorts. Minuit. The Pierces termine sur la balade « Go to Heaven ». J’en vois certains qui y sont depuis près d’une heure…

F.Clooney

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THE PIERCES - SECRET