Rencontre avec Anne-James Chaton

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Il s'agit d'abord d'une scène, très confidentielle, celle de la poésie sonore, qui se situe quelque part entre la poésie d'avant-garde, l'art conceptuel, la performance, le sound art et le spoken word. Un terme qui pourtant évoque surtout des librairies d'initiés et un milieu austère, alors que le genre recèle de curiosités qui surprendraient jusqu'aux amateurs d'électro, de slam et de musiques improvisées. On y trouve les éructations phonétiques de Joachim Montessuis, les déclamations-exorcismes de Charles Pennequin (ancien gendarme de son état), et tout un continent d'autres expériences sur le langage, la parole et le son, en France comme à l'étranger. On en a retrouvé des traces un peu partout également, chez Laurie Anderson, chez les Toulousains de Programme, ou dans les oeuvres solos de Serge Teyssot-Gay. Existant en tant que tel depuis les années 70 mais issu de contre-courants littéraires antérieurs, le mouvement s'est aujourd'hui disséminé : "Il y a de plus en plus d'objets de poésie sonore, mais de moins en moins d'artistes se revendiquant poètes sonores", constate Anne-James Chaton, lui-même dans le circuit depuis près de quinze ans, et faisant partie d'une frange de cette scène qui est venue directement à la rencontre du monde musical.

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Bisontin d'origine qui s'est d'abord mis à l'écriture dans diverses revues collectives avant de publier en solo, AJC compte aujourd'hui parmi les éléments les plus visibles du microcosme de la poésie sonore. Son initiation s'est produite lorsqu'il a assisté à une performance de Bernard Heidsieck, sorte de pape dans le domaine, au cours de laquelle il réalise que "ce rapport qu'il créait entre le corps, l'écrit et le son est ce qu'il manquait à mon écriture". Une anecdote connue dans le milieu est celle d'Heidsieck faisant la première partie de la poétesse dark-wave Anne Clark dans les années 80 devant un public plutôt rock réagissant très mal à la déclamation laconique de sa pièce maîtresse, Vaduz, jusqu'à ce qu'il gagne progressivement l'attention de l'auditoire qui finira par l'ovationner. C'est un contexte dans lequel Anne-James s'est déjà retrouvé maintes fois, bien qu'avec un accueil heureusement plus favorable, depuis qu'il collabore avec l'institution punk/post-rock hollandaise The Ex dont les guitaristes ont adhéré à ses scansions radicales dès qu'ils l'ont vu à l'oeuvre dans un festival il y a dix ans. "Ils m'ont alors invité à ouvrir leur tournée française et quelques dates à l'étranger avec ma performance solo. Au début je n'étais même pas annoncé parce que leur tourneur était dubitatif sur mon travail, donc je montais seul, ou parfois les guitaristes m'annonçaient, et c'était reçu assez bien dans l'ensemble. C'était néanmoins passionnant d'introduire ces objets-là à un public comme celui-ci, qui n'était pas venu pour ça, de connaître la fatigue et l'enthousiasme de la vie de tournée, ou de se retrouver dans des conditions complètement étrangères à la poésie sonore, comme cette fois dans un festival en Allemagne où la scène devait faire 20 mètres de long et les murs d'enceinte 10 mètres, devant un public gigantesque."

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C'est avec un des guitaristes du groupe, l'Écossais Andy Moor, très porté sur l'improvisation, qu'il a mené une collaboration suivie au fil des années, se développant d'abord sur scène pour se transformer en studio en une série de pièces percutantes compilées en 2008 sur un premier album, Le Journaliste. On y entend Anne-James Chaton, impitoyable scanner verbal, réciter sur un ton atonal et dépassionné ses listes de faits comme s'il s'agissait de la fiche technique de nos réalités mécaniques, pendant qu'Andy Moor vient appliquer une pression dramatique et une menace électrique sur le cut-up glacial du poète français. "On ne se fait plus aucune demande explicite avec Andy, explique AJC. Nos réunions de travail sont très courtes, chacun amène des matériaux, ou une ligne thématique, il arrive même maintenant qu'il me soumette des idées ou des bouts de texte. Ensuite on y va franco sur scène, le premier concert n'est d'ailleurs pas forcément le meilleur. Andy comprend un peu le français, mais pas sur scène, c'est surtout instinctif, il réagit à mon rythme de lecture, à ma tonalité."

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Le travail d'Anne-James est souvent comparable à des readymade poétiques, ou comme il le dit si bien à "du lo-fi en littérature". Tickets de caisse, de banque, reçus, factures, documents administratifs, paquets de cigarettes, prospectus, cartes d'identité, titres de journaux, billets de train… Le poète collectionne toutes ces scories textuelles non-poétiques au possible que la société produit sans cesse et les agence pour former des portraits basés sur des données objectivement insignifiantes, banales au possible. Une fois transposées dans le flow torrentiel du performeur, elles deviennent comme des armes et semblent pointer avec la plus grande simplicité une sorte de vérité universelle infaillible. "Tous ces documents sont des écritures que nous partageons tous et dont on fait une lecture flash très particulière. On ne les lit pas vraiment, on les parcourt. Ce sont des textes qui nous sont très intimes, qui sont constituants de notre existence sociale. Mon travail consiste simplement à les cadrer pour constituer un récit, le récit d'une vie ou de l'inverse d'une vie, de ce qu'elle est ou de ce qu'elle n'est pas." Une démarche qu'il fait remonter, en tant qu'homme de lettres, jusqu'à la phénoménologie d'Husserl, jusqu'aux techniques littéraires de George Perec, qu'il explique aussi par son rejet total du lyrique dans la poésie, à son envie de faire disparaître le "je" et de faire "rentrer le monde dans le livre/le poème sonore" à l'image des futuristes russes, et qu'il rapproche également du Situationnisme. "Pourquoi produire encore plus de texte sachant qu'il y en a déjà beaucoup trop ? Autant se servir de ce qui existe déjà et le faire fonctionner sur lui-même, lui faire dire autre chose, le transposer par forcing dans un contexte poétique. Pourquoi un ticket de caisse ne pourrait pas appartenir à une oeuvre d'art ?"


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Cette attitude minimaliste se retrouve même dans son approche du son, préférant jouer avec différents micros ou techniques d'enregistrement plutôt que d'utiliser des effets - à l'instar de ses collaborateurs Andy Moor et Alva Noto, boss de l'incontournable label électro expérimental Raster Noton. Une approche intuitivement DIY pour un artiste qui se dit très éloigné du monde musical. "Je suis entré dans le son par l'écriture, et cette rencontre a donné lieu à des situations inédites, comme lorsque certaines personnes se sont mises à danser pendant mes performances solos. Personnellement je suis venu très tard à la musique, j'en découvre toujours, comme récemment Andy qui m'a fait écouter du dubstep. Cela m'a aussi mené à travailler dans d'autres langues, comme en anglais, ce qui change forcément ma diction, mon rythme, et ma matière première. Notre prochain single sera d'ailleurs en anglais, il a pour thème les morts de princesses, et la face B détaillera tous les déplacements de Lady Diana durant ses dernières vingt-quatre heures à Paris. Andy espère qu'il sortira pour le mariage du Prince Harry." Toujours plus sympa qu'une nouvelle version de Candle In The Wind par Elton John ?

Vidéos


Requiem pour Meg White

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Photos © Juergen Teller

Vous ne pouvez pas ignorer la nouvelle : le 2 février, les White Stripes ont officialisé leur séparation déjà effective depuis 2007 par un communiqué publié sur leur site internet. Si le divorce était déjà consommé depuis plus de trois ans, Jack White s'employait avec application à garder le mystère sur une possible reformation du duo de Détroit à longueur d'interviews évasives agrémentées de verbes au conditionnel. Il y a à peine deux semaines, une rumeur disait même qu'un septième album était sur le point d'être enregistré. Certains avaient même vu les ex-mari et femme sortir ensemble du QG de Third Man Records à Nashville. Manifestement, c'était plus pour organiser un pot de départ que pour évoquer des projets communs.

A peine la nouvelle annoncée, des milliers de fans y sont allés de leur commentaire larmoyant, tandis que quelques uns sortaient ouvertement le champagne. Quelques plumes éclairées se sont employées à raviver des souvenirs désormais douloureux. Pour beaucoup, les White Stripes auront marqué l'arrivée du rock dans leur vie - une révélation de jeunesse qui s'est avérée bien plus signifiante et profonde qu'un caprice d'adolescent. La découverte de la fureur du blues, celui qui prend aux tripes sans espoir de rédemption. Un chemin tortueux et électrique vers Son House et d'autres fameux collègues. Une passion esthétique pour un groupe qui, visuellement, n'aura jamais fait un faux pas vers la demi-mesure. Pour moi, les White Stripes auront aussi été tout ça. C'est pourtant sans surprise que j'ai parcouru le communiqué, même si mon sang s'est légèrement glacé. J'avais déjà fait mon deuil depuis plusieurs mois. Finalement, j'étais plutôt soulagée que le groupe mette enfin noir sur blanc cette situation que l'on réussissait à ignorer avec plus ou moins de succès, au gré des indices dispensés par Jack White dans la presse.
meg-white-for-marc-jabobs-c-juergen-teller-2D'ailleurs, puisqu'il faut parler de Jack White, précisons qu'on ne se fait aucun souci quant à son avenir professionnel. Tout le monde semble déjà le regretter, mais il est loin d'avoir quitté la scène : si les Raconteurs et les Dead Weather sont en sommeil, son label, lui, tourne à plein régime. Third Man Records s'est donné pour mission de sauver le monde de la musique d'internet à coups de vinyles tricolores et il ne se rendra pas. Non, je ne m'inquiète pas pour Jack White. La séparation des White Stripes a pour moi été révélatrice d'une autre interrogation dont personne ne semble s'être encore soucié : que va devenir Meg White ?

Une grande question, et déjà une foule d'indices que l'on préférerait oublier. Puis rapidement, une certitude : Meg White n'a plus sa place dans le bas-monde de la musique. Elle n'a jamais été une grande musicienne et s'est révélée une piètre chanteuse. Anonyme parmi les anonymes de la banlieue de Détroit, elle se met à la batterie sur le tard - à 23 ans - sur les conseils d'un certain John Anthony Gillis, son boyfriend et futur époux qui, lui, manie les baguettes depuis l'âge de cinq ans. Derrière le guitar hero en gestation, elle apprend sur le tas. Estomaqué par la puissance naïve de son jeu, le futur Jack White l'encourage à ne pas trop en apprendre. Dotée d'une régularité effrontée de métronome, Meg avance donc tout droit, ignorant les breaks et les fioritures. Si elle joue de la batterie, c'est grâce à Jack White ; si elle n'en a jamais très bien joué, c'est à cause de lui. Poussée par une énergie brutale, sans arrière-pensée, elle frappe les fûts avec toute la conviction de son ignorance. Elle est le rythme dans sa plus pure expression. C'est ce qui a fait, entre autres, la particularité des White Stripes, et c'est aussi la raison pour laquelle elle ne pourra probablement pas intégrer un autre groupe. De toute façon, elle n'en a sans doute jamais eu l'ambition.

meg-white-for-marc-jabobs-c-juergen-teller-3Car Meg White, c'est aussi la discrète, l'effacée, la presque transparente. Parfois, on se demande si elle n'a pas juste été une marionnette dont son ex-mari aurait tiré les ficelles à sa guise. Ecrasée par la personnalité d'un Jack de plus en plus control freak, elle semble n'avoir jamais vraiment trouvé sa place au sein du duo. Ou seulement une toute petite. Elle parle très peu, et si doucement qu'on peut à peine l'entendre. Elle ne s'exprime ni sur la musique, ni sur le groupe, ni sur rien, d'ailleurs. Elle est juste là, dans son coin, terriblement puissante sur scène et terriblement absente le reste du temps : sur les albums, composés et produits par Jack ; en interview où elle se contente de faire de la figuration. On ne sait pas grand chose d'elle, de ses goûts, de ses projets. En dehors des White Stripes, elle n'existe plus en tant que Meg White. Elle n'a pas l'air de vouloir être une rock star, ni de révolutionner la musique, même si elle y a un peu contribué, malgré elle. Elle a choisi l'anonymat, la tranquillité. De fonder une famille avec le rejeton de Patti Smith. Vous ne trouverez aucune photo du couple dans les tabloïds, ni même sur internet. Mal à l'aise sous les projecteurs, elle est retournée à la vie sauvage.

Les White Stripes et leurs six albums auront été une parenthèse fulgurante dans la vie d'une femme qui n'en demandait pas tant. D'abord entraînée par l'enthousiasme débordant de Jack White, elle a d'ailleurs fini craquer : ce sont ses crises d'angoisse qui, en 2007, on précipité plus rapidement que prévu la fin du groupe et ont obligé son acolyte à revoir son plan de carrière. Jack White a toutes les femmes qu'il veut, mais sa plus parfaite âme soeur aura fini par lui échapper. Alors plutôt que de regretter un groupe qui n'existe plus depuis longtemps, je voudrais dire adieu à Meg White. Parce qu'il y a des chances qu'elle ne touche plus jamais à son instrument et parce qu'on ne la reverra probablement plus. On se souviendra d'une femme modeste et intègre, de l'épouse mythique d'un seul homme, de la batteuse fidèle d'un unique groupe. De la musicienne ingénue qui n'a jamais voulu en savoir trop et dont la force a été, justement, d'en connaître si peu et de s'en contenter. Pas d'exploits, pas d'éclats, simplement une grande honnêteté. Alors rendons à Meg White la place qui lui revient pour que l'autre Meg White, la vraie, puisse vivre sa vie, débarrassée du poids d'une légende trop lourde à porter. En choisissant de nous quitter maintenant, elle restera ce qu'elle a toujours été : un mystère.

Audio

The White Stripes - Passive Manipulation


FMLY : Interview & Mixtape

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"Telle que je raconte l'histoire, tout à commencé dans une boîte de nuit et tout doit être jugé à l'aune de ce qui est arrivé là et qui s'est déplacé dans une autre boîte - tout comme ce qui est arrivé dans ces boîtes de nuit doit être jugé à l'aune de ce qui, à certains moments, a franchi les portes de la boîte de nuit, a été écrit sur les murs, hurlé, s'est déroulé dans des immeubles et dans des rues qui apparaissaient soudainement sous un jour nouveau. Dans une certaine perspective la ligne est facile à dessiner, une simple ligne - par exemple le graffiti de l'Internationale Lettriste en 1953, "NE TRAVAILLEZ JAMAIS", qui a réapparu comme graffiti en Mai 68 et qui a été réécrit en 1977 pour le Seventeen des Sex Pistols : "We don't work / I just feed / That's all I need". Mais cette connexion - un manifeste d'une ligne de l'I.L., qui fut passé en sous-main par les amis de l'ancien situationniste Cristopher Gray à Malcolm MacLaren, Jamie Reid et Johnny Rotten - est à la fois tradition et arithmétique. Pour trouver son histoire, on a besoin de perturber les continuités d'une tradition, même les discontinuités d'une tradition fumeuse, souterraine, avec une certaine simultanéité." Greil Marcus, Lipstick Traces. Une Histoire secrète du vingtième siècle (p. 228-229).

A mesure que je dépeçais l'entrevue fleuve de Noah, autrement connu sous le nom d'emprunt Philip Seymour Hoffman et son activisme au sein de FMLY, cette connexion entre le situationnisme et le punk faite par Greil Marcus dans son légendaire ouvrage, Lipstick Traces. Une Histoire secrète du vingtième siècle, s'imposait d'elle-même. Peut-être que l'idée sous-tendant FMLY, collectif artistique disposant d'une dizaine d'implantations à travers les États-Unis afin de promouvoir des artistes par le biais de sorties digitales et d'organisation d'évènements, est une prolongation de cette ligne abstraite tracée entre tradition et discontinuités fécondes amorcée par Guy Debord et Johnny Rotten. Émanant certes d'une même source, le refus d'une société capitaliste et mercantile, mais se projetant cette fois en double antithétique, du négativisme du punk à la positivité de croyances en l'homme et à son action. L'histoire, si écrasante soit-elle dans ses perspectives, peut s'avérer volatile dans l'alchimie d'ivresse sans fin. Du Cabaret Voltaire à Zurich au Roxy Club de Londres. De FMLY à AM180, deux initiatives nées de l'organisation de soirées et débouchant toutes deux sur une communauté toujours extensive, baignée d'un activisme aussi bien musical (FMLY Records, Amdiscs - lire) qu'écologique ? C'est peut-être aller un peu loin. Qu'importe. Comme disait Debord, "notre sort sera d'être les premiers à entrer vivants dans la vie nouvelle." S'agissant de leur histoire, certains ont le syndrome de la page blanche. D'autres la griffonnent à l'emporte-pièce et advienne que pourra.

Comme introduction à la galaxie FMLY, rencontre avec celui qui a déjà sillonné l'Europe en juillet dernier (lire), devançant de peu ses compères Truman Peyote et Many Mansions (lire). La mixtape subséquente à cette entrevue peut s'avérer être un autre angle d'attaque au relief escarpé et varié de ce maquis musical, entre artistes du cru et amis de prêt ou de loin, entre indie-pop abrasive (Tan DollarWeed DiamondCraft Spells), noise revêche (RailcarsCough CoolWeekends), math-rock (Professor Calculus), hip-hop vicié (Cop Magnet) et expérimentations électroniques (Vacation DadAlaskasMany MansionsTruman PeyotePhilip Seymour Hoffman).

Entrevue avec Noah Klein

fmly-x-hartzinePeux-tu te présenter en quelques mots ?
Can you introduce yourself in a few words ?

Salut Hartzine, je m'appelle Noah. Je suis un éternel étudiant en environnement, un vagabond et un consommateur avide de musique faite par mes amis et les amis de mes amis. Je fais aussi du son sous le nom de Philip Seymour Hoffman, qui documente mes tendres frustrations et mes souvenirs. Je suis juste un gars qui essaie de vivre sa vie en exacerbant les meilleurs moments possibles de celle-ci.

Hey Hartzine, my name is Noah. I'm eternally a student of the environment, a wanderer, and an avid consumer of music made by my friends and friends of friends. I also record sounds as Philip Seymour Hoffman which document my sweet frustrations and memories. But simply put, I'm just a dude trying to live life with the best parts amplified.

Comment FMLY est née et pourquoi ce nom ? Comment vous êtes-vous connus et quel était le concept à l'origine ?
Tell me how FMLY was born. Who is behind ? Why this name ? How did you meet and what was the original concept ?

FMLY est un conglomérat de relations, de croyances et de principes qui ont été mis en pratique bien avant que nous ayons quoi que ce soit à voir avec. Avec Cameron, mon meilleur ami, nous avons été impliqués depuis tout petits dans l'organisation de communautés, l'activisme politique, ainsi que la musique de différentes manières. FMLY n'est devenue une entité à part entière qu'en 2007. C'est une force à part, et nous sommes fiers d'en être.

En 2007, nous avons réalisé qu'avec toutes ces personnes merveilleuses et toutes ces sonorités fascinantes, il fallait nous efforcer de casser l'esthétique éphémère du live en créant un véritable réseau constitué de gens rencontrés sur la route ou impliqués localement. A ce moment-là, j'avais emménagé à New-York, ce qui rendait difficile le partage de musique avec mes amis ou avec l'étranger. Le site web n'était donc à l'origine qu'un endroit pour poster nos jams sessions dans un cercle restreint. En ce sens, nous ne sommes pas un blog musical, nous sommes une communauté dont l'engagement politique et environnemental, ainsi que l'organisation sociale et communautaire, sont ancrées grâce à nos parents respectifs. Le volontarisme de FMLY est devenu naturel. Dans les années à venir, nous espérons être en position de réaliser de vrais changements à Los Angeles.

Will Wiesenfeld (que tu connais probablement mieux sous le nom de Baths) est responsable de la perte des voyelles de FAMILY à FMLY. Fut un temps, la scène musicale à l'Ouest de Los Angeles était assez petite : il y avait une poignée de groupes issus des écoles publiques comme Venice High, dont Cameron et moi, Hamilton High, où Will, Hank May et Luke de Anamanaguchi ont étudié, et Santa Monica ou des gens comme Koalacaust et Timothy Rabbit des Morning Benders séjournaient. La majorité des groupes locaux venait des écoles privées comme Crossroads et New Roads et étaient des enfants disons... assez privilégiés. Nos amis du groupe Yes Means No ont fait beaucoup de concerts dans des villas et dans des fêtes épiques organisées par des gosses d'écoles privées. J'avais à peine quinze ans, et c'est là que j'ai découvert de nouvelles façons de faire de la musique. C'est assez hilarant quand j'y pense aujourd'hui, mais si je ne m'étais pas retourné la tête à tous ces shows au Maxwell's House, au Zach Shaque ou dans des endroits comme le Kutting Room, FMLY ne porterait certainement pas la même énergie.

FMLY is a set of relationships, beliefs, and principles that have been active long before we had anything to do with it. My best friend Cameron and I have been involved in community organizing, political activism, and music in different variations since we were tots, but it wasn't until 2007 that FMLY came to be this physical entity. It is it's own force, and we're so proud to be involved with such incredible frnds.

In 2007 we realized that with all of these wonderful people and mesmerizing sounds we need to make an effort to break the ephemeral aesthetic of a concert experience and create a thread / network for folks we've met who have been involved locally or on the road traveling. At this point I had moved to New York and it was getting difficult to share sounds with my friends back home or hangin' out at school school abroad. The site was originally just a place for us to post our jams and our friend's sounds to share within our small circle. We are not a music blog, we are a community. Our political and environmental involvement as well as social and community outreach has been something ingrained in our lives since we were kids, thanks to our parents, so with FMLY volunteerism has come natural and in the coming year we hope to be in a position to really begin making noticeable changes in Los Angeles.

Will Wiesenfeld (who you probably know better as Baths) is responsible for the loss of vowels from FAMILY to FMLY. The West Los Angeles music scene was once upon a time quite small: there was a handful of bands from public schools like Venice High (where Cameron and I went), Hamilton High (where Will, Hank May, and Luke of Anamanaguchi went), and Santa Monica (where pals like Koalacaust and Timothy Rabbit of the Morning Benders went). The majority of local bands came from private schools like Crossroads and New Roads and were the children of, well...a lot of privilege. Our friends bands like Yes Means No threw a lot of house shows and played epic parties thrown by these private school kids, and that's where I picked up on a lot of new music when I was 15. As hilarious as it is to think about, if not for those years of having my mind blown and going balls out at shows at Maxwell's house, the Zach Shaque, and spots like the Kutting Room FMLYcertainly wouldn't carry the same energy.

Si tu devais définir FMLY en trois mots, quels seraient-ils ?
If you had to define FMLY in three words, which ones would you choose ?

Amis, dingue, activité.

Friends, insane, activity.

Tu dis : "Nous ne pouvons plus vivre avec la mentalité de la génération "moi" et sommes unis pour notre environnement, art, musique, science et politique. Nous sommes là-dedans tous ensemble." Peux-tu expliquer la rupture de mentalité entre FMLY et la génération "moi" ?
You say : "We can no longer live with the mentality of a 'me' generation and are united for our environment; art, music, science, and politics. we are in this together." Can you explain the FMLY's break with the "me" generation ?

Ce n'est un secret pour personne mais la culture occidentale nourrit le développement de la culture en tenant compte de celui de l'industrie. Ce fétichisme implanté dans les identités est devenu une blague cruelle et homogénise les paysages à l'échelle mondiale. Les petites villes ont été détruites, condamnées à la pauvreté à cause des mesures gouvernementales. Guy Debord disait que "tout ce qui a été directement vécu est devenu une représentation" en parlant de notre éthique post-consumériste à créer l'image d'une société saine plutôt que destructrice...

Pour être plus optimiste, il y a beaucoup de communautés riches physiquement et mentalement qui comprennent que le sort de l'humanité est dans les mains de ses habitants. Si seulement nous faisions juste un effort pour nous éduquer et pour comprendre comment les mass médias affectent nos vies. Un bon livre peut suffire à vous changer la vie, et je dois recommander la lecture de La Société du Spectacle de Guy Debord ou Mythologies de Roland Barthes à tous ceux en qui ces paroles résonnent.

Un slogan important des émeutes de mai 68 à Paris était : "Une société qui abolit toute aventure fait de son abolition la seule aventure possible." C'est là que FMLY entre en scène. Avec FMLY, nous reconquérons et re-territorialisons notre espace urbain, avec Thank You Come Again nous facilitons l'activité des musiciens tout en offrant à l'ensemble de la communauté l'accès aux musiques que ces "privilégiés" possèdent. Par l'intermédiaire de nos espaces Do It Yourself, nous pouvons donner n'importe quel cours et enseigner n'importe quelles valeurs, quand notre site web nous sert à communiquer entre nous. Ensemble nous pouvons être le changement que nous espérons pour le monde. Si nous disons ceci maintenant, alors nous faisons automatiquement partie d'un statut socio-économique nous autorisant à vivre en dehors de nous-mêmes, là ou nous pouvons faire la différence dans notre environnement. Nous ne sommes pas des anarchistes, nous votons et nous payons nos impôts. Mais les enjeux sont élevés pour déterminer la réalité à laquelle nous voulons appartenir.

It's no secret, this Western culture is catered to the development of culture and industry. This fetishism rooted in personal identity has become a cruel joke in how homogeneous and portrait-like it has made cityscapes worldwide and destroyed/employed small towns declared to be povery stricken due to the local issues our governments have imposed. Guy Debord said that "All that was once directly lived has become mere representation," speaking towards our post-consumerist ethics to form the image of a healthy society rather than obliterated life.

But to get optimistic, there are so many rich communities both physical and mental that realize the detriment of humanity is in the hands of its inhabitants if we just make an effort to realize and educate ourselves on how mass media affects our lives [sorry for being so vague and making these broad statements]. A good book is enough to change your life, and I would have to recommend reading Debord's "Society of the Spectacle" and Roland Barthe's "Mythologies" to anyone who resonates with these beliefs.

An important tagline to the Paris riots of May '68 became In A Society That Has Abolished All Adventure, The Only Adventure Left Is To Abolish That Society, and here is where FMLY comes in. With the FMLY ride we reclaim and reterritorialize our urban space, with Thank You Come Again we facilitate the activity of musicking and give rights back to the community to take noise out of the hands of those "privileged" with it, with our DIY spaces we can make any lesson possible and teach a new set of values, with our website we can communicate with one another, and together we can be the change that we wish to see in the world. If we're reading this right now, then we're automatically part of a socio-economic status that allows us to live outside of ourselves where one can try to make a difference in our environment. We're not anarchists, we vote and pay our taxes. But the stakes today are high in determining the reality we want to be a part of.

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FMLY a des correspondants presque partout aux Etats-Unis. Quel est leur rôle ? Y en a-t-il en Europe ?
FMLY has correspondents almost everywhere in the USA. What is their role ? Are there some in Europe ?

La plupart des gens dont on voit les noms sur le menu du site web sont directement engagés dans l'organisation d'une communauté pour le changement social positif. Nos potes comme Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, The Spookfish, Vacation Dad (et plus à venir quand le site sera refondu), mais aussi tous les événements prévus, toutes les sorties physiques ou digitales, ou juste le bon coeur et le sincère intérêt de ceux prenant part à tout ce qu'on organise. Cameron et moi avons rencontré tout le monde, mais ils ne se sont pas tous rencontrés entre eux (ce qui est difficile à croire si tu regardes les conversations sur facebook ou par email). Il n'y a pas de hiérarchie et personne n'est au-dessus de personne, vous êtes autant acteurs de FMLY que je le suis, ou Emily ou Sammy. Nous sommes présents les uns pour les autres comme des amis et des enseignants, frères et sœurs. C'est important que ces relations existent, avec autant de villes possibles, de plus en plus, et qu'on continue à apprendre de nos nouveaux amis. Il y a certainement une FMLY en Europe, et j'espère que ce n'est qu'une question de temps pour que l'on s'investisse plus avec Greg (The Voice of Cassandre), Marion (Backyard Vacation), the AM180 Collective (dont Amdiscs est issu) et les autres personnes géniales que j'ai eu la chance de rencontrer en voyageant.

Most of the people whose names you see on the sidebar of the website are affiliated directly with cultural prosumerism or community organizations for positive social change. Our pals like Truman Peyote, Emily Reo, Railcars, Birthdays, the Spookfish, Vacation Dad, [and more to pop up when the website is redesigned] all plan events, release physical and digital music, or just have a good heart and genuine interest in being a part of whatever we're up to. Cameron and I have met everyone, but they have not all met once another [which is really hard to believe once you peek at our facebook conversations or email threads]. There is no hierarchy or person on top, you are just as much of FMLY as I am or Emily is or Sammy. We are here for each other as friends and teachers, brothers and sisters, and it's important that this relationship exists within as many cities as it can so that we can continue to grow and learn from new friends. There is certainly FMLY in Europe, and I hope that it is only a matter of time until we can become more involved with Greg [The Voice of Cassandra Mixtape], Marion [Backyard Vacation], the AM180 Collective, and the rest of the incredible people I was fortunate enough to meet while touring.

Quelle est la ligne directrice de FMLY Records ? Y a-t-il une esthétique, un concept que vous poursuivez à chaque sortie ?
What is the guideline of FMLY Records? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Je n'ai pas encore l'argent pour financer quelque sortie physique que ce soit. FMLY Records commence juste à distribuer digitalement et gratuitement la musique de nos amis. Quelques unes de ces sorties sont exclusives, n'étant pas disponibles par ailleurs en ligne ou en physique. Pour d'autres, c'est juste moi qui attend qu'on ait vendu assez de cassettes pour offrir ces titres en ligne. Dans l'année qui vient, il va y avoir de grandes améliorations s'agissant de cette fonctionnalité du site. En somme, beaucoup plus de musique gratuite, ce qui aurait dû être le cas depuis longtemps. Et ça va aussi passer bientôt par des sorties physiques.

I don't have the money to fund a physical release of any sort yet, so FMLY RCRDS began as just a quick way to digitally distribute our friend's music for free. Some of the releases via that portion of our site are exclusive [meaning that those sounds are not available anywhere else online or physically] and some are just me waiting until enough cassettes sell to give away those tunes online. In the coming year there is going to be a great advance to that section of the site that I'm real stoked on - basically, a lot more free music for everyone that should have happened way sooner. And it's going to get physical as well, but more on that soon.

noah-1PSH est un projet né avant ou pendant FMLY ? Est-ce que c'est PSH qui t'a incité à continuer FMLY Records ?
Was the PSH project born before or during FMLY ? It is PSH which tempted you to continue FMLY's records ?

Jusqu'à récemment, j'ai essayé de garder mon projet Philip Seymour Hoffman et FMLY bien séparés... Mais c'est devenu difficile lorsqu'un ami m'a fait comprendre à quel point mon projet perso était lié aux principes de FMLY. Je tape sur des claviers et des percus depuis que je suis tout petit, et il est inutile de préciser que j'ai été un auditeur attentif tout au long de ma vie. Quand j'étais au collège, puis au lycée, j'ai joué de la batterie dans des groupes et, quand je me sentais aventureux, j'ai enregistré des idées sur des microcassettes. Mais après avoir déménagé à New-York, où j'ai dû abandonner toute pratique musicale régulière, il y eut un grand vide dans ma vie. Je n'ai jamais autant fumé d'herbe qu'à ce moment-là ! Et comme je ne suis pas le sujet de cette interview alors je vais t'éviter les détails chiants de cet épisode... Mais, si tu veux le voir comme ça, PSH est né de FMLY !

FMLY RCRDS a été initié grâce à notre bon pote Caleb et son groupe Professor Calculus. Il avait une collection de jams instrumentaux qu'il voulait sortir, Booty Wrap, dont Cameron et moi sommes tombés amoureux. Cameron et Caleb ont fait des cassettes à la maison une par une et en ont rempli une boîte entière tout en réalisant les pochettes à la main. Ils les ont distribuées gratuitement aux concerts de FMLY. Professor Calculus a été le premier groupe FMLY stable, dévoué à nous aider, à faire ce qu'il y avait à faire et à répandre les infos. Et depuis, j'espère les avoir autant aidés avec PSH. Apres avoir épuisé toutes les cassettes, nous voulions continuer. J'ai alors lancé la page FMLY RCRDS et Professor Calculus en a été la première sortie. Peu de temps après, j'ai réalisé que j'avais fait la même chose avec trois sorties de PSH alors j'en ai posté une... Depuis, tu peux suivre la suite sur la page dédiée (Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish)...

Until recently I tried to keep my Philip Seymour Hoffman project and FMLY as separate as I could...but it became difficult once my friends enlightened me on how rooted these sounds are to the FMLY principles. I've been banging on pianos or drumming on my desk since I was a little kid, and needless to say I've been an appreciator of listening to sounds my whole life. When I was in Middle School and High School I played drums in bands and recorded small ideas at home on my microcassettes when I was feeling adventurous, but after moving to New York where I had to give up any familiar way of making music there was a huge void in my life. I've never smoked so much weed as in my initial year living here! This interview isn't about me, so I'll save you from boring details of how I wound up here. But PSH is born from FMLY if you'd like to look at it like that.

FMLY RCRDS was inspired by our good buddy Caleb and his band Professor Calculus. Caleb had a collection of instrumental jams he wanted to release, Booty Wrap, that Cameron and I fell in love with. Cameron and Caleb dubbed cassettes at home one by one and filled a box with them, made the covers by hand, and gave them out for free at FMLY rides and shows. Prof Calc were definitely the first stable FMLY band committed to helping us get shit done and spread the word, and since then I hope we've helped them as much. After we ran out of cassettes we wanted to keep spreading the love, so I launched the FMLY RCRDS page and Prof Calc was the first release. Soon after, I realized that I had been doing the same thing with three earlier PSH releases so I posted one, Fire Island, and you can peep the rest [Truman Peyote, Emily Reo, Koalacaust, Alaskas, Spookfish, etc] on the page.

Qui choisit les artistes qui travaillent avec toi ? Est-ce que la citation "ceux qui étaient des étranger sont devenus des amis" explique cette attirance mutuelle ?
Who chooses the artists you work with ? Can the slogan "those who were strangers had turned into friends" explain this mutual attraction ?

Cette citation est en fait tirée d'une chanson de MusclesLauren From Glebe. Cameron et moi avons toujours été obsédés par ce type et pour l'un des premiers concerts officiels de FMLY, je l'avais mis comme accroche sur le flyer. Après le show, j'étais complètement retourné par ce qui venait de se passer et par les gens que je venais de rencontrer. Cette citation est devenue une vérité... Il n'y a même pas besoin d'aller voir un show pour le comprendre.

Les rencontres avec les artistes se font de manière organique. En tout cas, j'aime le penser. On a un minimum de connaissance de ce que la personne a réalisé avant et peut-être aussi que nous avons fait quelque chose ensemble... Mais les meilleurs contacts sont ceux où nous avons été là les uns pour les autres. Il y a tellement de gens pour lesquels j'ai du respect et de l'amitié... S'ils veulent faire quelque chose avec nous, c'est une superbe expérience que nous pouvons partager.

"Those who were strangers had turned into friends" is actually a lyric from a Muscles song, "Lauren From Glebe". Cameron and I have always been obsessed with the dude and for one of the first official FMLY shows I put that as the tag on the flyer. After the show my mind was blown by what had just happened, the folks we had met, and again, what had just happened. The slogan stuck as a truth and it doesn't even take traveling to a show to see that.

Our relationships with artists of all types happens organically, I would like to think. There's usually a previous knowledge of what this person has been up to, and maybe we have done something together in the past, but our best relationships have happened by just being there for one another. There are so many folks who I have a great appreciation and respect for, and if they'd like to do something together then it's an incredible experience that we can share.

Tu as récemment voyagé en Europe avec Emily Reo, comment c'était ? Donne-nous ton regard sur l'Europe et la musique qui y est produite.
You recently travelled with Emily Reo in Europe. How was it ? Can you tell us about your vision of Europe and the music which is made there ?

Mes deux premiers mois en Europe étaient prévus tout seul, juste pour rencontrer de nouveaux amis et en croiser des déjà connus comme Dan de The Spookfish. Les premières semaines, je les ai passées avec Emily Reo. Mon voyage m'a mené de Berlin à Amsterdam, en passant par Kutna Hora (en Tchéquie),  Paris, Rennes, Saint-Aubin, Madrid et finalement Londres. Six pays en trois mois, pas de téléphone, ni d'ordinateur, en passant la majorité du temps à Berlin dans un appartement sous-loué à Kreuzberg. C'était l'aventure la plus fantastique de ma vie.

Mon séjour en Europe a été entièrement "supporté" par des gens qui ne me connaissaient que depuis quelques jours, voire quelques heures. Les gens du collectif AM180 en Tchéquie sont certainement les gens les plus géniaux, humbles et inspirants que j'aie jamais rencontrés. Marion Seury et ses amis à Paris (surtout ceux du Motel), Greg (Voice of Cassandra) et son adorable femme à Saint-Aubin-du-Cormier nous ont accueillis avec Emily comme de la famille. Les autres, rencontrés sur la route comme Sam à Londres, Kyra à Berlin, Roisin, Missy, Francesca, et je peux continuer... Je les considère tous comme intégrant FMLY... J'habite à New-York et même si j'adore ça, cela ne me suffit pas pour être en contact avec le monde. Tourner en Floride, rencontrer une fille qui peut changer ma vie comme Emily et voyager en Europe en rencontrant des artistes géniaux, voilà ce qui est revigorant.

My first two months in Europe were initially on my own, only to be surprised by making amazing new friends and running into familiar ones like Dan the Spookfish. The last three weeks were with Emily who put Europe into a whole new experience for me. My journey led me from Berlin to Amsterdam to Kutna Hora [in the Czech Republic] to Paris to Rennes to St Aubin to Madrid and finally to London. Six countries in three months, no phone or computer, with most of the time spent in Berlin subletting a room in an apartment in Kreuzberg. It was the most fantastic adventure of my life.

My time in Europe was spent in the embrace of support from people who had only known me for a matter of days and sometimes hours. The AM180 collective in Czech Republic are some of the most awesome, humble, and inspirational people I've ever met. Marion Seury and her friends in Paris [especially at le Motel] and Greg [Voice of Cassandra] and his lovely wife in St Aubin du Cormier treated Emily and I with the hospitality of a parent, and others we met along the way like Sam in London, Kyra in Berlin, Roisin, Missy, Francesca, and I can keep goin' on and on [they are FMLY]... Living in New York, as much as I love it, can get me really down about the world. But touring to Florida and meeting a girl who can change my life like Emily and then traveling to Europe and meeting amazing artists and the sweetest beings in every city I visited is invigorating. This world is fucking amazing, life is fucking amazing, people are fucking amazing, and if FMLY can show others what I saw firsthand then we're gonna do it.

fmlyHartzine aime Ghost Animal, Jeans Wilder, etc. Beaucoup d'artistes en contact avec FMLY. Quelles sont les relations de FMLY avec eux ? Juste de l'amitié ?
Hartzine loves Ghost Animal, Jeans Wilder etc... many artists in contact with FMLY. What are the relations between FMLY and them? Just friendship ?

De l'amitié, le partage d'intérêts communs... Je n'ai pas encore rencontré Andy ou Michael, mais Cameron si. Si un groupe est associé d'assez près avec FMLY pour avoir une relation dans la durée, c'est complètement naturel. Ce n'est pas comme si nous étions des cartes Pokémon, et FMLY se rapproche de Truman Peyote ou de n'importe quel son tordu de ce genre. C'est juste que ces gens sont nos amis, et quand tu traînes ensemble avec les mêmes croyances, tu finis par te rencontrer. Il est important de dire que FMLY n'est pas un site web mais l'identification visible d'un groupe de gens. C'est la croyance partagée que l'on peut changer les choses nous-mêmes. C'est de l'amour pour les gens qui nous entourent. Nous nous aimons les uns les autres.

Friendship, sharing general interests, etc. I still haven't met Andy or Michael, but Cameron has. If a band is associated with FMLY closely enough to notice a relationship, it's totally natural. It's not like we're Pokemon cards and that FMLY is getting closer with Truman Peyote or anything weird and fucked up like that. It's just that these folks are our friends, and when you're hangin' with the same general beliefs you're going to meet eventually. It's important to stress that FMLY is not a website, but a visible identification of an extension present in a group of people. It's the shared belief that we can make change happen on our own. It's a love for the people that surround us. We will love each other.

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet ? Les choses ont elles changées ? La musique a-t-elle un prix ? Quel est ta conception de l'objet "disque" et du téléchargement ?
How do you feel about the music industry and the internet ? Are things different ? Hasn't the music more price ? What is your vision of the object "record" and "download" ?

Pour moi il y a une tension entre l'externalisation du son, la musique comme industrie et comme produit du net, particulièrement concernant les blogs musicaux. Je n'apprécie pas vraiment quand un morceau, quelque chose de si personnel, peut se transformer en un objet de critique par quelqu'un qui n'a peut-être pas l'expérience, qui n'a jamais enregistré ou même écrit de la musique. L'identité de quelqu'un est masquée par le goût subjectif de quelqu'un d'autre... Personne n'a le droit de faire ça. C'est pour ça que j'apprécie les gens d'Hartzine, Jheri (Get Off The Coast), Ian (Friendship Bracelet), Henning (No Fear of Pop), et Impose (même si c'est plus une figure de l'underground culturel pour moi). Ce que j'aime voir émerger sur le net, c'est les artistes prenant directement les choses en main. Je pense à Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller, qui continuent d'avoir des blogs actifs, tout comme des disques et des productions de jams mortels.

Things are tense with me and the externalization of sound. Music as an industry and as a web product, especially when getting to the music blog. I don't appreciate that something so personal, a piece of someone, can for no reason transform into an object to be critiqued and mauled by another who may have no experience recording sounds or even writing. It's turning a subjective "taste" upon someone else's identity...and no one has the right to do that. That's why I appreciate folks like Hartzine, Jheri [Get Off The Coast], Ian [Friendship Bracelet], Henning [No Fear of Pop], and Impose [however, Impose is more of an underground cultural icon to me]. What I'd like to see happening more with music on the internet is musicians taking things into their own hands like Bradford Cox, Grizzly Bear, Hear Hums, Weed Diamond, Tan Dollar, Ryan Hemsworth, Brian Miller [of course], and so on who keep an active music blog as well as record and produce consistently amazing jams.

Quels sont les projets sur le feu pour FMLY ? La même chose en mieux ?
What's the near future of FMLY? The same in better ?

Nous avons travaillé sur la refonte du site, Chad d'Emperor X est en train de le construire. Ça va être beau et bien plus efficace pour que les différents éléments communiquent : on tente de faire un grand forum ouvert. Nous prévoyons de sortir de la musique plus activement, et on espère que FMLY Rides va bouger sur encore plus de villes quand il fera un peu plus chaud. Je ne veux pas voir trop grand, mais 2011 va être une renaissance.

We've been working on redesigning the site, Chad of Emperor X is building it as I type. It's going to look good, feel good, and be much more effective and getting things communicated and becoming more of an open forum. We have plans of releasing music much more actively, and FMLY Rides will hopefully be going down in a few more cities when it gets warm again. I don't want to get over-excited, but 2011 will see a re-birth.

Peux-tu nous présenter ta mixtape ?
Can you introduce your mixtape ?

Cette mixtape ne couvre pas tout ce que j'aimerais, mais c'est certainement une bonne introduction à nos amis et à ce j'écoute le plus tous les jours. J'adorerais que vous la chargiez dans l'ordre que j'ai écrit si ça ne se fait pas automatiquement. J'espère surtout que vous allez l'aimez.

This mixtape doesn't cover everything I'd love it to, but it is certainly a great introduction to our friends and what I mostly listen to everyday. I'd love it if you could drag it into its own playlist and arrange it in the tracklist order I wrote out if that doesn't happen automatically, but at the very least I just hope you enjoy it.

Mixtape

coverFMLY on HARTZINE (download)

01. Vacation Dad - This Isn't Fun Anymore
02. Stay Cool Forever - Mia (live)
03. Craft Spells - Love Well Spent (w. Emily Reo)
04. Railcars - Bohemia is Without a Sea
05. Professor Calculus - Song 2
06. Cough Cool - T.Lizzy
07. Weed Diamond - Let's Burn One Down
08. Tan Dollar - Epic Mana
09. Kevin Costner Saves the World - Waterfalls
10. Alaskas - I Love Life
11. Birthdays - Part That Grows
12. Many Mansions - Spirit Song 3
13. Dark Sea of Awareness - Mountain Grime
14. The Spookfish - Strawberry Feelings
15. Truman Peyote - Magentadoor II
16. Cop Magnet - Thinking Highly of You
17. Philip Seymour Hoffman - Everything In My Cupboards Is Moldy (Friendship Remix)
18. Weekends - Psychedelic Mice (live)


Noir Prod.

noir

D'un point de vue interne, l'activité d'Emmanunel Vion-Dury pourrait se résumer à ceci : produire ou mourir... Noir Prod est né de la frustration de cher Bordelais à la rupture au tout mercantile. Un rêve de gosse où la musique aurait encore un sens, et modulerait nos songes, bon gré, mal gré. Un fantasme qui tiendrait de l'utopie selon certains. Et pourtant ! Si l'entreprise n'était certes pas évidente, elle a le mérite de mettre ses détracteurs au pied du mur. Voici les réponses à nos questions d'un des derniers artisans musicaux de ce nouveau siècle.

Emmanuel, sur ton site tu résumes plutôt bien ce qui t'a amené à monter Noir Prod. Depuis quand cette idée germait-elle en toi ?

C'est un vieux rêve qui remonte à la fin de mes études, pas si lointain mais suffisamment pour que les choses aient pas mal évolué dans ma tête depuis. Disons que cet apprentissage théorique, puis pratique, des codes juridiques, sociaux, fiscaux, éthiques du milieu de la musique s'est à l'époque révélé être un déclencheur en sus de ma passion de simple auditeur qui m'animait, elle, depuis pas mal d'années. L'idée est née à ce moment-là, pendant mes premiers boulots dans le secteur culturel. A un moment donné, d'obscures raisons privées m'ont petit à petit forcé à quitter ce milieu et à trouver un simple boulot alimentaire, faute de mieux. L'idée a vraiment pris forme pendant cette période, je n'avais pas envie de rester dans cette situation, même si elle était confortable. J'ai petit à petit testé les pistes qui pouvaient s'offrir à moi pour retrouver une place dans cette activité qui me fait tellement vibrer. J'ai fouillé, creusé, contacté, pendant mon temps libre, et quand je me suis senti prêt, j'ai tout agencé pour arriver à tout mettre en place. J'en suis là aujourd'hui, l'activité est créée et j'applique ce que j'ai imaginé.

Pourquoi être devenu producteur et pas musicien ?

Je suis aussi musicien ! Mais bon, pas assez doué sûrement, et puis de toute manière j'aime être discret. Mais tu dois bien t'en rendre compte, dans ce milieu, tout le monde touche un peu à la musique avec le temps, ou bien pas mal de musiciens en arrivent à faire d'autres activités pour le monde du spectacle parce qu'ils n'arrivent pas vraiment à en vivre, quand bien même ils sont très doués.

Donc « producteur » comme tu dis, bien grand mot, ce n'est pas pour le fantasme du producteur tyrannique et plein de fric qui mène les artistes avec des biftons, pas pour le sentiment de pouvoir qu'on imagine de l'extérieur, ni parce que c'est « cool », c'est simplement que j'aime être au contact d'artistes d'un point de vue humain, de musiciens aux vies folles, et que je sais pertinemment que la plupart se contrefoutent de savoir comment marche la SACEM, les contrats du spectacle, de faire leur communication. Ils veulent juste jouer et ils ont raison, et même si parfois ils s'y mettent, il leur manque parfois des connaissances, de la pratique, des contacts, etc. Je me mets à leur service, et surtout pas l'inverse, pour que ces gens dont je trouve la musique fort intéressante puisse se développer et perdurer dans le temps.

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Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ?

Deux aspects sont à considérer selon moi. Le premier est évidemment artistique. Il faut croire en ce que font les personnes que je défends sinon ce n'est même pas la peine. Je cherche des gens qui, de mon point de vue, savent se remettre en question en permanence, artistiquement, veulent créer leur propre langage et leur propre personnalité. Si tu y regardes de plus près, beaucoup de groupes aujourd'hui ressassent la même grammaire, recyclent des facilités éculées. Ça peut paraître un peu adolescent comme démarche de ma part, mais il n'en est rien. Je te parle ici de musique savante, de créativité objective, de gens qui trouvent des niches où très peu de gens vont, où alors ils le font de manière singulière.

Le deuxième aspect que je considère est humain. Je l'ai dit, j'aime échanger avec les artistes, comme j'échangerais avec n'importe qui que je trouve intéressant. Une relation de confiance s'installe, ce qui, pour prendre des décisions et avancer ensemble, est plus qu'important. Donc de tout le roster Noir Productions, il n'y a pas un seul artiste avec lequel je ne m'entende pas bien, et pour les rares avec qui je ne suis en contact qu'avec un agent, le courant passe très bien avec eux.

La plupart des artistes que tu représentes façonnent une musique hybride, crépusculaire... Est-ce ta définition de la musique ?

Oui c'est ce que je disais, c'est ce que je recherche. L'hybridation me fascine, l'expérimentation, il y a tellement de possibilités et de pistes à explorer que je suis presque déçu qu'une grande partie des choses qui marchent aujourd'hui soit si peu créative. Et puis musique originale, nouvelle, savante, contrairement aux idées, reçues, ça n'est pas forcément chiant, inaccessible, pompeux, ou branlette. Tout ne va pas se résumer au lettrisme ou aux concepts en apparence foireux de recherche théorique, qui eux peuvent apparaître rebutants. Mais il ne faut pas oublier que ces recherches débouchent sur une infinité d'applications et de déclinaisons. Il n'y a qu'à voir où en est la musique concrète aujourd'hui. Elle est partout ! Mais qui écoute L'Apocalypse de Jean de Pierre Henry aujourd'hui en rentrant du taff ? Pas grand monde. Bref donc oui, l'hybridation pour moi n'a pas de limites, et je ne vois pas l'intérêt de se farcir un énième groupe de thrash metal ou un DJ house sans âme, alors que dans les deux cas les choses pourraient, d'un point de vue commercial, très bien marcher, et que l'hybridation et la singularité sont beaucoup plus dure à défendre.

Pour le côté sombre, crépusculaire, je crois que c'est une affaire de goûts personnels. L'exploration des sentiments sombres m'a toujours fasciné. Ça plus qu'autre chose, je t'avoue que je ne saurais pas vraiment l'expliquer.

Comment se retrouve-t-on du jour au lendemain à travailler avec un groupe aussi culte que The Legendary Pink Dots ?

Avec un peu de culot, une démarche bien expliquée et des échanges riches, on peut échanger avec plein de gens. Ils ne sont pas inaccessibles, loin de là. Ils ont eu l'habitude jusqu'à présent de tout gérer eux-mêmes, et restent très humains malgré la longueur de leur carrière. Ils ont d'ailleurs beaucoup de choses à m'apprendre je pense.

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Noir est un tout jeune label. Raconte-nous un peu les joies et les désillusions que procure la naissance d'une telle entreprise.

C'est marrant que tu utilises le mot label en fait. Noir Productions n'est pas à proprement parler ce qu'on appelle un label, on ne sort pas de disques, du moins pas encore, et ça se fera sous un autre nom (Beyond The Noize pour ne pas le nommer). Pour l'instant, Noir, c'est de la tournée, de la promo et du management. Mais je souhaite réellement avoir l'état d'esprit de ce qu'est un label avant d'être une simple structure qui sort des disques, à savoir une entité qui réunit des artistes autour d'une activité sous une même philosophie, comme un étendard vis-à-vis du public garantissant un certain nombre de valeurs.

Bref, désolé pour le hors-sujet, je reviens à ta question. C'est vrai que se lancer dans un tel projet, a fortiori tout seul, c'est un peu con. Les joies, ce sont les gens qui te disent que ce que tu fais est bien, fou mais bien. Ce sont tous ces échanges dont je parlais, déjà extrêmement enrichissants, le plaisir d'être libre et autonome, de se lever le matin pour faire ce qu'on aime. Les côtés négatifs, c'est tout ce qui est relatif à la gestion de projet en France, la lourdeur des administrations, être parfois mal accueilli par certains interlocuteurs voyant d'un mauvais œil le projet pour diverses raisons. Parfois je me sens seul, même si des tas de gens commencent à m'accompagner. Mais globalement, l'aventure est passionnante, pour rien au monde je n'y renoncerais.

Quels sont tes projets à venir pour 2011 ?

Et bien il y a le montage des premières tournées. La tournée des 30 ans de carrière des Pink Dots en avril, un tour commun Grumpf Quartet et Ni, la venue en France d'Alamaailman Vasarat, le retour de Kristin Asbjornsen, d'Arve Henriksen, Equus, et tous les plus petits qui vont jouer le plus possible j'espère. Et puis comme je le disais, le développement de l'activité disque avec Beyond The Noize, le premier album de [bleu], de Ni, des surprises, et puis de nouveaux groupes à venir dans le roster. Donc plein plein de choses. La phase de vie de l'entreprise si tu veux.

Que représente le noir pour toi ?

Un tas de choses, et rien à la fois. C'est un espace infini pour l'imaginaire, plus que n'importe quelle autre teinte, le néant, les sentiments les plus ténébreux, la sobriété, la classe ou la quiétude la plus pure. Ça m'inspire pas mal, et c'est probablement lié à mon attirance pour les musiques sombres, et l'exploration de ces sentiments noirs qui n'en finit pas.

Chroniques

bleu-sincere_autopsie_de_la_finesse-front[bleu] - Sincère autopsie de la finesse.

Si ce premier album a été composé dans l'urgence, ces cinq magnifiques pièces livrées par le duo franco-suisse n'en laissent rien transparaître. Des mélodies couleur pastel s'entrechoquent à des fracas notes cendrées. Un cumulus de battements, tandis qu'au loin s'approche le grondement. [bleu] dessine en musique une cartographie de nos rêves agités à traves des nappes électroniques enveloppant une ossature post-classique. Envoûtant !


Ecouter : [Bleu] -  Auto-gerbés

grumpf-quartetGrumpf Quartet - Grumpf Quartet

A la question : "la musique bruitiste peut-elle être élégante ?", Grumpf Quartet apporte une réponse toute en finesse. Crossover noise, mathrock et pop mélodique, le band bordelais tranche avec habileté en composant un opus à la fois ténébreux, lourd mais oxygéné. S'éloignant des poncifs du genre, Grumpf Quartet apporte un peu de légèreté dans un monde de brutes... Mais pas trop. Le trio ne donne pas non plus dans les hits pour midinettes (Ushika Ajime), empruntant au jazz sa structure morcelée et ses beats à contre-pied (Stravinsky on da Rocks). Une vision sophistiquée de la brutalité.

Ecouter : Grumpf Quartet - Racine de deux

kaliayevKaliayev - Solipsism

Le solipsisme est la théorie selon laquelle tout est une conception de notre esprit qui lui, est la seule chose véritable. De cette idée, Sébastien Boess invente un monde fait d'illusions, de chausse-trappes et de faux-semblants, miroir de ses chimères et de ses déceptions. Kaliayev, alter-ego conscient et désabusé du musicien, construit un patchwork éraillé, assemblé de ballades sombres, de mélodies synthé-folk désabusées, d'incantations xylophoniques baroques saisissantes. Bidouilleur élégant, l'homme derrière le band s'invente un univers aux couleurs passées, harmonisé d'un sens de la poésie insolite à la fois saisissant et brumeux. Solipsism est le sanctuaire méandreux des architectures abrasives composé par un mystificateur sonore en quête de soi.

Ecouter : Kaliayev - Don't Snap Me

the-legendary-pink-dotsThe Legendary Pink Dots - Seconds Late for the Brighton Line

Si l'année 2010 voit la célébration de la trentième année de carrière des Pink Dots, Seconds Late for the Brighton Line marque également la quarante-cinquième sortie du groupe le plus prolififique ayant été assimilé à la scène batcave. Un nouvel album aussi compact que foisonnant, à travers lequel Edward Ka-Spel continue d'expérimenter avec sérénité (Leap of Faith). God and Machines n'est pas, lui, sans rappeler les grandes heures du label 4AD, une comparaison dont ne peuvent que rougir les Pink Dots tant leur influence sur l'héritage gothique fut incommensurable. Pourtant, parler de legs serait bien vite les enterrer puisque le combo britanno-néerlandais redynamise le romantisme noir d'un prisme électrique aveuglant (No Star Too Far). Ce nouvel opus au climat éthéré et à l'aura glaciale fait preuve d'un équilibre saisissant. Une vraie cure de jouvence.

Ecouter : The Legendary Pink Dots -God and Machines

Mixatpe

Lorsque je demandai à Emmanuel Vion-Dury, boss de Noir Prod, de me concocter une playlist dressant un panel de ce qui passait régulièrement sur ses platines, j'étais loin de m'imaginer recevoir une sélection aussi pointue. L'avant-garde y côtoie le hip-hop, et les pluies de riffs se superposent aux arpèges classiques de requiems symphoniques. Voilà une sélection qui s'éloigne un brin des clichés actuels. Un recueil de choix pour mélomanes exigents.

1. Bleu - Temps temps temps temps temps (Noir Prod)
2. Alamaailman Vasarat -  Käärmlautakunta (Laskeuma Records / Noir Prod)
3. The Lengendary Pink Dots - The Heretic (Ding Dong Records and Tapes)
4. Grumpf Quartet - Gopvenoob (Noir Prod)
5. Supersilent - 6.4 (Rune Grammofon)
6. Francesco Agnello - Hang 11
7. Nonstop - J'ai rien compris mais je suis d'accord (auto-produit)
8. Györgi Ligeti - XIII. Escalier du diable (Sony)
9. Biosphère - Poa Alpina (Origo Sound)
10. Der Blutharsch - II (WKN)
11. Steve Reich - Sextet, 1st Movement (Nonesuch)


Jamie Harley l'interview & sélection vidéos 2010

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Si l'on vous souffle à l'oreille le nom de Jamie Harley, spontanément, pas sûr que celui-ci vous dise quelque chose. A moins d'être biographe avisé du co-fondateur de Factory Records, Tony Wilson, et de savoir que ce citoyen de la couronne, exilé en terres franciliennes depuis son plus jeune âge, fut son neveu le temps d'un second mariage. Remarque, suffisait-il d'avoir lu le récent portrait dressé par Jean-François Le Puil, à l'occasion d'un bilan de fin d'année par le mensuel Magic (lire), pour s'en étonner et comprendre quel type de figure tutélaire modela les horizons de notre homme. En revanche, si l'on couche sous vos yeux - bientôt ébahis - les noms de Memoryhouse (Heirloom, Lately (deuxième), Bonfire) d'How To Dress Well (Ready for the Word, Lover's Start...), de Memory Tapes (Bicycle), de Twin Shadow (Castles in the Snow) ou encore de Museum Of Bellas Artes (Watch the Glow), et que l'on vous dit que Jamie Harley en est l'unique promoteur visuel, votre mémoire, si joueuse, époussettera ipso facto les délicieuses réminiscences entourant l'ensemble de ses clips, construits, peu ou prou, selon une même ligne directrice, celle d'un found footage en pleine recrudescence. De l'avis de tous, Jamie Harley en est le maître incontesté. Rendue désormais possible et accessible à tous par la mise à disposition globalisée d'archives numériques, documentaires et cinématographiques, cette récupération de "pellicules impressionnées" à des fins différant de leur origine tient sa pratique et sa conceptualisation des situationnistes et de l'internationale lettriste cofondée par l'illustre Isidore Isou. Ce proche de Guy Debord a, entre autres, réalisé le fameux Traité de bave et d'éternité, réputé pour avoir provoqué un violent tumulte lors de sa projection au Festival de Cannes du fait d'une dissociation de sa bande-son et de sa bande-image. Revitalisant la technique, mais contrecarrant cet effet "discrépant", Jamie Harley retravaille la bande-image pour que celle-ci épouse dans ses moindres détails, tel un scopitone fantasmé, une bande-son déployée par les groupes pour lesquels il s'investit. L'image première est décontextualisée, détournée, mais aussi remontée et retraitée en fonction des divagations musicales. Parfois ralentie, dédoublée, saturée, inversée ou même superposée, l'image n'est plus alors comprise en tant qu'expérience filmique, son auteur-électeur se soustrayant à leur tournage, mais bien telle une quantité numérique à la plasticité infinie. Si un trouble halo aux volutes oniriques s'en empare, une liberté stylistique absolue s'en dégage : celle d'accentuer l'émotivité dont témoignent les individus-acteurs pris tels quels comme sujet. La joie, comme l'angoisse inondant un visage, paraissent éternels, quand les corps, confrontés aux vicissitudes de leur environnement, semblent s'engouffrer dans une lutte immuable. Dans Lover's Start, Brel n'est plus Brel, mais bien l'homme personnifiant la fuite éperdue dans l'infini céruléen des côtes du nord.

Dans la mesure où les vidéos de Jamie Harley se regardent tel un songe projeté dans l'éther de ses pensées, rien d'étonnant que ses (re)créations soient si prisées au sein d'une mouvance musicale effeuillant dans toute sa splendeur l'esthétique des émotions. Réalisant de la sorte une foultitude de clips, imageant des concerts, dont ceux de la récente tournée du duo Memoryhouse (lire), avec lesquels il est quasiment assimilé, et travaillant avec How To Dress Well sur l'entièreté d'un album, , mis en images, l'année 2010 qui s'achève prend des allures de consécration artistique pour un Jamie Harley par ailleurs engagé jusqu'au cou dans l'aventure Schmooze, dont il dirige, en sus de sa direction artistique, sa déclinaison blog consacrée au défrichage musical par l'image. Rencontre avec un passionné, stakhanoviste assumé du clip, nous offrant dans ce qui suit coups de cœur et autre sélection annuelle de haute volée. Quant à Lyonel Sasso, collaborateur épistolaire d'Hartzine, c'est dans le répertoire de celui-ci qu'il pioche, histoire de fomenter un florilège déroutant de grâce.

Interview de Jamie Harley


Peux tu te présenter en quelques mots ? D'où viens tu ?

Je suis originaire du nord de l'Angleterre, de la banlieue sud de Manchester, mais j'ai presque toujours vécu en France et je me sens d'ailleurs bien plus français qu'anglais !

Comment as-tu eu l'idée de fonder Schmooze Blog ? Pourquoi un tel nom d'ailleurs ?

A l'origine Schmooze est une agence de supervision musicale (pub, cinéma, mode) dont je fais la direction artistique. Si je me souviens bien, "Schmooze" vient du nom d'un bootleg de Beck à l'époque de One Foot in the Grave. J'avais envie de créer un blog pour promouvoir les artistes que j'aime, et aussi pour montrer des formes alternatives d'associations entre image et musique.

En créant Schmooze Blog, tu cherchais une fenêtre d'exposition pour tes vidéos ?

Pour ce qui est des vidéos, j'ai commencé à en faire quelques mois après la création du blog : on ne poste jamais de mp3, et la toute première vidéo n'était qu'un prétexte pour pouvoir poster l'un des premiers titres de Memoryhouse. Comme le groupe avait apprécié le résultat, j'en ai fait une autre, et j'ai ensuite commencé à recevoir des demandes pour en faire pour d'autres artistes. Et de fil en aiguille, j'ai fini la 37ème la semaine dernière !

J'ai assisté avec bonheur au concert de Memoryhouse (voir) au Point FMR où tes vidéos défilaient en toile de fond. Explique-moi tes relations avec le groupe et l'idée qui a présidé à la poursuite de ce projet. Comment choisis-tu les artistes avec qui tu décides de travailler ?

C'est agréable d'avoir la possibilité d'une collaboration un peu suivie avec un groupe. Que ce soit avec Memoryhouse ou How To Dress Well, la relation s'est installée de façon très naturelle. Sans doute parce que j'ai commencé à travailler avec eux dès leurs débuts. On va faire un concert avec How To Dress Well au MoMA fin février et le travail avec Memoryhouse se poursuivra au moment de la sortie du premier album. Je ne choisis les artistes avec lesquels je travaille qu'en fonction de mes coups de cœur, mais il faut aussi que j'ai le sentiment de pouvoir apporter quelque chose.

Dans une blogosphère sans fond, quels sont les amis de Schmooze Blog ?

C'est très dur de n'en citer que quelques uns, mais voici les premiers qui me viennent à l'esprit : Transparent, The Line Of Best FitGrrrizzl'y, Wow magazine, Yvynyl, No modest bear ou Yours Truly.

Avec Lisa Ehlin, vous êtes les deux seuls contributeurs récurrents de Schmooze Blog. Comment choisissez-vous les contributeurs occasionnels ? Quel est le futur proche de Schmooze Blog ?

Les rôles ne sont pas figés, mais en général je fais les sélections quotidiennes de nouveautés et Lisa s'occupe des invités à qui l'on demande de choisir et de commenter certaines de leurs vidéos préférées. On choisit bien sûr nos "guests" parce qu'on aime ce qu'ils font, mais aussi parce qu'on pense que leurs sélections seront intéressantes. Il va certainement y avoir de nouveaux contributeurs dans les semaines qui viennent, et davantage de rédactionnel.

Confectionnés à partir d'images d'archives, d'ancien films et programme TV recyclés, les clips véhiculés par Schmooze Blog sont-ils spontanément DIY ou est-ce un effet recherché ? Quels rapports vois-tu entre esthétique visuelle et musicale ?

Je trouve que les clips sont devenus très ennuyeux au cours de la décennie précédente. Les budgets ont tellement baissé qu'il est aujourd'hui quasi-impossible pour un réalisateur de ne faire que ça, et beacoup ne voient dans le clip qu'un tremplin pour faire autre chose. Les fan-videos et les vidéos faites à partir d'images d'archive ont ramené une sorte d'innocence, de fraîcheur et de spontanéité. Et je continue de croire au clip en tant qu'objet artistique à part entière, et pas seulement comme un outil de promotion pour vendre des disques.

Une sélection 2010 commentée, par Jamie Harley

Voici une sélection de quelques coups de cœur ayant marqué mon année 2010.

Greatest Hits - Ambulence :

Alice Cohen est l'une des mes réalisatrices préférées, son style se reconnaît instantanément et c'est une qualité rare.

Therapies Son - Golden Girl :

Un grand espoir pour 2011. Alex Jacob a 19 ans, vit à Los Angeles et enregistre sous le nom de Therapies Son des merveilles de pop baroque.

Hallucinists (Music by The Octopus Project) :

Des images qui restent en tête et qui s'accordent à la musique à la perfection. Une bonne vidéo, quoi.

Coma Cinema - Blissed :

Une autre association parfaite entre un musicien et un réalisateur (Coma Cinema et Tyler T Williams). Je vois beaucoup plus le clip comme une collaboration que comme un simple outil de promotion.

Gem Club - Spine :

J'adore cette association entre Gem Club et BrIanna Olson qui réalise toutes les vidéos du groupe. Il n'y a rien de fait pour le viral là-dedans, juste des moments de grâce.

Cloud Nothings - Hey Cool Kid :

Une vidéo de fan qui surclasse sans peine l'officielle, et le morceau m'a poursuivi toute l'année.

Outer Limits Recordings - $20 Dollar Bill :

Outer Limits Recordings, où comment être cool sans donner l'impression du moindre effort pour l'être.

Bonus

Ice Cream Shout - Tattooed Tears :

Love Lake - Curses :

Une sélection des clip de Jamie Harley, par Lyonel Sasso

Trente-sept vidéos en un peu moins d'un an. Il fallait l’œil expert et la prose volubile de Lyonel pour décrypter et sélectionner cinq vidéos aussi essentielles que ne le sont les morceaux dont elles sont bien plus qu'une simple illustration par l'image.

A Classic Education - Gone to Sea

Cette chanson d' A Classic Education est un bain de jouvence, une eau pure. Finalement la mer transporte toutes les histoires, toutes les mythologies. L’Océan ambassadeur de la vie, de la fertilité – de l’amour. Ce fragment d’innocence, Jamie Harley le retranscrit parfaitement ici. La vidéo suit parfaitement l’intensité rythmique de la composition. Harmonie des îles, mouvement incessant des vagues, visages radieux – tout y est. On navigue à perte de vue comme dans l’image finale. Une jolie illustration de l’innocence.

Memoryhouse - Bonfire

La musique est ample, évanescente. Elle se détache du réel. Seule la voix, profonde, de Denise Nouvion nous rapproche de quelque chose de tangible. Visuellement, il n’y a rien de plus difficile à retranscrire. Ici, on est dans une impression de la réalité. Les lueurs blondes d’une émotion. Une vidéo faite de vapeurs, de liquides et de chairs. Sublime, tout comme la chanson de Memoryhouse. Une douce valse pastorale magistralement orchestrée visuellement par Jamie Harley. Au passage, je soupçonne la culture cinématographique du monsieur immense …

How to Dress Well - Lover’s start

Violente rafale mélodique, la composition de How to Dress Well demandait une grande impression visuelle. On en a du sel sur le visage en regardant ce long plan séquence. Bleu comme la nostalgie et la tristesse. Final bleuté - c’est un parcours, le long d’une plage, d’un adieu. D’une liberté retrouvée. Brel finit par lâcher les oiseaux avant de se livrer à l’océan. Quelle puissance poétique, assurément ma vidéo préférée.

Lonely Galaxy - Time

Les vieilles vidéos d’enfance ont ce rapport à l’ineffable, à la nostalgie et l’étrange sensation du temps qui fuit. La montée mélodique offerte par Lonely Galaxy est l’équivalent de tous les souvenirs qui nous remontent à la gorge lorsque l’on goûte à ces madeleines visuelles. Cette vidéo est terriblement émouvante et est superbement mis en forme par Jamie Harley.

Memoryhouse - Lately (deuxième)

La chanson est sublime. Ce qui pourrait amplement suffire pour tout commentaire. D’ailleurs comment dépasser la puissance émotionnelle de pareille composition avec des mots ou des images ? Enfin, ce qui me plaît là, est finalement très personnel. Je repense aux romances et séquences évanescentes d’Histoires de Fantômes Chinois, film fantastique parfois sublime, parfois grotesque. Une ambiance à la fois sensuelle, mystique et kitsch. Cette musique est d’un charnel redoutable. Jamie Harley compose un visuel au diapason. Redoutablement ensorcelant.


Amdiscs - Future Reserve Label (Interview & Mixtape)

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A force de croître de la sorte, chaque personne s'intéressant de près ou de loin à l'indierock aura une histoire personnelle à conter à propos dudit Future Reserve Label, Amdiscs. Lorsque les volutes de fumée s'amusent du monde de la nuit, lorsque la faible lumière d'une lampe de bureau créé un îlot de lumière dans un océan de noir, lorsque les heures s'évaporent dans un tour de cadran irréel. Je cheminais de page en page, scrutant celle du blog-label de Matt Cothran, Summertime In Hell, satisfaisant mes lubies de noctambule perverti. Je découvrais le shoegaze sauvage du duo Ghost Animal - nous ayant récemment gratifié d'une mixtape, Heart Knocks, exsudant d'amitié - pour atterir sur une page dédiée à leur EP, In Your Room (lire). Une page d'Amdiscs. Indescriptible. Un brusque sentiment d'altérité entre mes pupilles dilatées et l'écran, vite comblé par une curiosité irrépressible. Là où Pitchfork se fait l'apôtre d'une mise en page consciencieuse et chloroformée, rendant sa lecture aussi laborieuse qu'un article du Financial Times, Amdiscs se joue des codes et des modes, étrillant le bon goût de couleurs criardes, constellées d'énormes caractères, le tout mâtiné de multiples collages artisanaux. Le dépaysement esthétique est total, voire brutal. A la manière de l'internationale punk d'alors, ayant consumé la fin des années soixante-dix d'un do it yourself intégral et passionnément anticonformiste, Amdiscs renverse, par sa spontanéité et son étrangeté revendiquée, l'outrecuidance du landerneau indierock actuel, méconnaissant sciemment frontières nationales et artistiques. Prolongement "naturel" du collectif praguois AM 180, créé en 2002 par Štepán Bolf, Jakub Hosek et Anezka Hoskova, ayant pour activité principale l'organisation de concerts et de performances en tout genre, Arty Maniac Discs, est né en 2007 à l'occasion de la sortie de l'album Songs About God, Love And Bitches du groupe post-punk Climatizado, l'une des seules références tchèques du label avec Table ou Dné. S'ensuit une pause d'environ deux ans durant laquelle les affaires d'AM 180 prennent le pas sur les activités balbutiantes du jeune label et ce, jusqu'à l'arrivée de l'artiste underground Rado Zrubec au sein du collectif. Appliquant à la bête un traitement cardiaque à forte teneur en amphétamines, Arty Maniac Discs renait de ses cendres et se conjugue au présent sous l'acronyme Amdiscs, proposant son savoir-faire à une multitude de groupes américains, mais aussi russes, portugais, mexicains et canadiens, tout en s'entichant d'une blogosphère indie en perpétuelle extension. Variant les styles et les plaisirs, avec pêle-mêle, la pop-shoegaze de Ghost Animal, la chillwave embrumée de unouomedude et Teams, l'énergie punk des Young Adults, la psyché-noise de Chrome Wings, l'expérimentale camée de Mickey Mickey Rourke, CVLTS, ou Pink Priest, la pop synthétique de Coolrunnings et celle racée de Jeremy Jay, l'ambiant éthérée de Teen Porn et de Persona La Ave, ou encore la witch haus viciée de Dream Boat, l'hallucinante Asapizza Anal Compilation reste le témoignage le plus déroutant d'une diversité ne rimant pourtant jamais avec hétérogénéité. Un esprit commun unit les groupes au label, qui, s'ils ne sont pas forcément cul et chemise, partagent cette même liturgie de l'anonymat et de l'effacement de l'artiste derrière sa musique. De même, à rebours de l'industrie du disque étudiant son marché histoire d'imposer les goûts préfabriqués de demain, une ligne de conduite sibylline façonne la philosophie du label : ne sortant que des groupes qu'ils apprécient musicalement à deux cent pour cent, les activistes d'Amdiscs - à savoir Anežka et Jakub Hošek, Rado Zrubec et Štepán Bolf - espèrent, avant toute chose, pouvoir divulguer leur musique au plus grand nombre possible. Supposant la recherche du support idoine, une véritable avalanche de sorties digitales, gratuites la plupart du temps, ou sous format cassette, ayant l'avantage d'allier fétichisme de l'objet et moindre coût de production, déferle depuis 2010 à la faveur de nos esgourdes, soit trois parutions cassettes pour une trentaine digitale. Traçant sa route sur les décombres encore fumants d'un music business littéralement transfiguré par internet, Amdiscs n'attend pas même 2011 afin d'inaugurer son catalogue vinyle : tel un symbole d'étroite connivence, la première référence est un split vinyle de Coma Cinema et Teen Porn, dernier projet en date de Matt Cothran et Rachel Levy de Kiss Kiss Fantastic, à commander par ici, quand la seconde est un LP, disponible par , des trublions punk de Young Adults. Nul doute que l'histoire n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin. Preuve en est, l'ineffable mix - agrémenté d'un bonus - écoutable et téléchargeable ci-dessous, que Rado nous à concocté, en plus d'avoir répondu à nos quelques questions. Cerise sur le gâteau, le clip inédit des Américains de Dream Boat, à visionner par .

Entrevue avec Rado Z.

amdiscs-crew

Peux-tu présenter Amdiscs en quelques mots ? Dis-moi comment Amdiscs est né, qui est derrière et comment vous vous êtes rencontrés et quelle fut l'idée à l'origine ? Pourquoi ce nom, "Future Reserve Label" ?
Can you present yourself in few words? Tell me how Amdiscs was born? Who is behind? How you met and which was the idea of origin? Why this name, "Future Reseve Label"?

Pour répondre à la première partie de ta question, certains d'entre nous viennent de l'Europe de l'Est, essentiellement de Prague, et d'autres vivent en périphérie de villes comme Londres ou New-York, un peu à la manière de gens défavorisés voulant profiter d'une location dans un milieu économique développé. Nous avons tous une soif inétanchable de musique, pour la plupart sous-estimée, et renforcée par notre goût pour l'inconnu. Le label compte aussi des gars impliqués dans A.M.180 collective, Creepy Teepee Festival, All Everyone United et des pages tumblr qui valent la peine d'être mentionnées comme Gothic Disneyland ou Mnauk (une page dédiée aux Lolcats). Amdiscs est né en une belle journée de l'année 2007, puis est tombé dans le coma jusqu'à sa résurrection cette année. Nous avons choisi le nom Future Reserve Label parce que nous aimons imaginer d'où l'avenir tire son origine, quelle est la graine qui détermine sa forme. Nous avons essayé de penser un futur dans lequel nous aurions un réel pouvoir politique et où la dévalorisation du génome humain serait évitée, par des fêtes sans alcool, par exemple.

To pin down the answer for your first question, we are bunch of guys from eastern europe, mostly living in Prague or nearby cities like London or NYC, sort of a poor relatives who want to profit from rent in developed economics. We all have an inconsolable starving disorder for great sounds, mostly underrated, and stressed by our questionable farts. Behind the label are guys who are also behind A.M.180 collective, Creepy Teepee Festival, All Everyone United, and some tumblr's which are worth mentioning (Gothic Disneyland, Mnauk). Amdiscs was born on a sunny day back in 2007, then it fell into coma, in its present habitat it was brought to life earlier this year. Future Reserve Label, because we remember where the future set its seeds and grew into how we know it now, we just spent time imagining the future in which we gain real political power and prevent the overall devaluation of human genome, like party without alcohol, or something...

Si tu devais définir Amdiscs en trois mots, quels seraient-ils ?
If you had to define Amdiscs in three words, which words you would choose?

Tout en un.

All in one.

Quel est la ligne de conduite du label ? Il y a une esthétique, un concept que vous essayez de conserver à chaque sortie ?
What is the guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release

Le fil conducteur est notre goût, et il est incontrôlable. Il est comme un bâton d'aveugle que nous baladons autour de nous. Nous aimons découvrir de nouvelles choses que nous ne cherchions pas forcément. Ensuite, nous dépensons notre énergie à défendre chaque chose que nous avons découverte, c'est une sorte d'engagement volontaire.

The guideline is our taste, and our taste is incontrollable, thats all we got to say, our taste is like a blind guys stick, we just swing with it all around. We love to find something we weren't searching for, in the end we share our energy with each thing we stumble upon, its a sort of voluntary commitment.

Comment choisissez-vous les artistes avec qui vous travaillez ?
How chooses artists with whom you work?

Ils nous choisissent par leur musique.

They choose us by their music.

Quels sont les relations entre les groupes et le label ? Il s'agit juste de sortir leurs disques ou les relations peuvent être plus fortes et durables ?
What are the relations between the groups and the label? It is only for an release or the relations are stronger and more sustainable?

Parfois, les relations que nous entretenons sont vraiment courtes, lorsque l'artiste se rend compte que nous n'allons pas lui ouvrir la voie vers le sommet. Mais c'est plutôt rare. Dans tous les projets dans lesquels nous nous engageons, nous trouvons quelque chose qui répond à l'un ou l'autre de nos désirs. Nous aimons l'idée que, d'une certaine manière, c'est différent pour chacun. Mais nous aimons ces artistes qui nous forcent à signer des contrats, c'est une garantie que nous gagnerons beaucoup d'argent...

Sometimes we do have really quickie relationship, when the artist doesn't get that we are not gonna pave him the way to charts.It's like no cock no drama. But thats odd. In all of the guys with whom we work together, is to be found something that appeals to some of our desires, we like to cherish that in certain way, with everyone its different. But we like those artists who force us to sign contracts most, its a guaranty that we will earn a lot of money...

Amdiscs a une attirance particulière pour la musique indie américaine ?
Particular charm for the music indie american?

Qualifie-nous d'indie rockers...

Call us "indie rocker"

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Comment se porte la musique indépendante en République Tchèque ?
You are Czech. How goes the independent music over there?

Pas trop bien mais soyons optimistes, même si ça sonne neuf, mais nous remercions le ciel de réaliser nos fantasmes.

Less than desirable cause shit ain't a big deal, even if it sounds like brand new, but we still thank god, facing our fantasies.

Trois groupes tchèques pour vingt-sept groupes américains dans votre catalogue ! Putain ! Ils ne savent pas se servir de leurs dix doigts dans ton pays ?
Three Czech bands for twenty seven Americans! Damned! They do not know how to use their ten fingers in your country?

On trouve toujours de la détermination pour rester debout et on peut trouver des maîtres auxquels s'identifier mais le nombre de groupes étrangers est supérieur, nous n'avons juste pas le temps de mettre le site à jour pour le moment.

You still find fortitude to stand up, and there can be found mantors to look up to. But the number of foreign bands is bigger we just dont have time to update the website nowadays.

Quels sont les amis d'Amdiscs dans une blogosphère en perpétuelle expansion ?
What are your friends in a blogosphere ceaselessly in extension?

Beaucoup de personnes nous aident consciemment ou non, et je les en remercie tous. Nous voulons surtout remercier Pitchfork. Ce sont des gens qui nous aiment et nous détestent à la fois, et ce qui est marrant c'est qu'avec le temps on n'arrive plus à savoir vers quoi penche la balance.

Lot of guys knowingly or unknowingly help us, and here goes the thnx to all of them. But we want to thank Pitchfork in the first place. There are guys who like us and hate us too, funny is that in time we just dont have time to update the website nowadays.

Que peux-tu me dire sur vos relations avec Mat Cothran (Coma Cinema) et Summertime In Hell ?
Tell me more your friendship with Coma Cinema and Summertime in Hell?

Il n'y a pas grand chose à dire. Mat Cothran veut devenir une star du x et nous avons donné notre accord.

There is not much to say, Mat Cohran wants to be a porn star, and we just agreed.

Justement, Teen Porn (Mat Cothran + Rachel Levy)... c'est excitant ?
Teen Porn should be exciting ?

Teen Porn est excitant... mais probablement pas pour ceux qui en scrutent la sortie chaque jour, ça pourrait avoir un effet débandant.

Teen Porn is exciting, but probably not for those who check it out on a daily basis, for them its a sort of a cockblock.

Tu peux me dire quelques mots sur Ghost Animal ?
Tell me some words about Ghost Animal...

Ghost Animal est un duo gars-fille radical qui produit des sons fabuleux. C'est assez ? On prévoit de sortir avec un peu de chance un 7" dans un futur proche. Nous y travaillons déjà. Ce serait pour fin novembre.

Ghost Animal is really rad guy and girl duo doing really awesome sounds, is that enough? There will be 7" dropping hopefully in near future, we are working on that already. Check it out late november.

Pourquoi Jeremy Jay sur Amdiscs ? Comment les choses se faites avec lui ?
Why Jeremy Jay is on Amdiscs? Say to me how things were made with him?

C'est un contrat qui a impliqué des avocats et des millions de dollars. Cela a nécessité d'importants transferts sur des comptes bancaires.

It was a deal involving lawyers and millions of dollars. Some major shifts on bank accounts occured...into debut...

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Tu fumes des joints à cinq du mat' en écoutant CVLTS, Pink Priest et Mickey Mickey Rourke. Lequel de ces trois groupes provoque la plus grosse montée ?
You smoke joints by listening to CVLTS, Pink Priest and Mickey Mickey Rourke at five o'clock a.m. Which one provokes the biggest trip?

Tous ces artistes ont le même pouvoir de désordonner tes schémas mentaux et de jouer avec les cordes à l'intérieur de ton squelette.

All of the above mentioned artists share the same ability to dig into your mental patterns, and play with the strings inside your skull.

Quel est le futur de Coolrunnings sur Amdiscs ?
What's the future of Coolrunnings on Amdiscs?

L'avenir de Coolrunnings sur Amdiscs est brillant.

The future of Coolrunnings on Amdiscs is bright.

Explique-moi The Asapizza Anal Compilation : une orgie comme testament précoce ?
Explain me the Asapizza Anal Compilation : a early testament in the form of orgy?

As-tu déjà essayé de changer la tonalité d'une vuvuzela ? Essaie...

Have you tried to change pitch on vuvuzela? Try it...

Quel est ton coup de cœur du moment ? Le truc qui te rend addict...
What are your knocks of heart of moment? The things which make you addict...

Jaromir Nohavica avec Comet Karaoke.

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet : les rapports de force ont-ils changé ? La musique a-t-elle un prix ?
What's your feeling with music industry and internet? Things are different? The music doesn't have more price?

La musique a toujours un prix mais cela dépend de la manière dont on voit les choses, de l'évaluation.

Music has a price, depends on the evaluation.

Quel est le futur proche d'Amdiscs ?
What's the near future of Amdiscs?

Des vinyles et du papier hygiénique.

Vinyls and toilet papers.

Peux-tu présenter la mixtape que vous nous avez concoctée ?
Can you introduce your mixtape?

Notre mixtape est composée d'artistes recrutés pour l'occasion. Personne ne voulait contribuer, mais finalement on les a obligés, Hartzine n'est pas encore assez connu... en tout cas par eux.

Our mixtape consist of artist we have spoken into it, nobody wanted to contribute, but we finally pushed them into doing it, hartzine is not that famous yet...for them

Pour finir, demande-moi quelque-chose.
For finishing, ask me anything...

Tout a déjà été demandé.

Anything asked...

Traduction : Calogero Marotta

Mixtape

Mind Blowing Mix for Hartzine, Brain Peeling (download)

Tracklisting

hartzinemixfinalcover01. Every - Check in Deck Trite
02. Tempelhof - Crakkhouse
03. Wild Eyes - Dark Rooms
04. Lord Boyd - Space Jordan 96
05. Red Psalm - Monster City
06. Monroeville Music Center - Panopticon Curator's Hymn
07. Λ - Nothing
08. DannielRadall - Lil'john
09. Teams - Comfort Slave (Instrumental)
10. Nites - It is an Excuse to Get Hurt and to Hurt
11. Police Academy 6 - 1Lesb
12. BL¤¤d Ou† - †DF
13. Family Den - AM Vibe
14. Teen Porn - Whori Amos
15. Chrome Wings - Wake me up When it's Summer
16. Port City - Ambrosia (Redux Demo)
17. Spent Man (Maine Coons) - Cannibal Laughter
18. BL¤¤D Ou† - ¤PNNR¤
19. Λ - Tide Plane
20. Dreams - Gone
21. Lord Boyd - Your Temple
22. Faux Fur - Vukk Roz
23. Kiss Kiss Fantastic - Lovely
24. Jef Barbara - Homme Universel
25. Sensible Soccers - Have a Summer With Us (Filipe)
26. Coolrunnings - Chorus
27. Persona La Ave - Pornwave
28. Every - Flood Steps
29. Outro Every - Triangularathonanon



Artwork par Jakub Hosek & Rado Z.
Samples extraits des prochains album d'Every, Halley Con, et Monroeville Music Center.
Les liens correspondent à des pages du site d'Amdiscs.

Bonus Mixtape

Other Side (download)

Tracklisting
amdiscslogowidget22001. Lx7x - Other Side
02. Wild Eyes - Northern Darkness
03. Coma Cinema - Blue Suicide
04. The Present Moment - Loyal to a Fault
05. Wool - Sort of Dues


Histoire de... Clapping Music

Histoire de... Clapping Music : rencontre avec Julien Rohel

Un peu bourru mais l'œil espiègle, Julien Rohel, fondateur du label Clapping Music, nous fait face sur une banquette du Bar Ourcq. Avril et le début des beaux jours, ceux qui ont brusquement pris fin il y a peu. "Un moment important pour le label ? Et bien... le festival que l'on a monté pour nos dix ans... C'était réconfortant de voir qu'il y avait la queue devant le Point FMR, et que l'on n'était pas qu'une bande de potes à se retrouver là, entre nous... contrairement à ce que tu as pu écrire d'ailleurs !" Et s'il est vrai que j'avais usé de propos maladroits dans un report partagé avec Émeline pour tenter de dépeindre l'ambiance chaleureuse régnant dans une salle comble et brûlante de mars dernier, "quoi de plus logique que d'être entouré de ses proches pour souffler ses bougies ?", la remarque fait office d'un intense révélateur d'orgueil bien placé : l'affluence rencontrée par ledit festival, avec Karaocake, Lauter, Reveille, Centenaire, Yeti Lane et Clara Clara au programme, récompensait dix années de travail et d'engagement dans la création musicale. En somme "du plaisir... mais pas que... un certain nombre de galères aussi". Une reconnaissance que Clapping est donc loin d'avoir volée au cours d'une histoire parsemée de rencontres et de démerde et dont le fil conducteur reste cette foi inébranlable dans les artistes maison.

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Une histoire de "copains"

A écouter Julien nous raconter comment Clapping a pris forme, on devine à quel point les contours du label ont épousé les aspérités d'une vie professionnelle déjà bien remplie. "En fait, j'ai toujours fait des choses pendant Clapping et presque pas avant, d'autant que ça n'a jamais été mon activité principale... J'ai bossé longtemps dans le cinéma, j'étais machiniste sur des tournages de films, j'ai fait plein de boulots de merde type Manpower, sondages, manutention, supermarchés et puis j'ai aussi fait des piges dans des magazines, comme critique, en réalisant des interviews aussi... Et là en ce moment j'ai un mi-temps." Ceux qui imaginaient le boss du label confortablement vautré dans son fauteuil en cuir, s'amusant de volutes de fumée émanant d'un délectable cigare cubain, se plantent, et quelque part, on s'en doutait dans les grandes largeurs : l'indépendance a un foutu prix, étalonné par la débrouillardise et un culot de chaque instant. "Bien sûr... l'idée de fonder Clapping m'habite depuis ma plus tendre enfance ! (Rires.) Plus sérieusement, je m'intéresse à la musique depuis très longtemps, je jouais dans des groupes, j'achetais plein de disques depuis l'age de onze ans, douze ans, à décortiquer les notes de pochettes et à m'intéresser aux groupes mais aussi aux labels... à acheter ces disques d'ailleurs uniquement parce qu'ils étaient sur tel ou tel label... Du genre, dans les années 80, 4AD ou Factory, des labels qui avaient une belle identité graphique... Fonder un label est donc une idée qui s'est imposée, sans avoir pour autant d'occasions concrètes de franchir le pas, disons que je n'avais rien à sortir... J'habitais en banlieue (à Saint Germain-en-Laye), j'allais de temps en temps à des concerts à Paris, sans pour autant fréquenter le milieu indé, et puis tu sais, il n'y avait pas internet..."

Sous l'égide de quelques rencontres et d'une bonne dose d'amitié, tout s'est alors emballé : "Je faisais de la musique avec un pote de lycée, on enregistrait des morceaux le samedi après-midi sur un quatre pistes cassette… vers 95 on a eu envie de monter un groupe et on a passé une annonce à La Clef genre “ch. bassiste et batteur aimant Sebadoh, Pavement et Sonic Youth”… et deux mecs se sont pointés…" A savoir Bertrand Groussard, qui deviendra par la suite King Q4, et Damien Poncet, initiateur avec Julien en 1999 du projet Évènement!, micro-label égrainant des CD-R aux tirages limités à 99 exemplaires et proposant leur contenu gratuitement en ligne. "On a fait un peu de musique ensemble, puis au bout d'un moment le groupe a splitté et Bertrand s'est acheté un sampler... Vers les années 97/98, il a commencé à faire de la musique électronique jusqu'au moment où il a eu une dizaine de morceaux plutôt bons... Et comme j'avais un peu d'argent, on s'est dit que c'était le moment de monter un label pour sortir son disque nous-mêmes ! C'était vraiment un truc de potes au départ, d'ailleurs on pensait même pas le faire distribuer... On avait juste pensé à ce qu'il fasse quelques concerts et en profiter pour vendre son disque... Et puis au final, l'album a été chroniqué par Magic (lire), puis par Les Inrocks et d'autres magazines... et enfin il a été distribué..." Première sortie officielle du label donc, datée du 17 octobre 2000 et numérotée CLAP 001, l'album éponyme de King Q4, tendancieusement électronique et subtilement à contre-courant de la french touch d'alors, trouve d'entrée son public : il n'en fallait pas plus pour mettre la mécanique en branle. "A partir de là Clapping a eu une certaine notoriété, ce qui fait qu'on a commencé à recevoir des démos tout en rencontrant pas mal de monde..." Une histoire ressemblant à s'y méprendre à celle de Daniel Miller, initiateur presque malgré lui du prestigieux label Mute Records. Inspiré par les Desperate Bicycles, chantre du DIY, ce dernier sort dans l'urgence en 1978, sous l'alias The Normal, un maxi 45 tours auto-produit comprenant le fameux Warm Leatherette, morceau préfigurant la déferlante électronique. Le succès est immédiat, des dizaines de milliers de copies sont vendues avec l'aide de Rough Trade, transformant de facto Miller en patron de son propre label, dont le nom sonnait telle une provocation aux Majors (Mute pour muet), sertie de son adresse personnelle aux dos de la pochette. Inévitablement, les cassettes affluent : "La première qui m'ait plu au point de vouloir la sortir c'est Fad Gadget : sans vraiment m'en rendre compte, je dirigeais une maison de disques".

Le Fad Gadget de Clapping s'appelle alors Yann Tambour. "On a sorti le disque de King Q4 sans rien de prévu pour la suite... Ce n'était ni plus ni moins qu'un one shot fait avec  les moyens du bord... Et puis j'ai rencontré Yann Tambour d'Encre, dont on a décidé de sortir le premier album (l'éponyme Encre en 2001) qui, pareil, a pas mal fait parler de lui". Délicat musicalement, mais à l'écriture revêche et châtiée, le premier effort de Yann Tambour, auteur, chanteur et compositeur sensible, est à mille lieux de celui de King Q4, défiant par une électronique minimaliste et onirique l'IDM venu de Sheffield. Entre ces deux balises rêvées, assurant d'entrée la respectabilité tant critique que publique de Clapping, le champ, bien qu'en friches, reste démesurément ouvert. Et c'est l'adaptation scénique du projet Encre qui devient l'occasion pour le label de franchir le pas de la continuité : Yann Tambour s'entoure de Bertrand Groussard à la batterie et de Damien Poncet à la basse et au sampler, faisant ainsi le trait d'union entre Clapping, Évènement! et Active Suspension, structure, créée en 1998 par Jean-Charles Baroche, ayant préalablement sorti le premier EP d'Encre, Pente Est / Albeit Cale. Une sémillante effervescence s'établit alors entre tout ce petit monde, aboutissant dès 2003 à la création de la structure As Corpus, mutualisant les frais d'édition et de vente en ligne de Clapping et d'Active Suspension, et à la sortie quasi concomitante de la compilation Active Suspension vs. Clapping Music, réunissant des artistes des deux bords dans un maelström de collaborations inédites et d'escapades transgenres lumineuses. "Dès lors, ça s'est enchainé comme ça... avec un rythme de sorties hyper modeste au début, un voire deux albums par an, c'est tout..."

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Après deux EP, aux étiquettes toujours aussi hétéroclites, l'un du groupe dub Lab°, Friendly remixed by... (2003), comprenant comme son titre l'indique des morceaux du groupe remixés par des artistes estampillés Clapping, et l'autre, Trop Singe EP (2003), des agités électro-punk de dDamage avec la participation de membres de TTC, le label étrenne quasi biannuellement ses nouveautés, oscillant toujours entre diversité et continuité : en 2003, le premier album de My Jazzy Child, Sada Soul, album solo de Damien Poncet (qui devient à cette occasion le Damien Mingus), en 2004, les seconds albums d'Encre, le sublime et crépusculaire Flux, et de My Jazzy Child, I Insist, en 2005, le premier et unique live du label, celui d'Encre où Yann Tambour, accompagné entre autres de Bertrand Groussard, Damien Poncet et Sonia Cordier, révèle son moi rock plus immédiat, puis en 2006, les premiers albums sur Clapping d'Axel Monneau, éponyme lui aussi, sous l'alias Orval Carlos Sibelius, et de l'Américain Ramon Alarcón, The Boy Who Floated Freely, délivrant, sous le nom d'emprunt Ramona Cordova, un folk intimiste à la voix haut perchée. Entre 2006 et 2008, le label observe une pause propice à une rencontre qui en annoncera d'autres : "Chaque rencontre avec un artiste est un moment important, mais celle avec François Virot, après deux années de quasi inactivité, a permis à Clapping de se relancer... Il est très énergique, il a eu de suite plein de projets... Tout s'est enchaîné très vite après la sortie de son premier album..." Ainsi Yes or No de François Virot parait dès octobre 2008, suivi de près en 2010 par la parution de Comfortable Problems de Clara Clara et de Time and Death de Reveille, groupes dans lesquels François tient respectivement la batterie et la guitare. L'intéressé nous confirmait un mois plus tôt, lors d'une entrevue avec les trois membres de Clara Clara (lire), cette relation de bon ménage : "Avec Clapping ça se passe hyper bien ! Si on s'intéresse autant à nous c'est que Julien fait vachement bien son boulot ! Il m'a repéré suite à un concert que j'ai donné en solo et puis dans la foulée on a bossé sur mon premier album. Puis j'ai amené Clara Clara... On va continuer avec eux autant que possible même si au final on connaît pas trop les groupes de Clapping... sauf Karaocake et Reveille, forcément..."

Entre temps, plusieurs références viennent fleurir un catalogue que Yann Tambour n'abonde désormais plus, ni sous Encre, ni sous l'entité Thee, Stranded Horse, déménageant ce dernier projet folk à la kora pour lequel il s'est consacré un temps, sur le label bordelais Talitres. Il en va ainsi, de Centenaire (avec Axel Monneau, aujourd'hui parti du groupe, Stéphane Laporte aka Domotic, Aurélien Potier et Damien Mingus), responsable de The Enemy (2009), aux sonorités folk-rock rustiques et mélancoliques, de Yeti Lane (composé d'anciens du groupe Cyann & Ben et n'opérant depuis peu qu'en duo, avec Charlie Boyer à la batterie et aux percussions et Ben Pleng à la guitare, aux claviers et au chant), auteur d'un premier album éponyme et de deux EP, dont Twice EP (2010), édité en mai 2010 et s'apparentant à un énième nouveau départ, telle une idoine relecture, abrasive et psychédélique, de leur pop syncrétique d'antan, de Lauter, projet solo de l'alsacien Boris Kohlmayer, associant Clapping et Herzfeld le temps d'un coproduction, The Age Of Reason (2009), à la beauté gracile et sentant bon la poussière du grand ouest américain, de Red, avec The Nightcrawler aka Red, projet folk à la classe inénarrable et à l'envergure sérigraphiée démesurée (les cinq cents copies tirées ayant chacune une pochette différente dessinée par Red), et plus récemment, de Karaocake (ou l'on retrouve Domotic et Charlotte Sampling aux côtés de Camille Chambon, à l'origine du groupe) dont Rows And Stitches, paru le 2 juin dernier, étire une dream-pop légère et mutine aux confins de l'émerveillement, et de Pokett, fausse nouvelle tête étant entendu que Stéphane Garry, entouré de l'omniprésent Bertrand Groussard à la batterie (King Q4) sur ce Three Free Trees, disque paru en septembre dernier, au songwriting raffiné et aventureux, est un ancien de la boutique mitoyenne et aujourd'hui en "pause indéterminée", Active Suspension.

Et la source ne risque pas de tarir : avant la fin de l'année, un nouvel EP est au programme, celui de Ddamage, en plus d'un nouvel album de My Jazzy Child (The Drums), quand l'année 2011 s'annonce sous les hospices de trois nouvelles comètes qui seront rapidement mises en orbite : le prochain album du duo franco-américain Berg Sans Nipple, dont le premier album avait vu le jour sur Prohibited Records, le troisième effort des Konki Duet, réalisé par Domotic, en plus du second opus d'Orval Carlos Sibelius.

Une identité en recomposition perpétuelle

Le nom du label aurait pu être un indice. Car Clapping Music n'est ni plus ni moins que l'une des œuvres minimalistes les plus connues (voir) du compositeur américain Steve Reich. Écrite pour deux personnes frappant dans leurs mains, l'un répétant un motif fixe, l'autre le réalisant de façon synchrone, puis en le décalant d'une croche jusqu'à retomber sur le point de départ, à savoir le motif toujours répété par le premier, Clapping Music engendre un jeu complexe de sonorités et de temps, chaque translation faisant immédiatement naître une figure nouvelle. Influençant par sa technique et ses tonalités nombre de pionniers de l'électronique minimaliste, tel Kraftwerk, de l'intelligent dance music, tel Microstoria et Autechre, ou de l'ambiant house, à la manière de The Orb, Steve Reich n'est pas une référence anodine, surtout lorsque celle-ci est concentrée dans le nom même d'un label ayant pour première sortie l'un des disques pionnier de l'électronica française (King Q4). Mais la sortie dès l'année suivante de l'album d'Encre brouille les pistes et les opinions toutes faites : n'y a-t-il pas un plan, une politique préétablie ? "Non, Clapping n'est pas né avec une volonté de défendre quoi que ce soit, comme l'électro expérimentale, tout en prenant soin de développer une esthétique militante... Mais il y a quand même une identité musicale propre à Clapping. Disons indie au sens large, brassant tout le spectre folk, rock, noise et électro." Cette identité, si elle n'est pas énoncée, se constate a posteriori : "La cohérence se crée au fur et à mesure des sorties... King Q4 c'était un ami, c'était amical et musical, en revanche Yann Tambour, je ne le connaissais pas. C'est pas non plus un truc qu'entre potes, ça a été un coup de cœur et on l'a fait, voilà c'est comme ça que marche le label, aux coups de cœur". En s'affranchissant d'une identité de label trop forte, ou trop statique, de la prévisibilité des disques et des artistes présentés donc, cette dimension humaine - celle qui présidait dans la folie Factory Records, où les marottes de Tony Wilson et d'Alan Erasmus passaient avant leur potentialité commerciale - pousse à une perpétuelle recomposition de ladite identité, à savoir, au rythme des sorties et des projet retenus selon les logiques de l'émotion, pierre angulaire de l'attrait du tout un chacun pour la musique. Une façon sans doute de ne pas considérer celle-ci comme un produit, une marchandise lambda, mais une méthode surtout ne permettant aucune autocensure découlant de principes a priori. "Au fur et à mesure, quelque chose va s'esquisser, on verra bien ce que c'est... Toutes proportions gardées, s'il s'agissait de faire une comparaison, je pense à un label comme Domino, "un label indépendant au sens large et qui maintenant a plein de pognon... Grâce à quelques têtes de gondoles faisant tourner la boutique, tels les Artic Monkeys ou Franz Ferdinand, ils continuent de sortir des trucs obscurs en rééditant notamment pas mal de vieux trucs dont ils sont fans (Robert Wyatt, Royal Trux, Galaxie 500...)". Chez Clapping, quelles sont ces fameuses têtes de gondoles ? "Il n'y en pas, j'aimerais bien, mais aucune sortie n'a pour le moment réussi à franchir un seuil permettant de les considérer comme telles... mais je ne perds pas espoir !" Des galères donc et du DIY.

Un modèle économique fragile, mais encore viable

Pour se faire une idée de ces difficultés quotidiennes que rencontrent petits et moyens labels, disquaires et autres distributeurs indépendants, la majorité de ces structures étant au bord de l'asphyxie, pas besoin de dessin ni de palabres en pagaille : entre crise du disque et téléchargements pirates (l'un n'allant plus sans l'autre), entre crise tout court et promoteurs blogueurs de la gratuité, l'existence d'un label indépendant, si reconnu soit-il, tient parfois à peu de choses. "D'un point de vue économique, le fait d'avoir eu un morceau utilisé par une publicité Orange en Angleterre - Herz Chain - Yukulele 31.12.01 présent sur la compilation Active Suspension vs Clapping Music (2003) - a été déterminant : sans ça le label n'existerait plus". Des contingences donc qui font tenir le cap, alors que l'essentiel ne se suffit presque plus à lui-même : depuis 2000, Clapping a bâti un catalogue dénombrant vingt albums pour quatorze groupes, en plus de sept format court (7" ou 12"). "Disons que notre modèle économique est quasi le même que celui d'il y a dix ans : tout juste suffisant pour vivoter et se débrouiller." Et Clapping dans dix ans ? "Impossible de te répondre (silence). Enfin si... le même mais avec plus de moyens et avec un ou deux groupes ayant bien explosé, permettant de financer le reste... pas un truc de masse mais de bons disques qui marchent et qui permettent à la structure de grossir pour se développer et produire dans de meilleures conditions. Je reste persuadé qu'avec les groupes qu'on a, il y a la potentialité de sortir du cercle un peu trop étriqué du réseau indépendant français..." A l'étranger ? "Les disques de Clapping se sont exportés, c'est une réalité. Aujourd'hui c'est plus dur car avec la crise pas mal de distributeurs ont fermé, ce qui nous oblige à tout repenser. Les commandes que l'on a sur notre boutique en ligne viennent d'un peu partout dans le monde, mais en distribution dans les bacs c'est loin d'être la cas... Pourtant on a des groupes qui peuvent rivaliser avec tout ces groupes estampillés Pitchfork ou ceux repris sur des blogs qui aujourd'hui font la pluie et le beau temps... Ils ont le talent et ils le méritent largement. Par exemple regarde Clara Clara, ça défonce largement un truc comme Wavves..."

Pourtant, malgré cet environnement peu propice, depuis 2008 et l'arrivée de François Virot, le label compte quatorze sorties, tous formats confondus, soit autant que lors des huit années précédentes réunies. Preuve en est qu'il existe des solutions, en plus de l'irrémédiable don de soi et du savoir-faire accumulé. Et si solutions il y a, celles-ci ne peuvent-être que collectives. Très tôt donc, histoire de rationaliser les dépenses, Clapping a mutualisé presque tout - sauf la direction artistique et l'accompagnement des artistes - avec le précité label Active Suspension, et ce par l'intermédiaire de la création d'AS Corpus. Mais une union qui n'est pas valable pour d'autres : Rough Trade, célèbre label anglais, issu des disquaires Rough Trade Shop, fondés par Geoff Travis, et gérés telle une coopérative incluant plusieurs autres petits labels (Rough Trade prenait en charge l'édition contre un pourcentage sur la distribution), n'est pas un modèle et n'est pas amené à le devenir : "Avec A Quick One Records (Paris) Effervescence (Nantes), Herzfeld (Strasbourg), Ateliers Ciseaux (Montréal, Bordeaux), Tsunami Addiction (Paris) ou Les Boutiques Sonores Records (Paris), on discute, on s'apprécie mutuellement, on sort des disques ensemble, mais c'est en one-shot, c'est tout... Il n'y a pas de coopérative, on ne va pas se fédérer... En fait si, on en a déjà parlé, mais chacun est très pris par ses propres activités et on n'a jamais vraiment trouvé le temps de mettre ces grandes idées en pratique." C'est ainsi que l'album de François Virot est une sortie assumée en disque et mp3 par Clapping et en vinyle par Atelier Ciseaux, même chose pour Lauter dont l'album a été co-édité avec Herzfeld, pour Pokett avec les Boutiques Sonores Records et French Toast, et bientôt pour les Kondi Duet avec Tsunami Addiction.

Clapping Music s'ébroue donc de ténacité et d'élégance depuis aujourd'hui dix ans. Une décade pétrie de passion et façonnée de choix dont la pertinence n'est pas prête d'éteindre l'affection que l'on porte à ce singulier label. Une attention réciproque puisqu'à cette occasion, en plus de nous gratifier d'un podcast mix écoutable et téléchargeable ci-dessous, Clapping Music offre autant de disques qu'il ne compte aujourd'hui de bougies anniversaires ! Pour participer au concours, cliquez par .

Les groupes Clapping

Albums

francois_virot_yes_or_no_frenetic_recordsFrançois Virot - Yes Or No (2009)

Quelques mois après la sortie du premier album de Clara Clara (AA, 2007), au sein duquel il officie en tant que batteur bruyant, François Virot surprenait son public en publiant Yes Or No, un effort solo intimiste dans lequel la rage joyeuse qui le caractérisait s'était mutée en une mélancolie contenue. Néanmoins, loin du spleen de l'artiste maudit seul face à son instrument, il avait choisi de superposer les couches de guitares et de voix pour mieux exprimer la richesse de sa langueur joyeuse. Deux ans après, les bruits familiers qui habitent ses morceaux - claquements de mains, toussotements - font qu'on s'y sent toujours autant chez soi. Lui-même n'a que faire des comparaisons avec Animal Collective, Panda Bear ou Troy Von Balthazar : Yes Or No sonne plutôt comme un projet personnel, une mise en danger dans laquelle il apparaît aussi timide que sûr de lui. Son chant protéiforme, toujours à la limite du gémissement, exprime tour à tour la joie la plus jubilatoire (Island, Say Fiesta) et la nostalgie la plus délicate (Yes Sun). Et si cet album a souvent été classé dans la case "folk intimiste", on ne peut que constater qu'il est avant tout, comme la plupart des projets du prodigue François, profondément pop.

clap012_350Centenaire - The Enemy (2009)

Pop progressive post-Soft Machine, indie folk proche de Fleet Foxes, chaloupes caribéennes et envolées noise mais mélodiques rappelant The Flaming Lips... Centenaire, de qui sont-ils l' « enemy »... Teinté de poésie subtile et de mélodies éthérées, The Enemy inquiète tout autant, et se révèle parfois aussi pervers que le miroir de Lewis Caroll. Ce quatuor formé autour de quatre musiciens expérimentés (Orval Carlos Sibelius, My Jazzy Child, Domotic et Aurélien Pottier) rivalise d'inventivité et accouche d'un album spatial, hypnotique et pourtant brut, d'une beauté et d'une sensibilité inestimable.

yeti-laneYeti Lane - Yeti Lane (2009)

Bâti sur les cendres encore fumantes du post-rock éthéré de Cyann & Ben, Yeti Lane prend à contre-pied son passé musical tout en clair/obscur pour nous emmener vers des sommets de pop hybride, insoumise et volontaire. Bien qu’ultra référencé, ce premier album évite l'écueil du mauvais remake en délayant l'évidence de ses influences anglophones avec quelques trouvailles sonores dignes de la complexité et de la hauteur de vue qui, de Christophe jusqu'à Zombie Zombie, caractérise ces artisans du bon goût à la française.

++

clap12003King Q4 - Love Buzz (2010)

Bertrand Goussard, alias King Q4, a une discographie que l'on pourrait ironiquement qualifier de pléthorique. Auteur de la première sortie du label Clapping en octobre 2000, avec un album éponyme jetant brillamment les bases d'une électronica enfin française, celui qui se définit lui-même comme un invétéré slaker a préféré se mettre au service du collectif, en assurant les fûts d'Encre, Matt Elliot ou The Konki Duet, plutôt qu'entériner une bonne fois pour toute son autre vision d'une french touch lorgnant de l'autre côté de la Manche (Aphex Twin, Autechre). Si Love Buzz n'est qu'un EP, paru le premier mars dernier via Clapping et le label Help Me Music, à mille lieux du second effort attendu depuis des lustres et décrit par le label lui-même comme la plus grande arlésienne de la musique électronique française, on ne va pas gâcher son plaisir de retrouver King Q4 sur quatre titres à l'hétérogénéité flagrante mais diablement convaincante. L'euphorisant Love Buzz est une reprise d'un des classiques de Shocking Blue, déjà remis au goût du jour par Nirvana en son temps, quand Tekmoon puise sa force d'une IDM accélérée et puissamment carénée de beats trempés d'acier. Et si le son techno-rock, bien cadencé, de Slackploitation se pare de la voix d'Orval Carlos Sibelius, autre figure emblématique de Clapping, Screen fait appel aux vocalises enchantées de Suzanne Thomas (Suzanne the Man) pour une balade électro-pop concluant de ses nappes tourneboulantes un EP qui, on l'espère, aura une suite avant le vingtième anniversaire de Clapping. A défaut, on se contentera de She's Dead, projet sans concession, réunissant notre homme à la batterie et Daz a la basse.

reveilleReveille - Time And Death (2010)

Alors qu'il était encore en pleine promo du second album de Clara Clara, l'infatigable François Virot présentait déjà son prochain projet, Reveille, pour lequel il faisait quelque infidélité à Amélie et Charles pour s'associer à la batteuse Lisa Duroux. Le résultat pourrait constituer une sorte de lien entre la pop intimiste de Yes Or No, son album solo, et celle, bruyante, complexe et foutraque de Clara Clara : neuf titres électriques parfaitement maîtrisés, portés par la rythmique candide de Lisa et enrobés de la voix si particulièrement fragile de François. Le seul reproche que l'on pourrait faire à cet album concernerait deux ou trois mélodies qui ressemblent un peu trop étrangement à certains refrains de Yes Or No - mais rien qui gâche vraiment le plaisir que l'on prend, comme d'habitude, à l'écoute de chaque nouveau projet de François. Car ce qui plaît chez lui, c'est cette alliance magique entre amateurisme et maîtrise musicale, entre les imperfections et un talent qui touche au génie. Jamais prétentieux, des titres comme Time And Death ou Mirrors ont ce qu'il faut de fragile pour prodiguer à cet album ce prodigieux charme bancal.

karaocakeKaraocake - Rows & Stitches (2010)

Camille Chambon, dans sa mutine fabrique de ritournelles pop synthétiques, se sentait sans doute un peu seule. C'est ainsi qu'après une tournée aux confins d'indicibles continents, en compagnie notamment d'un lutin nommé Virot, Stéphane Laporte (Domotic) et Tom Gagnaire (Charlotte Sampling) s'immiscent alors dans l'onirisme enfantin de Karaocake, histoire de révéler Rows & Stitches, déjà en partie écrit, à la beauté diaphane. Oscillant entre minimalisme mélodique, évoquant les gallois de Young Marble Giants, comptines éthérées, effleurant d'un battement de cils les new-yorkaises d'Au Revoir Simone, et électronique crépusculaire, le désormais trio s'emploie à faire concorder, le temps d'un sourire de cour d'école, grâce et lo-fi, obtenant ici le substrat de quelques songes mélancoliques (Bodies and MindsIt Doesn't Take a Whole WeekA Kingdom), sensibles (Change of PlansMedication) ou échevelées (Eeeeerie).

clap021_450Pocket - Three Free Trees (2010)

Six ans après Crumble, Stephane Gary, ancien ingénieur du son des bordelais de Calc, que l'on avait pu croiser sur scène en compagnie de Domotic et David Balula d'Active Suspension, récidive : le délicat Three Free Trees confirme, s'il en était nécessaire, un savoir-faire folk-rock insoupçonnable de ce côté-ci de l'Atlantique. Magnifiant son timbre de voix, à l'épure magistrale, d'une orfèvrerie mélodique à la simplicité confondante, le barbu égraine neuf classiques du genre, quelque part nichés entre l'éternel Elliot Smith et les intrépides Nada Surf, conjuguant aussi bien son intimité dévoilée avec acoustique gracile (Take Me HomeMake It Last), électricité scintillante (The Way DownLivin' In Here) et excentricité expérimentale (Three More Chords). Coproduit par French toastles Boutiques Sonores et Clapping Music, Three Free Trees - à l'artwork soigné, une pochette en 3D que l'on peut mirer grâce à des lunettes dispensées dans la version vinyle de l'album - se révèle être un parfait disque de chevet, celui de quelques belles insomnies à contempler un ciel serti de poussières argentées.

mLauter - The Age of Reason (2009)

La musique de Lauter est comme un bon bakeoff que l'on dégusterait attablé au Plaza Athénée. Quelque part entre Strasbourg et Paris, Hertzfeld et Clapping, Boris Kohlmayer n'est jamais vraiment ici et pas tout à fait là, entre deux mondes, son folk hybride navigue. A la fois artisanal et incrusté d'orfèvreries, The Age of Reason n’a rien à envier aux meilleures productions yankees et démontre une fois de plus que la scène française des mecs à guitare  (Thousand, Leopold Skin) n'a jamais été aussi magnétique.

Podcast Mix

Podcast mix by Clapping Music Sound System (téléchargeable ici)

01. Steve Reich - Clapping Music
02. Neil Michael Hagerty - Kali, The Carpenter
03. Sunroof - White Stairs
04. Animal Collective - #1
05. Ennio Morricone - Rito Finale
06. Orval Carlos Sibelius - Fabriquedecollyre
07. The Berg Sans Nipple - All People
08. NLF3 - Wild Chants
09. Neil Michael Hagerty - Polesitting Immigrant Boys
10. Captain Beefheart - Flower Pot
11. Broadcast - Microtronics 16"
12. My Jazzy Child- ""
13. Charles Bukowski - Piss and Shit
14. Hair Police - Freezing Alone
15. Sun Araw - Ma Holo
16. Royal Trux - Back To School
17. Citay - First Fantasy


25 Years & Running

25ynrvisuelpapou1site« La Suède, toujours la Suède ». La capacité de ce pays à sortir les meilleurs groupes baléariques, indie-dance ou nu-krautrock de ces dernières années n'est plus à démontrer. En revanche, voir ces mêmes groupes sur une scène française est chose beaucoup plus ardue.   La toute jeune structure parisienne 25 Years & Running s'est donnée pour ambition de combler ce manque. Hartzine a demandé à Benjamin et Noe, les deux personnes derrière celle-ci, de répondre à un questionnaire un brin administratif. Vous trouverez en bonus une mixtape illustrant leurs propos passionnés.

Date et lieu de création
Il y a eu deux années importantes dans l'histoire de 25Y&R : 1985 et 2010. A Paris.

Vocation et activité principale
Booking / promo. Et aussi pas mal d'autres choses...
http://www.youtube.com/watch?v=gPJG7r_hCKM

Artistes soutenus
25Y&R se comprend comme le prolongement de l'activité parisienne du label de Stockholm Service. De ce fait, nous avons un lien originel fort avec les groupes qui sont - ou qui ont fait un passage - sur SRVC. Nous ne sommes pas des amateurs de musique suédoise par principe, mais il se trouve qu'un certain nombre de groupes que nous plaçons au sommet de la hiérarchie de la pop mondiale vient de villes comme Göteborg et Stockholm. Nous aimons tout autant certains groupes américains, par exemple, mais le destin a fait que, au cours de nos nombreux voyages en Suède, nous avons rencontré les membres de ces groupes qui se sont révélés être des personnes d'une générosité et d'une richesse rare, et avec qui nous avons tissé des liens d'amitié. Ce mélange d'admiration et d'affection est la matière fondatrice de 25Y&R. A ce jour, notre roster comprend : Museum Of Bellas Artes / Bandjo / jj / nhessingtons / ceo / lissvik (studio) / Jackpot / Santa Monica Track Club.

On est également sur un grand nom du r'n'b américain féminin, mais il est peut-être un peu trop tôt pour en parler... Affaire à suivre...

Ambitions et projets

L'objectif que nous poursuivons est identique à celui des groupes que nous représentons : toucher le plus grand nombre avec les meilleures chansons possible, tout en restant dans une démarche de création artistique - c'est-à-dire ne jamais copier ou répéter des choses déjà faites. A ce titre, l'ennui que suscitent chez nous des courants musicaux qui tournent en rond et au sein desquels les groupes semblent prendre plaisir à se copier entre eux (neo shoegaze / lo-fi et plus récemment « chillwave » - nous ne sommes pas sûrs de l'appellation adaptée à ces courants musicaux - et nous ne sommes pas sûrs de vouloir le savoir) est également constitutif de notre engouement à promouvoir les groupes que nous aimons passionnément et qui nous font découvrir des émotions nouvelles.

Dans les mois qui viennent, plusieurs choses vont nous occuper. On peut ici évoquer le nouveau projet DJ de Sarah Assbring (El Perro del Mar) et Jacob Haage (Bandjo). Durant le DJ set, Sarah chantera sur les morceaux du mix. Vous pouvez vous faire une idée de l'esprit du projet ici.

De plus, nous allons sortir les deux nouvelles signatures du label Force Majeure, le label suédois qui monte. Museum of Bellas Artes est une formation composée de trois jeunes Suédois obsédés par l'écriture de chansons pop parfaites. Bandjo est un groupe plus complexe. La beauté subliminale de leur premier album, qui allie avec une rare subtilité krautrock, new-wave et prog suédois des années 1970 (nous non plus on ne sait pas ce que c'est) ne s'est révélée pleinement à nous qu'après plusieurs écoutes. Il s'est peu à peu imposé comme une évidence, tant il rompt sèchement et intelligemment avec la scène balearic pop dont le tour a, nous semble-t-il, été fait. 25Y&R est aujourd'hui à la fois fier et particulièrement excité à l'idée de représenter ces deux groupes en France.

Enfin, à intervalles réguliers, les deux DJ parisiens du Santa Monica Track Club éclaireront dans les bars et clubs de la ville-lumière les balises qui indiqueront les différentes routes et directions prises par 25Y&R. Voici leur page sur notre site : http://www.25yearsandrunning.fr/smtc.html

Mixtape

01. MBA – Watch The Glow
02. Studio – No Comply
03. Nhessingtons – For Always
04. Jackpot – Uno Dos Tres
05. Frankie Knuckles – Bad Boy
06. Suicide – Ghost Rider
07. Christophe – Rock monsieur
08. Velvet – Sweet Jane
09. Bandjo – You & The Sun
10. The Durutti Column – Never Known
11. The Verve – A Man Called Sun
12. Lissvik – B1


SARAH RECORDS : THIS IS IT, ISN'T IT ?

sarahrecordsA la fin des 80's, alors que toute l'Angleterre des introvertis opprimés pleure la mort de The Smiths, deux jeunes de Bristol vont diffuser la pop douce qui soignera toute une génération.

Les origines

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En 1986, Le New Musical Express propose une cassette audio de 22 titres savamment nommée C86. Excepté The Wedding Present, Primal Scream et The Pastels, les autres groupes ne feront que peu parler d'eux par la suite... L'hebdomadaire avait pourtant qualifié cette cassette de réelle révolution indie, d'heureux présage pour la musique pop. Ce commentaire, qui avait fait sourire bon nombre de lecteurs du NME à l'époque, était malgré tout porteur de vérité. En effet, la C86, plus qu'une simple compilation de groupes banals allait devenir un genre...

La philosophie

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La C86 a le mérite d'avoir ravivé une philosophie comparable à l'esprit punk provenant du Velvet Underground : le DIY (do it yourself). Ce mouvement encourage les simples mortels qui n'ont ni la carrure de Bowie, ni de Morrissey à développer leur art même s'ils ne le maîtrisent pas. C'est justement ce dont les jeunes ont besoin à ce moment-là : se retrouver complètement dans les maladresses des autres. « It sounds like crap, so you know it's made by real people! ». Il convient également de rappeler qu'à cette époque,  la séparation de The Smiths, le groupe anglais le plus original depuis The Kinks, bouleverse tous les ados d'Angleterre et du monde... C'est dans cet état d'urgence, d'absence de référence et d'encouragement au « tout est possible»  par le DIY, que Sarah Records peut voir le jour.

Sarah et la pop douce

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Matt Haynes dirige « Sha-la-la » et Clare Wadd « Kvatch ». Deux jeunes pour deux fanzines qui diffusent, outre des interviews et des articles, des flexi-discs des groupes qu'ils aiment. The Sea Urchins et The Orchids ont été les tout premiers groupes appartenant au mouvement C86 à avoir été remarqués par les jeunes Bristoliens.

Matt Haynes et Clare Wadd décident de réunir leurs forces et leur passion pour fonder Sarah Records en 1987. Ils signeront des groupes dont le point commun sera l'appartenance à la famille Twee Pop (provenant de Sweet Pop) étiquetée de pop douce et mièvre. Ainsi,  The Orchids, The Sea Urchins, 14 Iced Bears, Even As We Speak, The Wake et les autres ne sont virtuoses que dans leur discrétion élégante.  Ils arrivent à toucher la sensibilité des auditeurs et à susciter leur intérêt par leur timidité maladive mais séduisante et attachante... à l'image d'un boyscout qui adresserait une reprise simplifiée de  There is a Light that Never Goes Out à sa dulcinée en grattant sa guitare tout en fixant ses pieds.

Beaucoup de jeunes vont donc se reconnaître dans la Twee Pop proposée par Matt et Clare et, très vite, par le bouche à oreille, par le biais de fanzines, de feuillets présentés en courtes histoires à la presse musicale, et surtout grâce à John Peel sur Radio1, Sarah Records prend de l'ampleur.

Le choix du nom du label tient plus du domaine de la fantaisie que de la revendication féministe. Certains journalistes ont malgré tout profité de la dénomination du label pour qualifier ses productions de prévisiblement maladroites et faibles. En proposant une pop fragile étincelante, Sarah Records arrivera à tirer parti de cette faiblesse et même à devenir une référence pop internationale.

De 1987 à 1995, Matt et Clare produisent sous des formats différents (5, 7, 10 et 12 pouces) des singles (du Sarah 01 jusqu'à la compilation Sarah 100, qui porte le nom d'une rue de Bristol, «There And Back Again Lane »), des maxis, des albums et des compilations numérotés. Leurs productions ont toutes la caractéristique d'être emballées dans des pochettes monochromes ou bichromes pour des raisons économiques. Ce graphisme est toutefois devenu complètement indissociable du mouvement.

The Field Mice

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Heavenly (anciennement Tallulah Gosh) et surtout The Field Mice sont deux des groupes les plus populaires signés par Sarah Records. Ce dernier était un groupe originaire de Londres né en 1988. Pendant trois ans, ils ont proposé une Twee Pop aux accents électroniques à la fois proche de The Smiths et de New Order. Let's Kiss And Make Up (repris par Saint-Etienne), Sensitive , If You Need Someone , The End of the Affair... sont de réelles pierres précieuses pop taillées tout en grâce et discrétion. Leurs lignes de basse brodées autour de quelques notes influencent encore les groupes actuels (Beach Fossils).

Après 1991, on a pu retrouver des membres de The Field Mice dans Northern Picture Library et plus récemment Trembling Blue Stars. Where'd You Learn To Kiss That Way? (Shinkansen rcds), double compilation des morceaux du groupe londonien sortie en 1999  a été vendue à plus d'exemplaires que tous ses disques sortis entre 1988 et 1991.

L'après Sarah


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En 1996, Matt Haynes fonde Shinkansen Records. Certains artistes du catalogue de Sarah auront l'opportunité de participer à l'aventure Shinkansen. Depuis quelques années, des productions de Sarah Records sont à nouveau disponibles sur El Records et LTM Recordings. Aujourd'hui, plusieurs groupes, dont Belle and Sebastian, sont autant influencés par la Twee Pop de Sarah que par ses pochettes.

Pour ceux qui ne savent par où commencer...

Sarah 402 : The Field Mice - Snowball (1989) : Les morceaux les plus dansants et/ou spontanés de The Field Mice, une merveille.

Sarah 603 : Heavenly - Heavenly Vs. Satan (1991) : Un mélange d'énergie et de douceur mené par la craquante Amelia Fletcher.

Sarah 376 :  Temple Cloud Compilation (1990) : Encore pour The Field Mice et pour découvrir les perles de The Orchids, Brighter, St. Christopher, The Wake et des autres.

Vidéo


Atelier Ciseaux

logoacBonjour Rémi. Ce n'est pas dans les habitudes d'Hartzine que d'aller s'enquérir de l'état de la production musicale indépendante directement auprès des acteurs de l'ombre de ce réseau. Mais si les sorties de disques ont longtemps constitué un bon baromètre de celle-ci, il s'avère qu'à l'heure d'internet et de la proximité et du foisonnement que cette technologie engendre, ce baromètre est désormais obsolète. Le téléchargement légal et illégal modifie tant le comportement des artistes que celui des auditeurs, entre possibilité de faire résonner sa musique à l'autre bout de la planète tout en s'en faisant déposséder.

Tu es le fondateur d'Atelier Ciseaux, label qui tente d'allier exigence musicale, sortie vinyle et esthétique soigneuse de l'objet, et qui propose sur son site "toujours en construction" un catalogue de quatre références en tirage limité pratiquement toutes épuisés dont Yes Or No de François Virot ou encore le split 45t de Best Coast et Jeans Wilder. Originaire d'une petite bourgade de l'Est de la France, vivant entre Paris et Montréal, ton regard lorgne vers les Etats-Unis pour de multiples projets autres que celui d'Atelier Ciseaux. Et c'est en conversant par mail avec toi que l'idée de cette entrevue est née en plus de celle, que j'espère fructueuse, d'une tribune laissée à l'Atelier mais aussi à d'autres labels qui plus tard viendront s'y greffer. L'ambition d'un tel espace d'expression n'est pas la déclinaison mensuelle des déboires rencontrés par un label indépendant, même s'ils sont nombreux, mais plus la volonté de vous laisser nous confier vos coups cœurs... L'acte 1 a été brillamment fignolé avec Reno et le net-label Beko DSL. Place à l'acte 2 en ton estimable compagnie. D'ailleurs, tu ne viens pas les mains vides : en exclusivité pour nos lecteurs tu vas déflorer un secret pour le moment bien gardé, à savoir le 7' d'US.Girl que l'Atelier s'apprête à sortir en juin. On est gâté.

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D'où t'es venue l'idée et la volonté de créer un label indépendant ?

Je n'ai ni décors en carton pâte à te décrire, ni d'anecdotes très 'indie' à te raconter. Ces derniers temps, on cherche tellement à masquer un certain manque d'idées dans des biographies-refrains samplés en boucle. Je crois qu'Atelier Ciseaux s'est fait simplement, naturellement, voire même banalement. Il me semble qu'à 17 ans, comme beaucoup, je devais déjà m'imaginer un jour monter un label. Avec, à l'époque, Pavement en ligne de mire... ah ah ! A.C. existe seulement depuis fin 2008 mais avec le recul, je suis convaincu que c'est une bonne chose que ça se soit passé ainsi. Mes quelques activités liées à la musique (webzine, booking, promo...) commencent à avoir quelques années au compteur et quelque part tout ça a été comme un long 'brainstorming' - inconscient - ! Savoir concrètement comment tu as envie de faire les choses et - encore plus - comment tu ne veux absolument pas les faire. Si je devais essayer de citer quelques influences, je pense que j'irais plutôt piocher du côté de la scène punk DIY ! L'idée du label date de 2007, à l'époque on était deux (avec Marine) avec cette folle envie - et impatience - de sortir le LP de François Virot. Par la suite, j'ai continué le label seul et aujourd'hui on est à nouveau deux (avec Philippe).
Je ne suis pas certain d'avoir très bien répondu à cette première question. Je crois que je pourrais te donner dix fois plus de raisons pour lesquelles je n'imagine pas arrêter le label...

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Peux-tu nous expliquer la marque de fabrique d'Atelier Ciseaux ? Pourquoi privilégier le vinyle à l'heure du téléchargement ?

Je ne suis pas certain de me sentir très emballé / inspiré par ce débat / combat lié au téléchargement. A.C. a été créé dans l'air du 'download / add to friends', je suppose que c'est différent pour les labels qui ont vécu / subi le changement. Nos tirages sont limités et accompagnés d'un lien pour télécharger le disque en format mp3. On aurait démarré en 1995, peut-être qu'on aurait pressé 1000 copies au lieu de 350 mais à part ça...Pourquoi le vinyle ? Par envie, par attachement, simplement ! Mais tu vois on ne s'est pas entaillé la main avec un canif, ni signé de pacte 'croix de bois, croix de fer, si je sors autre chose que du vinyle, j'irai en enfer' ! Par exemple, on est en train de penser à une compile K7 et ce n'est pas dit qu'on ne sorte pas à nouveau autre chose que des disques comme on l'a fait avec le dvd.

La marque de fabrique... hum... difficile comme question, je sais pas ! J'espère qu'elle parle d'elle-même !

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Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu as envie de travailler ?

Il y a quelques signes qui ne trompent pas : quand tes proches commencent à te détester parce que tu écoutes un morceau en boucle, quand tu commences à imaginer la pochette... Après vient ce petit claquement de dents quand tu appuies sur 'envoyer le message'. La suite ne t'appartient plus vraiment. Parfois ça le fait, parfois non ! Parfois c'est rapide, parfois ça rame ! Et puis parfois t'es surpris comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast. J'avais contacté Andrew (JW) pour savoir s'il comptait sortir le morceau Tough Guys en vinyle. Et puis un jour j'ai débarqué avec cette idée de split et une liste de groupes (avec Best Coast en numéro 1). Il a été super emballé par l'idée. Puis rien ! Plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Et un matin, je reçois un mail de sa part me disant qu'il revient de Los Angeles et que Bethany est partante pour le disque. Le soir même, je recevais les deux morceaux, WOW !

Pour en revenir au choix des groupes, on ne fait aucun calcul mathématique compliqué avant de se décider. On connaissait / écoutait certains groupes avant la création du label, d'autres ont été découverts entre-temps.

Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun des artistes avec qui tu as travaillé et que tu nous présentes ici (player ci-dessous) ?
Le premier disque a été le LP de François Virot, Yes or No, fin 2008. Guitare en bois qui braille et baskets à scratch. On l'a beaucoup comparé à Animal Collective, OUI et NON ! Je viens de regarder par curiosité sur Last Fm et les artistes similaires conseillés sont Tune-yards, Panda Bear... OUI mais NON ! Il y a quelque chose de spécial dans sa musique, un côté brut et touchant. François habite Lyon et joue également dans Clara Clara.

La seconde sortie date d'avril 2009, un 7"/ 45 tours, Vrais Noms/True Names, du duo Lucky Dragons. Luke et Sarah habitent Los Angeles. Folktronica ? Toute tentative de description serait un échec. Un océan au milieu d'une forêt. Leurs concerts sont à l'image de leur club de dessin, le SUMI INK CLUB, participatifs ! Laissons le player parler...

Le troisième  projet est un peu particulier puisqu'il s'agit d'un dvd-r. Trois courts-métrages d'Andy Roche qui joue également dans le groupe Black Vatican (Chicago). Esthétique du risque comme par exemple dans le court-métrage TETEDEMORT, chaque plan, chaque scène est un poster arraché dans la chambre d'un adolescent sous perfusion d'images télé-évangéliques. Références à des lieux enfouis sous un amas de guerre et de religion. La musique du dvd-r provient en majorité de morceaux de Black Vatican qui va sortir son prochain disque cet été sur Locust Music (nldr : voir en fin d'article).

La dernière sortie (janvier) est un split 7"/45 tours entre Jeans Wilder et Best Coast. Andrew (JW) vit du côté de San Diego et jouait avec Nathan Williams (Wavves) dans le groupe Fantastic Magic. Bethany Cosentino (BC), ex-membre du duo pyché-primitif Pocahaunted, habite Los Angeles. Pop fantôme, lo-fi surfant sur un bitume usé par la fin des années soixante. Deux morceaux hantés par l'été.

La prochaine sortie est un 7"/ 45 tours d'U.S Girls, Lunar Life prévu pour début juin. Balades pop rugueuses, destruction de bandes magnétiques, baignades lo-fi en eaux troubles et noisy. Dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. Carte postale usée d'un rêve américain emballé dans un sac en papier kraft (en pre-order ici !)

Peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans, toujours en construction ?
J'en sais rien, vraiment ! Le futur c'était hier matin. On pourrait plutôt essayer de miser sur les dix prochains mois. On n'a pas de fantasme de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. On a pas mal de projets / envies mais à moyen terme et quelque part c'est une liberté plutôt chouette.
Pour répondre - enfin - à ta question, je nous souhaite simplement de continuer à sortir des disques avec cette même envie, ce même stress. Les retours que l'on a eu jusqu'à présent sont super encourageants / touchants. J'espère secrètement - enfin plus maintenant - que pour les prochaines sorties, on arrivera à toucher plus de 18 personnes en France. On sort / a sorti principalement des groupes américains donc c'est logique qu'on ait des retours plus "importants" là bas. Mais, comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast quand tu reçois des commandes du Japon, du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, tu te poses quelques questions et tu dis que c'est pas lié à la nationalité des groupes...
Gardons les interrogations sur l'avenir pour les soirées ravagées par l'ennui. Notre cinquième sortie est prévue pour début juin, un 7" de U.S. GIRLS. Je peux te dire qu'on est super impatients !

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Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Atelier Ciseaux ?

Bons, bons et... bons ! Vue la distance physique avec les groupes, la plupart des échanges / projets se sont développés / concrétisés par mails. Des kilos de caractères sur un écran brûlant. C'est clair que c'est frustrant, mais pour l'instant j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer la majorité des gens avec qui on a bossé. Avec François, c'est un peu différent vu qu'il habite à quelques heures de train mais également parce que je me suis occupé d'organiser ses deux dernières tournées. La rencontre avec Meghan / U.S. GIRLS a été assez épique ! En ce moment, j'habite Montréal, et en septembre dernier on a loué une voiture pour aller la voir jouer (avec Grouper) dans la banlieue de Philadelphie. 9 heures de route ! On s'est retrouvés dans un espèce de chalet en plein milieu d'un campus entourés par 12 college kids bien alcoolisés et en train d'halluciner sur le fait qu'on ait pu faire autant de kilomètres pour venir au concert. On a repris la route pour Montréal juste après le concert ! Intense !  Ce fut un chouette moment et une belle rencontre. Une fois rentré à la maison, j'avais 10 000
fois plus envie encore de sortir ce disque.

Enfin, quels sont tes projets annexes ? Quelles sont les structures ou personnes avec qui tu aimes travailler ?
En parallèle, je me suis occupé pendant deux ans d'un 'non'-label cassettes Atthletic duddes. L'idée était de recycler de vieilles cassettes audio abandonnées. Sur la face A, on enregistre les nouveaux morceaux et sur la face B, on conserve les titres originaux. Résultat : des splits improbables entre des groupes de noise et des stars de compiles hantées par le top 50 des années 90. Deux dernières cassettes avant l'été et Atthletic Duddes va s'arrêter !
J'ai également fait un peu de booking ces trois dernières années, organisé quelques concerts à Paris (Pochaunted, Lucky Dragons...) en 2009.Le reste de mes activités est de nature - plus - professionnelle donc je ne suis pas certain de l'intérêt d'en parler ici.
Au niveau des collaborations, bosser avec Jérémy Perrodeau a été un moment vraiment cool. J'ai débarqué un matin en lui demandant si ça pouvait le brancher de réaliser l'artwork pour le split JW / BC et en insistant sur le fait qu'on en avait besoin rapidement. 5 jours plus tard, c'était bouclé. Mortel !
Organiser les concerts de Pocahaunted / Lucky Dragons avec Jérôme (Boss kitty, ex Ali_fib), l'album de François avec Clapping Music, recevoir les flyers de Paula Castro...

Question subsidiaire : ta première tribune, tu nous la promets pour quand ?
Question suicidaire  ! En juin, ce sera bien (?) !

Prochaines sorties d'Atelier Ciseaux : US. Girls 7" - juin / pre-order : http://atelierciseaux.com/
Terror bird 7" Shadows in the hall (w/ La station radar) - Été 2010
Mathemagic/ Young Prisms split 7" - Été 2010

Vidéo


Galaxie 500 - l'intégrale

l_96eec75d3ad84705aa3f31a3b424a78dUne voiture roule tranquillement sur le bitume. Une Galaxie 500 pour être tout à fait exact. Le véhicule arpente les étendues désertiques de l’Ouest américain, traversant la brume sans réel but ni réelle destination. Ses passagers n’ayant pas d’autre quête que de rouler, encore et toujours, à l’instar des héros du film Macadam à deux voies de Monte Hellman. Dean Wareham, Damon Kurkowski et Naomi Yang s’offrent une ballade vers l’éternel couchant, figeant le temps pour mieux contempler le paysage qui file devant eux.

On ne sait pas si c’est son avant-gardisme ou sa courte discographie qui aura causé au groupe sa confidentialité, mais il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui l’héritage du trio est un trésor sauvagement dévalisé. Il aura donc fallu attendre vingt ans pour voir le catalogue de ces héros de la dream pop réactualisé. Les originaux de ces rockeurs sous novocaïne étant passés entre les mains d’Aurora, de Rough Trade, avant que Domino n’en récupère les droits et réédite les trois chefs-d’œuvre de Galaxie 500 en édition Deluxe. Il était plus que temps de remettre au goût du jour les classiques presque oubliés que furent Today, On Fire et This Is Our Music. Trois albums qui donnèrent naissance au mouvement slowcore, et révélateur de groupes comme Low, Slowdive, Mazzy Star ou encore Chokebore.

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Si l’influence du Velvet se fait sentir dès les premières notes de Flowers en ouverture de Today, de par son climat vaporeux et opiacé, il s’en dégage également une certaine légèreté que n’a jamais atteinte le groupe à la banane. Il se dégage des mélodies un flottement dû à des volutes psychédéliques, plus particulièrement sur Today qui se dissipera peu à peu par la suite mais sans jamais réellement disparaître. Ce premier album des Galaxie 500 porte d’ailleurs parfaitement son nom puisqu’il semble bloqué dans un immobilisme apaisant mais éphémère, les dix titres portant ce fort sentiment d’apesanteur et s’en allant avec lui. Le trio l’avait compris, pas besoin d’être maestro des instruments pour composer de la bonne musique. Deux accords, trois au plus, suffisent. Ce minimalisme touchant rehaussé par la production cotonneuse de Kramer sera au fil des années la marque de fabrique de nos Galaxie 500. C’est sur ce schéma que sera composé l’imparable Tugboat, pop-song langoureuse, en avant-garde sur le mouvement grunge et portant les stigmates d’une jeunesse tombée dans l’ennui. La réédition de ce premier album s’accompagne de Uncollected, une compilation déjà parue en 2004 comprenant quatorze titres rares, dont inédits et reprises des Rutles, des Young Marble Giant ou encore de Jonathan Richman.

Le Velvet avait commencé en douceur avec The Velvet Underground And Nico puis avait durcit le ton sur White Light/White Heat. Le trio basé à Cambridge en fera de même sur On Fire. Le chant de Dean Wareham se fait nettement moins volatile, notamment sur Strange ou Leave The Planet, alors que les sonorités se partagent entre le feu et la glace, le jeu de guitare de Wareham sonnant nettement plus noise. Pourtant de belles ballades comme Another Day ou Tell Me s’efforcent de découvrir la face lunaire de ce groupe décidément hors du temps et de l’espace. Et malgré l’électricité, plus palpable, le groupe continue de s’enrouler d’un voile de fumée (Plastic Bird), ne cédant à aucune facilité, empruntant une route qui est définitivement la sienne. On retrouve également deux étonnantes reprises sur cet album, le bouillant Ceremony emprunté à Joy Division mais surtout le magnifique et transcendant Isn't It a Pity originalement composé par George Harrison, que le trio sublime en parfaite pop-song sous narcotique. Domino aura eu la bonne idée d’ajouter en complément de cette nouvelle édition, l’inégalable Peel Session enregistrée entre fin 89 et début 90, regroupant quelques-uns des plus beaux morceaux du band qui fit la gloire de l’écurie Ford.

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J’aime à penser qu’à l’aube de l’enregistrement de This Is Our Music les trois membres de Galaxie 500 savaient déjà qu’ils signaient leur dernier album ensemble. Loin de tout héroïsme ou d’iconisme superflu, le groupe se livre à ce qu’il sait faire de mieux. Un chant du cygne aussi glorieux ne peut pas tout à fait être dû au hasard. Et en ressort un album emblématique, malheureusement tristement oublié. Une ode à la lenteur, qui laisse l’auditeur la bouche pâteuse, entre rêve et réalité. Pourtant il semble difficile de passer entre les mailles du filet du vaporeux Hearing Voices ou du mélancolique Spook. Ce dernier titre ayant à lui seul probablement influencé toute la carrière de Low. Il faudra d’ailleurs attendre cet ultime opus pour entendre Dean Wareham, Damon Kurkowski et Naomi Yang rendre enfin hommage à leurs idoles de toujours à travers la reprise du titre Here She Comes Now. Si le moteur ralenti déjà sur King Of Spain, Part Two, l’unique live enregistré complétera cette ressortie inestimable.

C’est pourtant un soir du printemps 1991 que le moteur lâcha aux abords de New-York. Fini les décors stagnants et le ronronnement de la belle Ford. Le chauffeur s’extirpe de son siège, reprenant sa route en solitaire, marchant lentement sur le bitume brûlant. Celui-ci ne se retournera pas, alors que tandis que la nuit tombe, les néons de la ville le rappellent à elle. A l’arrière, les deux passagers s’allument une cigarette et attendent. C’est la fin d’une belle époque. Mais bientôt viendra l’été, et leur heure avec lui…

Audio

Galaxie 500 –Tugboat
Galaxie 500 – Strange
Galaxie 500 – Spook (Live Copenhagen)
Galaxie 500 –Hearing voices
Galaxie 500 – Don’t let our youth go to waste (Peel sessions)

Tracklist


Galaxie 500 – Today & Uncollected

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CD1
1. Flowers
2. Pictures
3. Parking lot
4. Don’t let our youth go to waste
5. Temperature’s rising
6. Oblivious
7. It’s getting late
8. Instrumental
9. Tugboat
10- King of spain

CD2
1. Cheese and onions
2. Them
3. Final day
4. Blue thunder (With sax)
5. Maracas song
6. Crazy
7. Jerome
8. Song in 3
9. Oblivious
10. I can’t believe it’s me
11. Rain/Don’t let our youth go to waste


Galaxie 500 – On fire & Peel sessions

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CD1
1. Blue thunder
2. Tell me
3. Snowstorm
4. Strange
5. When will you come home
6. Decomposing trees
7. Another day
8. Leave the planet
9. Plastic bird
10. Isn’t it a pity
11.Victory garden
12. Ceremony
13. Cold night

CD2
1. Submission
2. Final day
3. When will you come home
4. Moonshot
5. Flowers
6. Blue thunder
7. Decomposing trees
8. Don’t let our youth go to waste


Galaxie 500 – This is our music & Copenhagen

galaxie_500_this_is_our_music

CD1
1. Fourth of july
2. Hearing voices
3. Spook
4. Summertime
5. Way up high
6. Listen, the snow is falling
7. Sorry
8. Melt away
9. King of spain, part two
10- Here she come now

CD2
1. Decomposing trees
2. Fourth of july
3. Summertime
4. Sorry
5. When will you come home
6. Spook
7. Listen, the snow is falling
8. Here she comes now
9. Don’t let our youth go to waste


Malcolm McLaren

106352-malcolm_mclaren_617Londres, la boutique SEX, Vivienne Westwood, Johnny Rotten, Sid Vicious... La scène la plus célèbre de la carrière de Malcolm McLaren, vous la connaissez tous par coeur. Les New York Dolls puis les Sex Pistols, des noms à consonance bien trop familière pour qu'il soit utile de revenir une énième fois sur les fameux faits d'arme du manager le plus célèbre de la planète rock, décédé brutalement le jeudi 8 avril 2010 à l'âge de soixante-quatre ans. Plutôt que de ressasser ce que vous avez déjà lu dans tous les journaux, Hartzine a préféré, pour lui rendre hommage, revenir sur le plus beau coup bas d'un escroc de génie.

C'est qu'il en avait sous la casquette, le gringalet roux. Voyez par exemple le portrait qu'en a dressé, en 1982, Dan Graham, artiste conceptuel et groupie barbue devant l'éternel.

"McLaren est un produit typique des écoles de Beaux-Arts britanniques. Âgé de trente-cinq ans, il appartient à cette génération partagée entre les mouvements radicaux de la fin des années soixante (mai 68 à Paris et la contre-culture américaine) et les stratégies du Pop Art et de l'art conceptuel que concernaient une culture commerciale de masse. C'est à la fois un artiste pop et un entrepreneur hippie. En tant que manager de rock, il marche automatiquement sur les traces du DJ Alan Freed, dont les manoeuvres firent du rock'n'roll une musique commerciale s'identifiant à la révolte de garçons adolescents, blancs et citadins. Son autre prédécesseur fut Brian Epstein, propriétaire d'un magasin de disques à Liverpool, homme d'affaire intellectuel mais, selon McLaren, "un cas d'homosexuel refoulé lamentable". L'un comme l'autre éprouvaient une attirance perverse pour la sexualité des adolescents et semblaient avoir une stratégie "révolutionnaire" d'exploitation des médias pour servir leurs propres intérêts. [...] Comme beaucoup d'étudiants en art de sa génération, McLaren s'intéressait à la mode. Influencé par des modèles issus de l'anthropologie et de l'histoire de l'art, il était attiré par l'alliance de la mode et de la culture rock (adolescent, il avait créé des t-shirts pour Brian Epstein). Lorsqu'il ouvrit la boutique SEX, il avait pour objectif de montrer comment "le côté incestueux de la culture anglaise reposait sur des vêtements qui dissimulaient une sexualité refoulée". [...] En tant que manager de rock, il souscrivait à l'approche d'Andy Warhol disant : "Dans l'avenir, tout le monde sera une star pendant quinze minutes". McLaren ouvrit un magasin où l'on trouvait des t-shirts imprimés dont les inscriptions relevaient du voyeurisme, où l'on vendait un style de vêtements déchirés et décousus comme étant du dernier chic : "Ce qu'il y avait de génial dans mes vêtements, c'était que n'importe qui pouvait les imiter ; c'était l'idée qui comptait, pas la fabrication..." Les consommateurs pouvaient eux-mêmes devenir des artistes.
Ensuite McLaren partit pour New York où il essaye d'être le manager des New York Dolls : "
J'ai essayé de les transformer en quelque chose qui pouvait être un peu... dangereux. La guerre du Viêt-nam était sur le point de s'achever. Je me suis dit... le rouge, voilà la couleur... on va se servir de Mao... de la faucille et du marteau... on va se servir de toutes les choses vis-à-vis desquelles l'Amérique est si arrogante en ce moment... et on va en faire un événement."
Appliquant cette idée de spectacle public, purement situationniste des Dolls, McLaren, influencé par l'émergence du punk rock à New York (The Ramones, Richard Hell and The Voidoids, Patti Smith), décida d'adapter le style "punk" à un contexte plus britannique, plus politique. Il créa les Sex Pistols, à partir de
street people, des gens de la rue qui n'étaient pas musiciens et tournaient autour de sa boutique sur Kings Road. Il écrivit leurs premières chansons en partant du principe que le rock était un moyen de définir une nouvelle classe, une classe à laquelle Marx n'avait pas pensé : la jeunesse..."

Sex, Children & Rock'n'roll

BRIATIN SEX PISTOLS ANNIVERSARY

Pop Art, sexualité adolescente, situationnisme, spectacle... autant de termes réjouissants qui résument l'entreprise révolutionnaire dont McLaren a été l'instigateur : faire du groupe de rock un produit commercial qui, en se donnant en spectacle, renverserait les valeurs de l'industrie dont il faisait partie. Les Sex Pistols, sorte d'oeuvre d'art totale dont il avait maîtrisé la création, écrit le développement et prévu la fin, en sont la réalisation la plus connue, mais pas forcément la plus aboutie ni la plus scandaleuse. Ce titre sulfureux revient au méconnu Bow Wow Wow (à ne pas confondre avec l'injustement méprisé Lil Bow Wow), le produit ultime de la société McLaren & Cie. Une histoire épique.

Les prémisses de cette aventure tiennent déjà du chef d'oeuvre. En 1979, le groupe Adam and the Ants demande à Malcolm de relooker son image. La première suggestion de ce dernier n'est rien moins que de virer ledit Adam, accessoirement leader de la formation. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, son départ n'a ému personne : "McLaren est arrivé, il a exclu Adam du groupe et nous a dit : "C'est vous le groupe, c'est vous qui écrivez les chansons". [...] Adam n'était pas vraiment bon. On l'aimait pas vraiment. Il savait pas vraiment danser. On le trouvait un peu vieux : il avait vingt-cinq ans." (Matthew Ashman, guitariste). A sa place, le nouveau manager installe Annabella Lwin, une apprentie chanteuse de treize ans recrutée à l'issue de six mois d'auditions. Connaissant Malcolm, on peut déjà avoir quelques doutes sur ses intentions. Et pour planter encore mieux le décor, on ajoutera que Boy George était pressenti comme deuxième chanteur. Bienvenue chez les sex freaks.

Le rôle de McLaren ne s'arrête pas le casting terminé. Une fois les marionnettes sélectionnées, il leur fait jouer le scénario machiavélique que son esprit tordu avait élaboré. Pour tenter de critiquer l'exploitation économique hypocrite de la sexualité infantile - question taboue à l'époque, ce qui n'empêche pas la très jeune Brooke Shields de vendre des jeans en susurrant "Vous voulez savoir ce qu'il y a entre moi et mon jean Calvin Klein ? Rien." - Malcolm propulse sur le devant de la scène une Annabella ouvertement érotique à qui il fait chanter des paroles qu'il a lui-même écrites. Un exemple ? Le morceau Sexy Eiffel Towers (Your Cassette Pet, 1980), au long duquel la toute jeune fille - que dis-je, l'enfant ! - pousse des gémissements entre deux couplets évocateurs. "Je jouis, je jouis / Je t'adore Tour Eiffel / Tu as quelque chose que j'admire / Je t'adore Tour Eiffel / Jambes tombantes autour de ta flèche". Et le Malcolm d'en rajouter une couche : "Je trouve que la sexualité chez les enfants est pour eux un moyen vraiment efficace de revendication envers la société". Oui, pourquoi pas, hein, après tout.

Très inspiré, Malcolm s'attelle à l'écriture d'une comédie musicale destinée à être jouée par Bow Wow Wow et dont Dan Graham cite un extrait ma foi fort bien choisi dans l'un de ses articles :
"- Louis XIV (prenant la parole) : C'est un détournement. Déshabillez-vous !
- Un garçon d'honneur : Squaw blanche. Sale pute.
- Captain Lush : Je m'en fiche ?
Comme Betty baisse les bras, sa robe tombe par terre. Louis disparaît hors de la cabine. Betty qui est encore l'hôtesse, envoie un S.O.S. Nue, elle croise ses mains sur ses seins. Le garçon d'honneur a tendu une corde tout le long de l'allée centrale. Il pousse les filles d'une part et les garçons de l'autre sur les sièges placés de chaque côté de la corde. Le jeu suivant est une course entre garçons et filles pour voir quel côté se déshabille le premier...
- Captain Lush (qui devait être interprété par Boy George) : Les filles seront toujours les filles, Louis.
- La voix de Louis : Les femmes de chambre baisent au moins à un kilomètre d'altitude dans le ciel. Les Apaches homosexuels se vouent à détruire votre monde hétérosexuel ! Un bébé super géant branche alors un nouveau vibromasseur super géant.
"

Quel sens de la formule ! Qui aurait cru que Malcolm avait un tel talent de dramaturge ?

Je voulais être hôtesse de l'air

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Musicalement, Bow Wow Wow ne fait pas l'unanimité : ses rythmes tribaux sont accusés à plusieurs reprises d'être de vulgaires plagiats de morceaux traditionnels zoulous ou burundais. Et si les musiciens du groupe s'en défendent en parlant plus volontiers d'influence que de vulgaire copie, peu en importe finalement à McLaren : que ce soit en bien ou en mal, l'important est qu'on en parle.

Pas à un scandale près, il organise une séance photo pour la pochette la plus géniale de l'histoire, destinée à illustrer le deuxième opus de Bow Wow Wow, See Jungle! See Jungle! Go Join Your Gang, Yeah. City All Over! Go Ape Crazy (RCA, 1981), mais finalement censurée par décision judiciaire. Cette image scandaleuse est tout simplement une re-création photographique du Déjeuner sur l'herbe de Manet. McLaren, qui se révèle ainsi en génial artiste pop, y fait paisiblement du canotage tandis que sa protégée - qui n'a que quatorze ans, rappelons-le - incarne la figure de la prostituée. Elle affirme elle-même que "beaucoup de gens estiment que ça dépasse de loin l'original".

La mère d'Annabella, un peu longue à la détente, se décide finalement à porter plainte contre McLaren pour "exploitation de mineure dans un but immoral". Mais qui est vraiment exploité dans cette histoire ? Annabella, les maisons de disque, ou les deux ? Annabella a-t-elle été réellement libérée par sa sexualité précoce, ou est-elle simplement un instrument marketing ? Est-ce le public qui se fait escroquer ? Et la musique, là-dedans, est-elle vraiment importante ? Traitée comme une simple campagne publicitaire, Annabella révèle au public voyeur ses propres désirs douteux. Sans s'en rendre compte, sans doute, si l'on en croit ses interventions : "Ça ne me fait rien de chanter ces textes tant qu'ils ne sont pas trop durs. Il m'a fallu un moment pour m'y mettre. Au début, je les trouvais choquants. Je me disais, qu'est-ce que c'est que ce truc sur le sexe ? Le sexe, le sexe, le sexe ! C'est tout dans la tête, c'est complètement stupide. Mais ils m'ont expliqué que c'était moins barbant et différent des vieilles chansons d'amour rasoir... Je ne voulais pas être... chanteuse. Non, je voulais être hôtesse de l'air et je le veux encore... [...] Je veux faire date en tant qu'hôtesse-chanteuse." (NME, 6 décembre 1980). Sans vouloir te vexer, ta carrière de pantin semble mieux partie, honey.

Agent double

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En résumé, Malcolm McLaren conçoit ce groupe à la fois comme une performance artistique et un produit commercial au packaging lui aussi signifiant. Le premier single du groupe, C30, C60, C90, Go!, sorti sous la forme d'un 33 tours dont la face B est vierge, encourage les acheteurs - les adolescents - à pirater d'autres sons - comme quoi le débat ne date pas d'aujourd'hui. Pris à son propre jeu, EMI s'empresse de mettre Bow Wow Wow à la porte, non sans avoir profité du scandale pour s'en mettre plein les poches. Un seul single aura donc suffit à McLaren pour mettre en évidence sa thèse selon laquelle les groupes doivent profiter du système des maisons de disque pour en révéler les contradictions économiques et idéologiques. Les dirigeants d'EMI pouvaient bien s'offusquer a posteriori, ils avaient eu connaissance de la teneur du disque avant de le mettre en vente. Plus qu'une entité musicale, Bow Wow Wow a été pour son manager un outil de dénonciation : "Utiliser consciemment les médias afin d'obtenir le succès (médiatique) dans le seul but de mettre à jour les machinations du système des grandes compagnies, et enfin veiller au "succès" du groupe, constituèrent depuis le début la stratégie logique et le principal intérêt de McLaren." (Dan Graham).

Gare aux idéalistes qui se rêvent en rock star-messie : McLaren est là pour démontrer par l'exemple que le rock est la première forme musicale exclusivement commerciale qui exploite ses consommateurs. Gare aux artistes maudits qui se voient déjà changer le monde avec leur musique : Malcolm prouve que le rock est une musique produite par des adultes - lui, par exemple - dans le but de se faire un maximum de beurre sur le dos des adolescents, nouveau marché de l'après-guerre allègrement manipulé à coups de films, de publicités et de magazines. Gare aux poètes torturés qui gribouillent nuit après nuit manifestes anarchistes et fantasmes sexuels sur un coin de papier peint : l'industrie se fout bien de votre message, elle veut juste se faire de l'argent avec. Mais lâchez cette corde, bon sang : McLaren montre aussi que malgré l'exploitation qu'on en fait, le rock est à l'époque la seule musique qui reflète véritablement l'idéologie de la nouvelle culture adolescente. C'est tout ce dilemme qu'il démonte grâce à Bow Wow Wow, chantre de la nouvelle sexualité anti-patriarcale et du loisir ininterrompu, mais aussi perfide stratagème infiltré au sein du monde sévère et capitaliste des patrons.

Forban insaisissable, pirate cynique, manipulateur immoral et malsain, immonde crapule ou génie visionnaire ? On ne saura probablement jamais laquelle de ces facettes reflétait le vrai visage de Malcolm McLaren. Lors de ses dernières apparitions, habillé en dandy négligé faussement poli, McLaren a presque réussi à faire croire qu'il était respectable. Après ses coups d'éclat en tant que manager, il a mené une discrète carrière solo forte de seize albums, fait découvrir le hip hop à l'Angleterre, arrangé un morceau pour British Airways ; il a été samplé un nombre incalculable de fois, a enregistré un duo avec Catherine Deneuve, a tenté de réaliser un film ; il a été pressenti comme maire de Londres et s'est fait jeter par Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers ; et enfin, il a fait fantasmer des générations de punks et influencé, consciemment ou pas, la démarche de nombreux groupes parmi lesquels Devo en incarne la réinterprétation la plus virtuose. Et si Malcolm McLaren était tout simplement un artiste ?

Source : Dan Graham, "Les Enfants de McLaren", 1982, Rock/music Textes, Dijon, Les Presses du Réel, 2002.

Audio

Bow Wow Wow - Sexy Eiffel Towers

Vidéo


BEKO

beko-recordsSouvenez-vous de l'âge de pierre, du temps du compact-disc. Ce temps où l'on nous annonçait la mise à mort du microsillon sur l'autel du laser optique. Remémorez-vous le cloisonnement qu'il induisait, sa cherté et son peu d'intérêt cellophané. L'espace musical de chacun ne trouvait alors de convenables horizons qu'en assiégeant le consciencieux disquaire du coin et sa platine nichée entre deux fauteuils en cuir à la profondeur désarmante. Lequel disquaire fut vite remplacé, concentration capitalistique oblige, par la fameuse borne fnac n'égrainant que les trente petites secondes introductives de chaque morceau. Rien de tel pour honnir ce code barre et tout le commerce qui tourne avec, tel un rapace tentaculaire avilissant l'incongruité et l'originalité à la botte d'un conformisme dispendieux. Maintenant, projetez votre attention sur l'explosion digitale. Muni d'une bonne dose de curiosité, il est extrêmement facile via le net de se plonger dans des univers musicaux autres et de s'immerger de sonorités composées aux quatre coins de la planète. Flippant même, le chemin parcouru en si peu de temps. Pour le pire diront certains : téléchargement illégal, violation de propriété intellectuelle et mise à mort des albums au détriment des singles.

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L'apparition l'année passée d'Holidays Records dans le paysage musical bouscule pourtant les idées reçues : le net-label propose un maxi ou une compilation chaque vendredi en téléchargement gratuit. Emboîtant ce pas de géant d'une diffusion nouvelle d'un vivier musical infini, le label digital BEKO se ré-approprie l'idée. A sa manière. Si le principe reste peu ou prou le même, à savoir la publication hebdomadaire d'un single librement téléchargeable, le site est épuré au paroxysme du minimalisme quand les pochettes polychromes n'indiquent guère plus que le nom du groupe et le numéro de collection. Au delà d'un effet visuel, par ailleurs incontestable, c'est sur la diversité et la qualité que Jack et Reno s'appuient pour faire avancer et grandir leur protégé au nom de four pyrolitique. De leur Bretagne chérie, selon un axe Brest / Nantes, ces deux passionnés dénichent de véritables pépites d'ici et d'ailleurs pour les exposer ensuite aux oreilles d'un public aussi bigarré que ne le sont les groupes békotés. Ce qui attire inévitablement l'oreille de professionnels en quête de nouvelles têtes. Preuve en est, la récente signature du troublant duo canadien de Memoryhouse sur le label Evident Records.

En résumé, chacun y trouve donc son compte. Alors pourquoi pas vous ? Laissez-vous guider par Reno, qui, outre son statut de co-promoteur du site Beko(teur), partage son temps entre son magasin de disques et l'association Mémé Préfére en Quinquonce, dans un entretien trusté d'inestimables découvertes cliquables. Le jeu en valant outrageusement la chandelle, ce n'est pas dit qu'on ne lui redonne pas la parole très bientôt...

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Que faisais-tu avant Beko ?

Haha... Je te vois venir... Il y a maintenant plus de dix ans, avant de Bekoter, nous avions avec des amis un label "Diesel Combustible" au catalogue bien achalandé d'artistes locaux tels que Tank, Osaka, Dale Cooper, nos amis germaniques des cultissimes Ma Chérie for Painting, Mileva, Velvet First Floor et Color und Climax, une collaboration avec notre ami d'Active Suspension. Suite à une tentative avortée de sortie cdrs.. l'aventure s'est terminée. Reste que les artistes Diesel ont fait parler d'eux en signant sur de prestigieux labels, Earworm, Roisin, Rocket Racer... pour ne citer qu'eux.

D'où vous sont venues l'idée et la volonté à toi et Jack de créer un tel net-label avec chaque semaine un single en téléchargement gratuit ?

C'est avec le label Autres Direction in Music que l'idée m'est venue et notamment avec leurs premières sorties digitales (Atone, Melodium)... Mais il en existe tant d'autres... on est loin d'être les précurseurs ! Une chose est sûre, c'est que Beko je ne voulais pas le faire sans Jack... N'écoutant plus vraiment les mêmes choses, cela nous permet de nous compléter...

Holiday Records vous a poussés à franchir le pas ?

Entre autres, je trouvais intéressant de proposer le téléchargement gratuit d'un artiste chaque semaine. Après il me fallait trouver une idée différente, sous forme de 7", une direction artistique propre et un autre jour que le vendredi !

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Peux-tu expliquer comment "fonctionne" un net-label proposant la mise en téléchargement gratuite notamment à l'heure où le téléchargement illégal est de plus en plus réprimandé ?

Beko est sous Creative Communs ce qui permet aux groupes d'autoriser le téléchargement, tout en ayant la possibilité de sortir les morceaux proposés par Beko sur cd / vinyle. Beko permet de diffuser, promouvoir leur musique plus facilement... tout cela dans la légalité.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et comment entrez-vous en contact avec eux ?

Au début j'avais mes préférences, je savais ce que je voulais Bekoter, à savoir des groupes que j'écoutais depuis longtemps (Bilinda Butchers, Death and Vanilla, Hanging Coffins). Je les ai juste contactés par mail et ils ont accepté immédiatement ! Puis en prospectant, je suis tombé sur Memoryhouse (le Beko s'est fait en deux semaines), Bathcrones et très récemment sur le Hongrois de Evil Have no Songs. Maintenant la demande est telle, que l'on reçoit un grand nombre de propositions permettant de tomber sur quelques perles comme The Leaf Library (sortie le 19/04). Et il faudra être patient, vu que le planning est complet jusqu'en octobre prochain !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Beko ?

J'espère bons... Je suis très souvent en contact avec eux pour les informer des stats et des retours sur les blogs, radio et presse, mais beaucoup d'entre eux étaient déjà des amis. Andrea de Procedure Club nous a beaucoup aidés en contactant Sore Eros et Eternal Summers, Mélanie de Moscow Olympics nous a fait un beau Beko, en attendant leur nouvel album... D'autres le sont devenus comme Liz et Chris de Tan Dollar, Jamie Long... Vous retrouverez d'ailleurs beaucoup d'entre eux très prochainement..

Pourquoi cette volonté de faire paraître des artistes du monde entier ? On remarque qu'il y a très peu de groupes français dans le catalogue...

C'est pas mal de voyager non ? Les USA sont très bien représentés, vu la quantité et qualité musicale, l'Asie avec Moscow Olympics nous a permis des téléchargements de Chine, Corée et même de Mongolie ! Quatre artistes français à ce jour... des amis et des nouveaux venus très talentueux, tel La Femme, qui a réussi à sa façon de me réconcilier avec la chanson
française. Mais très prochainement d'autres viendront se greffer à l'aventure Beko... par exemple EDH et Folle Eglise...

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Peux-tu expliquer la marque de fabrique de Beko, notamment au niveau du style de musique et de l'artwork ?

Beko a été créé pour la musique (de la bonne), la créativité et la liberté artistique... Nous sommes de grands consommateurs de disques... quelque peu maladifs. Nous ne considérons pas Beko comme un label mais plutôt une plate-forme où l'on peut accéder gratuitement à la découverte... Le but est de faire découvrir les artistes que nous aimons... La sobriété du site par son peu d'info et ses pochettes permettent à Beko de se démarquer...

Sur l'ensemble du catalogue, j'imagine que tu as tes coups de cœur. Si tu en gardais cinq (player) ? Peux tu dire pourquoi ?

Chaque Beko est un coup de cœur...mais si tu en veux cinq...

The Dreams... je suis fan de toutes les productions de La Grande Triple Alliance Internationale de L'Est !

Raw Thrills, pour sa créativité débordante et ses relents à la John Maus.

Procedure Club, parce que c'est eux...

Eternal Summers, le "k" tant espéré !

[servez-vous de la touche ► pour faire défiler les morceaux]

Et à venir Muscle Drum, la pop déglinguée à la Tall Dwarfs que je rêvais d'entendre depuis bien longtemps

Peux-tu nous dire comment tu imagines Beko dans dix ans ? Une future Institution ?

Je ne suis pas quelqu'un qui se projette dans l'avenir. J'espère seulement que Beko aura permis de découvrir de nouveaux groupes, et j'espère qu'ils seront signés sur un vrai label ! Et puis dans dix ans je serais ...... à la retraite !

Dans le court terme, des évolutions ?

Le site devrait être amélioré très prochainement, ça devient pénible d'aller cliquer sur le Death and Vanilla ! Des écoutes seront proposées et un lien (tant demandé) pour ouvrir les fichiers rar sur Mac.

As-tu des projets parallèles ou bekoter est une activité à plein temps ?

Heureusement non. J'ai un métier qui me comble, une association organisatrice de concerts Mémé Préfére en Quinquonce et je me prépare activement pour le marathon de New York, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire.

En guise de conclusion, je te laisse présenter tes coups de cœur d'ici et d'ailleurs... et tous non bekotés !

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Sur ma platine... j'écoute :

Liliput - Live Recordings, Tv-clips & Roadmovie (Kill Rock Star, 2010)
C'est un groupe avant-gardiste suisse, à savoir l'un des groupes féminins les plus emblématiques des débuts du punk.

Bleach - Killing Time (1992)
L'un des albums shoegaze (deuxième vague) qui me suit d'années en années...

Cliffordandcalix - Lost Foundling 1999-2004 (Aperture, 2010)
Il s'agit de la rencontre entre Mira Calix et Mark Clifford (Seefeel).

Grand Trine - Sunglasses 12'' (Divorce, 2010)
Du heavy-psych-space-punk canadien !

My Cantina - Wide Awake (Hidden Feast, 2006)
L'album d'un duo de Chicago, que je me suis enfin décidé à acheter : imagine que Slowdive rencontre the Postal Service !

The Feeling of Love - School Yeah 7'' (Sweet rot, 2010)
L'un des meilleurs groupes français actuels.

Wild Safari - Cave Sequins cs (Night People, 2010)
Le projet de William Cody Watson de Pink Priest.

Arian Sample - Self-Titled lp (Hogs on Ice, 2008)
Étrange disque de folk... d'ailleurs je n'ai pas de pochette pour celui ci, juste du papier Kraft...

Ruth White - Fowers of Evil (Limelight,1969)
Groupe mutant d'avant-garde électronique, très noir, loin d'un silver apples...

Opus Finis - Penance 7'' (2007)
Une sortie Weird Records (Xeno & Oaklander+Led er est) d'un duo post-wave basé à Miami.

The Seven Fields of Aphelion - Periphery (Graveface Records,2010)
Des membres de Of Black Moth Super Rainbow, fragile, ambiant...

- This Town Lp (Hozac, 2009)
Du garage rock sur un des labels des plus excitants du moment !

Native Cats - Native Cats 7'' (White Denim, 2010)
Une très belle découverte australienne, qui me fait penser (bizarrement) à Arab Strap.

White Ring / OoOOo 7" (Emotion, 2010)
La witch house, la musique la plus excitante de l'année.
Mater Suspiria Vision - ANNODAMONNA (free download)
Le groupe le plus créatif de l'année.

Mes coups de cœur en vrac...

Rosemary
Winter Drones
BADTIMEEXPRESS
PPALMM
Eachothers


Warp : vingt ans d'histoire, deux mixes

warp-logoEn 2009, le label de Steve Beckett et de feu Rob Mitchell a fêté durant toute l'année 2009 et aux quatre coins du monde son vingtième anniversaire. De la même façon qu'en 1999, où Warp soufflait ses dix bougies en égrenant trois compilations majeures Influences, Classics et Remixes, asseyant Sheffield au centre de l'échiquier électronique, les compilations Chosen, Recreated et Unheard, présentées toutes trois l'année dernière, constituent tant une lecture réflexive de son passé qu'une vision prémonitoire d'un futur à inventer. A l'heure d'un troisième manifeste - après les compilations Artificial Intelligence I (1992) et II (1994) et celles précitées de 1999 - et à l'aune d'une importante série d'événements live - la tournée Warp 20 à Paris, Londres, Tokyo, Berlin - reste à savoir ce qui nous attend. Si le programme semble accessible et varié, n'en déplaise aux puristes, il reste attrayant et novateur. Visite guidée en deux mixes et détour par vingt ans d'histoire musicale.

"Sans Warp Records, je serais devenu un vieux grincheux débordant d'amertume et je vivrais dans un réfrigérateur. C'est vrai. Au milieu des années 90, la pop a failli me faire expulser de chez moi. [...] J'avais perdu tout désir de seulement écouter un disque. Je me sentais tellement découragé par ce médium qui se mordait la queue et ne circulait plus qu'en cercle restreint que mes écrits étaient devenus tristes et mornes. Ce qui signifie que les éditeurs n'eurent plus envie de me publier. [...] Je mentirais en disant que la séminale compilation Artificial Intelligence a immédiatement charmé mes perspicaces oreilles de critique. La vérité est vraiment ailleurs. [...] Mais l'idée de morceaux composés dans la perspective d'une consommation intime et contemplative - et non dans celle d'un partage communautaire entre raveurs et sueur - parlait d'or à la tendance misanthrope de mon caractère"
Kurt B. Reighley, Downtempo - Modulation - 2007, ed Allia p 217-p234

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Le label Warp fait partie de ces labels anglais qui, par leur démarche ingénieuse et minutieuse, ont façonné un pan entier de la musique contemporaine. Dans les années quatre-vingt -dix, signer sur Warp signifiait faire de la musique électronique difficile, d'une alchimie contrariant le mainstream et avariant le dancefloor. D'une certaine façon, Warp est à la musique électronique ce que Factory Records (1978 - 1992) fut pour le post-punk mancunien et Sarah Records (1987 - 1995) pour la twee-pop. A savoir, le presque dénominateur commun de tous les groupes gravitant autour de ces courants musicaux. Par l'intransigeance de leur démarche artistique, leur identité visuelle forte (Peter Saville pour Factory, the Designers Republics pour Warp) et la cohérence assumée de leurs sorties, ces labels sont devenus des références incontestées - sans être pour autant incontestables - tout en gardant de raisonnables distances avec les potentats internationaux de l'industrie du disque.

Ville autrefois reconnue pour son glorieux passé sidérurgique, Sheffield connaît en 1987 un des taux de chômage les plus élevés du pays. Margaret  Thatcher entame son troisième mandat. La désinsdustrialisation est menée à marche forcée, les syndicats sont brisés, l'acier sera désormais coulé en Inde. La jeunesse, dénuée de perspectives et enserrée de vastes espaces de métal moribonds, s'ennuie ferme. Elle va pourtant entrer en résistance. Si les abords de la ville ressemblent à un désolant paysage d'après guerre, la nuit aidant, l'amas de friches industrielles et de hangars à l'abandon se convertit en un formidable terrain de jeu et de danse. L'ecstazy se répand comme une tache d'huile à mesure que l'influence de l'acid-house, importée de Chicago, s'abat sans vergogne à coups de Roland TB-303 sur les dancefloors d'Albion. De nombreuses raves s'initient sur les ruines du capitalisme honni. Comme à Manchester, le phénomène prend une telle ampleur qu'une scène commence à émerger : le bleep anglais vient d'éclore. En 1987, Steve Beckett et Rob Mitchell tiennent la boutique FON, pour fuck of nazis, dans un hangar désaffecté, à savoir, un magasin de disques déclinant avant tout la bonne parole acid-house venue de Chicago, mais aussi celle, plus froide, professée à Détroit par le collectif Underground Resistance. 1989, les dés sont jetés : le duo fonde Warped Records (disques gondolés) qui deviendra très vite, par commodité de langage, Warp.

robandsteve2-oldSi la destinée de Factory Records reposait, peu ou prou, sur les épaules de Tony Wilson et d'Alan Erasmus, et que celle météorique de Sarah était portée à bout de bras par Clare Wadd et Matt Haynes, ce sont Steve Beckett et Rob Mitchell, qui à contre courant de l'agonisante madchester et des vagues techno house importées des US, décidèrent de lancer des artistes explorant une dimension déviante de la musique électronique, couplant l'intimité de l'écoute à la subversion des codes établis (harmonie, rythmes). Il y avait deux manières immédiates et spontanées d'appréhender la cohorte de laborantins visionnaires que trimballait Warp dans ses cartons : la première en n'y comprenant rien, telle une radicale étrangeté, à la fois magnétique et insupportable. La seconde, en disséquant tout, étirant les compositions et leur compréhension sur des bases quasi-scientifiques. Pour Sean Booth, moitié d'Autechre, cette alternative se retrouvait au coeur même de la création de ce que certains ont dénommé l'Intelligent Dance Music (IDM) : "Notre camarade Tom Jenkinson, qui enregistre sous le nom de Squarepusher, est autodidacte, mais en même temps il en sait pas mal. Et il est d'accord avec nous : soit tu sais tout, soit tu ne sais rien du tout. Il n'y a pas de juste milieu. C'est dans la recherche du juste milieu que les gens échouent." Aucune demie-mesure n'était donc concevable au moment-même où la décennie embrayait sur une simplification commerciale du fond et de la forme : l'ère du Beat opérait la jonction entre rock et techno (Prodigy), quand la techno elle-même se vidait de sa substance "en raison du nombre de plus en plus grand de morceaux interchangeables qui se contentaient de reproduire des formules codifiées : les rafales de Roland TR-808 et TB-303, les riffs ultra rapides de piano et les chants plaintifs de divas extraits arbitrairement de longs passages lyriques" (Kurt B. Reighley, précité).

C'est en ce sens que la carrière de critique de Kurt B. Reighley fut sauvée : il se heurta frontalement aux déclinaisons warpiennes d'Autechre à Aphex Twin, en passant par Boards of Canada ou Plaid, choc qui le ramena à la passion d'écrire et de s'émouvoir. Et c'est en ce sens que l'on peut lancer la question qui taraude le tout un chacun du milieu électro-techno : le label Warp n'est-il pas en train de cramer ce qui a fait son succès ? Par sa stratégie d'ouverture vers les continents pop, folk, rock ou hip-hop, et par une moindre radicalité dans le choix d'artistes signés, Warp ne tend-il pas vers une dilution de son identité originelle et donc vers un destin de plus en plus commun ? Warp, muni de son troisième manifeste lancé en 2009, est-il encore en mesure de provoquer l'attrait sans demi-mesure d'antan ? Si la réponse est sans doute dans la question, il n'y a aucune urgence pour jeter le bébé avec l'eau du bain : si le noyau originel se contracte, le champ des possibles, lui, s'agrandit.

Laissez vous guider en deux mixes - les fondations, les évolutions - qui, s'ils n'ont pas la prétention de l'exhaustivité, permettent un début de réponse. Après, à vous de faire vos jeux. Et pourquoi pas, de nous les exposer.

Audio

mix 1 : fondations


mix 2 : évolutions

Infos

artistes signés sur Warp

!!!Anti-Pop ConsortiumAphex TwinAutechreBattlesBeansBibioBoards of CanadaBroadcastBrothomstatesChris ClarkDrexciyaFlying LotusGravenhurstGrizzly BearHome VideoJamie LidellJackson & his Computer BandJimmy EdgarLeilaLfoLuke VibertMaxïmo ParkMira CalixNightmares on WaxPivotPlaidPlonePrefuse73Richard DevineRussell HaswellSquarepusherTim ExileTortoiseTwo Lone SwordsmenTyondai BraxtonVincent Gallo.


passé + présent = futur : warp 20, un nouveau manifeste : le tracklisting WARP20

warp20

chosen

chosen

disc 1: as chosen by fans
01 - aphex twin - windowlicker
02 - boards of canada  - roygbiv
03 - squarepusher - my red hot car
04 - battles - atlas
05 - lfo - lfo (leeds warehouse mix)
06 - plaid - eyen
07 - luke vibert - i love acid
08 - autechre - gantz graf
09 - jimmy edgar - i wanna be your std
10 - clark - herzog

disc 2: as chosen by Warp co-founder Steve Beckett
01 - broadcast - tender buttons
02 - squarepusher - my sound
03 - boards of canada - amo bishop roden
04 - battles - race : out
05 - flying lotus - gng bng
06 - black dog productions - xeper - carceres ex novum
07 - nightmares on wax - i'm for real
08 - mike ink - paroles (original)
09 - aphex twin - bucephalus bouncing ball
10 - jamie lidell - daddy's car
11 - squarepusher/afx - freeman hardy & willis acid
12 - seefeel - spangle
13 - autechre - drane

recreated

recreatedjpegDisc 1
01 - born ruffians - milkman/to cure a weakling child (originals by aphex twin)
02 - jimi tenor - japanese electronics (original by elecktroids)
03 - maximo park - when (original by vincent gallo)
04 - tim exile - a little bit more (original by jamie lidell)
05 - rustie - midnight drive (original by elecktroids)
06 - luke vibert - lfo (original by lfo)
07 - autechre - what is house? (flo remix) (original by lfo)
08 - russell haswell - cabasa cabasa (original by wild planet)
09 - clark - so malleable (original by milanese)
10 - diamond watch wrists - fool in rain (original by pivot)
11 - hudson mohawke ft. wednesday nite - paint the stars (original by jimi tenor)

Disc 2
01 - mark pritchard - 3/4 heart (original by balil - black dog productions)
02 - mira calix with oliver coates - in a beautiful place out in the country (original by boards of canada)
03 - pivot - colorado (original by grizzly bear)
04 - bibio - kaini industries (original by boards of canada)
05 - jamie lidell - little brother (original by grizzly bear)
06 - leila - vordhosbn (original by aphex twin)
07 - john callaghan - phylactery (based on tilapia by autechre)
08 - gravenhurst - i found the f (original by broadcast)
09 - plaid - on my bus (original by plone)
10 - seefeel - acrobat (original by maximo park)
11 - nightmares on wax - hey hey, can u relate

unheard

unherad01 - boards of canada - seven forty seven
02 - plaid - dett
03 - autechre - oval moon (ibc mx)
04 - elecktroids  - elecktroids bonus circuit
05 - vlark - rattlesnake
06 - plaid  - sam lac run
07 - nightmares on wax  - mega donutz dub
08 - nightmares on wax - biofeedback dub
09 - flying lotus  - tronix
10 - broadcast  - sixty forty
11 - seefeel - as link


Mo'Fo' 2010 : la rétrospective

p122_01_insituphotos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

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Mo'fo' j1

mofo291

Oyez oyez, braves gens, vos hartziners, Virginie, Akitrash et Thibault sont dans les starting-blocks en ce vendredi soir très particulier puisque débute la très attendue neuvième édition du Mo’Fo à Mains d’Œuvres. Et c’est une équipe ultra chaleureuse et particulièrement attentive qui nous a accueillis à bras ouverts. Question savoir-vivre et bonnes manières, les tenanciers n’ont de leçons à recevoir de personne, et cette ambiance limite tapis rouge nous mit tout de suite complètement à l’aise… peut-être trop avec le recul.

Pour ceux qui n’auraient jamais mis les pieds à Mains d’œuvres, sachez que ce lieu, en plus de supporter de nombreux évènements comme le Mo’Fo, est également un espace d’échange et de création, qui sert parfois de studio et de résidence à certains artistes tout en proposant des actions culturelles diverses et variées, toujours pertinentes. Le lieu, sur plusieurs étages est un dédale très eigties comportant au rez-de-chaussée un bar et deux salles de concerts (rebaptisées Mo' et Fo'), au premier un vaste hall aéré où se tient durant deux jours le Mo'Forum, le salon de la création indépendante, et enfin, au second, une salle de conférence / cinéma d'un orange à faire pâlir les murs de nos grands-mères. Les séances photos et autres interviews y ont lieu. C’est la petite minute publicitaire, mais cela mérite d'être dit tant cet autre berceau de la création est trop souvent relégué au second plan du fait notamment de son implantation géographique (Saint-Ouen, 93).

Bref, tout excités de sillonner cette nouvelle mouture festivalière, nous faisons un rapide tour d’horizon et squattons sans gêne les stands du Mo'Forum qui se tient officiellement le samedi et le dimanche. Au programme, Les Boutiques Sonores, éternel partenaire du festival, proposent un choix de disques pour le moins éclectique, tout en chapeautant les showcases qui dégourdissent les oreilles des badauds curieux mais sans le sou (Thomas Mery, Fairguson, the Konki Duet, Suzanne the Man). Nous trouvons à quelques pas de là, les éditions No’Wave qui proposent leur sélection habituelle de courts métrages bien barrés et d’objets télévisuels contre-culturels. Libé, se positionnant en qualité de France qui résiste, est forcement présent, non loin des petites minettes d'Ohlàlà, venues en quête de promotion et de partenariats pour la seconde édition de leur festival qui a lieu à Berlin. Les jours suivant donc, le Mo'Forum s'étoffe et l'on a toute l'après-midi pour fouiner parmi les stands des Editions de la Femme à Barbe, de la Famille Digitale, de l'excellent label Born Bad Records et d'un sympathique vendeur de disque en ligne (handsandarms). Le webzine sourdoreille.net rend bien compte de la tranquille effervescence baignant le Mo'Forum avec une courte vidéo à visionner ici.

Mais l’heure n’est plus à la promenade, Wendy Code entre en scène. Et quelle surprise ! Premier groupe et premier effet kiss cool. S'ils sont inconnus au bataillon, ils ne risquent pas de le rester très longtemps. Le Glam-rock electro a ses limites, ayant la fâcheuse tendance à devenir saoulant passé deux morceaux. Mais ô miracle, le duo mixte surprend par sa maturité de jeu que l'on classera immédiatement entre Rinôçérôse et Ladytron. Pas mal pour ces jeunes artistes, coupables de deux albums sur Silverstation Records, malheureusement passés inaperçus. Fluorescent et acidulé, on se laisse convaincre qu’un plaisir coupable est un plaisir quand même.
On applaudit, on sourit et on se félicite de cette découverte dont on attend impatiemment d’en entendre plus. Le couple termine à peine son set qu’il est chassé par les bruyants Railcars, annoncés comme savante décoction de shoegaze, de punk et d'électronica. Rien de moins. D’entrée de jeu, c’est déplaisant, brouillon et sans consistance. Un larsen insupportable, manquant de crever les tympans d'Aki, nous oblige à quitter la salle furibards. N'est pas Kevin Shields qui veut. Encore heureux qu'Aki ne soit pas monté sur scène pour leur péter la gueule. C’est qu'il est impulsif !

Irrité, échaudé et à moitié sourd par les acouphènes qui secouent encore son oreille, le show de Gablé réconcilie joliment Aki avec l’ambiance insensée de ce vendredi soir pas comme les autres. Thibault, complètement addict du trio caennais, nous entraine dans la spirale bricolo de ces hurluberlus et de leurs chansons courtes et balancées à la volée. Bien lui en prend, puisqu’aucun de nous ne se remet totalement de ce concert enchanteur où les trois Gablé passent, d’une mesure sur l’autre, du lyrisme volatile des islandais de Múm à la rythmique assassine d’Amon Tobin, dans une ambiance proche du happening. Inutile de répertorier la liste des instruments de ces inconditionnels de Pavement et Daniel Johnston, tant l'éventail est large, allant des plus classiques guitares folk, caisses claires et flûtes aux plus incongrus des bidons de lait, cagettes de supérette et autres samples rigolo-malin (momomotus) ! Où comment atteindre le summum du nawak avec un maximum de talent. Virginie et Thibault, ayant flairé l'évidence, ont auparavant retrouvé Matthieu, Thomas et Gaëlle pour une interview décontractée à l'image d'un groupe aussi souriant qu'accessible. Le Thibault Mezrahi de la rédaction profite de l'occasion pour tenter de comprendre le pourquoi du comment de cette musique thérapeutique pour narcoleptiques. Il est question de caisse à outils, d'instantanéité punk et de cruauté infantile. A découvrir un peu plus bas, sans plus tarder. Pour un aperçu officiel du live en vidéo c'est ici, et encore ici.

Si beaucoup ont boudé la présence de Kramer, estimé producteur à la liste de participation longue comme les deux bras d'Aki, l’étrange ciné-concert donné par celui-ci aurait nécessité la mise à disposition de transats pour savourer pleinement ce spectacle expérimental et planant. Plongé dans l’obscurité la plus totale, des images se bousculent sur l’écran, tandis que le musicien s’accorde à en réaliser la post-synchro grâce à sa guitare et à une multitude de pédales d'effets. Cette panoplie de mélopées environnementales séduit et rappelle à Aki la grande période de Holger Czukey. Ni plus, ni moins. Dommage que les spectateurs (et Thibault) n’aient pas suivi la performance, préférant à coup sûr éponger la soif, l’ombre du génie des premiers White Zombie et Galaxie 500 n'ayant jamais été aussi vaporeuse et hypnotique.
Vient ensuite Aidan Moffat… Oui, l’ancien chanteur d’Arab Strap. Et si Aki ne voit que quelques minutes du concert, Virginie et Thibault soutiennent toujours les fondations d'un bar qui n'en demandait pas tant. Il est préférable de garder sous silence notre avis pour ne pas décevoir les fans et passer directement à Sole and his Skyrider. Là encore, sujet délicat, puisque Aki, encore lui, est le seul chroniqueur de la rédaction à connaitre le musicien tout en appréciant son style hip-hop. Avouez que recevoir l’un des boss du label d’Anticon, c’est autre chose que de se taper les pitreries fantasques de Timbaland ! Dès les premières secondes, Sole délimite parfaitement son territoire : le Mc / Producteur à tête de viking pose un flow martial, ses lyrics tranchants comme du verre pilé quand les guitares s’écorchent dans la réverbe et que la batterie mitraille. Au jeu du sampling, Sole n’est pas non plus le dernier, et pose des instrumentations fragiles et inquiétantes qui contrastent à merveille avec la vibration assassine de ses cordes vocales.

Un peu plus tard, nous quittons Mains d’œuvres, non sans relents de bruits et de fureur.
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Mo'fo' j2

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Interrogez n’importe quel chroniqueur de Hartzine et il vous répondra la même chose : la première soirée de cette neuvième édition du Mo’Fo fut tuante. Vous ne trouverez ici aucun colportage malvenu et infondé sur la faculté de certains d'entre nous à cotiser en monnaie d'ivrogne aux recettes du festival, Hartzine est une maison sérieuse. Et puis même si… Bukowski, Corso ou Kerouac ne buvaient-ils que du Coca ?

C’est dans un état second qu'Aki, le seul d'entre nous encore valide ce jour-là, passe les portes de Mains d’Œuvres pour cette seconde journée de festivités. Malgré une anesthésie subie le matin même, Aki déambule dans un état fantomatique, n’écoutant que son courage, tel un Hunter Thompson perfusé au Coca, afin de retranscrire fidèlement les prestations d'un samedi soir placé sous le signe de la Folk.

Si Aki peut avouer une chose, c'est de n'être pas très fan de musiques trop facilement accessibles. Il n'est pas le plus trash d'entre nous pour rien. Pourtant, effet de l'anesthésie ou pas, il est immédiatement subjugué par l’univers cinématographique de The Sugarplum Fairy pr, jeune quatuor de Tours. Que ce soient leurs visuels, des séquences de toutes sortes étant projetées sur des ballons, ou leurs mélodies, qui déploient la bande-son d’un film imaginaire, tout semble constituer une forme d’hommage au septième art. Une intense tristesse s’insinue à travers les notes de piano d’Aurelien Jouannet, mimant parfois Radiohead jusqu’à la photocopie tout en s’inventant une galaxie propre par sa voix harmonieuse au possible. Si la frontière est mince entre ces plaintes fragiles et des tubes pour charts à la Coldplay, ce premier concert est réussi, l’ensemble s’écoutant sans aucun déplaisir.

Quelques minutes plus tard, Aki enchaine avec Le Prince Miiaou qui n’a pas usurpé son nom. Sur le papier Maud-Elisa Mandeau, joue seule, se revendiquant proche de Xiu Xiu et Mogwai. Mouais, il y a comme un hic là... Sur scène la jeune femme au physique d’adolescente et aux cheveux javélisés, minaude et papillonne, oscillant entre la Jennifer Ayache de Superbus (sic) et une Courtney Love sous tranxen. Bien que jolie, son maniérisme post-pubère irrite : "Cette chanson s’appelle oraison funèbre d’une libellule… Je l’ai écrite un soir de pluie parce que j’étais triste… Mais maintenant, je vais mieux". Une certaine énergie et un savoir-faire indéniable se dégagent pourtant d'un Prince Miiaou qui a une patte dans la folk et l’autre dans un rock alternatif des familles. Les ballades sont tout sauf ennuyeuses et ont cette qualité rare, dans cette édition du Mo’Fo, de proposer un chant partagé entre l’anglais et la langue de Molière. Le Prince, déjanté et foutraque, abandonne Aki sur un sentiment mitigé, entre art de la retenue convaincant et dramatisation exaspérante.

H-Burns ne dissipe pas cette impression. Si Renaud Brustlein, texan d’origine… Comment ça il est Valentois ? Bon, si ce zicos trouve parfaitement sa place dans la brume électrique du blues, ses chansons ne correspondent pas forcement aux attentes du public… et d'Aki. Mauvais moment, mauvais endroit ? Possible. Car il n’y a pas grand-chose à jeter dans ses comptines sudistes. Comme dirait la grand-mère de notre rédacteur, la mayonnaise ne prend pas. Avec le recul, celui-ci regrette : pourquoi n'a t-il pas laissé une seconde chance à cet artiste lorgnant du côté de Gravenhurst, égrainant un songwriting sans faute doublé d'un jeu de gratte imparable ?

A peine le temps de laisser Aki peinard se délecter des bulles de son Coca, que c’est l’heure pour Phoebe Killdeer de faire son entrée… dans le noir ! Là, deux options : vous faire croire que notre incollable confrère connait l’œuvre du combo par cœur, les lyrics sur les bouts des doigts, pouvant même vous les chanter à l’envers… Ou, plus crédible, qu'il ne connait que pouic des Australiens. Pas même un furetage sur la toile... C’est mal, mais la demoiselle Killdeer est là pour clarifier la situation. Étrange clone rajeuni de Nina Hagen dont elle n'a de cesse de chiper l’accent, la freak prend son pied à en foutre plein la vue. Si le groupe fout le bordel sur scène, Aki reste lui obnubilé par le guitariste blanc-bec à la coupe afro. On a du lui enfoncer une pile Energizer dans l’arrière-train à la naissance pour qu'il ne cesse de s'agiter ainsi dans tous les sens... La démone chaparde la pinte d’une pauvre spectatrice, ayant elle-même renversé son verre d’eau. Humour, bien sûr, la jeune fille lui offre de bon cœur… Quoique… La musique du groupe se démarque totalement de tout ce qui a été entendu précédemment. Rockabilly sous les cocotiers, heavy à tendance vahiné, c’est gonflé mais ça cadence sévère. Pas une seconde de répit pour l’auditeur qui se voit embringué dans un maelstrom de courants contradictoires mais foutrement bien exécutés. Pas totalement conquis, mais dépaysé, Aki s'offre un peu de répit. C'est déjà ça.

Le clou de la soirée est le jeune et toujours confidentiel groupe, Coming Soon. Et s’il y a un adage qui révèle que le talent n’attend pas le nombre des années, les pépites musicales de Howard Hugues, Billy Jet Pilot, Leo Bear Creek, Ben Lupus, Alex Banjo et Mary Salomé le personnifie à merveille ! Ouf !

Si l’imagerie de la pochette de New Grinds et son achalandage sur les têtes de gondoles laissaient penser à une énième sortie electro-rock sans intérêt, son convaincant mélange d'Herman Düne et du Velvet, agrémenté d’une touche de naïveté bienvenue, réussissait à sortir le groupe de l'ornière. Suite à un second album, Hartzine se devait de s’assurer de la capacité scénique du sextet que les aficionados ne cessent de décrire comme infatigable… contrairement à un Aki en fin de vie. Celui-ci relève à nouveau le défi. Dire qu'il n'en est pas déçu est un doux euphémisme. Les louveteaux peuvent se vanter de leur incroyable prestance et bien qu’exagérant parfois la transe incendiaire, ils prennent tous les risques pour charmer le spectateur ébahi. Accapella, Voodoo-Folk, Happening… Les six musiciens jouent aux chaises musicales, s’interchangent, prennent tour-à-tour le micro et garantissent un spectacle de haute volée qui laisse sur les rotules notre confrère littéralement décharné. Le géant Howard Hugues en bon maitre d’orchestre (même s'il le nie) mène sa troupe dans ses derniers retranchements, et le groupe assène une vingtaine de morceaux qui sentent bon le Bayou. Aki les a rencontrés quelques heures plus tôt histoire de faire un bilan sur ce début de carrière fulgurant (voir plus bas).

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Mo'fo' j3

mofo31

En ce dernier jour de festivités, la petite troupe est au complet et ce dès le début de l'après midi. Un final tout en promesse proposant des inconnus parfaitement inconnus, un groupe sorti d'un film iranien, des artistes confirmés ainsi que d'autres reformés. Vivotant entre stands et interviews, interviews et stands, nous nous dégourdissons les jambes en vidant quelques godets réglementaires. Peu après, nous reprenons les choses là où nous les avons laissées : la scène. Aki semble avoir rencontré sur la route un rouleau compresseur quand Virginie et Thibault sont frais et pimpants. Enfoirés ! glisse Aki dans sa barbe.

L'après-midi se consume lentement sur le bout de nos cigarettes quand Biggles Flys Again s'invite à nos oreilles. Conor Deasy, accompagné de sa seule guitare, salue timidement la foule, baragouinant quelques mots pour expliquer sa présence. Une histoire de coup de cœur, celui du programmateur du Mo'Fo, Nicolas Cunier, par ailleurs membre du groupe Go Go Charlton, qui au hasard d'un concert s'entiche du jeune homme et de sa voix. Celle-ci, d'une chaleur confondante, remémore la jeunesse d'un Dylan renfrogné, l'Irlandais s'appliquant avec grâce à nous faire oublier où nous sommes. De sa guitare s'échappe une dentelle d'arpèges discrets et volubiles contredisant en tout point les quelques vidéos maladroites glanées sur la toile. Un set court à la beauté fragile, extirpant ici et là quelques larmes parmi le public. Une captation du concert existe, suffit de cliquer .

La mélancolie du dimanche soir n'est pas près de nous quitter. Liz Green débute son set seule, guitare en bandoulière face au public puis au piano de dos. La fluette chanteuse rousse au timbre de velours est dès le second morceau rejointe par son groupe inédit, deux géants barbus se partageant saxophone et contrebasse. Les compositions tantôt enjouées, tantôt désespérées épousent un classicisme non dénué d'intérêt expliquant aussi bien l'affluence que le choix de Benoît de Villeneuve d'inviter la jeune femme sur son album à paraître le 22 février, Dry Marks of Memory. Par moment surréaliste et grotesque, chantant parfois avec de drôles de masques, Liz Green évoque, par sa voix et son folk bluesy, une Karen Dalton délurée en moins camée. Nous nous extirpons néanmoins du tohu-bohu d'une salle pleine comme un œuf puisqu'il se murmure que les Konki Duet entament leur mini show au Mo'Forum. Peine perdue, on arrive trop tard ou trop tôt si bien qu'un coup d'œil à la montre plus tard, il est temps d'assister à la prestation de Shugo Tokumaru. Présenté comme la septième merveille de la pop expérimentale, métissant les Beatles au son du soleil levant, le petit bonhomme s'affaire sur sa chaise, pieds nus, parcourant son manche de guitare avec une dextérité qui n'a d'égale que sa virtuosité. Sa voix en revanche n'électrise que peu notre attention flagada et c'est dans un calme ennui que nous décidons de nous rendre dans la salle mitoyenne, histoire de voir dans de bonnes conditions the Patriotic Sunday.

En vacances de Papier Tigre, Eric Pasquereau, chanteur guitariste de The Patriotic Sunday vient présenter Characters, successeur de Lay Your Soul Bare paru il y a 4 ans. Sans mauvais esprit, pour le caractère, on cherche encore. L'espace de deux morceaux - car aucun de nous n'en supportera plus - on se croit à la fête de la musique, en pleine erreur de casting. Chanter avec un polo de rugby, c'est une chose, arranger la foule avec un t-shirt floqué du S de Superman confine à la provoc'. Et que dire des morceaux pastiches - si brillamment exécutés - ne nous évoquant rien d'autre qu'une resucée pour le moins édulcorée de ce que fait si bien le jeune homme au sein de Papier Tigre. Enfin, on l'espère, car là, sous nos yeux ça tombe à plat...

Histoire de colmater ce léger trou d'air dans la programmation, on se place cahin-caha dans une foule déjà nombreuse venue acclamer (le mot n'est pas trop fort) Take it Easy Hospital, qui n'est autre que le groupe jouant son propre rôle dans les Chats Persans, véritable carte postale musicale envoyée d'Iran par le réalisateur Bahman Ghobadi. Virginie les a rencontrés peu avant lors d'une interview où la jeunesse des deux protagonistes (vingt berges) contraste avec leur professionnalisme. Leur musique est d'ailleurs aussi bien rodée que leurs réponses et ce même s'ils se présentent à notre curiosité en formation réduite. C'est l'ampleur du succès rencontré en France qui les a convaincus de l'intérêt de venir étoiler le Mo'Fo' en quittant brièvement leur studio d'enregistrement londonien où le groupe accouche d'un second album (Dark Pop). Negar Shaghaghi et Ashkan Koshanejadn régalent de leurs comptines folk un public rajeuni, ne se privant pas de jouer par deux fois human jungle, titre phare de leur répertoire et visible par . La fan attitude a pour nous ses limites, la pause clope se fait urgente.

On s'installe pour French Cowboy et ce sans aucune attente particulière. Non que le groupe soit a priori mauvais, quatre ex-Little Rabbits tout de même. Mais bon, voilà c'est comme ça. Stupeur quand même, on nous a pourtant assuré que Sim était mort... Ah non, il s'agit de Federico Pellegrini, chanteur cowboy dégarni. On laisse Thibault rigoler de sa blague et on laisse dérouler le rock à papa des quatre Nantais. Les convaincus de la première heure chantent et dansent, l'ambiance est sympathique. Sympathique justement : cette soirée manque cruellement de folie !

A priori, on se dit que celle-ci risque d'être inoculée dans nos petites mirettes par les si attendus (au tournant) Television Personalities. Virginie et Aki ont testé dans l'après-midi la truculence désordonnée et hallucinée du fantasque Dan Treacy, auteur-compositeur du groupe formé en 1978 sur les braises encore fumante d'un punk dont ils fustigèrent l'échec dans Part Time Punks. Un entretien chaotique retranscrit en intégralité un peu plus loin. Bénéficiant d'une célébrité de cénacle, les TVP magnétisent un public à son image, disons... mal dégrossi. Capable d'imparables mélodies, ils sont tout aussi coupables de massacrer celles-ci dans la cacophonie de leurs arrangements. Le début de concert est tonitruant, taillé dans les quelques succès d'estime du groupe. Mais deux, trois pintes vidées plus tard par un Treacy de plus en plus braillard, on a la désagréable impression d'assister depuis vingt minutes à la même chanson. Deux d'entre nous font alors défection, laissant Aki apprécier seul ce final aux relents douteux de pub anglais. Enfoirés ! glisse Aki dans sa barbe.

C'est donc en ordre dispersé que nous quittons Mains d'Oeuvre. C'est aussi dans la division que s'expriment nos avis. Un point commun cependant dans l'analyse : si l'organisation est parfaitement rodée et avenante, la programmation reste quelque peu en deçà de nos espérances. On aurait aimé y souscrire à 100%. Mais dire ça, c'est déjà prendre rendez-vous pour la prochaine édition...
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Virginie, Akitrash et Thibault.

Gablé l'interview

par Virginie et Thibault


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Coming Soon l'interview

par Aki
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photos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

Comment se sont rencontrés les membres de Coming Soon ?
Billy (Basse/Chant): On a commencé au Lycée avec Ben et Howard, ensuite mon frère nous a rejoints, puis Alex… Ça s’est fait progressivement durant six ans en fait. Au début c’était un petit groupe de lycée…
Ben (Guitare/Chant): ... qui s’est agrandi par l’envie des membres de nos familles, de nos amis de nous rejoindre… On habite une petite ville donc c’est très facile de faire des rencontres.

Il y a eu un engouement pour votre groupe, un très fort buzz, et cela même avant la sortie de New Grinds, comment l’expliquez-vous ?
Howard (Chant): Je pense qu’on est tombé au bon moment où le public se sentait attiré par la scène indé Folk, c’était également le retour de la chanson en anglais… Tout en se posant la question si c’était un bon choix d’opter pour l’anglais, nos goûts musicaux allaient plutôt vers des groupes anglophones et qui faisaient ce genre de musique donc naturellement on a été classifié ainsi. Ça a beaucoup aidé au lancement de l’album et puis il y aussi la bande originale du film Juno sur laquelle une chanson de Leo a été retenue. Donc pas mal de facteurs rentrent en compte... En parallèle ça faisait déjà quelques années que nous rencontrions des musiciens, que nous participions à des festivals, que nous contribuions à des collaborations… C’est la rencontre de multiples hasards.

Justement comme beaucoup de nouveaux groupes francophones, vous boudez la langue de Molière. Choix persos ou raisons d’exportation ?
Howard : Je pense que tous dans le groupe, on a eu envie de se lancer dans la musique grâce à des artistes anglophones, et ce malgré nos goûts parfois très différents. Mais le lien fondamental reste la langue anglaise et à ce titre nous avons tous été très étonnés et influencés par Herman Düne qui joue de cette manière depuis plus de dix ans, sans complexe aucun. Ça s’est donc fait de manière très naturelle...
Ben : C’était aussi une nouvelle découverte de la langue qui allait de pair avec celle de l’écriture.
Billy : Par contre, cela fait presque un an que nous calons nos systèmes sons sur ceux d’Alain Bashung (?), ça reste quand même un lien avec la chanson française…

Deux albums en deux ans, vous êtes diablement prolifiques. N’aviez-vous pas été au fond de vos envies sur New Grinds ou doit-on s’attendre à une nouvelle cuvée d’ici fin 2010 ?
Billy : En fait c’est même plus que ça, il y a eu deux sorties, mais en réalité il y eu six albums réalisés par le groupe ou autres projets parallèles. On a toujours été productifs, c’est simplement que notre label ne peut pas absorber la sortie d’un album tous les deux-trois mois. Donc on s’amuse à compiler des morceaux inédits qu’on enregistre sur CD-R.
Ben : Dans cette période, il faut compter aussi l’album solo de Howard, donc ça continue comme ça, en réalité c’est plus que deux albums en deux ans.
Howard : En fait, entre New Grinds et Ghost Train Tragedy s’est écoulé plutôt un an et demi, ce qui est au final plutôt raisonnable si tu prends pour exemple les Rolling Stones qui sortaient un nouvel album tous les six-huit mois. On est conscient qu’il y a une crise du disque mais si deux albums sont prêts, c’est très agréable quand un label peut les réunir sur un même disque, tout unir sur un même point. Mais on a très envie de réenregistrer très rapidement et de sortir un nouvel opus dans un délai court… le 6 Février prochain.
(Ben et Billy se retournent vers Howard )
Billy : Le 6 Février ? (Rire général) Non, mais on sera très certainement dans ces eaux-là.
Howard : Non, plus sérieusement, un an et demi est une durée qui nous relie a beaucoup de groupes qu’on aime et en même temps, ça reste une période relativement longue quand tu tournes beaucoup. Mais le fait qu’il y ait six chanteurs-compositeurs permet de faire avancer le processus très rapidement.
Ben : Pour nous ce serait très frustrant d’attendre trois ans, de faire des démos, de réenregistrer inlassablement… Ce serait même un peu à l’encontre de notre éthique et de la musique qu’on aime et qu’on défend.

Chacun d’entre vous écrit et compose ?
Howard : Oui, mais certains le font plus que d’autres et ça dépend aussi des albums. Il n’y a que Ben et Mary qui n’écrivent pas de textes pour l’instant, mais la musique est composée en commun. On note des variations toutefois, certains étaient très prolifiques au début et se sont calmés et d’autres s’y mettent timidement, mais ça évolue d’un album à un autre.

Votre univers est cinématographique au possible, pourquoi vous être dirigés vers la musique plutôt que l’audiovisuel ?
Howard : Tout simplement parce que le milieu audiovisuel nous a rejetés (rires). Je précise « nous » car tout est collectif maintenant dans ce groupe. On a voulu être réalisateurs de cinéma, mais nous nous sommes fait jeter, et voilà.
Billy : Ce qui est moins ennuyeux car il y a moins de staff à gérer : pas de techniciens lumières, de cadreur…
Howard : On peut boire pendant les prises (rires).
Billy : C’est nettement plus relax.
Howard : Et puis on a peut-être plus de talent… Mais le cinéma reste un domaine très présent, car parfois quand on a du mal à se mettre d’accord sur un artiste qu’on apprécie, sur un morceau, l’esthétisme... le cinéma reste un bon référent.
Ben : C’est un sujet qui va permettre d’établir un accord lorsqu’on aborde un univers entre chacun de nous parce qu’on aura regroupé auparavant plusieurs images, plusieurs livres, plusieurs films, des éléments non musicaux au préalable mais qui peuvent le devenir indirectement.
Howard : Nous faisons également nous-mêmes vidéos, clips… On a posté récemment sur facebook une vidéo où on est en train de se bâfrer dans un des plus mauvais restos italiens de Londres. On adore faire ce genre de conneries alors que pour beaucoup de groupes, cette partie vidéo, c’est vraiment l’enfer, c’est quelque chose qu’ils délèguent… Nous ça nous amuse énormément, on écrit les scénarios ensemble, on les tourne ensemble, chacun met la main à la pâte…

Vous avez au final la main-mise sur votre image…
Howard : On essaye, tout en laissant une marge de créativité aux personnes avec qui nous travaillons. Comme Fred Mortagne avec qui nous collaborons régulièrement. Nous lui laissons toujours le dernier mot, la décision finale, voir la possibilité de nous emmener vers autre chose.
Ben : Nous ne sommes pas fermés, bien au contraire.
Billy : Par exemple nous venons de terminer le clip de
School Trip Bus Crash, et c’était réellement notre premier tournage dans un gros studio, mais nous ne voulions pas seulement être là en tant que musiciens… On a bricolé des trucs, on a peint… Nous n’étions pas là à attendre que le décor soit fait et arriver sans aucunes indications. On a storyboardé… On a participé au processus créatif du début à la fin et Fred a fini par le réaliser.

A la sortie de New Grinds vous avez été assimilés à la vague babies rockers puis reclassés dans un nouveau courant fourre-tout type Naive New Beaters… Quel est votre ressenti face à de tels avis ?
Ben : Bah en tout cas, ça nous fâche pas parce que…
Howard : On s’en fout (Rires).
Ben : On ne connait pas vraiment leur musique. Les BB Brunes, on écoute quand on tombe dessus par hasard à la radio. Nous n’avons aucune animosité contre eux, ni contre personne d’ailleurs (rires).
Howard : Replacé dans son contexte, c’est vrai qu’à la sortie du premier album, il y avait une scène Babies rockers qui existait et qui a plus ou moins disparu… A part peut-être les BB Brunes, qui ne sont pas vraiment des bébés. C’était plutôt les Naast, les Plastiscines… Des groupes essentiellement de région parisienne, qui existaient depuis six mois et qui ne jouaient pas très bien. Et que ce soit questions influences ou scènes, on était très différents, donc je pense que le lien c’était surtout l’âge. Mais très vite nous avons été rattachés à la scène Folk. Pour ce qui est du côté fourre-tout des Naive New Beaters, je ne vois pas trop, cependant ils sont très drôles.
Howard : Du coup, peut-être qu’on est drôle nous aussi… (Rires). Le côté fourre-tout, c’est peut-être parce que nous chantons tous et que sur un album de Coming Soon il peut y avoir des chansons d’univers multiples. Dans ce cas, je ne prends pas ça comme une critique car il y a de très grands albums qui peuvent être considérés comme un peu fourre-tout. Mais je ne m’explique pas la comparaison avec les Naive New Beaters, et ça reste surprenant. Mais concernant la vague Babies rockers, ça nous a un peu fait peur au début, d’autant que nous avions deux membres très jeunes à la sortie de New Grinds, Alex et Leo… Et c’est sûr que ça nous a un peu effrayés, mais sans raison finalement car c’était une scène totalement différente, qui n’attachait pas d’importance aux paroles par exemple. Alors que les groupes que nous rencontrions ou dont nous nous inspirions ont un rapport vraiment très vital au texte et à l’écriture, comme nous. C’est pour cela qu’il n’y a aucune animosité, et qu’au final c’est plutôt amusant de voir la critique qui aime faire et défaire ses propres inventions. Les Babies rockers ça a été une invention de la critique... ils s’en sont lassés, après ils ont fait la vague Folk, lassés pareillement, maintenant ils reviennent un peu au hip-hop bricolo… Donc qu’ils continuent…
Billy : C’est assez lassant ce phénomène de vague. Chaque premier janvier tu te demandes quel va être le courant dominant de l’année. Et nous, on n’est pas plus Folk que Rock, donc foncièrement on pourrait s’adapter à toutes les vagues.
Howard : D’ailleurs Ghost Train Tragedy est plus électrique, et on a pris à contre-pied le public qui s’attendait à un nouvel album plus bricolo, indé… C’est marrant de voir comment les critiques sont parfois un peu à la rue, alors que le public n’arrête pas d’être de plus en plus présent à nos concerts et à nous suivre.

Vous pensez que c’est difficile d’être à la fois jeune et de faire de la musique indé en France ?
Howard : Non, parce que l’inverse me semble aussi dur (Rires). Non, je pense que c’est dur d’être indé, dur de faire de la musique, dur de vieillir…
Billy : L’âge n’a pas beaucoup d’importance car beaucoup de groupes indés seraient très contents de passer à la radio et de jouer au Zénith. Donc indé, c’est plus dans ce qu’on aime et qu’on écoute, car les radios diffusent malheureusement très peu de choses qui nous plaisent. Et c’est plus facile, je crois, d’être musicien en France, car si tu prends pour exemple l’Angleterre où nous étions il y a quelques jours, les groupes y sont payés au pourboire et il y a des musiciens partout. La France a un côté plutôt sécurisant pour débuter une carrière musicale.

Ghost Train Tragedy à une consonance Country-Folk plus sombre et qui fait à bien des moments penser à Nick Cave. Quels sont les musiciens qui vous influencent ?
Howard : Encore une fois, il y a six personnes dans le groupe et tu auras facilement six réponses différentes. Mais je crois qu’il y a quelques artistes sur lesquels on tombe tous d’accord. Il y a par exemple toute la scène qui est sur le label Drag City, avec Smog, Will Oldham, Pavement… Ce sont des musiciens qu’on adore, on va le plus souvent possible voir leurs concerts. On essaye même de les rencontrer. David Berman des Silver Jews nous a même fait un dessin pour Ghost Train. Il y a bien entendu Herman Düne, puisqu’on les connait depuis très longtemps, on les a vu évoluer, et ils nous ont en quelque sorte inspirés. Après il y a bien sur tous les saints patrons : Lou Reed, Bob Dylan, Leonard Cohen…
Billy : Il y a bien entendu des groupes qu’on écoute chacun dans son coin épisodiquement pendant un an, parfois on s’interchange des albums, on se les passe dans le van, mais s’il y a un concert de Nick Cave dans la ville où nous nous trouvons, on va tout faire pour y aller tous.
Howard : Même si d’ailleurs l’influence de Nick Cave était très forte lors de la formation du groupe, ça fait très longtemps que nous n’avons rien écouté de lui ensemble, notamment en terme d’inspiration d’écriture. Il y a aussi des influences que l’on quitte un moment pour découvrir autre chose. Mais on essaye le plus possible ne pas y penser quand on fait un album.
Billy : Mais c’est vrai qu’il y a un côté plus sombre dans cet album.
Ben : Certains textes l’étaient déjà sur New Grinds.
Howard : C’est là où je pense que l’esthétique fait beaucoup, car si l’album ne s’appelait pas Ghost Train Tragedy mais Ghost Train Comedy, avec une photo sur la plage, certaines chansons apparaitraient comme plus conductrices. Mais les concerts restent très enjoués et énergiques.

Votre expérience réussit à l’étranger, le fait que vous y tourniez beaucoup, votre facilité à vous y créer un public ne vous pousse-t-il pas à faire vos valises ? Avez-vous plus à gagner en séduisant le public français ?
Howard : Nous avons toujours eu un lien important avec la France, puisque deux des membres étaient toujours au lycée. De plus notre label étant en France, c’était plus facile pour se développer et organiser des tournées. Mais il est clair que chacune de nos expériences à l’étranger s’est extrêmement bien passée. Je crois qu’on a tous un faible pour l’Angleterre et on a en prévision pour cette année une tournée européenne dont on aimerait que la France soit un territoire parmi d’autres plutôt que le chantier principal. On a encore envie de travailler en France, surtout que les festivals y sont super, tout en s’éloignant un peu. Surtout que c’est très plaisant de pouvoir démontrer en tant que Français que tu peux écrire des chansons à textes en anglais, se frotter à un public différent, mais qui éclate de rire sur tes refrains quand c’est décalé.

On est d’accord pour dire que les Majors sont mises à mal, la crise n’aidant pas et que les artistes indés ont le vent en poupe. Vos pronostics sur le mainstream ?
Howard : J’écoute tellement peu de musique qu’on appelle mainstream que je ne pourrais pas répondre à cette question.
Billy : Cela dit, il y a quand même un gros problème puisque 90% des radios diffusent ce type de musique, qui pour moi n’est pas écoutable du tout. Ca doit générer encore pas mal de chiffre car il y a encore des affiches, des publicités, les maisons de disque sont encore là… Alors effectivement, il y a peut-être moins d’argent à se faire pour un producteur qu’il y a vingt ans mais parallèlement un artiste peut aussi vendre, avoir un disque d’or tout en étant indépendant.
Howard : Je pense quand même que plus les majors vivent et plus la scène indé existe... le pire pour moi c’est quand tout est faible et que le mainstream récupère l’underground. Le crime c’est de voir par exemple Julien Doré et Carla Bruni-Sarkozy chanter
Anyone Else But You. C’est brader une culture indépendante. Donc que ces personnes continuent à reprendre Beyoncé ou ce type de trucs qui marche, et qu’on laisse aux artistes indés une structure, un public et une culture underground dans lequel il peut y avoir aussi de l’argent et des moyens. Ce qui est triste, c’est que les petits labels ne s’en sortent pas vraiment mieux pour le moment. On en chie pour sortir péniblement quelques 45 tours alors que des personnes viennent nous voir après le concert pour nous dire qu’ils ont téléchargé l’album. Les gens sont totalement décomplexés face à ce phénomène, alors que les disquaires ferment les uns après les autres. Je ne vois pas ce qu’il y a de vraiment réjouissant, à part le retour à la scène qui est effectivement génial et qui prouve la passion retrouvée du public pour la musique.

Vos chansons laissent une place importante au lyrisme et à l’imaginaire. Pensez-vous aborder des thématiques plus introspectives par la suite ?
Howard : Encore une fois, cela dépend des interprètes, nous faisons tous des va-et-viens entre des choses personnelles et plus générales. Certains ont commencé avec une écriture très proche du journal intime pour s’en écarter et aborder une structure plus métaphorique, alors que moi j’adopte un petit peu le schéma inverse. Il faudra suivre l’écriture de chacun pour voir comment ça évolue, mais nous n’aurons jamais cette attitude de vouloir raconter notre vie…

Comment envisagez-vous cette année 2010 ?
Howard : Glorieuse, comme toutes les années qu’on passe ensemble. Beaucoup de tournées, un album…
Billy : Moi je n’ai pas beaucoup d’espoir pour 2010 (Rire général). Je mise plutôt sur 2012, 2013… Cette année je la sens dure pour tout le monde, je la vois avec toutes les personnes autour de moi.
Howard : Nous ça va super… (Rires)

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Take it Easy Hospital l'interview

par Virginie


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Television Personalities l'interview

par Virginie et Aki


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photos Mains d'Oeuvres / (c) vinciane verguethen.

Malgré plus d’une dizaine d’albums, un réseau de fans inconditionnels, et le soutien de la presse spécialisée votre succès en France reste confidentiel malgré plusieurs passages remarquables et remarqués. Pensez-vous que la manière d’appréhender la musique du point de vue des Français est très différente qu’Outre-Manche ?
Dan : Je ne vois aucune différence non, je ne suis pas connu en Grande Bretagne non plus,
Guitariste : tu es probablement plus connu en France qu'en Angleterre,
Dan : en Angleterre, je ne sais pas ce qu'ils pensent de nous, ils nous font faire des tours et des détours par des chemins tordus. Une fois de temps en temps, ils décident de nous accueillir avec des banderoles et des ballons, et puis ils nous rangent dans des boites, pour nous ressortir l'année suivante, ou celle d'après. Je ne sais pas vraiment ce qu'il y a dans l'esprit des gens, je ne comprends pas ça mieux que quelqu'un d'autre. Et de toutes manières, je ne crois pas qu'il y ait grand chose à comprendre de Television Personnalities. C'est assez simple en fait.

On vous a collé toutes les étiquettes, et vous êtes passés par un peu près par tous les styles de musique…
Dan : Je me suis perdu...

Comment définiriez-vous la musique de TV Personalities ?
Dan : je ne crois pas que nous ayons un style musical particulier, je ne pense pas à la musique en terme de style, c'est stupide.
Guitariste : est-ce que tu dirais que c'est honnête?
Dan : Oui, ça l'a toujours été, pour moi la musique, c'est très personnel,

Alors si vous parlez d'émotions dans votre musique, de quoi parle-t-on ?
Dan : et bien, le prochain album s'appellera probablement "Triste pauvreté" ! Je ne sais pas, il s'agit juste des circonstances dans lesquelles j'écris, qui se transposent en musique.

Vos textes passent régulièrement du rire aux larmes, du cynisme au drame…
Dan : ça, c'est avant le petit-déjeuner...

Vous avez un certain penchant pour le clair-obsur, non ?
Dan : c'est juste ma manière d'être, et ce n'est pas comme ça qu'est la vie réelle,

Mais c'est votre vie...
Dan : pour la plus grande partie, oui,
Guitariste : ou la vie d'autres personnes parfois?
Dan : oui, c'est aussi de l'observation, mais les gens prennent ça souvent pour autre chose, pour un style un peu Lou Reed. Je ne suis pas un grand fan de Lou Reed, les gens pensent souvent qu'il a vraiment vécu la vie qu'il dépeint dans ses chansons, mais je peux vous assurer que Lou Reed n'a jamais attendu l'homme (nd : I'm waiting for my man). Ca n'était pas Lou Reed, c'était quelqu'un d'autre. Et ce n'était pas non plus moi.

On vous reproche souvent d’être trop entier, parfois ingérable, vous n’hésitez à vous mettre à nu dans vos chansons. Pensez-vous que c’est là la recette de votre véritable succès ?
Dan : succès? Quel succès? Mes excès peut-être ! Ingérable? Non, je suis juste quelqu'un de "sanguin"... Je trace ma propre route la plupart du temps. Et je laisse tomber les gens, c'est probablement ma faiblesse. Il faut toujours que je descende du bus pour sauter dans un autre bus, parce que je veux voir ce qui se passe dans ce bus-là. Il y a beaucoup à voir dans les bus et les trains. Surtout dans les trains. Ou dans les bus de Londres.

My Dark Places...
Dan : oh vous en avez un aussi?

De côté obscur? Oui je pense, comme tout le monde.

My Dark Places marqua votre résurrection et celle de TV Personalities, mais pas seulement, on note des bouleversements notables dans votre manière de composer, de jouer. Une certaine accalmie au niveau du rythme. Est-ce dû à votre état d’esprit actuel ? A une envie de passer à autre chose ?
Dan : Mon état d'esprit? (rires) Vous n'avez pas envie d'aller voir là-dedans, croyez-moi... My Dark Places, est sombre. Il est très différent du reste de TV Personnalities, vraiment différent. J'en ai écrit la plus grosse partie tout seul, sans personne autour de moi, je préférais travailler seul. Ces temps-ci, j'aime bien travailler avec d'autres personnes. Mais pour My Dark Places, je n'avais rien fait depuis longtemps, et j'avais envie de faire les choses seul... Pour le nouvel album, j'avais un nouveau jouet pour m'amuser. Un synthé qui fait des trucs dingues, je me suis dit que ça pourrait être fun. Je m'ennuie juste avec les guitares. C'est un album drôle, je suis très détaché de ce que je fais en musique. Quand j'étais plus jeune, j'étais excité par tout le truc, faire l'album, la création de la pochette, etc. Maintenant, ce n'est plus comme ça, j'écris une chanson et c'est tout. Je ne veux plus m'investir dans ce qui s'ensuit. Je suppose que ça compte beaucoup dans ce que je fais. Le nouvel album est très joyeux.

Vous aimez énormément les dédicaces (They Could Have Been Bigger Than the Beatles, Lichtenstein paintings, Peter Gabriel song, Eminem song…), beaucoup de peintres aussi...
Dan : Oui oui, des films aussi, mes premières amours sont vraiment la musique, les films et la photographie,

Et quels sont les artistes qui ont changés votre vie ?
Dan : Je ne dirais pas que les artistes ont changés ma vie, je ne crois pas que la peinture par exemple, ait le même pouvoir que la musique, de pouvoir changer les gens. C'est toujours sympa de regarder un tableau, c'est toujours intéressant mais je ne pense pas que l'Art touche les gens comme le fait la musique, ou la poésie. Mais j'aime l'Art, j'aime le pop Art, c'est plein de couleurs. J'aime aussi beaucoup l'Art espagnol, parce que l'Art britannique est juste... typiquement british. Des montagnes... J'aime les artistes fous comme Bacon, mais je n'aime pas Picasso, beaucoup de gens les comparent mais je ne vois pas du tout pourquoi. J'aime l'Art qui fait sourire, qui fait danser. Enfin je préfère sourire de l'Art. Même si je suis un excellent danseur ! Je peux peindre et danser en même temps. Peu de gens savent faire ça.

Et quand sort votre prochain album ?
Dan : Si tout va bien, fin mars/debut avril je pense.

Que peut-on vous souhaiter pour 2010 ?
Dan : Je vais vous faire une liste. Une très longue liste.

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